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lundi 15 novembre 2021

 

Un espoir plus fort que la mort 

(33e dim. ord. B – Marc 13,24-32-  2021)

 

 La   seconda moitié du premier siècle, lorsque l’évangéliste Marc écrivait son évangile, fut en Occident une période historique particulièrement difficile et éprouvée.  En l’année 70, la nation juive avait été anéantie par la destruction de la ville emblème et sainte de Jérusalem. En l’année 79, le Sud de l’Italie avait été bouleversé par l’apocalyptique éruption volcanique du Vésuve, qui avait littéralement enseveli, sous une pluie de feu et de cendres, les villes de Pompéi et Herculanum avec la presque totalité de leurs habitants. Au Nord de l’Europe, l’Empire Romain devait faire face aux attaques et aux invasions constantes des peuples « barbares », attirés par les terres fertiles et les climats tempérés des régions de la Méditerranée.  De leur côté, les chrétiens subissaient les féroces persécutions de Néron et de Domitien et vivaient exposés à l’insécurité, à la menace, à la haine des païens au péril de leur vie. Ils avaient donc l’impression d’assister déjà aux préludes de la fin imminente du monde annoncée par Jésus.

La foi et la confiance des chrétiens de cette époque étaient donc mises à dure épreuve. Ceux-ci  se demandaient, en effet, pourquoi ils étaient aussi détestés, aussi persécutés, aussi abandonnés par Dieu, alors que Jésus leur avait dit qu’ils étaient le sel de la terre, la lumière du monde; qu’ils leur avait promis qu’il ne les laisserait  pas orphelins et qu’il serait avec eux jusqu’à la fin des temps; que providence, la tendresse et l’amour de Dieu, son père et leur père les aurait toujours suivis, protégés et sauvés et que même pas un cheveux de leur  tête ne serait tombé sans que Dieu le veuille.

 Ce discours confus, décousu et nébuleux sur la fin du monde que Marc attribue à Jésus voudrait être une réponse à ces questions. Il voudrait exhorter les chrétiens de son temps à ne pas avoir peur. Il souhaiterait les encourager à ne pas perdre confiance et à garder la foi et l’espérance. En même temps cependant, par ces images apocalyptiques et ces descriptions d’un univers qui s’écroule et qui finit, Marc veut les rendre conscients que dans la vie, ils seront toujours confrontés à des fins et à des recommencements ; à des cataclysmes réels ou apparents ; à la lutte du mal contre le bien et du bien contre le mal. Cette lutte et ces contradictions, ils les verront à l’œuvre partout : dans leur chair, au sein de leurs familles, dans la société où ils sont insérés, dans les événements et les situations de leur époque. Ainsi auront-ils souvent l’impression que le mal est plus répandu que le bien, que la méchanceté l’emporte sur la bonté, la haine sur l’amour, les ténèbres sur la lumière et que l’on vit dans un monde déserté par Dieu et en proie au pouvoir du Mal.

     Ce texte de Marc cependant nous rassure qu’il n’en est pas ainsi ! Malgré ce que l’on peut penser ou croire, c’est Dieu qui est le plus fort. Malgré toutes les apparences contraires, les forces de l’amour, de la bonté dépassent grandement celles de la haine, de l’égoïsme et de la méchanceté. Ce sont ces énergies bénéfiques et créatrices qui soutiennent notre Univers et qui, si elles sont cultivées, continueront à faire vivre et faire progresser notre humanité.

 L’Évangile veut aussi nous faire comprendre que dans notre existence les fins et les commencements s’alternent régulièrement. Rien dans notre vie n’est stable, fixe, définitif.  Au contraire, nous ne vivons que parce que nous devenons, que parce que nous changeons. Nous nous réalisons que parce que nous nous transformons. C’est le changement qui permet à nous et à la réalité de notre Univers de continuer à exister dans un mouvement d’évolution continuelle. C’est toujours la fin de quelque chose qui devient le début d’une chose nouvelle.

     L’Évangile, qui est avant tout une école de vie, nous enseigne donc que pour devenir des hommes et des femmes de valeur, nous devons accepter de mourir continuellement à quelque chose. Que de pertes nous devons subir et endurer au cours de notre existence ! Nous perdons inévitablement la jeunesse, la beauté, la souplesse, la force, la santé, la vivacité de l’esprit, la mémoire, souvent nous perdons l’innocence, la paix intérieure, nos promesses, nos affections, nos amours, la présence des êtres chers…et, finalement et inexorablement, nous perdons notre vie .

    Faudra-t-il angoisser, désespérer, broyer du noir à cause de cela ? Jamais de la vie, nous dit l’évangile d'aujourd’hui !  Tout cela, au contraire, fait partie du mystère de l’être en ce monde, ainsi que du plan et du Mystère de Dieu.

 Mystère de Dieu, que   nous croyons, malgré tout, être un mystère d’amour qui cherche toujours à nous accomplir. Et cela à travers notre fragilité foncière, à travers les vicissitudes d’une existence inexorablement emportée par le courant du temps vers des ports inconnus mais que nous espérons être pour  nous des havres de paix et de  bonheur.

  Tel, au moins, est l’espoir que ce discours de Jesus semble vouloir semer dans notre esprit et dans notre cœur.

 

 

Bruno Mori  - Montréal le 11 novembre 20210  

 

vendredi 17 novembre 2017

«Veillez, car vous ne connaissez ni le jour ni l’heure!»

(Mt. 25, 1-13 - 32 dim.ord. A)

            La proximité de la Toussaint et de la mémoire de nos morts risque de nous faire penser que cette sentence finale est une allusion à notre propre mort. Chacun de nous n'en sait, en effet, "ni le jour ni l'heure". Dans un passé pas si lointain, la religion chrétienne était tout entière centrée sur la mort. Avec un arrière-fond de peur: peur de ne pas faire son salut, peur de l'enfer, peur du jugement de Dieu considéré comme un juge sévère. Nous sommes heureusement débarrassés d'une telle image de Dieu, même s'il arrive parfois à tel ou tel de vivre encore dans cette peur pleine de culpabilité et de crainte de Dieu, un Dieu qui veut nous surprendre à l'improviste. Nous le savons : l'Évangile est, au sens propre, une Bonne Nouvelle et non une annonce de malheur, un message de crainte.
           
            Il est vrai que dans les évangiles, Jésus proclame souvent la venue imminente du «Royaume Dieu». Cette expression est cependant utilisée par lui non pas pour nous avertir de notre mort imminente, mais pour indiquer l’instauration d’un monde nouveau et d’une nouvelle société sur terre, régis par les principes et les forces de l’amour et de la fraternité. Pour Jésus de Nazareth la construction de ce monde nouveau que chaque être humain de bonne volonté doit chercher à bâtir et à habiter, a constitué le grand rêve de sa vie, pour la réalisation duquel il est mort.

            Dans les évangiles, Jésus compare souvent ce Royaume à une fête de noces à laquelle tout le monde est invité. Mais pour faire partie de ce monde nouveau, il faut en voir la nécessité. Il faut le désirer. Il faut s’y préparer intérieurement. Il faut être disposé à changer. Il faut donc être attentif et bien éveillé, afin de pouvoir saisir et interpréter les signes de cette nouveauté qui se rend indispensable et nécessaire un peu partout. Il faut être réceptif et éveillé, afin de ne pas rater dans notre vie les appels et les invitations au renouveau et à la conversion que l’Esprit de Dieu, à travers la parole de Jésus, fait continuellement retentir en nous et autour de nous.

            Veillez, signifie alors vivre en état d’alerte et d’attention vis-à-vis des personnes et du monde dans lequel nous vivons. Signifie être conscients de leurs beautés et de leurs laideurs, de leurs accomplissements et de leurs imperfections, de leurs richesses et de leur pauvreté, afin d’être capables autant de nous émerveiller, d’adorer, de rendre grâce, que de nous engager pour aider, réparer, soigner et guérir leurs maux et leurs blessures.

            Veiller, c’est avancer vers l’avenir avec confiance et espoir, sans se laisser envahir par la somnolence de notre apathie, de notre indifférence, de nos attitudes fatalistes qui cultivent le découragement et la résignation, qui poussent à l’abandon, qui désarment nos élans et nous confinent dans l'hébète satisfaction d’une existence plate, médiocre, sans ambitions, sans hauteur, sans souffle et sans but.

            Veiller, c’est croire à la bonté fondamentale du cœur humain et à la sagesse de son esprit. C’est penser que le bien est plus répandu que le mal et que les forces de la fraternité et de l’amour l’emporteront sur celles de l’hostilité et de la haine. C’est finalement croire qu’il vaut toujours la peine de s’engager et de se battre pour améliorer le cœur de l’homme et pour bâtir un monde plus beau.

Dans un monde sous l’emprise de l’égoïsme, de la compétition, de la rivalité et de la violence, veiller c’est se préoccuper de faire plus de place à la gratuité de l’amour dans notre vie, pour que notre cœur puisse être sensible à la souffrance et à la détresse des vivants et aux besoins de nos frères.

Veiller, nous renvoie alors à l’urgence de l’amour. Veiller, devient pour nous aujourd’hui un cri au secours, afin que nous nous dépêchions, nous nous précipitions à aimer. Car la réussite de notre existence et la survie de l’humanité dépendent de l’amour que nous aurons répandu autour de nous au cours de notre voyage à travers l’existence. À la fin de notre parcours nous serons jugés et évalués seulement sur l’amour que nous aurons dans notre cœur et sur celui que nous aurons donné.

Veiller est donc un appel à aimer tout de suite, maintenant, toujours. Nous aimons toujours ou trop peu ou trop tard. Il n’existe pas d’amour inutile, ni d’amour gaspillé. L’amour est toujours source de vie et de bonheur. Il est la seule richesse qui donne poids, sens et valeur à toute chose et à toute personne. Car dans l’amour nous touchons et nous participons au mystère de la présence du divin dans notre monde.

            Veiller, pour nous, les chrétiens, c’est reconnaître avec lucidité et gratitude que nous sommes toujours dans les mains et dans le cœur d’un Dieu qui nos aime et que nous ne devons pas avoir peur de la nuit ; et que nous pouvons donc avancer sans anxiété sur les chemins de notre difficile et pénible existence, même si parfois nous avons l’impression de marcher dans le noir, sans voir clairement où notre marche aboutira.

            Veiller, ce n’est pas mener une vie de héros ou de saints, sans fautes et sans accros; mais c’est vivre une vie qui cherche continuellement à se consumer et à se déployer soutenue par les attitudes de l’ouverture, de l’accueil, de l’attention, du soin, des petits gestes quotidiens du don de soi, de la tendresse et de l’amour, afin que les personnes que nous croisons sur notre route puissent entrevoir que, grâce à Jésus de Nazareth, quelque chose d’extraordinaire et de nouveau est en train de surgir dans notre monde.

BM


Nov. 2017

jeudi 1 décembre 2016

LES DANGERS DE LA STUPIDITÉ HUMAINE

(Mt. 24,37-44 – 1er dimanche de l’Avent A - 2016 )


            Depuis l’antiquité les écrivains des livres sacrés ont certes chanté la bonté de ce monde sorti de la Source Créatrice revêtu d’une éblouissante beauté ; mais ils ont surtout pleuré sur la bêtise humaine qui a vite enlaidi pareil chef d’ouvre d’harmonie et de grâce avec la turpitude du « péché ». Leurs textes sont donc souvent assombris par leurs lamentations sur l’étourderie et l’aveuglement des humains, incapables de lire et d’interpréter, dans leurs sociétés et dans la nature, les signes annonceurs des catastrophes imminentes. Dans les évangiles, Jésus aussi a uni sa voix à celle de ces anciens prophètes pour inviter ses disciples à se réveiller, à soulever la tête, à ouvrir les yeux, à regarder loin, au-delà de leur petites routines, vers les vastes carrefours du monde, vers la route de la mer sans limites, au delà des frontières du pays de Zabulon et de Nephtali (Mt.4,15), afin de pouvoir saisir les signes d’un malaise universel, les symptômes d’un monde qui semble sur le point de s’effondrer à cause, non pas d’une décision de Dieu, mais de la démence et de la convoitise humaine. Car cela est en train d’arriver, dans l’apathie et l’indifférence générale, sans que personne ne se doute de rien.

            Jésus, qui était un rêveur, un spirituel et un homme de Dieu, était convaincu que la fin de ce monde aurait marqué le début d’un monde nouveau dans lequel Dieu lui-même serait intervenu pour le rebâtir sur d’autres bases, d’après d’autres paradigmes et avec des humains complètement renouvelés et améliorés. Mais Jésus, qui était aussi un homme réaliste, savait que cette intervention de Dieu qui était souhaitable, serait cependant restée longtemps dans le domaine du mystérieux et de l’imprévisible, peut-être aussi seulement dans le domaine du désir ou de l’utopie, étant donné que, finalement, personne ne savait vraiment comment et quand cela se réaliserait.

            Alors, ce qui pour Jésus était important, c’était de susciter chez ses disciples la soif d’un monde différent, ainsi que la prise de conscience que celui dans lequel ils vivaient était loin d’être exemplaire ; et de les convaincre que seulement à travers leur conversion, leur responsabilité et leur engagement actif, l’intervention de Dieu aurait pu être efficace dans l’instauration de ce monde nouveau qui, pour Jésus, devait ressembler  à un genre de « royaume de Dieu » sur terre.

            Éveil, prise de conscience, changement intérieur, engagement, mais aussi et surtout espoir et « attente »: voilà les postures intérieures qui, pour le Nazaréen, auraient pu faire la différence entre détermination et résignation, entre dynamisme et fatalisme, entre un monde humain et un monde inhumain, entre une planète saine et une planète malade, entre un future encore envisageable ou une catastrophe assurée.
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            C’est donc avec raison que Jésus exhorte ses disciples à développer en eux la disposition de l’« attente». En effet l’attitude de l’attente est intimement liée à la conviction de la faisabilité de ce que l’on attend. Car attendre c’est croire fermement que ce que l’on attend peut et, sans doute, finira par se réaliser. Ce serait de la folie, en effet, que d’attendre l’impossible. Susciter dans l‘homme l’attitude de l’attente équivaut donc à susciter en lui le désir d’accomplir, ou d’aider à ce que s’accomplisse, ce que son cœur attend et espère. C’est lui instiller la confiance dans ses capacités de se sauver et de sauver le monde. C’est lui faire comprendre que sa réussite et sa perte, sa vie et sa mort, ne dépendent que de lui, parce qu’il est le seul forgeur de son destin et de celui de la planète qui l’accueille. C’est le convaincre que le futur de son monde et de son espèce est entre ses mains. C’est croire en la bonté foncière de son cœur et dans la bonne qualité de sa raison. C’est parier sur l’homme et avoir confiance en l’homme qui attend et qui espère, avec la certitude qu’il aura les capacités de faire «advenir» l’objet de ses attentes et de ses désirs.

            Je pense que depuis toujours la grande faiblesse des humais a été leur aveuglement, leur stupidité et leur irresponsabilité, rendus possibles par la recherche angoissée de leur sécurité et de leur bonheur immédiat. Centrés comme ils sont sur la réalisation de leur bien-être et de leur réussite individuelle, l’étendue de leur regard ne dépasse pas le périmètre restreint de leurs préoccupations et de leurs intérêts personnels. Nous, les humains, nous limitons généralement le monde presque exclusivement à ce qui tourne autour de notre personne. Au-delà de notre petit monde, le grand monde, le vrai monde, n’existe pas et la diarrhée de notre caniche de luxe nous affecte émotionnellement plus que les 795 millions de personnes qui souffrent de la faim autour du globe.

            L’origine de cette insensibilité et de cette inconscience doit être principalement recherchée dans notre incapacité de nous voir comme une partie intégrante d’un Tout, appelé «uni-vers» où toute ses composantes, unies et interdépendantes, tendent justement «vers l’unité». Nous avons beaucoup de difficulté à admettre que l'Univers est prioritaire et que nous sommes secondaires ; que nous devons organiser nos activités en fonction du bien-être du monde et donc du milieu naturel dans lequel nous vivons, et non pas l’exploiter en fonction de nos profits. Nous avons beaucoup de difficulté à comprendre que nous devons vivre aux rythmes de la bonne respiration de notre planète ; et non pas l’essouffler en le pliant aux cadences de notre voracité. Beaucoup parmi nous ne réalisent pas encore que notre salut dépend du salut des ecosystemes, c'est-à-dire du milieru naturel dans lequel nous vivons ; ou qu’il est impossible d’être en bonne santé si notre terre est malade; ou de continuer à vivre, si la terre se meure. Il faut saisir que nous vivons en symbiose profonde avec toutes les créatures de notre monde, avec lesquelles nous sommes liés par une relation essentielle et de totale et nécessaire interdépendance. De sorte que chaque fois que cette unité et que cette solidarité entre les composante animées ou inanimées de notre monde est perturbée ou détruite, c’est le bien-être et l’existence de nous tous qui sont en danger.

            Nous voyons tout de suite l’extraordinaire actualité et pertinence de ces textes d’évangile dans lesquels le Maitre de Nazareth convie ses disciples vers les attitudes de la vigilance, de la sensibilité, de l’attention, de l’éveil, de la prise de conscience , de la responsabilité, de l’engagement et de l’attente dans notre relations avec nos frères humains et le monde que nous habitons.
           
            En effet s’il y a une chose qui aujourd’hui saute aux yeux lorsqu’on considère l’état de notre société et de notre monde, c’est bien l’énorme irresponsabilité et la révoltante insensibilité des gouvernements et des bonzes des grandes entreprises face aux problèmes écologiques qui menacent la santé de la planète et le futur de l’humanité.

            Nous réalisons maintenant que, depuis la fin XIXe siècle, le rêve tant vanté d’une révolution industrielle et d’un libéralisme économique fondés sur l’entreprise privée, la libertés des marchés et la libre circulation des capitaux qui apporteraient à tout le monde bien-être et progrès… ce rêve, en réalité, s’est progressivement transformé en cauchemar, le cauchemar d’une régression économique de niveau planétaire et d’une catastrophe écologique sans précédents dans l’histoire de l’humanité qui, si elles ne sont pas arrêtées à temps, finiront par tous nous perdre.

            Que conclure de tout cela ? Personnellement je pense que la fin de notre monde, tel que nous le connaissons maintenant, est nécessaire et, sans doute, inévitable. Mais ce ne sera peut-être pas la fin du monde en tant que tel. Un autre monde meilleur, plus en santé, plus juste et plus humain pourra surgir de l’ancien, à condition cependant, que les hommes acceptent de changer leur style de vie ; de reprogrammer leur façon de penser ; de renégocier leurs priorités et de revoir l’échelle des valeurs qui dirigent leur vie. Il faut qu’ils deviennent moins  avides, moins rapaces, moins consommateurs. Il faut qu’ils d’adoptent un mode de vie plus simple, plus frugal, plus sobre, plus modeste. Il faut qu’ils soient disposés à se contenter de l’indispensable et de l’essentiel ; et à ne pas céder au caprice du luxe et le superflu. Il faut qu’ils soient décidés à ne pas se fabriquer des besoins inutiles et artificiels. Il faut que tout le monde arrive à se convaincre que, dans l’état actuel de la planète, le salut de l’humanité ne passe pas par l’accroissement, mais par la diminution de la consommation ; et que, paradoxalement, la possibilité d’un réel bien-être pour tous, consiste maintenant dans la nécessaire récupération d’une nécessaire et décente pauvreté pour tous.

            Aujourd’hui, c’est avec surprise et étonnement que l’on découvre que les vicissitudes à travers lesquelles l’histoire de l’humanité est passés le long des siècles, ont fini par donner finalement raison à l’intuition du Prophète de Nazareth qui, il y a deux mil ans déjà prêchait avec insistance, à qui voulait bien l’entendre, que seulement une saine forme de pauvreté aurait pu sauver le monde. Il proclamait haut et fort que la terre appartiendra à ceux qui sont doux, sensibles, respectueux  et attentifs envers elle (Mt.5,5). Il disait que le bonheur des humains sur la terre sera garanti seulement par ceux qui auront su garder un esprit de détachement et de pauvreté (Mt.5,3; Lc.6,20). Quant aux riches - affirmait-il sans hésitation- jamais ils ne pourront construire un monde véritablement humain, réglé selon les principes de l’amour  et du respect de l’autre, y entrer eux-mêmes et y réaliser pour eux-mêmes une forme réussie d’humanité ! (Luc 18,24-28).

            Il faudra donc que nous apprenions  à ne pas nous laisser charmer par la voix enchanteresse des sirènes de la publicité qui, profitant de notre naïveté ou de notre stupidité,  cherchent à nous leurrer, en sollicitant notre convoitise par toutes sortes de délices indispensables à notre bonheur; mais qui, en réalité, ne font que détériorer inexorablement  autant notre planète que  la qualité de notre existence. Il faudra donc que les humains de notre temps trouvent la sagesse et le courage d’inverser la direction de leur marche et d’emprunter d’autres chemins, possiblement des chemins semblables à ceux proposés par le Prophète de Nazareth et qui se caractérisent par l’éveil,  la sensibilité, la responsabilité, la frugalité, le soin, le respect, l’émerveillement, la capacité d’un amour qui se donne sans compter et qui se déverse partout pour tout humaniser, tout féconder et tout porter à son épanouissement.



BM


vendredi 25 novembre 2016

LA FIN DU MONDE OU LA FIN D’UN MONDE ?....

( Luc 21,5-19) - 33e dimanche ord.C

 Les chrétiens pour lesquels l’Évangéliste Luc autour des années 80-85 écrivait son évangile, étaient aux prises avec trois grosses questions auxquelles l’auteur cherche à donner une réponse pour tranquilliser les croyants. Quelles étaient les questions qui angoissaient ces anciens chrétiens?

Premièrement : la disparition du temple de Jérusalem (détruit en l’an 70 par l’armée romaine de Tite) et de la ville elle-même, suivie de la subséquente dispersion du peuple juif hors de la Palestine. C’était la fin du judaïsme en tant que religion identifiée à un territoire et à un État. Or le temple de Jérusalem était, avec sa ville, le symbole de l’alliance de Dieu avec le peuple juif; le signe tangible et visible de l’élection, de la bienveillance et de la présence de Dieu au milieu du peuple auquel Dieu avait juré une protection et une fidélité éternelle. Comment Dieu avait-il pu oublier ses promesses et abandonner de la sorte une nation qu’il avait pourtant élue pour être guide et lumière pour toutes les autres nations de la terre ? Dieu serait-il infidèle ? Dieu ne maintiendrait-il pas ses promesses ? Dieu aurait-il châtié ainsi toute une nation parce que ses chefs n’auraient pas reconnu en Jésus de Nazareth son envoyé et son messie ? Dieu serait-t-il à ce point cruel, rancunier et partisan, alors que Jésus avait pourtant enseigné qu’il est un Père qui aime tous sans distinction de religion, de culture et de race ? Un vrai dilemme donc pour les adeptes d’un mouvement spirituel issu du judaïsme.

Deuxième point qui tracassait les chrétiens du temps de Luc était la constatation qu’eux aussi subissaient toutes sortes d’épreuves et de vexations. En Palestine, ils étaient haïs, pourchassés, emprisonnés et tués par les autorités religieuses juives. En dehors de la Palestine, ils étaient persécutés par les autorités civiles romaines qui les soupçonnaient et les accusaient de trahison et de différents autres crimes. Sans parler des drames et des contestations qui pouvaient surgir au sein d’une famille lorsque quelqu’un de ses membres adhérait à cette nouvelle secte et se convertissait à cette nouvelle foi. Si ces anciens chrétiens pouvaient comprendre que Dieu avait pu délaisser, d’une certaine façon, son ancien peuple, ils éprouvaient de la difficulté à accepter que Dieu n’accorde pas plus d’attention et de protection à son nouveau peuple, à cette nouvelle communauté qui avait adhéré à Jésus et qui avait cru à sa mission d’envoyé et de messie de Dieu.

Le troisième point qui préoccupait les chrétiens du temps de Luc était la question de la fin du monde. Cet argument enflammait les esprits, causait toute sorte d’états d’âme, allant de la panique à l’exaltation. Il était une source de continuelles discussions, de suppositions, de création de scenarios rocambolesques et fantastiques, les uns plus bizarres que les autres. Autant les juifs (y compris Jésus) que les chrétiens étaient convaincus que Dieu s’apprêtait à intervenir d’une façon drastique pour mettre fin à ce monde tel que nous le connaissons, pour en commencer un autre meilleur ici ou ailleurs.

Dans son évangile Luc intervient pour mettre les choses dans leur juste perspective, pour éclairer et rassurer ces chrétiens traumatisés et inquiets, afin qu’ils puissent vivre leur foi dans la paix et la sérénité. Et il fait cela en attribuant ici à Jésus un discours, des paroles, des affirmations, dont la fonction est d’établir ses disciples dans la confiance en la bonté et l’amour d’un Dieu qui ne peut pas se démentir, même si toutes les apparences apparaissent parfois contraires.

Les questions et les peurs des chrétiens du premier siècle ont changé maintenant de contenu, mais elles continuent à angoisser avec la même acuité les gens du XXIe siècle.
Combien de fois, devant des conjonctures difficiles ou à des événements dramatiques, nous sommes tentés de dire : « C’est la fin du monde !». Cela peut être dû à des situations d’injustices sociales flagrantes, à des cas de corruption, de désordre moral ; aux mauvaises nouvelles que nous lisons dans les journaux ou que nous entendons à la télévision. Cela peu été causé par la prise de conscience que nous vivons sur une poudrière qui peut sauter en l’air à n’importe quel moment ; car les hommes dans leur stupidité et leur folie, ont pensé que la meilleure façon de se sentir en sécurité c’était de miner la planète avec des milliers de bombes atomiques enfouies et parsemées un peu partout autour du globe. C’est le fanatisme religieux qui sévit dans le monde et qui est à l’origine des conflits armés, du terrorisme international, de l’exode massif de populations entières à la recherche d’endroits plus sécuritaires et plus pacifiques. C’est la détérioration de l'environnement, l’exploitation insensées des ressources naturelles, la destruction des écosystèmes nécessaires au maintien et au développement de la vie... et tout cela causé uniquement par la cupidité et la bêtise humaines. Ce sont les bouleversements climatiques causés par le réchauffement, par la pollution et la déforestation, C’est la pauvreté endémique de la majorité des habitants de la terre, la malnutrition, l’esclavage, les injustices sociales, l’inégale distributions des ressources et des richesses…Tout cela génère la conviction que l’humanité est en danger. Cela produit l’impression que nous allons à la dérive : sinon vers la fin du monde, certainement vers la fin de l'humanité. Et le tragique, ou le ridicule, de la situation que nous sommes en train de vivre consiste proprement en cela : que c’est nous, les humains les seuls coupables des maux dont nous souffrons ; les seuls responsables de la peur que nous ressentons et des malheurs que nous nous infligeons. Tout cela est causé en effet, et presque exclusivement, par notre cupidité et par notre consumérisme démesuré et irresponsable.

Il n’est pas possible alors d’entrevoir ou de programmer un avenir de justice, de bien-être et de paix tant que l’égoïsme et le profit individuel sont érigés en système opératif et en norme de vie. On ne peut pas rêver d'une Planète saine, propre, luxuriante et d’une humanité prospère et en bonne santé si, pour faire plus d’argent, nous empestons avec nos pesticides les terres cultivables; si nous contaminons l’air que nous respirons; si nous empoisonnons les nappes phréatiques qui nous fournissent l’eau que nous buvons; si nous détruisons les forêts qui absorbent le dioxyde de carbone (CO2), principal responsable du réchauffement planétaire, avec toute les fâcheuses conséquences que cela entraîne pour la survie de l’humanité (changements climatiques causés par les bouleversement des courants d’air et des courants marins, l’augmentation du niveau des océans, inondations, disparitions de terre habitables, etc.).

On dirait que la hantise du profit a rendu les hommes tellement aveugles et stupides qu’ils sont incapables de voir et de comprendre qu’une Planète malade ne pourra jamais produire une humanité saine et que le rêve tant proclamé d’un bien-être et d’un progrès infinis, obtenus par une exploitation et une consommation indiscriminée et sans mesure des ressources naturelles, peut transformer ce rêve en cauchemar et faire régresser l’humanité à l’Âge de pierre.

On a l'impression que dans cette époque de libéralisme industriel et de capitalisme économique, pour la grande majorité des hommes d’affaires de notre temps le bien de leur portefeuille est plus important que le bien de notre race. Face à tout cela, il est juste de se soucier. Mais notre préoccupation ne sert à rien si elle n’est pas accompagnée d’un changement radical dans notre façon de penser, d’agir, de valoriser les priorités et de voir notre relation avec cet Univers qui nous a mis dans l’existence et duquel nous dépendons entièrement.

C’est un fait qu’aujourd'hui beaucoup de gens ont peur de l'avenir. Les parents s’interrogent avec anxiété sur ce que sera le futur de leurs enfants. Nous nous rendons compte que le futur est loin d'être assuré et rassurant: dans cent ans, aurons-nous encore des bons sols à cultiver ? Assez d’eau potable pour satisfaire nos besoins et une bonne qualité d’air respirer ? Assez de forêts et de milieux naturels où la vie et la diversité des espèces peuvent se maintenir et prospérer ? Aurons-nous assez de nourriture pour tous, assez de travail, de soins, de sécurité économique, de justice, de respect mutuel, de tolérance, de fraternité, de paix ? Nous sommes inquiets, parce que nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve, étant donné que nous avons devant les yeux les signes évidents et inquiétants d’une humanité qui semble avoir perdu la raison.

Ces textes « apocalyptiques » de l’évangile de Luc que nous lisons en ce XXIe siècle ne sont pas étrangers à nos préoccupations et à nos états d’âme, qu’ils viennent plutôt raviver. Certes, le langage que Luc met ici sur la bouche de Jésus sont loin d’être clair et bien articulé, de sorte qu’il est difficile pour nous aujourd’hui de saisir de quoi Jésus veut parler précisément. Mais une chose est certaine : ces textes veulent aider les chrétiens à vivre dans la confiance.

En définitive, le message que ces textes veulent transmettre est le suivant: quoi qu'il arrive... Ne vous effrayez pas... Ne vous appuyez pas sur des valeurs qui ne sont pas définitives.... Rien n’est stable dans l’Univers, mais tout évolue vers une complexité et un perfectionnement plus grand. Et cela à travers des catastrophes et des cataclysmes d’une ampleur et d’une puissance inimaginables. Il est nécessaire que des mondes, des époques, des pans d’histoire se terminent et meurent pour que du nouveau et du neuf puissent apparaître. C’est la logique inscrite dans la nature de tout ce qui existe et qui est une expression et une révélation du bouillonnement de vie qui existe en Dieu lui-même.

Dans ce passage de l’évangile de Luc, Jésus semble donc nous inviter à garder espoir et à ne pas céder à la tentation du pessimisme. Pourquoi cela? Parce que Jésus a confiance en l'intégrité fondamentale de l’homme et en la bonté du cœur humain. Jésus veut nous convaincre que les humains sont doués de raison ; qu’ils possèdent une certaine dose de sagesse et qu’ils seront donc en mesure de ne pas perdre complètement la tête. Jésus refuse de croire que l'homme puisse être irrémédiablement égoïste et corrompu par l’attrait de ce qui est mal pour l’ensemble de ses semblables. Il refuse de croire que l'être humain, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, ne soit pas capable de trouver dans les profondeurs de son cœur ce trésor caché de sagesse, de lucidité, de bonté et de grâce qui lui permettra de voir clairement les chemins à emprunter pour se sauver lui-même et pour sauver le monde de la catastrophe.

Jésus est toujours prêt à parier sur le bon sens et la bonté foncière de l’être humain parce qu'il croit dans l’amour total de Dieu à son égard et dans les effets de la présence mystérieuse de Dieu au cœur de l’homme. Et cela conduit Jésus à avoir confiance en l'homme et dans l'humanité. Jésus est convaincu qu’il y a toujours quelque chose de beau, de bon et de merveilleux dans chaque personne, puisque chacun de nous est l’objet de l'amour et de la tendresse d'un Dieu qui veut être notre père. Jésus refuse de penser qu'une personne puisse être complètement mauvaise si elle est voulue et aimée de Dieu.

Voilà pourquoi Jésus veut croire qu'il y a toujours de l'espoir pour l'homme aussi longtemps qu'il réussit à garder dans sa vie un espace pour Dieu. Voilà pourquoi le message de Jésus est un « évangile », c’est-à-dire une « bonne nouvelle » d’espérance et de salut possible pour tout le monde. C’est seulement s’il est séparé de la Source de son être, que l'homme risque de se vider de son humanité et de se précipiter dans un gouffre de ténèbres qui peuvent l’anéantir. Mais aussi longtemps qu’il réussira à s’abreuver à cette Source, «pas un seul cheveu de sa tête ne se perdra » sans la permission de Dieu. (Luc 21,18).

Voilà pourquoi nous les chrétiens, disciples du Nazaréen, nous devons être optimistes à propos de l'avenir du monde et de l'humanité. Comme Jésus, nous devons croire que, malgré toutes les apparences contraires, le cœur de l'homme n’est jamais totalement corrompu. Nous devons croire que dans le monde le bien est toujours plus abondant que le mal ; qu’il il y a plus de bonté que de méchanceté ; plus d'altruisme que d’égoïsme ; plus d'amour que de haine. Certes, le mal est plus visible que le bien ; mais le bien, même s’il est caché, est la levure, la pulsion, la force secrète qui garde en vie l’humanité et qui soutient le monde entier.

Pour terminer sur cette note d'espoir, je veux citer ici un beau texte extrait du testament de Martin Luther King: «Aujourd'hui, dans la nuit du monde et dans l’attente de la Bonne Nouvelle, j'affirmer avec force ma foi dans l'avenir de l'humanité. Je refuse de croire que dans la situation actuelle, les hommes ne soient pas en mesure d'améliorer la terre.
Je refuse de croire que l'être humain soit un brin de paille transporté par le vent, sans possibilité d’influencer moindrement le cours des événements. Je crois que la vérité et l'amour inconditionnel auront le dernier mot. Je crois fermement que, même parmi les bombes qui éclatent et les canons qui tirent, reste toujours vivant l'espoir d'un avenir meilleur. J'ose croire qu'un jour tous les habitants de la terre recevront trois repas par jour pour nourrir le corps, éducation et culture pour nourrir leur esprit, ainsi qu’égalité et liberté pour qu’ils puissent enfin vivre dans une société plus humaine… » ".


BM


mardi 17 novembre 2015

UN MONDE TOUJOURS EN GENÈSE


(Marc 13,24-32)

Lorsque l’évangéliste Marc écrivait son évangile (fin des années 60 - début des années 70 après J.-C.), les chrétiens de ces temps subissaient les persécutions de Néron et de Domitien. Ils vivaient donc des situations difficiles, dangereuses et dramatiques. Ils avaient l’impression que leur foi allait être définitivement étouffée; que le mouvement chrétien allait être anéanti; que le mal triomphait; que les ennemies de la foi avaient le dessus. L’univers entier, représenté par les astres, le soleil, la lune et les étoiles, semblait tomber sur eux et les écraser par la violence de la persécution et de la haine de leurs ennemis. Ils avaient la sensation qu’apparaissaient déjà les signes annonciateurs de la fin imminente du monde que Jésus avait annoncée.

La foi et la confiance de ces chrétiens étaient mises à dure épreuve. Ils se demandaient en effet pourquoi ils étaient aussi détestés, aussi persécutés, aussi abandonnés par Dieu, alors que Jésus leur avait dit qu’ils étaient le sel de la terre, la lumière du monde; qu’ils leur avait promis qu’il ne les laisserait pas orphelins et qu’il serait avec eux jusqu’à la fin des temps; que la providence, la tendresse et l’amour de Dieu, son père et leur père, les aurait toujours suivis, protégés et sauvés et que même pas un cheveux de leur tête ne serait tombé sans que Dieu le veuille.

Ce texte de Marc veut être une réponse à ces questions. Il veut exhorter les chrétiens de son temps à ne pas avoir peur; les encourager à ne pas perdre confiance et à garder la foi et l’espoir. Et même temps, par ces images apocalyptiques et ces descriptions terrifiantes d’un univers qui s’écroule et qui finit, Marc veut les rendre conscients que dans la vie, ils seront toujours confrontés à des fins et à des recommencements; à des cataclysmes réels ou apparents; à la lutte du mal contre le bien et du bien contre le mal. Cette lutte et ces contradictions, ils les verront à l’ouvre partout: dans leur chair, au sein de leurs familles, dans la société où ils sont insérés, dans les événements et les situations de leur époque. Ils expérimenteront rivalités, antagonismes, oppressions, luttes de classe, violences, persécutions, conflits, haine, injustices, horreurs et souffrances de tout genre… Ainsi auront-ils souvent l’impression que le mal est plus répandu que le bien, que la méchanceté l’emporte sur la bonté, l’égoïsme sur le dévouement, l’avidité sur la générosité, la vengeance sur le pardon, le fanatisme sur la tolérance, la haine sur l’amour, les ténèbres sur la lumière et que l’on vit dans un monde déserté par Dieu et en proie au pouvoir du Mal

Ce texte de Marc cependant nous rassure qu’il n’en est pas ainsi! Malgré ce que l’on peut penser ou croire, c’est Dieu qui est le plus fort. C’est Dieu et son Esprit qui dirigent le monde et le cours de l’histoire. C’est Dieu qui tient entre ses mains les destins du monde et de l’humanité. Malgré toutes les apparences contraires, les forces de l’amour, de la tendresse, de la bonté, du dévouement, de la compassion, de la générosité, du don de soi, dépassent grandement celles de la haine, de l’égoïsme et de la méchanceté. Ce sont ces énergies bénéfiques et créatrices qui soutiennent notre Univers, qui permettent à notre planète de continuer à exister et à fonctionner et qui font vivre et progresser notre humanité.

L’évangile nous rassure que l’esprit de Dieu, esprit d’Amour semé au cœur de la création, aura toujours le dessus sur l’esprit de l’homme, perturbé et souvent perverti par ses mauvaises passions, égaré par ses divisions intérieures et détérioré par la peur, l’angoisse et le mal qu’il porte en lui.

L’Évangile veut aussi nous faire comprendre que dans notre existence les fins et les commencements s’alternent régulièrement; que notre vie se déroule toujours entre la fin d’un monde et le début d’un autre qui se révèle plus apte à assurer notre croissance humaine et spirituelle, notre évolution personnelle vers une forme plus parfaite d’être et donc nécessaire à la réalisation de notre accomplissement personnel et de notre bonheur. Rien dans notre vie n’est stable, fixe, définitif, immuable, indissoluble, établi à tout jamais. Au contraire, nous ne vivons que parce que nous devenons, que parce que nous changeons. Nous nous réalisons seulement parce que nous nous transformons. C’est le changement qui permet à nous et à la réalité de notre Univers de continuer à exister dans une constante évolution et ainsi d'atteindre un degré supérieur d’être. C’est toujours la fin de quelque chose qui devient le début d’une chose nouvelle. C’est la mort d’un monde, qui donne naissance à un autre monde, presque toujours meilleur. L’évolution et le changement sont essentiels au surgissement de la diversité, de la complexité et de l’époustouflante beauté de notre Univers. Il en est de même pour nous.

L’Évangile, qui est avant tout une école d’humanité, nous enseigne donc que pour devenir des hommes et des femmes de valeur, nous devons accepter de mourir continuellement à quelque chose. Nous devons être disposés à accepter dans notre vie l’écroulement et la désintégration d’un monde et le début d’un autre. Nous devons être prêts à passer sans regret d’une étape de notre vie à une autre; prêts à perdre la vie pour la gagner; prêts à faire mourir des manières de penser, de croire, d’agir et de vivre qui apparaissent usées, dépassées, périmées, obsolètes, handicapantes, pour faire surgir du nouveau: assumer une autre mentalité, adopter un autre style de vie, choisir d’autres priorités, partager d’autres valeurs. Ces nouvelles valeurs feront de nous de nouvelles personnes, plus évoluées, plus accomplies et vivant dans un monde devenu, à cause de cela, plus jeune et plus humain.

La vie se charge continuellement de nous mettre devant la disparition et l’effondrement de situations, de formes ou d’états de vie et de nous confronter à des morts qui s’avèrent absolument nécessaires pour pouvoir accéder à une étape supérieure de notre existence Ainsi, par exemple, devons-nous mourir à la chaleur du ventre maternel pour entrer dans l’enfance de la vie; nous devons mourir à l’enfance, pour accéder à l’adolescence; mourir à l’adolescence pour passer à la jeunesse; mourir à la jeunesse pour nous installer dans l’âge adulte. Nous devons accepter d’abandonner l’univers familial, avec son confort et sa sécurité, pour devenir des adultes indépendants et libres….

Cet évangile nous rappelle alors que la mort fait partie de la vie, comme la vie fait partie de la mort; que nous commençons à mourir dès que nous commençons à vivre; que notre vie est au prix d’une continuelle acceptation d’une longue série de morts et de détachements. Que de choses meurent en nous et autour de nous au cours de notre vie! Combien de deuils nous devons faire et accepter ! Que de pertes nous devons endurer! Nous perdons inévitablement la jeunesse, la beauté, le charme, la grâce, la souplesse, l‘agilité, la force, la santé, la vivacité de l’esprit, la mémoire, notre temps… souvent nous perdons l’innocence, la paix intérieure, nos promesses, nos affections, nos amours, la compagnie et la présence des êtres les plus chers… et finalement et inexorablement nous perdons notre vie.

Faudra-t-il angoisser, désespérer, broyer du noir, à cause de cela? Jamais de la vie, nous dit ce texte de l’évangile de Marc. Car tout cela fait partie du plan de Dieu. Car c’est ainsi que va le monde. C’est ainsi qu’il fonctionne. C’est dans ce mélange de vie et de mort, de fins et de commencements, de destructions et de reconstructions, d’ordre et de chaos, de bien et de mal, de ténèbres et de lumière, que se manifeste la présence de la puissance, de la sagesse et de l’amour du Dieu-Source de cet Univers. C’est un Dieu qui cherche à nous construire et à nous réaliser à travers notre fragilité foncière, nos peurs et nos limites. C’est un Dieu qui, à travers les multiples cataclysmes de notre existence, veut nous conduire à la pleine réalisation de notre être, en utilisant tout le potentiel humain et spirituel qu’il a versé dans notre cœur lorsqu’il nous a lancé dans l’existence.



MB

samedi 23 novembre 2013

MÊME LA FIN PEUT ÊTRE UN DÉBUT

LA FIN D'UN MONDE POUR QU'UN NOUVEAU PUISSE APPARAÎTRE
(Luc 21, 5-19)

On a beau encourager les chrétiens à lire la bible, pour nous, qui vivons au XXIe siècle, ce livre reste difficile, âpre, indigeste et très souvent incompréhensible. Il est le produit d’une pensée, d’une sensibilité, d’une culture, d’une religiosité vieille de plusieurs milliers d’années. Il utilise un vocabulaire, des concepts, des images, des noms, des situations, des coutumes d’un temps complètement révolu et qui ont perdu pour nous aujourd’hui leur sens original, leur contenu, leur pertinence, leur intérêt et que donc nous ne sommes plus capables de comprendre.

Cela ne veut pas dire que le message spirituel et religieux que la Bible veut transmettre aux hommes soit échu ou périmé et qu’il ne soit pas approprié à nos besoins d’aujourd’hui. Ce message qui décrit  l‘expérience spirituelle d’hommes qui ont cherché Dieu dans le passé a, au contraire, une valeur universelle, car il explicite et traduit un besoin, une quête, une aspiration qui est au cœur de l’homme de tous les temps et qui par conséquent nous concerne et nous touche nous aussi qui vivons à quelques milliers d’années de distance de ces textes anciens. Seulement, pour que ce message devienne intelligible, il faut le réécrire dans le langage d’aujourd’hui.

Les chrétiens, pour lesquels l’Évangéliste Luc écrivait ce texte entre les années 80-85 environ, étaient aux prises avec trois grandes questions auxquelles Luc cherche à donner une réponse pour tranquilliser ces croyants. Quelles étaient les questions qui préoccupaient et qui angoissaient ces anciens chrétiens?

Premièrement: la disparition du temple de Jérusalem (détruit en l’an 70 par l’armée  romaine de Tite) et de la ville elle-même, suivie de la subséquente dispersion du peuple juif  hors de la Palestine. C’était la fin du judaïsme en tant que religion identifiée à un territoire et à un État.  Or le temple de Jérusalem était, avec sa ville, le symbole de l’alliance de Dieu avec le peuple juif; le signe tangible et visible de l’élection, de la bienveillance et de la présence de Dieu au milieu du peuple auquel Dieu avait juré une protection et une fidélité éternelle. Comment Dieu avait-il pu oublier ses promesses et abandonner de la sorte une nation qu’il avait pourtant élue pour être guide et lumière parmi toutes les autres nations de la terre? Dieu serait-il infidèle? Dieu ne maintiendrait-il pas ses promesses? Dieu aurait-il châtié ainsi toute une nation parce que ses chefs n’auraient pas reconnu en Jésus de Nazareth son envoyé et son messie? Dieu serait-t-il à ce point cruel, rancunier et partisan, alors que Jésus avait enseigné qu’il est un Père qui aime tous sans distinction de religion, de culture et de race? Un vrai dilemme donc pour les adeptes d’un mouvement spirituel issu du judaïsme et dont le Fondateur et ses plus proches collaborateurs étaient des juifs pures laines.

Le deuxième point qui tracassait les chrétiens du temps de Luc était la constatation qu’eux aussi subissaient toutes sortes d’épreuves et de vexations. En Palestine, ils étaient haïs, pourchassés, emprisonnés et tués par les autorités religieuses juives. En dehors de la Palestine, ils étaient persécutés par les autorités civiles romaines qui les soupçonnaient et les accusaient de trahison et de différents autres crimes. Sans parler des drames et des contestations qui pouvaient surgir au sein d’une famille lorsque l’un de ses membres adhérait à cette nouvelle doctrine et se convertissait à cette nouvelle foi. Si ces anciens chrétiens pouvaient comprendre que Dieu avait  pu délaisser, d’une certaine façon, son ancien peuple, ils éprouvaient de la difficulté à accepter que Dieu n’accorde pas plus d’attention et de protection à son nouveau peuple, à cette nouvelle communauté qui avait adhéré à Jésus et qui avait cru à sa mission d’envoyé et de messie de Dieu.

Le troisième point qui angoissait les chrétiens du  temps de Luc était la question de la fin du monde. Cet argument enflammait les esprits, causait toute sorte d’états d’âme allant de la panique à l’exaltation. Il était une source de continuelles discussions, de suppositions, de création de scénarios rocambolesques et fantastiques, les uns plus bizarres que les autres. Autant  les juifs (y compris Jésus) que les chrétiens étaient convaincus que Dieu s’apprêtait à intervenir d’une façon drastique pour mettre fin à ce monde tel que nous le connaissons, pour en commencer un autre meilleur ici ou ailleurs. 

Dans son évangile Luc intervient pour mettre les choses dans leur juste perspective, pour éclairer et rassurer ces chrétiens traumatisés et inquiets, afin qu’ils puissent vivre leur foi dans la paix et la sérénité. Et il fait cela en attribuant ici à Jésus un discours, des paroles, des affirmations, dont la fonction est d’établir ses disciples dans la confiance en la bonté et l’amour d’un Dieu qui ne peut pas se démentir, même si toutes les apparences apparaissent parfois contraires. Il faut reconnaitre que les paroles et les exhortations que Luc met sur la bouche de Jésus dans ce chapitre 21 de son évangile sont loin d’être claires et bien articulées. Les sujets et les thèmes se croisent et s’entremêlent, de sorte qu’il est difficile de saisir avec clarté de quoi Jésus veut parler précisément.

Si nous voulons comprendre quelque chose nous devons le traduire dans notre langage et notre logique  moderne. Le message, en définitive, est : « Quoi qu'il arrive... Ne vous effrayez pas... ». C'est aussi : « Ne vous appuyez pas sur des valeurs qui ne sont pas définitives». Le Temple en était un bon exemple; restauré par Hérode, agrandi, embelli, couvert de dorures, il était magnifique; mais lui aussi fait partie de ce monde qui passe... Rien n’est stable dans l’Univers, mais tout évolue vers une complexité et un perfectionnement plus grand. Et cela à travers des catastrophes et des cataclysmes d’une ampleur et d’une puissance inimaginables; à travers de continuels destructions, transformations et changements. Il est nécessaire que des mondes, des époques, des ères, des pans d’histoire se terminent et meurent pour que du nouveau et du neuf puisse apparaître. C’est la logique inscrite dans la nature de tout ce qui existe et qui est une expression et une révélation du bouillonnement de vie qui existe en Dieu lui-même.

«Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu », ce qui veut dire que tout notre être, corps et âme, est dans la main de Dieu. Même à  travers la mort, qui est en définitive la pire chose qui puisse nous arriver, nous sommes assurés de rester vivants de la vie de Dieu. Et, quelles que soient les persécutions et les malheurs que nous devons subir au cours de notre vie, c’est toujours Dieu qui mène le bal et il trouvera toujours le moyen d’accomplir ses plans et de mener à bonne fin les destins d’un monde qui a surgi de sa puissance et de son amour.

Notre attitude en tant que disciples de Jésus et héritiers de son message doit être celle de la confiance, une confiance que rien n'ébranle: ni les catastrophes, ni les persécutions.

Dans les perturbations du monde et les épreuves de la vie, seule une confiance tenace nous évitera les égarements dans la peur et le désespoir. Saint Paul le dit aussi à sa manière « Ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l'avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs, ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, notre Seigneur» (Rm 8, 38-39).


MB

dimanche 2 décembre 2012

Fils de l'homme

 FILS DE L’HOMME …SI FILS DE DIEU  ….
( Luc 21, 25-36)


Ce passage de l’évangile de Luc n’est certainement pas de ceux qui nous rassurent face à l’avenir. La Bible utilise ce genre littéraire appelé «apocalyptique» (du verbe grec apocaluptô qui signifie « lever le voile» et qu’il ne faut pas prendre littéralement), pour décrire des temps de détresse, comme guerres, occupation étrangère, persécution. Ils évoquent les persécuteurs sous les traits de monstres terrifiants, comme le scénario catastrophique qui les accompagnent. Parce qu'ils sont écrits en temps de détresse, ces écrits ont comme but de réconforter les croyants et de leur transmettre des raisons pour continuer à tenir bon et à garder courage et espérance. En effet, ils «lèvent le voile », ils «révèlent » la face cachée de l'histoire. Ils annoncent le plan de Dieu qui se trouve toujours à l’arrière fond de tout ce qui arrive, la victoire finale du bien contre le mal et ils nous disent que «Dieu aura le dernier mot». Ils invitent ainsi les croyants à adopter une attitude non pas d'attente passive, mais de participation active et vigilante. Le quotidien doit être vécu à la lumière de l’espérance.

Fondamentalement, voici le message que ces textes veulent  nous transmette. Le monde va de changements en changements, de bouleversements en bouleversements, dans un processus de transformation et d’évolution continuelles qui dure  depuis  des milliards d’années; processus où la mort est nécessaire à la vie et où la vie court inévitablement vers la mort; où la fin d’une ère, d’une époque, d’un monde, n’est que le prélude qui annonce le jaillissement de nouvelles convergences, de nouvelles relations, d’une nouvelle harmonie cosmique, fondée sur des formes de vie plus adaptées, plus variées, plus complexes, plus perfectionnées, plus spiritualisées. Finalement, tous ces bouleversements semblent avoir une direction; ils semblent annoncer l’apparition d’un perfectionnement ultime de la création qui, selon les textes sacrés, se réalisera avec la venue d’un « fils de l’homme»: «alors on verra  le fils de l’homme  venir …»

Les chrétiens qui ont lu ces textes ont identifié ce «fils de l’homme» à Jésus de Nazareth. Mais pourquoi? Parce que, à leurs yeux, en Jésus s’est réalisé l’idéal de l’homme parfait. Jésus était pour eux l’incarnation de l’homme dans son intégrité; de l’homme tel qu’il devrait être s’il n’avait pas été corrompu par le mal; de l’homme tel qu’il est voulu par Dieu; de l’homme rétabli dans son état d’innocence et d’authenticité originales; de l’homme libre et libéré des conditionnements qui l’égarent souvent loin de sa nature véritable. Jésus est apparu à ceux qui l’ont connu et qui ont cru en lui comme une merveille d’humanité; comme la réalisation parfaite du  prototype «humain». Pour savoir  ce que c’est un être humain vrai, sain, certifié conforme, tel qu’il été voulu et pensé par Dieu, il faut regarder Jésus; il faut se refaire à l’humanité de Homme de Nazareth. Pour les chrétiens de l’évangile de Jean, c’est le procureur romain Ponce Pilate qui, sans le savoir, a le mieux cerné la vrai nature de Jésus, lorsqu’il l’a présenté à la foule, en disant «Voilà l’homme!».
À cause de sa parfaite et étonnante humanité, de sa fantastique dimension humaine, de sa saisissante qualité d’homme, Jésus a été considéré par ses disciples comme la personne humaine qui correspond le mieux à l’idée que Dieu se fait de l’homme; comme la meilleure réalisation de son Esprit, comme une merveille divine, un don du ciel, une grâce d’En-Haut faite à notre pauvre monde et, finalement, un homme en qui la proximité, la communion, l’intimité et la ressemblance  avec Dieu ont été à tel point frappantes que ses disciples, dès le début, n’ont pas hésité à voir en lui un être de prédilection de la part de Dieu et le « fils de Dieu» par excellence. Finalement, on peut dire que c’est parce que Jésus est un parfait  fils d’homme, qu’il est aussi  un parfait «fils de Dieu». Il n’est fils de Dieu que parce qu’il est véritablement un fils de l’homme.

Cela signifie que c’est la qualité de notre humanité qui détermine la qualité de notre filiation divine et que, inversement, pour être véritablement humains, nous devons vivre une relation filiale avec Dieu. Cela signifie que l’homme véritable doit avant tout naître comme fils de Dieu  pour devenir fils de l’homme et que c’est seulement à travers cette filiation divine que nous construisons notre véritable humanité et que nous nous réalisons en tant qu’êtres humains. Jésus nous apprends que pour vivre en êtres humains, il nous faut consentir à devenir  enfants de Dieu, c’est-à-dire à naître à la confiance en cette Source d’Amour qu’il présente comme un Père et qui nous marque de l’empreinte de son Esprit.

C’est cela qui constitue la grande révélation, la grande «apocalypse» de l’enseignement de Jésus que nous trouvons dans les évangiles: il n’est pas donné à l’homme d‘atteindre un humanisme véritable, de se réaliser pleinement en tant que personne «humaine» en dehors d’une relation «filiale» avec Dieu, faite de confiance et d’amour. Jésus nos apprend que c’est en devenant des fils de Dieu, que l’on devient des vrais fils de l’homme.

Alors nous comprenons la vérité des dernières lignes de l’évangile de ce jour qui nous disent :«Restez  éveillés  et priez,  c’est-à-dire:  entrez en relation avec Dieu dans la confiance et l’amour et ainsi vous serez jugés  dignes de paraître devant tout le monde comme des «fils d’homme»  qui savent se tenir  debout »


BM


 (1er dimanche de l’Avent  C )