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mercredi 22 juin 2022

 

La fête du Corpus Domini, supercherie, mythe ou réalité ?

 Lc 9, 11-17

            Je trouve très difficile, en parlant de l’eucharistie, de m’en tenir uniquement aux affirmations théologiques de la doctrine traditionnelle ou de la « saine orthodoxie » catholique, sans chercher à présenter une vision plus plausible et une compréhension  plus  acceptable pour les  chrétiens aujourd’hui du sens de ce  sacrement qui, pour la religion chrétienne-catholique, constitue le centre de sa foi et de sa pratique cultuelle . 

            Je dois avouer que j’ai toujours été intellectuellement mal à l’aise avec les contenus théologiques et les transports dévotionnels de la piété populaire pour cette fête appelée du nom latin de Corpus Domini ou du « Corps du Seigneur ». Par une telle dénomination, on voulait évidemment se référer à la personne physique de Jésus de Nazareth, dans sa dignité de Messie et de « Fils de Dieu » que cette fête célèbre comme toujours physiquement et corporellement présent, en le proposant à l’adoration de ses fidèles.  

            Il fut un temps où je ne pouvais pas m’empêcher de penser que cette l’adoration du « corps » de Jésus, avait tout l’air d’être la version religieuse du culte moderne que notre société séculière voue au corps  humain, autant masculin que féminin, considéré comme le « temple » par excellence de la vénération de sa valeur et de sa beauté. De sorte que, par exemple, des individus comme Brigitte Bardot, Angelina Jolie, Arnold Schwarzenegger, Silvestre Stallone, etc.… devenaient des « divinités » avec un grand nombre d’adorateurs.   

            La fête d’aujourd’hui, avec son culte de la présence réelle du corps de Jésus dans le pain consacré constitue, à mon avis, l’aboutissement ultime et paradoxale de la foi chrétienne en le dogme de l’incarnation Dieu dans notre monde, laquelle ici semble se dédoubler. De sorte que nous assistons d’abord à une première incarnation exprimée par la croyance en l’incarnation de Dieu dans l’homme-Jésus, considéré comme le lieu de la présence ontologique d’une Entité divine. Il s’agit ici d’une croyance qui trouve tout à fait normal que le Mystère Ultime, infini et insondable (que nous appelons « dieu ») présent et agissant dans toute la Réalité, vienne renfermer, limiter et restreindre sa présence et toutes ses virtualités dans la structure organique d’un minuscule mammifère de genre « homo », surgi par le hasard des transformations évolutives des composantes biochimiques d’une petite planète perdue dans les profondeurs sidérales d’une banale galaxie.

            La deuxième incarnation est celle qui est exprimée par la croyance en une incarnation de l’homme-Dieu-Jésus de Nazareth en du pain de blé et dont la substance est prodigieusement remplacée par celle du Corps de Jésus, en vertu des pouvoirs surnaturels du prêtre célébrant. Ainsi tout pieux et fidèle catholique est-il convaincu que dans le pain consacré à la messe (la « sainte hostie »), l’homme-Dieu-Jésus-de-Nazareth est réellement présent avec « son Corps, son sang, son âme et sa divinité ».et que donc  ce pain n’est plus du pain mais le « Corps du Christ! », ainsi que le prêtre le proclame emphatiquement avant de le  lui tendre pour la  manducation .

            Je suis personnellement convaincu que cette façon très primitive, grossièrement matérielle et surtout totalement insensée d’imaginer et de faire valoir la présence du Mystère de Dieu dans notre monde, a les jours comptés. Et cela, non seulement parce que aujourd’hui un tel récit ne peut plus être perçu comme crédible par personne en possession d’une saine raison, mais aussi et surtout parce que de telles fabulations ne réussissent finalement qu’a ridiculiser la religion qui les propose et à détruire sa crédibilité et sa raison d’être.  

            Aujourd’hui beaucoup de penseurs, (croyants, athées et agnostiques) se demandent avec stupeur et perplexité quels mécanismes psychologiques ou quels troubles psychotiques ont bien pu amener des théologiens et des hommes d’église du passé à de tels délires et quelles sortes des motivations peuvent pousser les autorités religieuses actuelles à maintenir toujours vivantes de telles absurdités. 

                                                           *****

            Voyons maintenant comment on pourrait cependant interpréter d’une façon plus positive le symbolisme de cette festivité du Corpus Domini et comment lui donner  peut-être un sens et des contenus qui pourraient la rendre acceptable et même inspirante pour les chrétiens de n notre temps.    

            Personne, tant soit peu familier avec les contenus des évangiles et avec la personne de l’Homme de Nazareth, serait capable de l’imaginer se promenant sur les routes de la Palestine, croyant être l’incarnation de Dieu et demandant aux gens qu’il rencontre de se prosterner en adoration devant lui. Rien de tel en lui, qui se reconnaissait en tout semblable aux autres hommes, humain parmi les humains, frère parmi des frères, pauvre parmi les pauvres, banni et persécuté parmi les bannis et les persécutés, mal aimé parmi les malaimés.

            Cependant, si Jésus était comme nous quant à sa nature humaine, il n’était pas tout à fait comme nous, ou comme la majorité de nous, quant à l’esprit qui l’animait. On peut donc dire que Jésus de Nazareth était différent à cause de son esprit, à cause des rêves, des valeurs, des priorités, des principes, des convictions profondes qui l’inspiraient et le faisaient vivre ; à cause de sa conception de Mystère de Dieu et de la nature des relations qu’il entretenait avec son Dieu et ses frères humains.

            Les évangiles nous présentent un Jésus non seulement totalement humain, mais aussi et surtout un Jésus maitre d’humanité ; un Jésus prophète, visionnaire, éveilleur de consciences, de responsabilités, d’une nouvelle façon d’être, de vivre et de bâtir des relations ; un Jésus qui rêve à la possibilité d’une nouvelle communauté humaine fondée non plus sur la confrontation et sur l’amour du pouvoir, mais sur la fraternité et le pouvoir de l’amour.

            Nous avons fait de l’eucharistie, sacrement ou symbole de la présence « réelle » de l’esprit et de l’amour de Jésus parmi nous, un rite souvent purement extérieur, aride, constitué de gestes incompréhensibles, stéréotypés et vides d’emprise sur notre vie. La plupart du temps la « messe » du dimanche n'est, pour beaucoup de chrétiens, qu'une obligation pénible pour s’affranchir de laquelle tous les prétextes sont bons. Voyons alors quel sens nous pourrions donner à nos assemblées eucharistiques pour qu’elles nous aident à mieux intégrer à notre vie le pouvoir innovateur et transformateur de la présence et de l’esprit de Jésus qu’elles célèbrent dans la joie et l’action de grâce, et qu’elles veulent transmettre.

             Dans le rite eucharistique l’élément central est le pain. Cependant l’importance et la valeur de nos messes ne réside pas dans le pain en tant que tel, mais dans la signification que, dans ce rite, nous lui conférons. Pour nous, ce pain représente  non seulement la présence continuelle de Jésus (« pain de vie ») et de son esprit parmi nous ; mais ce pain est là aussi pour nous rappeler que nous serons des vrais chrétiens et des êtres humains exemplaires et accomplis seulement si nous sommes capables de nous asseoir à la table du banquet que Jésus nous prépare et de manger la nourriture qu’il nous offre et qui est rien de moins que lui-même.

            Dans la vie ordinaire, en effet, le pain n’est pas préparé pour décorer la table, mais uniquement pour être donné, partagé et mangé. De sorte que le pain constitue, sans aucun doute, le meilleur symbole de ce que Jésus a été durant sa vie et de ce qu’il doit être maintenant pour chacun de nous, ses disciples. En effet, Jésus a été l’homme de Dieu qui, comme un bon pain, s’est donné à tous pour que tous s’en nourrissent, surtout ceux qui en ont le plus besoin : comme les pauvres, les faibles, les laissés pour compte, les exploités, les opprimés, les désespérés et les perdus de la vie…

            Au temps de Jésus, tous ceux qui l’ont fréquenté ont trouvé en lui, qui s’est définit comme le véritable pain qui nourrit et donne vie, l’énergie, l’élan, les motivations dont ils avaient besoin pour se fortifier, se redresser, se reprendre en main, reprendre courage et confiance en leur valeur, pour croire en leur possibilités, pour revivre et s’ouvrir à l’espérance d’une vie nouvelle.

            Dans la manducation de ce pain qui est Jésus lui-même, ses disciples ont découvert le secret de leur salut et de leur bonheur ainsi que de ceux du monde entier. Il s’agit, en effet, non pas d’un faux salut fondé sur la logique habituelle et universelle du pourvoir individuel et égocentrique qui ne génère que confrontations, antagonismes, hostilité et divisions et donc que des mécanismes de souffrance, de désagrégation et de mort, mais il s’agit d’un salut et d’un bonheur que tous trouvent dans l’amour fraternel, désintéressé et gratuit, avec lequel ils s’aiment et ils prennent soin les uns des autres et du monde naturel qu’ils habitent ;  amour donc  que les chrétiens déclarent vouloir  assimiler et incarner dans leur  existence par le geste de la manducation de ce  Pain.  

            La « communion » constituée par la manducation du pain au cours du rite eucharistique n'a aucune valeur si nous lui ôtons son caractère de signe et de symbole de notre volonté et de notre désir de nous nourrir de la parole, de l’enseignement, des valeurs, des attitudes que l’Homme de Nazareth a incarné dans sa vie et qu’il a laissé en héritage à ses disciples.

            Communier signifie donc vouloir être « en communion » avec tout ce que Jésus a dit et il a été.  Mais communier signifie aussi vouloir être en communion d’esprit, de cœur, d’intentions avec nos frères, ainsi qu’avec tous les hommes de bonne volonté disséminés dans le monde entier.

            Concrètement, moi, le chrétien, qui chaque dimanche célèbre un rite d’action de grâce (une eucharistie) pour la présence parmi nous de l’esprit du Seigneur Jésus dont je veux me nourrir…, et bien, par ce geste, je veux signifier que moi aussi, comme mon Maitre, je veux être capable de vivre pour les autres et de donner ma vie pour les autres ; cependant, non pas en mourant, mais en étant toujours disponible à quiconque peut avoir besoin de moi et de ma « miséricorde ».

            Je résume ces réflexions en disant tout simplement que toutes les marques de respect de la foi populaire envers le pain consacré sont excellentes. Cependant, si le comportement et l’esprit de Jésus ne se reflètent pas dans notre vie, la célébration de l'eucharistie sera toujours de la magie à bon compte et un gros mensonge qui pourra difficilement nous « sanctifier ».  

 

M B – 16 juin 2022

 

lundi 6 juin 2022

 

Notre vie, une question d’esprit !

(Fête de la Pentecôte 2022)

Dans la tradition chrétienne, la Pentecôte est la fête qui célèbre la présence et l’action d’Esprit de Jésus au sein de la communauté croyante.

            Dans le langage courant, on dit souvent que tout est une question d’esprit. Je pense que c’est très vrai ! Dans l’être humain, en effet, l’esprit qu’un individu possède informe et programme toute sa vie, module toutes ses attitudes et son comportement, détermine de qualité de sa personne. La nature de son esprit peut faire de lui un modèle ou un rebut d’humanité, une sainte personne ou un individu diabolique (pensez à Staline, Hitler ou à Poutine et à d’autres).

            C’est donc dire l’importance de la qualité de l’esprit en nous et donc l’importance de le puiser à une bonne source. C’est quand même extraordinaire de penser, qu’à l’état actuel de nos connaissances, nous sommes les uniques créatures connues dans l’Univers à être structurées comme matière spiritualisée et comme esprit matérialisé et où l’esprit détermine la forme profonde de notre individualité et de notre personnalité. Sans l’esprit nous cessons d’être des humains.

            Or, dans l’être humain, l’esprit peut prendre une double configuration et se déployer comme un bon esprit ou comme un mauvais esprit. Cela veut dire, premièrement que l’homme peut être conduit par l’un ou par l’autre esprit et ainsi déterminer la réussite ou l’échec de sa vie. Deuxièmement, cela signifie aussi que le comportement global des individus qui composent nos sociétés a le pouvoir de bâtir soit un monde qui prospère et s’épanouit dans l’harmonie, la communion et la justice d’un amour fraternel, soit un monde bâti sur les dynamiques du pouvoir individualiste et égoïste qui peut conduire l’humanité à sa ruine.

            Cette fête chrétienne de l’esprit veut nous faire réfléchir sur ce fait et elle veut nous pousser à prendre au sérieux notre rencontre avec l’esprit de Jésus de Nazareth. Il s’agit en effet d’un esprit qui, d’un côté, semble surgir d’on ne sait où pour mettre en crise, troubler, déstabiliser et faire fuir le commun des mortels ; mais qui, de l’autre côté, possède des intuitions révolutionnaires, une sagesse profonde et inhabituelle, un potentiel unique de transformation et de renouvellement des personnes. Cela explique pourquoi sa présence parmi nous a immédiatement suscité un mouvement d’opposition et de refus, mais aussi une forte vague de sympathie d’admiration et d’enthousiasme, surtout parmi les gens simples et pauvres de son temps.

 La rencontre des disciples avec l’esprit, l’enseignement et le style de vie de leur Maitre a ouvert leur esprit et leur regard à la vision et à la possibilité d’une société et d’un monde tellement différent de celui dans lequel ils vivaient et qu’ils considéraient comme normal, qu’ils ont tout de suite pensé que l’esprit qui animait Jésus ne  pouvait pas être surgi en lui d’une intuition ou d’une vision purement humaines et personnelles, mais qu’il devait lui venir d’ailleurs, d’une Source supérieure qui ne pouvait être que divine.

            Cette fête est donc là pour dire d’abord à nous, les chrétiens et, ensuite, à tous les humains : « Voilà Jésus et voilà le genre d’esprit qui devrait animer et orienter votre existence ! C’est à cette source que vous devez boire ; c’est sur cet esprit que vous devez mouler vos attitudes, vos comportements et construire vos relations. L’esprit de ce Maitre d’humanité est véritablement le BON esprit, le seul capable de donner valeur et qualité à votre vie et d’assurer un salut, un bonheur et un future à votre monde ».

            À ce point, la demande que nous nous posons instinctivement est la suivante :«Mais pourquoi l’esprit de Jésus est si bon ? Qu’est-ce qu’il a de si spécial et de si unique ? ». La réponse se trouve  dans le fait  que Jésus a été  un des premiers hommes, dans l’histoire de l’ humanité, qui a découvert que les dynamiques ultimes qui  sont à l’origine de la Réalité et qui soutiennent,  dirigent et développent  tout ce qui  existe  dans l’Univers, sont essentiellement des forces d’attraction, de communion, de relations qui interagissent et qui se déploient avec  une régularité, une prodigalité et une gratuite sans limites et qui paraissent activées par une intentionnalité amoureuse qui embrasse toute la réalité. Jésus a été le premier humain qui a senti et expérimenté que partout «il y a de l’amour dans l’air», (comme chantait Martine St. Claire) et que la seule place où et amour est absent, c’est souvent dans la vie et dans le cœur des hommes.

            Jésus de Nazareth a exprimé et symbolisé le Mystère à l’origine de ces énergies génératrices et bénévoles à l’œuvre dans le monde, en utilisant l’image d’un Père maternel qui met à l’existence ses créatures par pur amour et qui l’établit dans une relation définitive d’amour inconditionnel avec elles (voir en Luc 15 la parabole du «Fils prodigue »). Selon Jésus, il s’agit là d’un amour qui ne pourra plus jamais être soustrait, enlevé ou refusé à ces enfants, et cela quoi qu’ils deviennent dans leur vie et quoi qu’ils fassent de bien ou de mal. C’est donc une qualité d’amour qui n’est liée ni à la prestation ni au mérite, mais exclusivement à la condition « filiale » de ses créatures.

            Jésus a été l’homme dont la sensibilité de l’esprit a été capable de capter la présence de cette qualité d’amour non seulement en dehors de lui (dans l’Univers), mais surtout en lui et en tout être humain. Il été capable d’incarner cet amour dans sa vie et il s’est donné comme mission de l’annoncer et de le transmette aux autres. Et cela pour que, comme lui, chaque humain puisse, à son tour, se laisser conduire par les dynamiques de cet amour qui se donne sans compter, qui crée fraternité et communion dans un monde où tous se découvrent  enfin « frères et sœurs » générés des mêmes entrailles de miséricorde.

            La pentecôte, qui vient conclure le périple des célébrations consacrées au souvenir annuel des « gestes » plus marquants de la vie de Jésus, est alors    comme le point d’orgue final d’une sonate qui veut nous signifier que tout ce que avons  entendu sur Jésus et son évangile au cours de l’année liturgique n’aura pas été du temps perdu seulement si nous avons été capables de moduler davantage notre esprit sur le sien et si nous avons mieux réussi à tisser nos relations avec le fil de son même amour ( fait de fraternité, de communion, de gratuité, de soins, de partage, de justice et de miséricorde). Alors nous aurons contribué à faire reculer un peu l’ancien ordre des choses basé sur l’amour du pouvoir et à faire avancer le nouveau construit sur le pouvoir de l’amour.

 

 3 Juin  2022

samedi 14 mai 2022

 


RÊVONS D’AMOUR, LES AMIS !!! 

(5 dim. paques, C -. Jn 13, 31-35 ) 

Nous, les humains, nous sommes des drôles de créatures ! Nous avons été conçus dans une étreinte d’amour, nous sommes entrés dans ce monde grâce à un geste  viscérale d’accueil total, nous sommes faits  pour aimer, nous pouvons aimer  d’une  façon « divine »  … et pourtant nous sommes  très mal à l’aise  dans  l’amour ;  nous parlons rarement et difficilement  le langage de  l’amour ; nous ne donnons pas une  grande valeur à l’amour et, dans notre vie, nous agissons en donnant habituellement beaucoup plus d’importance  à l’argent  et au pouvoir qu’à l’amour.

On peut même dire que la grande majorité des personnes n’ont aucune idée de la véritable nature de l’amour. Ils en ont habituellement une conception sentimentale ou érotique. Ils considérèrent l’amour comme un simple sentiment ou un attrait qui est, sans doute, plaisant et gratifiant, mais qui ne peut pas être assumé dans la vie comme une valeur principale et comme une attitude apte à soutenir la confrontation avec les défauts des personnes et avec les contraintes, les exigences, les luttes de la vie quotidienne, de la vie sociale, politique, économique dans le monde que nous habitons.

Ainsi, pour faire un exemple, dans le mariage, la rencontre de deux amours qui surgissent dans le cœur des amants a habituellement une saveur d’éternité, un désir de don complet de soi à l’autre et une volonté d’accueil total de l’autre dans sa propre vie.  Cependant, dans la société civile et dans l’institution religieuse, cette rencontre amoureuse, faute de pouvoir assimiler l’idée évangélique d’un amour à fond perdu et inconditionnel, est immédiatement contaminée par le virus de l’égoïsme et de l’individualisme et transformée ou plutôt pervertit en une banale transaction commerciale,  en un «contrat» ( le «contrat de mariage) et en une « entente » qui durent le temps que cela « convient » aux  deux partenaires , mais qui cessera aussitôt que l’entente n’existera plus.    

Il s'en suit que dans une la culture rationnelle, technique, pragmatique d’une société capitaliste, individualiste, forcément égoïste et donc souvent cynique, le discours de Jésus de Nazareth sur l’amour fraternel, gratuit et désintéressé n’est ordinairement pas pris au sérieux. Il est considéré comme une charmante divagation lyrique d’un idéaliste et d’un rêveur qui n’a pas les pieds sur terre et qui propose des utopies irréalisables, compte tenu de la dure réalité de notre monde.  

Avec cette attitude et cette conviction, nous avons alors construit un monde où, je ne vis pas pour vivre, mais simplement pour survivre, il faut se battre, être agressifs, compétitifs et souvent impitoyables. Nous avons ainsi mis au point une société qui semble exiger non pas le juste partage des biens dans la fraternité et l’égalité, mais l’agressivité de la détermination à obtenir ce que l’on veut par tous les moyens à notre disposition, même par le recours à la violence, à l’exploitation, au pillage et à la dévastation insensée et stupide de la Planète. Et nous appelons cela civilisation, bien-être et progrès.

Et pourtant dans l’histoire de l’humanité, les rêves, les utopies, les projets retenus irréalisables, l’imagination ont toujours été les grands moteurs qui ont accélérés la marche évolutive de notre espèce, ainsi que de notre humanisation.

 Il n’est pas nécessaire d’être des psychanalystes ou des disciples de Freud, de Wilfred Bion, de Carl Yung ou de Eugen Drewermann pour croire à la valeur des rêves à  ouvrir notre pensée à l’idée et à la possibilité de nouveaux commencements. Regardez les jeunes à l’adolescence de leur vie ! Ils passent leur temps à rêver, à fantasmer ! Et c’est ainsi que surgissent les génies ! C’est ainsi que le futur se profile ! C’est ainsi que le nouveau se dessine et que sont jeté les fondations pour de nouvelles formes d’existence qui font avancer notre humanité. Car, finalement, c’est de la qualité de nos rêves que dépend la qualité de notre vie et de notre avenir. 

C’est pour cela que rêver d’amour ne peut jamais faire du mal à notre monde. Et c’est ce que Jésus de Nazareth a fait ! Il a incarné et vécu un extraordinaire rêve d’amour : gratuit, désintéressé et inconditionnel. En même temps, il nous a prouvé, par toute sa vie, que son rêve pouvait devenir réalité, si seulement nous étions intérieurement assez pauvres, assez libres, assez motivés, assez ouverts, assez courageux et assez confiants pour l’adopter comme mode et style de relation humaine et comme l’orientation de base de notre existence.

Alors, grâce à lui et à sa suite, cela pourrait vraiment faire de nous, ses disciples, des promoteurs d’une nouvelle façon d’être humain, des pionniers d’un nouveau monde et les premiers spécimens d’une humanité recréé et renouvelée, car établie dans la communion et la fraternité de l’amour.

Il s’agit cependant d’un rêve auquel il est difficile de croire et qui est surtout difficile à accepter, tellement il est subversif, révolutionnaire et contestataire. En effet il annule et il condamne par principe le système de pouvoir, d’oppression et d’exploitations sur lequel ont été et sont construites les sociétés, les politiques, les économies et les relations humaines.

Déjà en son temps, Jésus été éliminé à cause de son rêve. Aujourd’hui encore son message d’amour est bien difficile à être accepté et bien loin d’être pris au sérieux, même si l’on commence à se rendre compte qu’il constitue la seule Voie de salut pour notre monde.

En effet, c’est seulement lorsqu’un grand rêve devient réalité, qu’un bond en avant est réalisé dans la marche évolutive de notre humanité. Avec Jésus de Nazareth, continuons à rêver d’un amour fraternel, gratuit, généreux offert à tous sans distinction, car tous fils et filles d’une même famille humaine, d’une même Terre-Mère, d’un même Univers, d’un même Mystère Ultime qui est source de tout être, de toute vie et de toute amour.

C’est la nouveauté de cet amour inconnu auparavant, le grand héritage que Jésus du Nazareth a laissé à l’humanité et particulièrement à nous, qui l’avons rencontré : « Je vous laisse un commandement nouveau : comme je vous ai aimé, aimez-vous aussi les uns les autres ! C’est à cette qualité d’amour que les gens sauront que vous êtes mes disciples » (Jn 13,34-35). Ce sera donc dans la mesure où nous serons capables d’incarner cet amour dans notre vie et de le diffuser autour de nous, que nous pourrions vérifier l’authenticité de notre vie et de notre cohérence chrétienne.

C’est tout un défi et tout un programme de vie que Jésus nous a placé entre nos mains ! Hélas, dans le passé, nous n'en avons pas fait grand-chose. Serons-nous capables d’en faire quelque chose de plus dans le présent ? 


 

Bruno Mori -  mai 2022


dimanche 24 avril 2022

 

Nouveau regard sur la « miséricorde »  de Dieu

(2e dimanche de Pâques, 2022)

         Alors que dans le Bouddhisme la parole clef est la « compassion », ce qui caractérise la spiritualité et la religion chrétienne est, par contre, le concept de la  « miséricorde » de Dieu [i]. Cependant ce mot, à mon avis, est souvent mal compris et utilisé à tort et à travers dans la religion catholique comme un synonyme de pitié, d’indulgence, de clémence, de magnanimité, de tolérance, de pardon de la part de Dieu pour les « pauvres pécheurs ». La miséricorde est certes présentée comme une bonne disposition de Dieu envers les pécheurs en vue de leur salut, mais elle n’est efficace que si ceux-ci se convertissent et se détournent définitivement du mal. Dans le cas contraire, sa miséricorde tombe à l’eau et les obstinés seront inexorablement condamnés et châtiés.

            C’est un fait que dans cette religion, Dieu n’accorde jamais son amitié, sa bienveillance, sa grâce, son pardon, son amour, son salut gratuitement, mais ses faveurs il faut toujours les acquérir, les acheter, les mériter par un échange de prestations, des bonnes œuvres, de bonnes dispositions, de dévotions, de prières, mais surtout au prix de renoncements, de mortifications et de sacrifices. Ceux-ci, plus ils sont douloureux, plus ils sont efficaces pour obtenir la miséricorde de Dieu

            Dans la Bible cependant, le concept de miséricorde a un sens complètement différent de celui que la religion chrétienne traditionnelle lui attribue. Dans ces écrits sacrés le mot hébreux (lajamìn) que nous traduisons par miséricorde indique l’amour viscéral d’une mère pour la fragile créature quelle forme et porte dans son ventre, qui fait partie d’elle, à laquelle elle donne la vie, qu’elle met à la lumière dans l’espoir qu’elle vive heureuse et pleinement accomplie en ce monde. C’est tout ce que l’amour d’une mère et d’un père veut et désire pour leur enfant !

            Voilà pourquoi pour le juif Jésus le terme miséricorde n’indique pas tellement une disposition, une qualité ou une attitude intérieure de Dieu, mais il  définit plutôt son être et sa nature profonde. Il indique toujours une Puissance amoureuse qui génère les êtres à la vie et qui est continuellement à l’œuvre pour qu’ils vivent épanouis et heureux. De sorte que chaque fois que Jésus parle de « son » Dieu, il le présente toujours comme un père maternel qui possède un cœur rempli de ce genre d’amour : un amour qui est source de vie et qu’il veut verser dans le cœur et dans l’existence de ses enfants, afin que ceux-ci vivent pleinement. Et cela quoi qu’ils fassent et quoi qu’ils deviennent dans leur vie, même s’ils se transforment en des êtres misérables.

C’est cela le sens vrai de la miséricorde. Il vient de l’expression latine miseris-cor-dare, qui veut dire donner son cœur à ceux qui sont misérables.  Car si des êtres humains sont devenus des êtres misérables, tombés dans un état de déchéance, d’égarement et de mort intérieure, cela a été très probablement causé par une incapacité à accueillir l’amour qui leur avait été offert.

            Jésus présente son Dieu comme un Père-Mère dont l’amour va chercher ses enfants « misérables », perdus, blessés, souffrants et mourants sur les chemins du monde pour leur offrir une chance de guérisons et retour à la vie. Cela signifie que le Dieu Père-Mère de Jésus, à différence du Dieu de la religion, ne connait pas la rancune, l’animosité, l’aversion, l’hostilité, le ressentiment, le reproche, la colère, la condamnation et le châtiment pour le fils qui est tombé dans la déchéance du mal, mais seulement l’amour qui veut faire vivre et sauver

            Devant le drame faiblesse et de la fragilité (éthique, morale, humaine, psychologique, spirituelle), et donc de la faute de ses enfants, le Dieu père de Jésus les aime encore plus intensément. C’est un Mystère d’amour mais qui ne sait pas pardonner, parce qu’il ne sait pas culpabiliser ; c’est un abîme d’amour qui est incapable de se sentir offensé ou lésé par les bêtises de ses enfants lesquels, malgré, ou plutôt, avec leurs « misères » et leurs « péchés », ne se séparent jamais de lui, mais ils restent toujours immergés dans les profondeurs de son amour.

            Voilà pourquoi dans les évangiles, la justice du Dieu de Jésus est complètement différente de la justice des hommes ; elle ne prend jamais la configuration ni de la vengeance, ni de la punition pour les fautes commises, ni de la rétribution pour les mérites. Elle est toujours présentée comme une guérison ou une libération du mal et de la souffrance. C’est une justice qui se manifeste toujours comme un amour qui donne la vue aux aveugles, la parole aux muets, la vie aux morts. Il s’agit donc d’un amour gratuit et inconditionné que le Dieu père-mère de Jésus réserve toujours à ses enfants qu’ils soient bons ou méchants.

            Cet amour, en effet, n’est pas un sentiment vide de contenu, mais une énergie chargée de vie, qui restaure la vie, qui ramène à la vie et qui est toujours donnée pour sauver là où sont à l’œuvre les dynamiques de la désagrégation et de la mort.

            Il est facile de comprendre alors que l’amour du Dieu père-mère de Jésus est un amour à fond perdu. Il ne demande et n’exige aucune condition préalable de regret et de conversion pour nous aimer. Jésus disait que son Dieu fait resplendir le soleil de son amour autant sur les bons que sur les méchants. Il s’agit d’un amour qui ne dépend jamais de nos prestations, de nos souffrances, de nos sacrifices et de nos mérites ; de sorte qu’il semblerait devoir aimer davantage les enfants obéissants et exemplaires et moins les rebelles et les indépendants. Il s’agit d’un Dieu maternel qui nous aime depuis toujours et à l’amour duquel nous ne pouvons jamais nous soustraire : ni lorsque nous sommes bons, ni lorsque nous sommes méchants. Nous sommes condamnés à être aimés.

                                    C’est cela la miséricorde du Dieu de Jésus de Nazareth ! Comme on peut le voir, elle se situe à des années lumières de la miséricorde du Dieu morose et acariâtre de sœur et «sainte»  Faustine Kowalska  qui a besoin de la pathétique prière de son chapelet pour apaiser la colère suscitée en lui par les fautes et les péchés des hommes.[ii]

 Bruno Mori -   20 avril 2022  


[i] Dans les Béatitudes  qui constituent un concentré du cœur et de l’esprit de Jésus et la carta magna du comportement  chrétien, il est dit : “Bienheureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde” (Mt 5,7).Ailleurs dans  les évangiles, Jésus dit :«Soyez  miséricordieux, comme votre Père céleste est miséricordieux » (Lc 6,36)  --  « Allez apprendre  ce que veut dire: “ C’est la miséricorde  que je  veux  et non pas vos les sacrifices  ( Os 6,6), (Mt 9,13).

[ii]  Le chapelet de la miséricorde - d’après sainte Faustine Kowalska, Jesus lui confie :« Cette prière sert à calmer ma colère»  (Petit Journal 474-475) .   

Sœur Faustine affirme dans son Petit  Journal :   « Quand on récite  ce chapelet auprès des agonisants , la colère divine s’apaise et un  miséricorde insondable s’empare de son  âme ( P.J 811 ) .

lundi 11 avril 2022

 

 La femme adultère ou la mort de la Loi  ( Jn 8,1-11)

La loi juive, au nom de laquelle les scribes et les pharisiens amènent la femme devant Jésus, exigeait la mort des adultères : "Si l'un commet un adultère avec la femme de son voisin, les deux adultères sont coupables de mort" (Lev 20,10; Dt 22.22 ). Toutefois, dans cette culture fortement patriarcale on exécutait la femme et presque jamais l’homme.

Dans les sociétés primitives c’est par ce genre de lois que les groupes humains se protégeaient contre les comportements « déviants » susceptibles de   mettre en danger la stabilité de l’ordre social. D’où la nécessité d’assurer le respect des règles et des lois qui protégeaient la propriété, la suprématie du mâle sur la femelle, etc. 

Pour que la loi soit plus contraignante, elle était attribuée par la religion (garante de l’ordre social) à la volonté des dieux ou de Dieu qui la rendait « sacrée » absolue et intouchable. Mais ce n’est pas tout : avec le temps la Loi finira par être comprise non seulement comme une expression de la volonté divine, mais  aussi comme une expression des « intérêts de Dieu ».

Il est clair que les intérêts de Dieu sont toujours au-dessus de ceux des hommes ; le contraire est considéré comme un "péché". Et, c’est pour cette raison même que la personne religieuse peut devenir fanatique et donc prête à tuer et à massacrer pour obéir à une supposée volonté de Dieu et pour défendre les intérêts de Dieu qui se confondent presque toujours avec ceux d’une religion. Cela explique la cruelle obstination de ces fanatiques de la Loi (les scribes et les pharisiens de l’évangile) qui, au nom de la Loi, sont prêts à mettre à mort cette femme.

Tant que qu’un individu s'identifie   à ce genre de culture et de religion, il ne mettra jamais en question son attitude et il sera toujours prêt à tuer quelqu'un, si c’est « ce qu'il faut faire » pour obéir à Dieu et lui faire plaisir. Mais dès qu’un individu acquière un peu d’intelligence, de jugement, de bon sens et un peu d’esprit critique, voilà qu’il commence à se poser des questions : est-ce possible un Dieu capable d’une telle cruauté et d’une telle volonté de mort ? Quel genre de religion ces scribes et ces pharisiens représentent-ils qui permet de tuer une personne pour un écart moral et qui ne défend pas l'être humain au-dessus de toute autre valeur ?  Et voilà alors que cet individu découvre qu’il s'agit là d'une religion qui, en se confondant avec Dieu et en devenant absolue, se pervertit, se déshumanise et s’aveugle. De sorte qu’elle ne réussit plus à voir que Dieu ne peut être qu’amour, vie et source de vie et jamais une cause de souffrance, d’abjection, d’aliénation et de mort pour ses enfants.

Cet aveuglement affecte souvent les fonctionnaires d’une religion. Preuve en est ce récit de la femme adultère condamnée à mort par le Dieu de la Loi et de la religion, mais sauvée par le Dieu-Père de l’amour gratuit, de la miséricorde et de la vie « en abondance » qui parle et se manifeste à travers Jésus.

 Cette péricope de la femme adultère avait disparu pendant quatre siècle de la plupart des codex plus anciens. Elle réapparaît, soudainement autour du cinquième siècle, où on la retrouve dans l’évangile de Jean et logée au début du chapitre huit, sans doute à cause de ce que Jésus dira un peu plus loin dans ce même chapitre : «Vous jugez … moi, je ne juge personne » (Jean 8,15).

Les vicissitudes de ce texte révèlent, sans doute, la préoccupation des autorités religieuses des débuts du christianisme de faire respecter une loi  qui venait  de Dieu,  ainsi que leur peur de permettre des exceptions à celle-ci qu’il considéraient particulièrement  importante… Il se peut donc que les premières communautés chrétiennes, encore fortement marquées par la conception juive de Dieu et par le caractère sacré de la Loi divine qui, dans la Bible, condamnait et punissait clairement l’adultère n’ont pas osé publiciser et diffuser l'attitude libre et indulgente de Jésus qui apparaît dans ce récit, au point d’en censurer l’extraordinaire nouveauté et d’en effacer les traces.

C'est précisément cette nouveauté que cherche à mettre en lumière ce récit. Face à une religion qui condamne, Jésus est le pardon sans réserve. Les paroles qu’il adresse aux accusateurs (« Qui est ans péché, qui se trouve irréprochable, qu’il lance la première pierre… » ) semblent l’échos de bien  d'autres éparses dans les évangiles: « Comment oses-tu dire à ton frère : laisse-moi t'ôter la paille de l'œil, alors  que tu as une poutre dans le tien ? Hypocrites…»  (Mt 7,4).

Tout au long de l'évangile, Jésus offre le pardon gratuit, montrant ainsi un Dieu « différent », non menaçant ou condamnant; un Dieu qui est  Père-Mère; un Dieu   qui  ne sait qu’aimer d’une façon gratuite et inconditionnelle et qui n’agit que sous la mouvance de sa miséricorde. 

Cette façon d'offrir le pardon semble indiquer que c'est aussi notre conception même du « péché » que nous devons modifier. Pour une religion fondée sur la norme – et, par conséquent, sur le « mérite » –, le péché apparaît couvert d'une malice consciente et délibérée, à cause de laquelle la personne devient coupable et passible de condamne et de punition. Jésus vient briser cette logique de suspicion et de malveillance. Il nous montre qu’il n’y a pas des individus vraiment coupables et pécheurs ; mais seulement des êtres marqués par les antécédents et les vicissitudes de leur vie; qu’il y a seulement des êtres égarés dans les labyrinthes de leurs pulsions, de leurs passions, de leur désirs, de leurs  faiblesses, de leurs erreurs et de leur ignorance … et qui n’ont besoin surtout pas besoin d’être jugés, blâmés et condamnés, mais seulement d’être compris, accueillis et aimés d’une façon désintéressée pour se sentir valorisés, pour changer, pour se  transformer, pour renaitre à la vie et se sentir sauvés.

C’est le miracle d’un tel amour qui a libéré cette femme de la mort et qui l’a lancée, finalement redressée et renouvelée sur les chemins d’une nouvelle vie.   

Bruno Mori -  29 mars 2022  

mardi 29 mars 2022

 

Le Père prodigue ou le triomphe de la gratuité

(4e dim. carême, C – Lc 15, 1-32)

On pourrait effacer tous les contenus des évangiles et garder seulement la parabole du Père du fils libertin et on aurait l’essentiel du message de Jésus. Car, finalement, toute la nouveauté de son enseignement est dans la révélation de ce Père, figure de son Dieu, dont le cœur est un abîme de tendresse, de miséricorde et d’amour, mais qui doit gérer l’égoïsme, la mesquinerie et les bassesses de ses deux enfants qu’il veut, malgré tout, rendre heureux

À mon avis, cette parabole marque un virage fondamental non seulement dans la façon humaine de concevoir et de présenter le Mystère de Dieu, mais aussi dans la façon de comprendre le sens et le but de la vie et de la présence de l’homme en ce monde.

Cet abîme de bonté, incarné par le père de la parabole qui submerge et cache, pour ainsi dire, la misère humaine et spirituelle de ses enfants dans la profondeur de son amour, est là pour nous faire comprendre à quelle source Jésus nous invite à nous abreuver et quel genre de rayonnement nous devons à notre tour dégager. Face à ce Père qui nous génère, nous attend, nous reçoit et nous serre dans l’étreinte d’un amour totalement gratuit, inconditionné et, pour nous, presque insensé, nous ne devrions pas avoir d’autres choix que de l’accueillir dans l’émerveillement de sa qualité, de sa nouveauté, afin d’en vivre et avec lui transformer le monde

 Par l’image de ce père, Jesus nous révèle donc la nature de « son » Dieu. Il nous le présente comme un Être qui ne sait qu’aimer ; qui aime sans conditions, sans raisons, sans clauses, sans limites et dont la bienveillance et la tendresse nous sont toujours assurées, indépendamment de nos fautes et de nos mérites. C’est un Dieu qui se complaît dans l’amour et la miséricorde et nos pas dans les sacrifices[i] (Os 6,6 ; Mt 9,13)

On se rend tout de suite compte que le Dieu de Jésus est à l’opposé du Dieu de la religion judéo-chrétienne.  Le Dieu de cette religion est un Seigneur tout-puissant qu’il faut apprivoiser, calmer, se rendre propice, acheter (par nos sacrifices et nos supplications et nos mérites) pour qu’il nous donne sa « grâce »,ses faveurs, sa protection, son pardon et le salut éternel. Ce Dieu ne connait pas la gratuité, mais seulement le marchandage, la rétribution pour la soumission, les ouvres et les bons services rendus. C’est donc un Dieu qui accepte seulement l’homme en règle et « juste » et qui rejette et condamne le « pécheur» qui ne suit pas les règles tracée à l’avance par le système religieux. Nous sommes ici à des années lumières du comportement du père de la parabole.   

Le père de la parabole ne demande pas au fils défait et humilié qui, après son aventure tragique, revient à la maison, une compensation et des excuses. Il n’exige pas qu’il rembourse l’argent qu’il a gaspillé, ou qu’il paie maintenant un loyer ou une pension ... rien de tout cela ! À la place, il le couvre de sa tendresse et du débordement insensé de son amour.  C’est jusque-là que va la gratuite de l’amour ! C’est ainsi que le Dieu de Jésus se comporte ! C’est cette même attitude et cette même qualité d’amour que Jésus propose comme mode de vie à ses disciples, étant donné qu’il est convaincu que chaque humain est sorti du Mystère de Dieu et qu’il est habité par son Esprit.

C’est en cela que consiste la nouvelle logique de l’évangile qui n’est plus la justice du « do ut des »,… tu fais une gaffe, tu écope…; tu fais le mal , tu en assume les conséquences ; tu commets un crime,  tu seras punis ;  tu te coupes, tu  vas saigner !  …Mais la logique folle d’une autre justice qui guérit et qui sauve sans frapper, sans humilier et sans anéantir, parce que la mesure de sa référence est celle de l’amour qui veut toujours et sans conditions le bien de l’être aimé.

Le drame de la religion chrétienne est d’avoir remplacé la logique de la gratuité de l’évangile, par la logique d’une justice « commutative »   où la miséricorde, la bienveillance, le pardon et le salut ne sont pas obtenus gratuitement, mais donnés par Dieu  « en échange » du  sacrifice de son Fils (« qui nous a acquis et mérité  le salut ») et ensuite en échange des « sacrifices » et des «mérites»  des croyants.

Ce passage de la gratuité de l’amour, à l’achat de l’amour et de la grâce de Dieu accordée en échange des «bonnes œuvres », des  mérites  et des sacrifices, a eu de lourdes conséquences non seulement sur la pratique et la spiritualité chrétiennes, mais aussi sur configuration de la société occidentale en général.

En  effet, si nous gardons présent à l’esprit le fait que la civilisation et la culture occidentales ont été moulées par la religion chrétienne, nous pouvons mieux comprendre pourquoi la mentalité de l’échange  et du «commerce» soit si profondément ancrée et présente en Occident, au point que cette partie du Globe s’est transformée  très tôt en une immense société capitaliste de marché régie par la compétition, la concurrence, l’agressivité, la consommation; où tout est négociable et monnayable; où plus rien n’est gratuit; où tout doit être  gagné et acheté , où  les seules valeurs qui comptent sont celles de l’argent, du profit et du pouvoir, avec l’aveuglement, l’insensibilité, l’irresponsabilité  et  la  folie qui souvent les accompagnent. 

Voilà alors l’urgence de retourner et de se convertir à la gratuite de l’Amour de l’évangile seule capable de  faire sortir l'humanité de la logique criminelle du pouvoir, ainsi que de l’impasse où l’aveuglement, la stupidité, la cupidité et l’irresponsabilité de ses gouvernants l’ont confinée. La réflexion sur la figure du Père de cette émouvante parabole  peut nous y aider. 

Une chose est certaine : celui qui a saisi la véritable nature du père de cette parabole, ne sera plus jamais  capable à  Noël de chanter le «Minuit Chrétien» à un petit Jésus venu au monde  «pour effacer la tache originelle - et de son père arrêter le courroux.».

B.M.   – Montréal 23 mars 2022  



[i] Cfr.: Os 6,6 ; Mt 9,13 .

lundi 21 mars 2022

 

THÉISME OU POST-THÉISME ?  DANS QUEL « UNIVERS » SE SITUER ?

 

La critique fondamentale que la majorité des croyants traditionnels (théistes) adressent au post-théisme moderne s’enracine fondamentalement dans le fait que ce courant de pensée religieuse refuse l’idée d’un Dieu (« Theos ») conçu comme une Entité anthropomorphique, surnaturelle, personnelle et toute-puissante qui existerait dans son identité singulière en dehors de la réalité naturelle et physique de notre monde.

Les post- théistes considèrent une telle conception de Dieu comme un mythe et donc comme un produit de l’imagination humaine qui n’a aucune correspondance dans la Réalité. Ils reprochent donc aux croyants traditionnels théistes de ne pas se rendre compter que pour rendre « Dieu » acceptable et aimable à leurs yeux et à leur cœur, ils le transforment en une Entité conçue à leur « image et ressemblance », et donc en un produit de leur désir et en une fiction de leur esprit. 

Les théistes se comportent ainsi exactement comme l’avait prévu ce philosophe ancien (je ne sais plus si c’était Parménide ou Épicure ou, plus proche de nous, Spinoza) qui, traitant de la façon humaine de concevoir Dieu, affirmait que celle-ci n’est pas différente de celle que les vers de terre auraient s’ils étaient des créatures intelligentes, conscientes et religieuses comme nous. Ces lombrics ne seraient certainement pas portés à concevoir leur dieu comme un beau gros merle dans le ciel, mais plutôt comme un super beau, gros, reluisant vers de terre qui leur donne le goût et l’envie de s’y frotter et de l’enlacer.

De sorte que les croyants traditionnels, en voulant à tout prix faire de Dieu le partenaire d’une relation personnelle aimante et gratifiante, ainsi que le garant et le tuteur de leur bien-être et de leur bonheur, fournissent eux-mêmes au post-théisme les arguments pour critiquer et refuser leur forme de foi.

Les post théistes ont aussi pour leur dire que les croyants traditionnels théistes n’ont la moindre idée du Mystère abyssal qui se cache sous le nom de « Dieu ». Pour les adhérents du post-théisme qui, sur ce sujet, ont adopté le point de vue de la majorité des grands penseurs et des représentants des sciences et de l’astrophysique modernes, le mot « Dieu » n’est qu’un nom, qu’un son et qu’un symbole qui, comme disait déjà si bien Einstein, ne sert aux humains qu’à exprimer leur ignorance et à nommer le vide total de connaissances à propos du Mystère de Dieu. Toutefois, pour ne pas trop dénigrer les capacités intellectuelles des humains, Einstein ajoutait, en  guise de consolation,  qu’ «en tant qu’êtres humains, nous avons cependant été dotés de ce qu’il faut d’intelligence pour nous rendre compte à quel point celle-ci est inappropriée à percer le Mystère (Ultime)  de l’existence[i]».

Pour ma part, lorsque je regarde le nombre de religions et de croyants pour lesquels « Dieu » est le nom qu’ils donnent à leur prétention (qui n’admet aucun doute) de tout  savoir sur son compte, je pense que l’optimisme de Einstein sur la dose suffisante d’intelligence que tous les humains  possèdent pour saisir au moins les limites de  leurs  possibilités, est loin d’ être vraie.

De fait, pour la religion chrétienne, Dieu n’est plus un Mystère. Le dogme catholique est sûr et se vante de connaître presque tout, ou presque, sur Dieu : sa nature profonde, son fonctionnement interne et même l’intimité de ses relations personnelles. De sorte que, dans le monde croyant catholique, le mot « Dieu » qui aurait dû servir comme nom ou symbole pour indiquer le Mystère Ultime et l‘impossibilité humaine de le déchiffrer, a été converti en une figure totémique imaginaire à l’apparence humaine et désormais sans plus aucun mystère. 

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 Il faut toutefois admettre que les dynamiques qui dans l’imaginaire collectif sont à la base de ce processus de création du mythe d’un « Theos là-haut », sont finalement assez naturelles et compréhensibles, lorsque on considère les conditions de vie des hommes du néolithique qui l’ont créé.

Les humains de ces temps reculés devaient en effet résoudre non seulement les problèmes matériels concernant leur survie quotidienne, mais ils étaient surtout confrontés à la question psychologique et « métaphysique » de savoir comment vivre sans trop d’angoisse, de peur, de souffrances dans un monde dangereux et au sein d’une société en formation oppressive et violente. C’est grâce à la puissance de leur imagination qu’ils ont été capables de se donner les visions et les croyances dans lesquelles ils ont trouvé leur confort et leur salut.

Les post-théisme pense  que la croyance en un Dieu personnel et providence là-haut, n’est que l’aboutissement d’un long processus d’élaboration et de décantation d’archétypes archaïques aussi bien de fascination et d’émerveillement devant le caractère  mystérieux et sacré des phénomènes  naturels, que  d’angoisses, de peurs,  de  luttes pour la vie, d’espoirs de divinités propices et d’Éden promis, de rêves d’éternité, de bonheurs possibles, de saluts espérés, etc., encodés depuis la nuit des temps dans l’inconscient  ou l’imaginaire collectif et qui, à un certain stade de  évolution  humaine ont trouvé leur meilleure manifestation dans les croyances religieuses de l’humanité .

            Pour le post-théisme, cependant, le fait d’affirmer l’impossibilité humaine de pénétrer le Mystère de Dieu, ne signifie pas nier la possibilité ou la réalité de son existence.  De fait, pour les post-théistes, les raisons qui induisent à admettre la Présence d’un Mystère Ultime à l’œuvre dans l’Univers sont réelles et incontestables ; et si ceux-ci sont convaincus que la nature de cette Présence est et restera toujours inaccessible à l’intelligence humaine, ils admettent volontiers que son caractère fascinant et merveilleux peut être facilement capté par la sensibilité de notre cœur et de notre esprit

D'ailleurs ,  déjà en son temps Einstein écrivait  : « Il me semble que l’idée d’un Dieu à forme humaine est un concept que je ne peux pas prendre au sérieux…Mes vues sont proches de Spinoza [ii]: admiration de la beauté (de la Nature et de l’univers) et croyance en la simplicité logique  de l’ordre et de l’harmonie  que nous ne pouvons saisir qu’humblement et imparfaitement ». [iii]  Et ailleurs  Einstein disait aussi  « Ma religion consiste en une humble admiration de l’esprit infiniment supérieur qui se révèle dans le peu que nous pouvons comprendre du monde connaissable ». [iv] Et encore : « Je ne crois pas en un Dieu personnel…S’il y a quelque chose en moi que l’on puisse appeler « religieux », ce serait alors mon admiration sans bornes pour les structures de l’univers pour autant que notre science puisse le révéler. » 

Il est normal que la position post-théiste ne plaise pas aux croyants traditionnels, étant donné qu’elle les prive des repères religieux et éthiques auxquels ils sont habitués, ainsi que du sentiment de sécurité, de réconfort, de protection et de paix que la croyance en une divinité personnelle leur procure.  

J’admets qu’il n’est pas facile pour les théistes de reconnaître et d’accepter que leur conviction d’un « bon » Dieu là-haut qui n’existe que pour subvenir à leurs besoins et  pour les soutenir à travers les tribulations de leur voyage terrestre, n’est qu’une illusion et le produit de leurs rêves et de leurs désirs. Je comprends donc leurs raisons pour en vouloir aux post-théistes qui détruisent les fondations sur lesquelles ces premiers  ont bâti tout leur monde intérieur, ainsi que le sens de leur existence.

Le post-théisme, de son côté, est d’avis qu’il est urgent d’aider les nouvelles générations « croyantes » à fonder le sens de leur existence et la qualité de leur spiritualité sur d’autres bases et d’autres convictions que celles des fictions et des mythes proposés par la religion et auxquels, de toute façon, les gens de la modernité sont de moins en moins capables d’adhérer et que, de toute façon, tôt ou tard ils finiront par rejeter.   

 

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Par ailleurs, si quelqu’un pense que la vie des post-théistes soit maintenant plus facile et plus aisée à vivre, il se trompe.

Il faut beaucoup de force intérieure, de courage, de détermination pour accepter de s’aventurer dans un univers mental, culturel, spirituel totalement diffèrent de celui auquel   on est habitué. Il n’est pas facile en effet d’accepter de vivre dans un univers où tout est à refaire, à repenser et à reconstruire ; un univers où l’adaptation aux nouveaux contenus peut se révéler extrêmement pénible et difficile pour la personne croyante à cause d’une angoissante sensation de vide et d’égarement produite par la perte des anciens repères et des anciennes certitudes. 

Il faut avoir la trempe de l’aventurier, de l’explorateur et du pionnier pour oser quitter les demeures familières, les sentiers battus, les chemins bien tracés, les territoires bien mappés et se risquer vers l’inexploré, à la recherche d’horizons et de paysages plus conformes à notre nouvelle culture, à nos nouvelles sensibilités.

Il faut donc s’attendre à ce qu’il y ait un prix à payer pour que cette « adaptation » réussisse. Nous devons inévitablement passer à travers les péripéties d’une difficile recherche ; à travers un certain égarement existentiel ; à travers des moments pénibles de tâtonnement et d’obscurité ; à travers l’affolement spirituel causé par la perte du Dieu personnel auquel nous ne pouvons plus ni croire ni nous attacher.

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     Lorsque, avec du recul, je réfléchis sur le rôle de premier ordre que, dans l’histoire de l’humanité, les croyances religieuses ont joué pour rendre moins pénible et plus acceptable la vie aux humains, je suis, fortement tenté, comme déjà Karl Marx en son temps, de comparer ces croyances » à une forme d’opium du peuple fabriqué par l’angoisse humaine.  

Ainsi, pour la grande majorité des humains, la « drogue » de la croyance religieuse est vraiment devenue la réponse à leur urgent besoin aussi bien d’oublier l’état essentiellement éphémère et non-nécessaire de leur présence sur cette planète, que de faire face, avec une certaine insouciance, au caractère foncièrement angoissant et dramatique de leur existence.

Cela explique pourquoi cette « drogue » est si « universelle » et si en demande. Certes, c’est une drogue qui a énormément contribué à rendre plus vivable et plus heureuse l’existence des personnes croyantes. Mais son efficacité a réussi aussi à transformer un grand nombre d’humains en des « toxicomanes » incapables désormais de s’en passer et d’entrevoir une autre façon d’affronter leur existence.

Ces considérations peuvent alors nous aider à comprendre les raisons de la « rogne » presque instinctive que les croyants théistes  traditionnels  réservent au courant moderne du post-théisme qui les prive de leur «dose» habituelle et qui les oblige impitoyablement à  devoir faire face à dure réalité de l’ existence, en comptant uniquement sur  leur  potentiel humain : c’est-à-dire, sur la force et le courage de leur volonté, sur  l’authenticité de leur sagesse, sur la qualité de leur humanité, sur la finesse de leur sensibilité et sur  profondeur de leur spiritualité.

Tout compte fait, cette croyance dans un bonheur et dans un salut accordé par Dieu uniquement aux plus méritants de ses enfants, ne constitue-t-elle pas une forme d’aliénation, un détournement d’attention, d’intentions et d’énergies chez les humains ? N’est-elle pas une sorte d’alibi qui sert à justifier une insuffisance de réalisme et de lucidité ; une certaine forme d’irresponsabilité ; le manque d’une véritable volonté de travailler à la construction des conditions existentielles plus aptes à assurer notre salut et notre bonheur ici et maintenant ?

Je pense qu’il existe une question importante que ces croyants devraient se poser. Pourquoi serait-il meilleur, plus intelligent, spirituellement plus valorisant et plus digne de notre condition humaine, de faire dépendre notre bonheur de la bonté et de l’amour d’un Dieu paternel et imaginaire là-haut, qui nous accueillerait éternellement dans son beau paradis du ciel, plutôt que de le faire dépendre du paradis sur terre que nous, les humains, pourrions construire à travers notre dévouement, notre bonne volonté et par étendue de nos compétences ?  

Finalement, je pense que la croyance religieuse, en arrimant d’une façon exclusive notre intérêt et notre regard intérieur en un Dieu personnel là-haut, nous détourne de la compréhension de notre véritable valeur et de la découverte du sens et du but de notre présence dans l’Univers, ainsi que l’énorme importance des responsabilités que nous portons en tant que uniques créatures intelligentes et « aimantes » en ce monde.

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Par Bruno Mori – 

Montréal  mars 2022   


 



[i] A. Einstein , Lettre à la Reine Élisabeth de Belgique, septembre 1932.

[ii] Baruch Spinoza  conçoit  « Dieu »   comme une   Énergie impersonnelle  et infinie qui se confond  avec les forces et les lois  qui régissent l’Univers,   

[iii] Albert Einstein, Lettre à w. Gross. 26 avril l 1947, cité par Trinh Xuan Thuan,  Vertige du cosmos,  coll. «Champs sciences »,  Flammarion, page 426  . 

[iv][iv] A. Einstein,  Lettre à  M. Schayer, le 1er août 1927. Cité dans Dukas et Hoffmann, Albert Einstein, the Human Side, 66, et dans sa nécrologie dans le New York Times du 19 avril 1955. Archives Einstein 48-380.

[v] A. Einstein,  Lettre à la reine Élisabeth de Belgique, du 24 mars 1954.

[vi] Cette croyance « religieuse » qui fait dépendre le bonheur « ultime » de l’homme d’une fiction humaine sur Dieu, ne réussit finalement qu’à nous aliéner de nous-mêmes, nous empêchant de nous percevoir comme les seuls responsables de notre bonheur et comme les uniques artisans de notre salut. Cette croyance nous empêche aussi de creuser en nous, de descendre dans ces profondeurs où se cache le meilleur de notre être et où, depuis toujours, est gardée l’étincelle capable d’allumer en nous les feux d’un amour généreux et désintéressé