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samedi 26 juin 2021

Un Dieu absent dans les tempêtes de la vie


(Mc. 4,35-41)

 

            Il faut toujours avoir présent à l’esprit que, dans les évangiles, les miracles ne sont généralement pas des reportages de faits réels, mais qu’ils constituent plutôt un genre littéraire utilisant la symbolique d’un conte ou d’un récit imaginaire pour transmettre ou faire comprendre un message, un enseignement important de Jésus ou sur Jésus.

Ce récit de Marc de la tempête apaisée en fait partie.

         Il débute avec l’ordre de Jésus à ses disciples de passer sur l'autre rive habitée par des populations païennes. C’est une allusion à l'universalité du message de Jésus qui doit désormais être annoncé à tous, au delà de l'environnement juif qui s'oppose à l'ouverture. Le premier « orage » qui se déclencha au sein de la première communauté chrétienne a été provoqué précisément par la tentative de l'ouverture aux païens.

            S'agissant d’une tempête, le texte fait également allusion à la figure biblique de Jonas qui lui-aussi s’endormit sur le pont du bateau au moment de la tempête et fut blâmé par le capitaine pour dormir pendant qu'ils étaient tous morts de peur.

            Pour nous aussi, les chrétiens d’aujourd’hui, ce texte constitue une invitation « à passer sur l’autre rive ». Il veut nous dire que notre foi doit être toujours en mouvement. Elle n’est jamais synonyme de sédentarité, de « squattage » sur place, d’immobilisme, d’adhésion intransigeante et obstinée à un dépôt de vérités et de dogmes intouchables. Elle n’est jamais recherche de sécurités, possession de certitudes. C’est pour cela que Jésus invitera souvent ses disciples à partir, à aller. Il leur défendra de s’installer, de se fixer, de s’enraciner.

            Les premiers chrétiens avaient déjà compris cela, et c’est pourquoi ils appelleront leur aventure spirituelle à la suite de Jésus la Voie ou le Chemin, parce qu’ils devaient les conduire à la découverte d’un monde nouveau (« le Royaume de Dieu »), de nouveaux paysages intérieurs, d’un nouveau genre de spiritualité, d’un nouveau style de vie, d‘une nouvelle forme d’humanité.            

            Ce récit nous invite à embarquer Jésus avec nous, à lui faire un petit coin dans notre bateau et, avec lui à bord, à prendre avec confiance le vent du large, cap sur l’autre rive. Ici la barque dans laquelle Jésus dort est l’image de notre existence et de tout ce que nous transportons avec nous : nos ombres et nos lumières, notre bien et notre mal, nos qualités et nos défauts, nos victoires et nos défaites, nos accomplissements et nos échecs, nos amours et nos haines, notre Jésus et notre foi en lui … à travers une mer imprévisible et dangereuse.

            La mer ! Dans la Bible la mer, avec ses tempêtes subites et indomptables, ses vagues meurtrières, ses profondeurs noirs et insondables et tous les monstres épouvantables qui habitent ses abymes, est le symbole par excellence des dangers qui nous guettent et nous menacent au cours de notre traversée sur l’autre rive de notre existence 

            L’évangile spécifie cependant que nous devons embarquer avec nous Jésus « tel qu’il est », c’est-à-dire avec sa vraie personnalité, avec ses requêtes exigeantes et difficiles, avec ses rêves et ses projets fous. Le Jésus tel qu’il est que nous transportons ne doit pas être le Jésus liquoreux et mielleux d’une certaine dévotion populaire tardive, ni le Jésus-Christ réinterprété, transformé, remodelé, modifié, réajusté selon les goûts, les besoins et les politiques de la religion qui lui succédera et qui accaparera sa personne et son message.

            Mais voilà que le récit nous informe que, dans la barque, cet extraordinaire passager est comme invisible, comme s’il n’existait pas : il dort, il n’intervient pas pour résoudre nos problèmes, pour nous aider dans les difficultés de la navigation, pour éloigner les dangers qui nous menacent, pour nous soutenir dans la détresse, pour soulager notre douleur, pour empêcher ou réparer les dégâts causés par notre stupidité, notre méchanceté ou notre irresponsabilité.

Ce récit, sur le sommeil de Jésus dans la barque ballotée par les tempêtes de la vie, semble donc vouloir nous dire l’immense confiance que Dieu a déposé dans les humains. Il veut nous faire comprendre que si, dans notre existence, Dieu nous paraît presque toujours inexistant, absent ou endormi, cela est dû au fait qu’il ne veut pas prendre notre place et qu’il veut nous laisser à nos responsabilités. 

Dieu s’éclipse volontairement, parce qu’il veut que nous prenions conscience que, comme nous sommes presque toujours l’unique ou la principale cause des maux, des désastres et des malheurs qui nous arrivent, nous sommes aussi les seuls êtres qu’il a dotés des moyens et des capacités nécessaires pour s’en sortir et pour trouver tout seuls les solutions et les remèdes à leurs gaffes et à leurs maux .. 

Et nos interventions, en vue de réparer les conséquences de nos dégâts, de nos erreurs et des calamités qui nous arrivent, serons d’autant plus aisées et efficaces si nous pensons que nous sommes maintenant équipés et enrichis des valeurs, des visions, de la sagesse, de l’esprit, ainsi que de la force de détermination et d’amour de ce Jésus qui voyage avec nous dans le fragile bateau de notre existence.

 

 

BM 15 juin 2021

lundi 7 juin 2021

UN REPAS, UNE COMMUNION, UNE PRÉSENCE

    Commençons par une question :  pourquoi le geste du repas commun et fraternel appelé agapè ou eucharistie, depuis plus de vingt siècles, et jusqu'à aujourd'hui, a-t-il été fidèlement répété par les chrétiens de tous les temps et de tous les lieux, au point de devenir le rite le plus typique et le plus important de leur pratique religieuse ?

            La réponse est que les disciples, à l'école de leur Maître et suivant son exemple, ont compris qu'un repas pris ensemble, autour d'une table fraternelle, contient une charge symbolique exceptionnelle et que ce geste ordinaire se prête donc, plus et mieux qu'aucun autre, à exprimer, de manière simple mais suggestive, les valeurs et le contenu les plus fondamentaux de son message.

            De fait, une table dressée est synonyme de famille, d'affection, de fraternité, d'amitié, de communion, de complicité. Un bon repas de fête constitue une opportunité unique pour communiquer, pour dialoguer et pour partager. Le fait d’être assis à la même table avec d'autres convives nous oblige à sortir de notre isolement et de notre solitude. La joyeuse présence d’autres invités à nos côtés nous oblige à aller chercher le meilleur qui est en nous, à activer notre capacité d’écoute, à montrer de l’attention, de l’intérêt, à regarder l’autre dans les jeux et aussi, s’il nous en ouvre la porte, à entrer, ne serait-ce que pendant quelques instants, dans les secrets de sa vie.

Autour d’une table festive, nous ne mangeons pas seulement de la nourriture, mais parfois nous sommes également autorisés à goûter à la partie la meilleure et la plus secrète de la personne assise à nos côtés. Le repas est le lieu propice non seulement pour les potins, mais aussi pour les confidences, pour les aveux, pour les excuses, pour les regrets, pour les repentirs, pour les rapprochements, pour les réconciliations. Une bonne table est le lieu où des relations se tissent, des amitiés se forment, des amours naissent.

            Un banquet festif est souvent organisé et préparé aussi pour commémorer un événement, pour fêter une personne qui nous est chère. Ainsi, pendant le repas, nous commémorons, nous nous souvenons, nous parlons d’elle et des événements qui l’ont concernée, pour exprimer à quel point cette personnes a été importante pour nous aussi et à quel point elle nous a touchés, influencés et transformé notre vie.

Prenons, par exemple, un banquet pour un anniversaire de noces d’or. Quel plaisir pour les enfants, devenus désormais des adultes, de retracer les grandes étapes de la vie de leurs parents ; de rappeler les traits typiques de leur caractère, des anecdotes amusantes, certaines attitudes ou comportements de papa ou de la maman qui les ont touchés et marqués !

Un repas de fête est donc souvent un temps spécial au cours duquel nous nous souvenons avec affection et tendresse de personnes qui ont été importantes pour nous et où nous revivons des événements qui nous ont marqués et nous ont aidé à mieux affronter notre existence.

            C'est pourquoi avant de mourir, Jésus, a recommandé à ses disciples le geste du repas fraternel comme étant la manière la plus facile et la plus apte pour se souvenir de lui, pour replonger dans son Esprit et pour exprimer et vivre ensemble les contenus les plus fondamentaux et les plus typiques de son enseignement.

             Voilà donc pourquoi chaque dimanche nous nous réunissons, comme une seule grande famille, autour de la table (autel) eucharistique. Nous le faisons parce que nous voulons vivre ensemble un moment de fraternité, de convivialité et de communion ; parce que nous voulons, par ce geste, exprimer et manifester tout l'amour qui nous anime et que nous désirons répandre autour de nous afin qu’il serve à donner plus de bonheur à nos frères.

 Mais nous nous réunissons aussi pour nous souvenir de notre Maître et Seigneur Jésus, pour nous souvenir des événements les plus marquants et des étapes les plus importantes de sa vie ; pour réfléchir ensemble (aidés par le chef de famille) sur ses paroles, sur les contenus de son enseignement, afin de pouvoir ensuite les faire passer dans le concret de notre vie quotidienne pour qu’elle soit transformée en l’image de la sienne.

            Enfin, nous nous réunissons pour manger, c'est-à-dire pour satisfaire notre faim et notre soif de nous nourrir des paroles et de l’enseignement de notre Maître Jésus, sur l'Esprit duquel nous voulons construire la qualité de notre vie.

            C'est précisément cette faim et cette soif de lui que nous exprimons au moment de la communion, lorsque, à la table eucharistique nous recevons et nous mangeons le Pain Saint, l'Hostie "consacrée", signe sacramentel de la présence continue du Seigneur Jésus au milieu de nous et dans notre vie.

 

            Belle fête donc que cette fête d’aujourd'hui, qui nous rappelle le besoin que nous avons, en tant que chrétiens, de nous nourrir continuellement du Seigneur Jésus, toujours vivant et présent dans le corps vivant de la communauté de ses disciples, à travers sa Parole et son Esprit.

 

 

BM – Juin 2021

 

 

ÉLAGUER L’ARBRE DE MA VIE

 

  (5e dim. de pâques B -2021- Jn15, 1-8)

 

J’ai toujours aimé l’image de la vigne et des sarments que l'évangéliste Jean utilise pour faire comprendre aux chrétiens de son temps l'union intime et vitale qui les unit à l'esprit de leur Seigneur.

Jean imagine Jésus qui dit à ses disciples : « Je suis comme une vigne et vous êtes comme des sarments ». C’est une façon imagée (et typiquement orientale) de leur dire : « Eh, les amis, nous sommes désormais unis pour toujours. Nous sommes maintenant une seule personne, nous sommes comme un même arbre : moi le tronc, vous les branches ; moi le cep, vous les sarments ; moi en vous et vous en moi.  Jamais vous ne serez seuls. Mon esprit sera toujours en vous. Tout ce que je suis et ce que je possède, je vous l'ai transmis ; il est à vous, il est en vous ».

            Jésus affirme donc ici quelque chose de vraiment extraordinaire : nous, ses disciples, nous sommes désormais dans le monde comme le prolongement et «l’incarnation» de sa présence. Nous sommes comme les étincelles du même brasier, comme les gouttes de la même source, comme le souffle de sa même respiration.  L'esprit de Jésus, que nous, les chrétiens, considérons comme un reflet et comme une forme de présence particulièrement intense de ce Mystère d’Amour (que nous appelons « Dieu ») qui imbibait Jésus, est maintenant actif en nous avec une force et une abondance uniques. Cet esprit de Jésus en nous comme un vin «aimable»  et  «agréable» au palais; un vin  donc que l’on boit volontiers et que l’on  met  avec orgueil sur la table du banquet  de notre vie,  afin que  nos convives en boivent et fassent, ne serait-ce que pour un court moment,  l’expérience d’un coin de monde où il est possible d’établir  et  de vivre des relations créées uniquement  à partir du bouquet du  vin de notre bonté et de notre amabilité. 

            Dans cet évangile, cependant, Jésus nous dit que les branches doivent être taillées, que de nombreuses ramifications inutiles doivent être éliminées pour que la vigne de notre existence puisse prospérer et produire du raisin goûteux. Il veut ainsi nous faire comprendre que les coupures, les privations, les renonciations, les sacrifices, avec les épreuves et les souffrances qu'ils entraînent, sont nécessaires et indispensables à la qualité de notre existence, à la bonté de notre vin et au bien-être de la société et du monde dans lequel nous vivons.

Cette pandémie aussi semble être là pour nous prouver cette vérité et pour nous obliger à prendre conscience que nous avons beaucoup de choses à élaguer de l'arbre de notre existence. De fait, nous l'avons souvent laissé croître en vrac ; nous n'avons jamais voulu couper quoi que ce soit. Alors, maintenant, chez un grand nombre de nos contemporains il ne produit plus grand chose de bon ; souvent que des fruits ratatinés, vermoulus, aigres et sans goût qui n’attirent plus personne ou du vin imbuvable et bon seulement pour les sauces ou le vinaigrier. 

Cet évangile et ce Covid nous rappellent donc la nécessité de mettre les ciseaux à nos consommations impulsives, à nos besoins souvent imaginaires, à nos exigences exagérées, à nos habitudes d'individus repus et gâtés qui ne veulent manquer de rien et qui exigent tout et tout de suite.

Entre le cep et les sarments de la vigne, la communion est accomplie par la sève qui monte et se répand partout. Cette sève est celle de l'amour. Jésus nous a révélé qu’il y a un Mystère d'amour qui existe et qui imprègne toute la Réalité, qui est présent en chacun de nous, qui doit circuler entre tous les humains, afin de créer unité, fraternité, solidarité et ainsi rendre meilleur et plus humain notre monde.

La vigne de notre vie ne produira du bon vin que si elle sera nourrie par la sève de cet Amour.   

 

BM  - 27 avril 2021

 

mardi 27 avril 2021

Qui, quoi conduit notre vie ?

 

( 4e dim, de pâques, B – Jn.10, 11-18) 


            L'image du bon berger appliquée à Jésus est sans aucun doute la plus connue et la plus aimée des chrétiens.

Dans l'Évangile de Jean, le comportement de Jésus, avant d'être présenté avec l'image du « bon ou beau berger », est décrit avec celle de la « porte ».  Le passage d'aujourd'hui ne nous présente que la seconde image, celle du berger, mais les deux doivent être considérées ensemble.

            La porte ne bouge pas, elle reste immobile, toujours au même endroit. Vous pouvez l'utiliser pour entrer, pour sortir et rester à l'extérieur. Lorsque vous en avez besoin, la porte vous accueille et vous protège. Vous pouvez la fermer ou la garder ouverte. Elle est toujours là pour vous. Elle est toujours là quand vous en avez besoin.

            Nous avons tous besoin de trouver des « personnes-porte » ; des personnes qui sont toujours là pour nous et que nous savons qu’elles seront toujours prêtes à nous accueillir, à nous écouter et à nous aimer, sans nous juger, ni nous condamner quoi que nous ayons fait ou nous fassions. Jésus a été ce genre de personne   Nous aussi, en tant que ses disciples, nous sommes appelés à être ou à devenir ce type d’individu qui vit avec le cœur et les bras toujours ouverts, toujours disposé à écouter, à aider, à réconforter, à encourager et à mettre débout ceux qui voudraient jeter l’éponge face aux épreuves, aux difficultés et aux souffrances de l’existence. Et cela pour qu’ils continuent de croire à la présence dans leur vie d’un Mystère d’amour qui les soutient et qui les accompagnera toujours.

            L'Évangile nous invite ensuite à être des « bergers », c'est-à-dire des gens qui « prennent soin » des autres et de toutes les créatures qui les entourent. Cette invitation arrive à point en ce temps de Covid où notre salut dépend de la capacité de chacun à faire attention, à prendre soin et à se soucier du bien-être et de la santé des tous les autres.

           Nous sommes donc appelés à être pour tous des portes et des bergers.  Nous avons tous un rôle de responsabilité, de solidarité, de guide, de prise en charge et de soin réciproque. Soit ensemble nous vivons unis, soucieux et responsables les uns des autres, soit ensemble nous périrons.

            Le moment est venu de nous poser une question : qui est le berger de notre vie ? À qui confions-nous maintenant notre existence ? Quelles sont les valeurs qui l’orientent ? Qui ou quels sont les modèles qui l’inspirent ? Est-ce le succès, le pouvoir, la célébrité, l’argent, le saccage, le pillage, le ravage de la planète pour produire plus, pour posséder plus et pour consommer à outrance … et tant pis pour les conséquences ?!? ..... Ou est-ce plutôt la disponibilité, le service, l'abnégation, l'altruisme, le respect, la gratuité et la générosité du don de soi, l'attention affectueuse et attentionnée pour nos frères humains et pour la Planète ?

            D’après vous, laquelle de ces deux attitudes rend la vie d'une personne meilleure et plus réussie aux yeux des hommes et aux yeux de Dieu ? Laquelle est la plus apte à assurer notre bien-être et notre bonheur personnels ainsi que l’avenir de notre société et de notre monde ?

            L'Évangile du bon pasteur de ce dimanche, dans lequel Jésus dit deux fois "Je donne ma vie pour mes brebis », veut donc confier à chacun de nous un message très simple mais d'une importance capitale pour la qualité de notre existence chrétienne et humaine : seulement si tu es disposé à vivre ta vie en te souciant de celle des autres, tu pourras sauver et réussir pleinement la tienne.   

 

MB –  21 avril 2021 

 

 

  

vendredi 16 avril 2021

SANS L’AUTRE ET SANS L’AMOUR NOUS NE SOMMES RIEN

 (Réflexions pour le Jeudi Saint 2021)

  

L’évangile de Jean situe les événements de ce récit au cours du dernier repas pascal de Jésus avec ses amis. Si pendant le repas le plus important, le plus solennel et le plus chargé de souvenirs et de symbolisme du rituel religieux juif, Jésus a pris l’initiative de laver les pieds à ses disciples, c’est qu’il a voulu remplacer l’ancienne symbolique (libératrice et triomphale) de ce repas par la symbolique de ce geste d’humilité et d’abaissement. Et cela afin de graver pour toujours dans l’esprit et le cœur de ses disciples un principe de vie et de conduite humaine qui lui tenait particulièrement à cœur, parce qu’il constituait le centre et l’essentiel de tout son message : la nécessité d’incarner dans leur vie les dynamiques amoureuses du comportement de Dieu, par lesquelles chacun devient capable de se décentrer de lui-même et de vivre dans une disposition constante de don de soi et de service.

Jésus là, par terre, en train de laver les pieds de ses amis, devient le prototype du comportement de chaque disciple. Dans ce geste, le premier devient le dernier, le grand se fait petit, celui qui commande devient celui qui sert. Oui, aux yeux du monde, cela est un comportement fou, insensé, hors norme. Mais aux yeux de Jésus cela devient désormais (ou devrait devenir) l’attitude normale de ses disciples : « Je vous ai donné l’exemple, - leur dira-t-il - moi, que vous appelez Maitre et Seigneur, afin que vous fassiez de même ».

 Par ce geste Jésus trace aux siens un nouveau programme de vie : non plus une existence centrée et repliée sur soi-même, dans la recherche obsessive, exclusive et égoïste de son bien-être personnel, de ses intérêts, de ses désirs, de ses convoitises, mais une vie donnée au service des autres (surtout s’ils sont démunis, souffrants, abandonnés, opprimés) et dépensée à mettre plus d’amour, à créer plus de fraternité et à produire plus de bonheur dans notre société et dans notre monde.

 Par ce geste d’abaissement, posé à la veille de sa mort, Jésus veut nous transmettre son héritage le plus précieux :  nous faire comprendre que seulement l’amour de l’autre accomplira notre vie et sauvera le monde. Il veut que nous prenions conscience de l’importance de l’autre dans notre existence. Car l’autre est le seul à rendre possible l’amour dans notre vie et donc, par le fait même, le déploiement et la réalisation de notre humanité, de notre bonheur, ainsi que le sens de notre existence. Sans l’autre et sans l’amour, nous ne sommes rien, disait Paul aux Corinthiens.

 Cette sortie de nous-mêmes pour rencontrer l’autre dans le but de l’aimer pour ce qu’il est, pour l’aimer sans conditions, qualifie non seulement le comportement chrétien, mais est aussi à la base d’un comportement authentiquement humain. Sans l’amour nous ne sommes plus des humains, mais nous nous déshumanisons. 

La personne qui aime permet de donner sens à tout ce qui vit. Aimer l’autre, que ce soit un être humain ou un quelconque représentant de la famille des vivants, c’est lui donner une raison de vivre. Pour un être, il n’y a, en effet, aucune raison d'exister. L'existence est pure gratuité. Mais aimer l’autre, signifie vouloir que l’autre existe. C’est donc l’amour qui le rend valable, important et nécessaire. Aimer une personne, c’est lui dire « tu ne mourras jamais en moi ; tu dois exister ; tu comptes ; le monde serait un endroit triste et inachevé sans toi ; le monde est plus beau, ma vie plus heureuse grâce à ta présence…»

Lorsque quelqu'un ou quelque chose deviennent importants pour l'autre, survient en celui-ci un jaillissement d’énergies vitales. C’est pour cela que lorsqu’on aime on   rajeunit et on a la sensation de commencer une nouvelle existence dans un monde qui, subitement et par enchantement, est devenu « merveilleux ». L'amour est éclatement de vie et une sublime source de joie, de ravissement et de bonheur. 

Les nouvelles consignes et la nouvelle orientation de vie que Jésus nous laisse en héritage constituent alors la négation de toutes relations qui s’instaurent selon les paramètres et la logique du pouvoir et de la supériorité des uns sur les autres ; ainsi que la condamnation de tous comportements et attitudes égoïstes et prédatrices qui se développent à l’opposé du chemin de la responsabilité, du soin, du respect, de l’égard, de l’attention amoureuse pour le monde humain et pour le monde naturel. 

Le génie et l’originalité de Jésus consistent dans le fait d’avoir compris que les humains se trouvent bien mieux nantis et bien plus heureux dans un monde (ou une société) conduit par les forces et les attitudes de l’amour, de la compassion et du service, que par celles du pouvoir, de la violence et de l’oppression. De sorte que, pour Jésus, l’humanité aura accomplie un énorme saut évolutif lorsqu’elle aura intégré dans ses convictions et ses pratiques la valeur de la disponibilité, du service et de l’amour gratuit et désintéressé des uns pour les l’autres. 

 En ce Jeudi Saint les chrétiens sont donc invités à parcourir à leur tour la route sur laquelle Jésus a marché et à assimiler dans leur vie les attitudes intérieures qui ont fait de lui le bon pain qu’il a été pour tous. «Je vous ai donné l’exemple, nous dit-il encore ce soir, afin que vous vous  aimiez les uns les autres comme je vous ai aimé ».

 

Je pense que la réalisation de ce modèle d’amour et de service constitue, pour les humains d’aujourd’hui, la seule façon de s’accomplir et de sauver le monde qu’ils habitent.

 

 

 

M B

dimanche 10 janvier 2021

Tu es mon fils, mon bien-aimé ...

  (Fête du Baptême du Seigneur, Mc. 1, 7-11)

 

« Tu es mon fils bien-aimé, en toi je trouve ma joie. » C’est ainsi que le récit de cette théophanie présente la mission et la véritable identité de Jésus. J’aime beaucoup ce terme de « bien-aimé » par lequel la voix divine annonce à tous qu’en cet homme elle a versé toute la qualité et la force de son amour et que cet amour lui procure bien-être et joie. C’est très touchant et humain ce Dieu qui trouve son bonheur, non pas dans sa toute-puissance et sa majesté, mais dans l’amour tendre qu’il ressent pour ce fils de l’homme qui, pour lui, est également son fils bien-aimé, comme le sont tous les autres fils et filles d’hommes et de femmes qui peuplent la face de la terre.

Nous finissons la période de Noël et nous commençons l'année civile avec cette vérité déroutante : Dieu m'aime et il m'aime bien. Nous avons été formés à penser à un Dieu lointain, dans son ciel, et le voici tout proche en train de verser le meilleur de lui-même en cet homme. Nous avions été habitués à concevoir Dieu comme un être abstrait et mystérieux, et voilà qu’il prend un visage d’homme, cherchant à faire battre un cœur de chair au rythme du cœur de Dieu.

Nous considérions Dieu comme le grand souverain que l’on supplie et à qui on demande miracles, grâces et faveurs, et voici qu’il se manifeste dans la faiblesse et la fragilité d’un enfant et d’un fils d’homme qui demande et qui a besoin.

Nous attendions un messie, un envoyé de Dieu accueilli triomphalement par les savants, les grands et les puissants de ce monde, et voilà, au contraire, qu’il est reçu, reconnu seulement par les faibles, les humbles, les pauvres, les paumés, les exclus, les habitants de la périphérie de la société et de la vie.

Nous attendions un Dieu auquel il fallait prouver et montrer que nous sommes sages, bons et vertueux, et voilà que l’on découvre un Dieu qui nous aime le premier, librement, sans conditions, tels que nous sommes, simplement parce que nous sommes là et sans avoir jamais rien fait pour le mériter.

            Nous avons tous été éduqués à mériter d'être aimés ; à faire des choses qui nous rendent dignes de l'affection des autres. Dès notre plus jeune âge, nous avons été formés à être de bons enfants, de bons élèves, de bons amis, de bons époux, de bons parents, de bons travailleurs, de bons employés ... Le monde récompense les gens qui réussissent, qui sont capables… Alors s’insinue en nous la conviction que Dieu nous aime, certes, mais à certaines conditions. Ainsi nous passons toute notre vie à quémander appréciation, approbation, autorisation, reconnaissance. Je passe ma vie à courir après l'idée que les autres se font de moi ; à vouloir être comme les autres veulent que je sois. Au lieu d'essayer d'être moi-même ; d’être et de devenir ce que moi je veux être et devenir. Je passe mon temps à justifier (vis-à-vis de moi-même et des autres) mon existence et ma raison d’être.

Dans l’évangile de ce dimanche, au contraire, Dieu me dit que je suis son bien aimé, que son amour pour moi est entier, total, inconditionnel. C’est un amour qui est là depuis toujours et qui durera toujours. Car c’est un amour qui ne dépend pas de ce que je suis, de ce que je fais, ou de ce que je deviens. Mais de ce que Dieu est. Et Dieu n’est qu’amour, et il ne peut qu’aimer, car Dieu est l’amour. Dieu ne m'aime pas parce que je suis sage, bon et vertueux, mais en m'aimant, il me rend bon et vertueux.

 Il est difficile de « bien aimer », l'amour est grandiose et ambigu, il peut construire et détruire, il ne s'agit pas d'adorer quelqu'un, mais de l'aimer "bien", en le rendant autonome, adulte, vrai, attentif, délicat et responsable

En devenant des chrétiens par notre Baptême, nous aussi nous avons totalement ouvert notre vie et notre cœur au flot de cet amour nouveau de Dieu, qui à travers Jésus, coule aussi en nous. Nous passons notre vie à réussir, à rêver, à vouloir être quelqu'un, à devenir important, grand, célèbre, ... mais nous ne pourrons jamais être plus que des enfants bien-aimés de Dieu. Cela devrait nous suffire, car c’est l’essentiel d’une vie. Et cela nous le sommes déjà ! Cette fête, aujourd'hui, est la fête de ce qui est caché en nous et qu'il faut redécouvrir.

Je conclurai moi aussi avec l’exhortation que St Hilaire, évêque de Poitiers, avait l’habitude d’adresser à ses fidèles à la fin de ses homélies : « Mes chers chrétiens, devenez ce que vous êtes !»

 

BM

Montréal 7 janvier 2021

 

 

mercredi 6 janvier 2021

Le "conserve" del cuore

 Festa della famiglia di Gesù  (Lc. 2,22-40)

 

Alcune manoscritti antichi del vangelo concludono questo racconto di Luca della presentazione di Gesù al Tempio  con questa frase: «E Maria, da parte sua, conservava tutte queste cose, meditandole nel suo cuore»; una frase che in realtà si trova anche  versetto 19 del capitolo precedente che narra la storia della nascita di Gesù.

Mi piace molto questa frase attribuita a Maria e che trovo così attuale e cosi ricca di significato anche per noi che viviamo in mondo cosi lontano e così diverso  da quello dal suo.

Il vangelo dice dunque che Maria «conservava» nel vaso del suo cuore tutto ciò che le circonstanze, gli avvenimenti della vita le offrivano, perchè era certa che attraverso di essi si manifestava la bontà la generosità, la compasssione e l’amore di Dio nei nostri riguardi e che dunque erano tutte messagere di senso e di significato .

Dire che Maria « conservava » è come dire che  «metteva in  conserva». E`un verbo che fa pensare alla nonne, alle mamme italiane dei nostri paesi di un tempo e anche  d’adesso. Durante l’estate e l’autunno, quando la natura era rigogliosa e l’orto generoso e stracolmo di pomodori e di verdura, questi «angeli del focolare» erano cotinuamente indaffarati a  preparare «conserve», per non perdere nulla di quel «ben di Dio» che ogni anno arrivava loro gratuito e a profusione come un bel regalo del cielo.

Le nostre nonne e mamme avevano in orrore  lo spreco. «Perdere la roba» che  la Natura e dunque buon Dio dava loro era un grave peccato. Queste donne, nella loro  semplice saggezza, nella loro profonda sensibiltà, avevano capito che, nella vita, le cose belle, buone e che ci fanno del bene, non devono mai essere sprecate o andare perse; che meritano sempre di essere  «conservate» , appunto perche sono «buone» e che ci arrivano come una «grazia» e un bacio di Dio, allo scopo di rendere  migliore, più sicura, più  gioiosa la nostra vita  e più sensibile e riconoscente il nostro cuore. 

Questo atteggiamento di Maria che il vangelo oggi ci  presenta, arriva proprio a proposito per noi che, purtroppo, viviamo in una società  dove lo spreco è immenso. Una società  del consumo immediato ; del ‘«usa e getta» ; del prodotto e del cibo che «scade», che  non si conserva e che dunque deve essere gettato. Per obbligo. Perchè la scadenza è scritta sulla confezione. Perchè rischia di fare male alla salute– dicono. Perchè consumare prodotti scaduti non è raccomandato nè dai commercianti, nè dai dietetisti, né dai medeci . Perchè è probito dalla legge.

Nel nostro mondo occidentale, ci siamo abituati a vivere in una società che incoraggia il consumo a oltranza e, di conseguenza,  lo sperpero . Perchè il consumo e lo spreco – dicono – è buono per l’economia.

Allora, manipolati, indottrinati e sedotti da una publicità menzognera e dalla una cultura insensata del consumo come segno di benessere  e di progresso,  ci creiamo bisogni, comperiamo talmente tante e tante cose (inutili), che speso non riusciamo neppure a usarle e a consumarle tutte. Allora scartiamo, buttiamo. È lo  spreco sistematico adottato a stile di vita e a segno di  prosperità .

Purtroppo non buttiamo via soltanto il cibo, i vestiti, i mobili, gli elettrodomestici, i telefonini, i computer e tutti gli altri gadget informatici andati giù di moda, per averne  altri più moderni e più performanti. Ma spesso buttiamo via e sprechiamo valori molto più importanti e vitali appartenenti  mondo interiore dei valori e dei sentimenti che determinano la qualità umana della nostra persona e della nostra esistenza.

Così le persone gettano via principi e insegnamenti di saggezza, buoni propositi,  amicizie, affetti, fedeltà, promesse,  valori e amori. Diventiano degli individui blasés e menfreghisti. Accantoniano la gentilezza, il garbo, la buona educazione, la finezza del tratto, l’attenzione e l’interesse per l’altro. Buttiamo via la sensibità del loro cuore, per «conservare» soltanto la durezza dell’egoismo, l’indifferenza del menefreghismo e l’avidità dei soldi e del tornaconto personale.

Questa attitudine a «conservare » che il Vangelo attribuisce a Maria, costituise  anche per noi un invito a coltivare la capacità e l’arte del discernere, del percepire, del cogliere il valore degli avvenimenti e del conservare tutte le cose buone che spesso   crescono a profusione nell’orto (o nel giardino)  della nostra vita.

Sono cose  buone  che sono state seminate dalle relazioni che abbiamo intessuto; dai buoni esempi che abbiamo ricevuto; dalla qualità umana, dalla saggezza e dagli insegnamenti dei maestri che abbiamo frequentato ; dagli amori che sono nati ; dai legami che sono stati creati ; dai momenti d’esaltazione, d’incanto, d’estasi e di felicità che abbiamo vissuto ; dai dolori che abbiamo provato ; dai lutti che abbiamo subito ; dai vuoti che si sono  formati; dalle lacrime che abbiamo versato ...

Tutto ciò costituisce la ricca riserva di frutti pregiati  prodotti dall’orto della nostra  vita e  da «conservare»  con  con premura, come Maria, nella dispensa  del nostro cuore .

Queste «conserve» saranno preziose quando,  estenuati, scoraggiati  e depressi dalle prove e dalle angustie della vita, avremo bisogno di nutrire e di risollevare il nostro spirito con un cibo che piace  e che può aiutare a tiraci su e a ritrovare il coraggio,  la voglia e la  gioia di continuare a vivere.

 

Bruno Mori  - 26 déc. 2020