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vendredi 24 décembre 2021


Une naissance qui mérite d’être fêtée

Noël 2021


Depuis la nuit des temps, grand nombre des manifestations sociales des premières sociétés humaines ont été motivés par le désir de célébrer l’apparition ou l’arrivée de phénomènes et d’événements qui ont été ou qui sont particulièrement marquants et importants pour le bien-être des individus de la communauté humaine.

On peut donc dire que presque toutes les fêtes, avec leurs rites, leurs célébrations, leurs chants, leurs danses, ont été inventées pour se réjouir, pour exprimer reconnaissance, admiration et exaltation devant la « naissance » de quelque chose ou de quelqu’un qui a eu ou qui a une influence inspirante et bienfaisante sur notre existence.

Ainsi, au début de notre histoire, ce qui impressionnait les hommes primitifs c’était surtout les phénomènes naturels dont ils n’avaient pas d’explication : la naissance du soleil et l’arrivée de la lumière chaque matin, les phases de la lune, les cycles des saisons, la venue des pluies et des moissons, le miracle de la germination, de la gestation, de la maturation des produits et des fruits de la Terre, prodiges qui se répétaient régulièrement chaque année.

Les fêtes sont nées aussi pour célébrer, pour se souvenir, pour se réjouir de la « naissance » des personnes aimée qui ont été ou qui sont importantes et qui comptent beaucoup dans la vie d’autres humains.

À notre époque, si nous ne sommes plus si impressionnés par la naissance et la manifestation des phénomènes naturels qui ont désormais perdu leur caractère mystérieux et magique, nous continuons cependant à célébrer avec beaucoup d’ardeur et d’assiduité la « naissance » des personnes qui nous sont chères, au point qu’ aujourd’hui, dans notre société occidentale, cette célébration est devenue la « fête » par excellence, presque la seule fête, le seul rite et la seule solennité auxquels nous participons et qu’il ne nous est pas permis d’oublier, sans en ressentir regret, confusion et une certaine honte.

On comprend facilement le pourquoi. En effet, si aujourd’hui les phénomènes naturels ont perdu le caractère merveilleux qu’ils avaient autrefois, par contre les personnes merveilleuses qui nous entourent n’ont rien perdu de leur mystère, de leur fascination et de leur importance. De sorte qu’elles nous donnent encore et toujours envie de fêter le jour où elles sont entrées dans notre monde et dans notre vie comme un magnifique cadeau venu l’enrichir et la rendre plus heureuse. Voilà pourquoi la date de leur naissance nous donne toujours envie de nous réjouir. Nous sentons, en effet, que sans elles, le monde ne serait pas aussi beau, ni notre vie aussi remplie, aussi accomplie et aussi heureuse.

Si nous sommes d’accord avec cela, alors nous sommes à même de comprendre le sens et la charge vitale, spirituelle et émotive que la fête de Noël possède pour nous, les chrétiens, lorsque, chaque année, nous fêtons et célébrons la Naissance de Jésus de Nazareth, notre Maître et notre Seigneur.

En effet, s’il y a quelqu’un qui, par sa naissance et par sa présence parmi nous, a bouleversé et changé, en partie, le cours de l’histoire humaine, ainsi que l’existence d’un grand nombre de personnes, c’est bien l’Homme de Nazareth, véritable cadeau de Dieu donné à notre pauvre et souffrante humanité.

Aujourd’hui, en ce jour de Noël, nous les chrétiens, nous avons une raison supplémentaire de nous réjouir et de fêter cette naissance : en tant que communauté chrétienne ici réunie pour cette fête, ne sommes-nous pas des membres de sa famille, ses frères et sœurs, certainement des amis qui avons créé une relation d’attachement, d’admiration, d’amitié et d’affection uniques avec cet homme si exceptionnel et si extraordinaire que nous sommes tentés de l’adorer comme s’il était l’incarnation de Dieu? N’avons-nous pas d’excellentes raisons pour être alors aujourd’hui dans la joie et la Fête ?

Ainsi, en ce temps de Noël, à travers nos réjouissances, nos décorations, nos lumières, nos élans de bonté et d’amour typiques de ce temps, nous voulons dire et exprimer comment notre existence aurait été triste et pitoyable si elle n’avait pas été visitée, éclairée, élevée par la présence en nous de l’Esprit et des valeurs que la naissance de l’homme de Nazareth a apportées à notre monde.

Alors, un joyeux Noël, mes chers amis !!!

  

Mori Bruno – Noël 2021 

lundi 7 décembre 2020

Ce virus qui nous prépare à Noël

        (2e dimanche de l’Avent, B – Marc 1,1-8)

 

            La voix sévère et admonitrice de Jean le Baptiste que le temps liturgique de l’Avent nous fait entendre avant Noël, acquiert cette année pour nous une résonance et une pertinence uniques. En ce temps de pandémie nous comprenons que cette voix qui nous interpelle et nous invite à « redresser nos chemins », ne doit plus et ne peut plus crier dans le désert. Cette fois nous réalisons mieux que jamais, que le prophète a raison de nous crier aujourd’hui la nécessité d’un changement total de conduite et d’une inversion complète de direction, étant donné que la route sur laquelle nous marchons actuellement est en train de nous conduire à notre perte.

Pour la première fois, notre génération est confrontée à la contradiction de vivre et de célébrer la fête de Noël, mémoire de la présence d’un Mystère divin d’amour gratuit, de tendresse, de renouveau universel, de joie, de paix et de vie nouvelle, au cœur d’une réalité humaine complètement bouleversée par l’incertitude, l’anxiété, la peur et la menace constante d’une mort possible.

Le cœur est difficilement à la fête lorsque notre futur est gris, notre espérance exsangue et notre existence fragilisée.

            Autrefois le Baptiste empruntait à la Bible (Isaïe), considérée être une révélation de Dieu, les paroles pour pousser les hommes à la conversion. Aujourd’hui, c’est le cri de la Nature, considérée la première et originale révélation du Mystère Ultime de Dieu, qui, par l’entremise du Covid-19, s’adresse à l’humanité pour lui faire prendre conscience, d’une manière brutale, mais très convaincante, de la nécessite de changer de conduite, si elle veut échapper à sa disparition.

            La Nature semble avoir également confié à ce virus premièrement la tâche de crier et de faire comprendre aux humains qu’il est désormais insensé de penser que l’on puisse encore tracer des lignes des séparations entre les peuples, ériger des murs, poser des barbelés et renforcer les frontières entre les Pays. Deuxièmement la tâche de leur faire réaliser que tous naviguent sur le même bateau et qu’ils habitent dans la même « maison commune »[1] ; et que chacun est une partie intégrante d’un immense réseau d’inter-relations, inter-connections et inter-dépendances continuelles et essentielles. Et que donc seulement l’union, la collaboration, la coresponsabilité et la solidarité, le soin réciproque attentif et fraternel et les efforts rassemblés de tous seront capables de les sauver.

            À Noël, ce virus semble activer d’une façon plus forte en nous la conscience de notre commune origine et de notre commune appartenance à cette planète et donc de notre fondamentale unité et fraternité. Conscience enfouie dans les cavernes de notre inconscient collectif par les dérapages et les aberrations de notre civilisation capitaliste, individualiste et egocentrique, mais qui à Noël, par une sorte de magie, semble faire à nouveau surface sous la forme d’un désir, d’un soupir et d’un élan spontané de bonté, d’altruisme et de générosité envers tous nos frères humains, mais spécialement envers ceux qui sont plus petits, plus vulnérables et plus démunis.

            C’est cette conscience que la fête de Noël fait soudainement apparaître en chacun de nous, à travers ce besoin presque viscéral de nous sentir entourés et enveloppés par la proximité et l’amour des personnes que nous sont chères.

            En ce Noël 2020, le Covid-19 devient, pour ainsi dire, une sorte de nouveau Jean Baptiste envoyé par la Nature pour nous annoncer que nous vivons non pas tant une époque de changements, mais plutôt un changement d’époque qui comporte un changement radical et absolument nécessaire de l’homme moderne : changer son esprit, ses attitudes, ses valeurs, ses priorités, son style de vie. Et c’est la raison pour laquelle il a plus que jamais besoin, comme le prêchait le Baptiste, de recevoir un baptême de conversion capable de faire surgir en lui un autre genre d’« Esprit », plus « saint » et plus  humain.

            Seulement en croyant en la bonté fondamentale de l’être humain, capable de se laisser conduire par la présence d’un tel Esprit de paix, de sagesse et d’amour, que la fête de Noël annonce comme étant disponible aux hommes de bonne volonté, nous pouvons garder vivante notre confiance en la possibilité d’un futur et d’un monde meilleur.

 

BM 6 décembre 2020



[1] Comme disait le pape François dans son encyclique Laudato si’ )

mardi 24 décembre 2019

Noël au-delà de la religion

Essai d’interprétation non religieuse du conte de Noël

En Occident nous vivons dans une société où la religion et le Dieu qu’elle propose ont été pratiquement éliminés des préoccupations et de la vie des personnes. De sorte que l’on peut affirmer, sans exagération, que la majorité des occidentaux considèrent aujourd’hui la religion comme un phénomène du passé qui n’a plus de relevance dans le présent et vivent comme si Dieu avait définitivement disparu de l’horizon de leur existence.

Le monde occidental moderne, caractérisé par les libertés individuelles, le progrès technique, les sciences et les connaissances, en éliminant Dieu et les croyances religieuses de ses intérêts, n’a pas encore été capable de combler adéquatement le vide que cette perte a laissé dans la vie de beaucoup de personnes et qui se traduit par une insatisfaction existentielle, un déficit de sens et de « spiritualité ».

Privés des repères sécuritaires et stables fournis autrefois par l’Institution religieuse, les gens expérimentent aujourd’hui une forme, plus ou moins consciente, mais réelle, d’égarement psychologique, éthique et spirituel qui cherche à se guérir à travers le mirage d’un bonheur assuré par la surconsommation et l’accumulation de biens.

Les gens de la modernité, désormais dégoûtés de l’eau stagnante et polluée que la religion leur offrait, dans leur frustration, ayant définitivement renoncé à la quête d’une « autre source » capable d’étancher leur soif de sens et de bonheur, banalisent maintenant leur existence à la surface d’un quotidien insignifiant, sans grand souci de lui conférer profondeur et qualité.

Je pense donc que la grande tâche qui nous attend, nous, les humains qui vivons dans cette époque de mort de Dieu et de divorce de la religion, est celle de chercher et de découvrir ailleurs, en dehors de la religion, une nouvelle Source de sens capable de répondre aux exigences, souvent tourmentées, de notre cœur et de notre esprit.

 Car, si le Dieu mythique des religions ne réussit plus à nous satisfaire, nous continuons quand même à avoir besoin de faire naître en nous des rêves, des espoirs, des élans, des désirs, des visions, des sentiments qui nous soutiennent le long du voyage de notre vie. Nous avons besoin de nous convaincre que nous ne sommes pas seuls et perdus dans un Univers froid et vide de sens. Nous avons besoin de nous sentir partie d’un Tout qui nous porte, nous englobe et nous accompagne et dans l’amour duquel nous vivons et un jour nous mourrons.

Nous avons besoin de sentir naître en nous la certitude de la présence d’un Mystère qui, certes, nous dépasse, mais dans lequel nous nous trouvons et qui nous veut et nous aime malgré tout et malgré nous. Et si par chance ou par une sorte de miracle cette naissance arrive à se produire dans notre vie, alors, en ce moment, nous aurons découvert la « Source» et fait la rencontre de « notre » véritable Dieu.

Mais ce ne sera pas le Dieu des religions, mais, plus probablement, le Dieu de Jésus de Nazareth. À ce moment, la venue de Dieu deviendra un événement réel et bouleversant dans notre existence, ainsi qu’elle semble annoncée et illustrée poétiquement par le conte chrétien de Noël.

Si, au cours des siècles, la transmission de l’histoire de Noël a réussi à toucher l’imagination et les sentiments d’innombrables générations de croyants et à remplir leur cœur d’espoir, de joie et de paix, cela signifie qu’elle réussissait à leur communiquer quelque chose de très « bon » pour leur vie.

Or, la sensation de ce qui est « bon » n’est jamais une perception absolue et universelle, mais toujours une perception relative, qui peut varier considérablement d’une personne à une autre et aussi dépendamment des époques, des races, des cultures, des traditions et des lieux. Ainsi, ce qui était bon, apetissant, attirant, valable dans la cuisine ou dans la conduite des humains du néolithique ou du Moyen-âge, risque de ne pas l’être du tout dans la cuisine, dans les actions et les perceptions des gens de notre époque. Ce qui est « bon », normal et recevable pour les pygmées du Cameroun, ne l‘est probablement pas pour les habitants de la Norvège.

 De la même façon, ce qui, dans le conte de Noël, a été « bon » pour les chrétiens ingénus et ignorants d’autrefois, ne correspond sans doute plus à ce qui est « bon » pour moi maintenant, moi, un occidental moderne, façonné par l’époque des sciences et des connaissances et possédant donc une culture et une mentalité à nulle autre pareille dans le passé.

J’ai maintenant ma façon à moi d’aller chercher dans le mythe chrétien de la naissance de l’Enfant-Dieu dans notre monde, ce qui me touche, ce qui me convient, ce qui me parle, ce qui m’émerveille, ce qui me fait découvrir la « bonne » nouvelle cachée qu’il veut finalement annoncer aux humains et qui va m’aider à mieux situer la place du Mystère et l’action de son Amour dans ma vie.
Comme les anciens chrétiens ont interprété à leur manière le conte de Noël pour qu’il leur fasse du bien, moi aussi,  je peux et je veux aujourd’hui l’interpréter à ma guise, en me servant et en profitant de tous les acquis de ma culture, de ma mentalité, de mes sentiments, pour que ce conte soit « bon » et fasse du « bien » à moi aussi, chrétien du XXIe siècle.

Car, finalement, les mythes, les légendes, les contes anciens ont une valeur universelle et perpétuelle qui est souvent le produit de sensations-archétypales enfouies dans les cavernes de l’inconscient collectif de l’humanité et l’expression d’une sagesse et d’une spiritualité naturelles. De sorte que, du puits de leur sagesse et de leurs intuitions ancestrales, les hommes de chaque culture et de chaque époque peuvent puiser à la mesure de leur soif, de leurs besoins, de l’orientation de leurs intérêts et de leurs aspirations; à la mesure de la configuration de leur vision du monde, de leur culture et de leur sensibilité spirituelle.

C’est pour cette raison que, moi aussi, fils du troisième millénaire, j’aime interpréter à ma façon le récit chrétien de Noël, afin de pouvoir y extraire ce qui me paraît « bon » pour moi. J’aime donc le considérer comme une belle fable qui illustre, avec des images extrêmement tendres et poétiques, l’action de l’« Énergie Amoureuse de Fond » ou du « Mystère Ultime » (que les religions ont appelé « Dieu ») dans notre monde, présentée comme une « révélation» , une « matérialisation » et une « incarnation » de sa présence dans ce qui existe de plus grand et, en même temps, de plus petit, de plus fragile, de plus précieux et de plus beau dans la matière de notre monde.

J’aime donc interpréter le conte de Noël comme un récit poétique et symbolique de l’incarnation cosmique de la Force ou de l’Esprit de Dieu dans les profondeurs de cette matière capable de se transformer en manifestation de Dieu et en « enfant » de Dieu. Cette « incarnation » cosmique du Mystère Originel dans la « sainte matière », comme l’appelait Teilhard de Chardin, est pour moi un « miracle » beaucoup plus probable, plus acceptable et plus crédible que la littéralité naïve et absurde du récit évangélique de la Nativité.

Après tout, mon interprétation a pour elle le support de la physique quantique et est tout à fait en harmonie avec les suppositions, les intuitions et les conclusions plus récentes de l’astrophysique moderne, où des scientifiques de renom postulent très sérieusement la présence en ce Cosmos d’une « Inspiration » (et donc d'un « Esprit » et donc d’un « Compositeur » de génie) nécessaire pour expliquer la musique et les extraordinaires mélodies jouées par l’orchestre symphonique de l’Univers.
Alors, laissez-moi regarder à ma façon les personnages principaux de cette tendre histoire.

Voilà alors que dans le conte de Noël, la « Vierge » Marie, la Mère-Miracle, fécondée par l’Esprit de Dieu et qui donne naissance à la manifestation matérielle, corporelle et surtout humaine de Celui-ci, se transforme pour moi en un magnifique symbole de ce Cosmos intact, de cet Utérus Originaire, de cette Terre-Mère, de cette Nature placenta et berceau de tout être et de toute vie, belle comme une épouse parée pour son époux; de cette « Sainte Matière » animée et remuée dans ses profondeurs par les vibrations d’un Mystère d’attraction et de fusion qui me dépasse.

Marie devient ainsi pour moi la figure la plus emblématique de cette fécondation cosmique par laquelle le Mystère Ultime se « matérialise », « s’incarne » et agit dans notre Monde et, par-là, il se révèle aux yeux fascinés de notre sensibilité spirituelle et il s’offre à notre émerveillement, à notre attention et aux élans de notre amour.

Joseph, l’homme juste du conte de Noël, qui assiste surpris, incrédule, affolé et préoccupé au miracle de cette prodigieuse fécondation, et à l’attention tendre et amoureuse duquel sont confiés la garde, le soin, le respect, la vénération d’une telle Mère, est également pour moi un frappante image de chaque humain sur terre et de l’attitude que chacun de nous devrait adopter face à ce Monde, à cette Planète, à cette Nature, devenus les lieux non seulement de l’action, de la manifestation et de l’incarnation du Mystère Ultime, mais aussi le berceau dans lequel tout enfant de la Terre est placé afin qu’il développe toutes les facettes de son amour et toute la profondeur de son humanité.

Jésus, l’enfant sorti du sein de Marie et confié, avec sa fragilité et son immense valeur, à la pauvreté d’une crèche, est pour moi l’icône la plus expressive de ce que chacun de nous est, ou peut devenir, en ce monde, s’il est capable de prendre conscience et d’interagir avec les Forces amoureuses qui l’habitent. Ce sont, en effet, les mêmes Forces par lesquelles le Mystère Ultime a fécondé l’Univers et qui se sont déversées et « incarnées » d’une façon spécialement intense dans le cœur de l’homme, en faisant de lui le réceptacle et le relai de la forme « divine » de l’amour dans notre monde.

Finalement, le conte du Noël chrétien se transforme dans une mise en scène géniale, touchante, pleine d’intuitions surprenantes et incroyablement modernes. C’est une fable exquise qui illustre l’action puissante des Mystérieuses Énergies qui gisent au cœur de la Réalité et qui semblent se manifester comme un projet génial ou « divin » d’unité, de relations, d’interactions, de communion et d’amour que nous, les humains, devons mettre continuellement en œuvre pour que l’Univers puisse accomplir et compléter plus aisément la marche évolutive vers sa fusion (amoureuse) avec le Tout.

Je crois que mon Noël, s’il n’est plus très religieux (dans le sens traditionnel du terme), est cependant très chrétien. Mais, non plus chrétien à la façon de l’Église, mais à la façon du Jésus des évangiles.

Au cours de sa vie publique, Jésus de Nazareth, a réussi à accomplir deux exploits remarquables: d’un côté, il a été capable de se présenter au monde comme l’homme exclusivement conduit et animé par l’esprit et les forces de l’amour qu’il disait trouver en Dieu; et, de l’autre, à présenter « son » Dieu comme la présence d’une Énergie amoureuse d’une qualité unique au cœur de chaque humain.

N’est-ce pas tout cela la naissance d’une nouvelle manière de concevoir la présence et l’incarnation de Dieu dans notre monde?

Pourquoi alors la découverte des Énergies mystérieuses porteuses d’un Esprit qui naît au cœur de la matière, en la rendant « sainte », ne serait-elle pas célébrée universellement par une grande fête remplie de lumières, d’allégresse et de chants de joie, comme la célébration moderne d’un nouveau Noël?
Pourquoi cette naissance, ne constituerait-elle pas, pour nous les modernes, une façon de donner un nouveau sens à Noël, ainsi que des raisons plus vraies et plus stimulantes de le fêter et qui suscitent d’authentiques sentiments d’émerveillement, d’exaltation et de joie?

 Bruno Mori

lundi 31 décembre 2018

Noël ou le conte chrétien la «fermentation divine» de notre monde

(Noël 2018)  

Il n’est pas facile de parler de Noël et de dire quelque chose de sensé, d’acceptable et de spirituellement et personnellement nourrissant pour les gens d’aujourd’hui, en évitant les commentaires doucereux et émotifs, qui souvent frisent l’absurde et le ridicule, d’une certaine prédication traditionnelle, qui traite le conte chrétien de Noël  comme s’il s’agissait d’un reportage journalistique ou d’un fait réel. Ainsi passe-t-elle à côté de sa poésie et de sa vérité profonde; vérité qui doit être cherchée dans la richesse symbolique de contenu théologique, spirituel et humain de ce conte.

Les chrétiens instruits savent en effet que les récits des événements qui entourent la naissance de Jésus que nous trouvons dans les évangiles de Luc et de Mathieu (Marc et Jean n’en parlent pas) sont des compositions littéraires sorties de l’imagination de ces deux auteurs qui ont écrit ces contes de Noël dans la seconde moitié du premier siècle (60-70 a.c.). Le but de ces récits est non seulement d’exalter et d’enjoliver avec un encadrement poétique et merveilleux le souvenir de la naissance de Jésus de Nazareth  que les chrétiens considèrent leur Maître, leur Seigneur et leur Sauveur, mais surtout de transmettre un enseignement sur Dieu et sur le comportement de Dieu, tel que ce Dieu avait été perçu, ressenti, expérimenté et annoncé par Jésus et ensuite assimilé et professé par les premières communautés chrétiennes.

Aujourd'hui, nous pensons qu’un fait est vrai parce qu’il est vraiment arrivé. Nous identifions le vrai avec l’historique. Au temps où les évangiles ont été rédigés cependant, les gens s’en balançaient pas mal de savoir si un récit, une histoire étaient vrais ou pas. Ce qui les intéressait c’était surtout de savoir si un conte transmettait quelque chose de positif, de bien, de beau, d’inspirant, de réconfortant, qui les aiderait à mieux vivre.

Or, c’est exactement dans ce but que les récits entourant la naissance Jésus ont été rédigés. Par ces contes, les évangélistes ont voulu transmettre, d’une façon imagée et fantastique, le mystère de la proximité de Dieu et de la présence de Dieu, non seulement dans notre monde, mais aussi et surtout à l’intérieur de chaque être humain, comme Jésus l’avait enseigné.

Et voilà que Luc, écrivain chrétien qui a profondément assimilé le message de Jésus de Nazareth, raconte l’histoire d’un Dieu, là-haut au paradis, qui un beau jour décide d’intervenir pour venir en aide aux humains qui semblent incapables de vivre humainement et qui semblent perdus à cause de l’Aveuglement de leur esprit et de la méchanceté de leur cœur.

Luc dans son récit de Noël raconte alors que ce Dieu Sauveur descend dans notre monde habillé du charme, de la pureté, de la fraîcheur et de la simplicité d’un petit enfant que l’évangéliste identifie à la personne de Jésus de Nazareth. Cependant, ici chez nous, ce Dieu-homme n’est pas reconnu ni accueilli par les grands et les puissants ; par les riches et les satisfaits; par ceux qui sont installés dans le luxe de leurs palais ou de leurs châteaux, comme Érode; mais seulement par Marie et Joseph, par les bergers, par des étrangers inconnus guidés par une étoile : c’est-à-dire qu’il n’est reçu que par les gens simples et humbles, par les petits, les pauvres, les faibles , ceux qui vivent en marge de la société, ceux qui n’ont ni valeur ni importance… mais qui on plein d’amour dans leur cœur et plein de lumière dans leurs yeux.

L'annonce que Dieu s’est fait proche de nous et qu’il est devenu un des nôtres pour nous aider à être de meilleures personnes, constitue le contenu de fond, le noyau précieux, transmis par cette fable de Noël. Il constitue le contenu de la "bonne nouvelle» annoncée par le chant des anges. L’annonce de cette « bonne nouvelle » sera répercutée avec force, explicitée et réalisée par la vie et la prédication de Jésus, qui invitera tous ceux qui voudront bien l’entendre à y croire, à l’accueillir et à se laisser convertir et transformer par elle.

Jésus sera le premier homme qui, dans sa vie, fera l’expérience bouleversante de la vérité et de l’efficacité de cette « bonne nouvelle » du Dieu proche, proclamée par la légende de Noël. Jésus enseignera que ce Dieu s’est fait tellement proche qu’il est devenu ami, père, mère, amour, avec nous, pour nous, à l’intérieur de nous, esprit divin qui s’incarne dans l’épaisseur et la profondeur de notre humanité.

La bonne nouvelle de Noël consiste alors à proclamer que c’est grâce à la naissance de Jésus comme un membre à part entière de notre race; grâce au témoignage de sa vie adulte, à sa prédication, à l’Esprit qu’il nous a laissé, que maintenant nous savons que Dieu est non seulement le Mystère et l’Énergie amoureuse ultime qui crée, soutient, dirige et imprègne de ses virtualités et de sa présence l’Univers entier; mais que cette divine présence se manifeste et agit surtout et d’une façon spéciale dans chaque être humain, se déployant au service de toutes les créatures, mais surtout des créatures qui ont le plus besoin de notre amour.

La bonne nouvelle proclamée par le conte de Noël  annonce que désormais Dieu aime à travers un cœur d’homme et que l’homme n’est capable d’aimer que parce qu’il possède un cœur rempli d’un amour qui lui vient de Dieu. La Bonne Nouvelle de Noël  annonce que désormais l’amour de Dieu pour les humains ne passe qu’à travers l‘amour que nous sommes capables de nous donner les uns les autres.

En en mot, Noël  nous dit que dans l’amour que nous donnons et répandons autour de nous, nous réalisons l’incarnation de Dieu dans notre monde .

N’est-ce pas là une nouvelle extraordinaire pour nous tous qui avons dans notre cœur tant d’amour à partager ? 

 Tout ceci veut dire qu’après la naissance de Jésus, la religion ne doit plus pousser les fidèles à se préoccuper principalement de leur relation avec de Dieu, mais à cultiver et se préoccuper principalement de la qualité de leurs relations avec les autres frères humains. Cela signifie que la religion ne doit plus inciter à aimer d’abord Dieu, mais à aimer d’abord l’homme, surtout si celui-ci est en besoin d’attentions et d’amour parce qu’il est misérable, délaissé et malheureux. Cela signifie aussi que la religion ne doit plus chercher à rendre les gens plus saints, mais plus humains ; car, désormais, c’est la qualité de notre humanité qui détermine la qualité de notre « sainteté » et de notre perfectionnement spirituel.

Il s’avère, malheureusement, que ce n’est pas tout le monde qui est capable d’écouter et d’accueillir la bonne nouvelle de Noël. Pour beaucoup d’entre nous, elle peut être même une mauvaise nouvelle, indigeste et difficile à avaler. Car, si elle nous dit que Dieu s’est rapproché de nous et est entré dans notre monde, elle proclame aussi qu’il est cependant allé habiter non pas chez les forts et les puissants, mais chez les faibles; non pas chez les riches, mais chez les pauvres ; non pas chez les grands, mais chez les petits; non pas chez les importants, mais chez les insignifiants; non pas chez ceux qui aiment être honorés, reconnu s, idolâtrés, vénérés et encensés comme des dieux , mais avec ceux qui sont dépréciés, méprisés, persécutés, exclus, sans importance sans statut …

Ces choix et ces préférences du Dieu « chrétien », manifestés par Jésus et qu’il a incarné dans sa vie, ne plaisent pas à tout le monde. Elles déçoivent un grand nombre d’humains ; elles laissent beaucoup d’entre nous avec un goût amer dans la bouche. Car avouons-le, nous aimons ce qui est grand, important, solennel, ce qui attire l’attention ; nous aimons tous être spéciaux, différents, exceptionnels, célèbres, reconnus, admirés, applaudis, avoir de l’influence, du prestige et du pouvoir…

Mais qu’en est-il de ce qui est tout simplement humain, de ce qui est commun au petit peuple de la rue; aux gens du métro, du bingo, du stade, du chantier, du supermarché, du BS? Car c’est précisément dans ce qui est commun à tout ce petit monde de gens simples et ordinaires, que nous trouvons souvent les valeurs humaines dont nous avons le plus besoin parce qu’elles sont celles qui nous humanisent davantage (simplicité, sensibilité, empathie compassion, pauvreté, détachement, entraide, partage, disponibilité…).

            Dans notre société moderne, nous sommes éduqués, formés, diplômés, certifiés, brevetés, programmés pour être importants et réussis, et non pas pour être tout simplement humains. Or, c’est la bonne qualité de notre humanité qui constitue le mètre sur lequel est mesuré l’authenticité de notre condition chrétienne, ainsi que la réussite réelle de notre existence.

Dans les évangiles de l’enfance, l’image de l’enfant divin de crèche n’a pas seulement la valeur d’un souvenir historique de ce que le petit Jésus a été les premiers jours de sa vie, mais elle a aussi et principalement une éminente valeur emblématique. Elle est la parabole, le symbole et la représentation de l’enfant que chaque être humain est appelé à devenir, pour être le lieu de la présence, de la manifestation, de l’action et de l’incarnation de Dieu dans notre monde. Dieu est là, Dieu est présent, Dieu agit, Dieu se manifeste là où des êtres humains assument les attitudes, la posture morale et la configuration spirituelle de l’enfant. Dieu est là où des personnes sont capables, comme le souhaitait Jésus, de naître à nouveau avec un esprit, une âme et un cœur d’enfant; « À moins de naître à nouveau, personne ne peut rentrer dans le monde de Dieu … » (Jn. 3, 3-4) .

Cela vaut la peine de faire un effort ces temps-ci et de consacrer du temps à ce qui devrait vraiment nous intéresser : être un peu plus humain aujourd'hui qu'hier, mais moins que demain.

Bruno Mori - 12 décembre 2018

jeudi 28 décembre 2017

Noël ou un Dieu qui naît de la fragilité des êtres


(Essai d’une interprétation postmoderne du conte de Noël)


 1- « Allons voir le grand événement que Dieu veut nous faire connaître…»  (Lc 2,15)

                        L’histoire évolutive de l’Univers a conduit les humains à l’auto-conscience. À une certaine période de cette histoire, pour échapper à l’angoisse causée par la prise de conscience de leur finitude, de leur vulnérabilité et du caractère inéluctablement transitoire de leur existence, les humains ont inventé des dieux, sur lesquels ils ont projeté leurs désirs de puissance, de sécurité et de vie. À ces dieux, construits à la mesure de leurs manques, les hommes ont confié la tâche de les combler.

             Conçus par l’inquiétude et la peur , les dieux ont été imaginés à l’instar des super-héros de nos films de science-fiction ou de nos bandes dessinées: des Entités masculines, super puissantes, situées en dehors et au-dessus de notre monde, dotées de qualités surhumaines, surnaturelles et extraordinaires qu’elles utilisent, non seulement pour gérer les événements cosmiques, mais aussi et surtout pour libérer les humains des dangers auxquels ils sont continuellement exposés, les protéger et leur assurer une qualité de vie satisfaisante, en échange de leur adoration et de leur soumission.

            L’homme religieux (homo religiosus), en inventant les dieux et en cherchant à les apprivoiser et à se rapprocher d’eux (par un processus psychologiquement compréhensible de mimétisme), les a transformés en prototypes et en modèles de son propre comportement.

            Depuis l’invention de «ses dieux», et pour surmonter ses propres limites, «l'homme religieux» a été continuellement exposé à la tentation de s’approprier des facultés et des pouvoirs qu’il leur avait attribués, dans une folle prétention de devenir comme eux. C’est la tentation de la démesure, de l’orgueil et de la stupidité humaine cherchant à rivaliser avec la puissance et grandeur de la divinité.
          
            Devenir comme dieu ou devenir un dieu, a toujours été le rêve fou de la précarité humaine à la recherche de gratifications et de sécurité. Cependant, pour être comme dieu, l’humain a dû s’élever au-dessus des autres, devenir supérieur aux autres, plus grand, plus important et plus puissant que les autres. Il a dû soumettre les autres. En d’autres mots, il a dû refuser d’être simplement humain ; il a donc dû se « déshumaniser ». De là l’apparition dans le monde des hommes du phénomène de la « violence » (hybris) sous toutes ses formes (pouvoir, confrontation, domination, oppression, haine, guerre …), à l’origine de ce que les religions ont traditionnellement appelé le « péché », responsable de tous les désastres et de toutes les souffrances de l’humanité.

            Si donc, du côté de l’homme, la recherche compulsive de sa « divinisation » a été pour lui une source intarissable de malheurs, Jésus de Nazareth a été, de son coté, un des premiers grands esprits qui a compris et enseigné que le secret du salut et du bonheur de l’homme n’était pas dans sa « divinisation », mais dans son « humanisation » et dans l’élimination des causes de la «violence ». Ce qui comportait nécessairement la guérison des processus psychologiques angoissants (peur, anxiété de sécurité, recherche de pouvoir, de supériorité, de gratification, de succès…), suscités en l’homme par sa finitude et par sa fausse perception de Dieu. Le Nazaréen avait compris que si Dieu continuait à être perçu comme grandeur, supériorité, puissance et pouvoir qui dominent et soumettent, la violence dans le monde était inévitable et l’humanité vouée à un misérable destin.

            Toute la valeur et la nouveauté de la prédication de Jésus consistent dans la proposition d’une nouvelle image de Dieu, aux antipodes de celle avancée par les hommes et leurs religions. Le nouveau Dieu annoncé par Jésus est tout autre, différent, à l’opposé et en contradiction avec le dieu ou le « theos » des religions établies. On pourrait dire que, comparé et confronté au dieu des religions, le Dieu de Jésus apparaît comme un « anti-Dieu » qui ne se manifeste jamais comme grandeur, autorité, puissance et pouvoir qui commande, soumet et exige ; mais toujours comme petitesse et délicatesse à la recherche d’empathie et d’accueil bienveillant. En effet, l’Anti-Dieu de Jésus se présente essentiellement comme une Forme Mystérieuse d’Amour qui se révèle et agit uniquement là où il y a insuffisance, défaillance, faiblesse, perte, imperfection…, afin de combler le manque, soutenir la fragilité, enrichir la pauvreté, donner du perfectionnement, déclencher évolution, infuser énergie, vigueur et vie à tout ce qui flétrit, qui se dégrade et qui peine sous le poids de l’inéluctable pesanteur et finitude de son être. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids de la vie et vous trouverez le repos de vos âmes…» (Mt, 11, 28-30).

            De sorte que, pour le Prophète de Nazareth, ce que les religions appellent « Dieu», n’est, en réalité, que cette Énergie Primordiale et Bénévole qui n’existe et ne se manifeste dans l’Univers que pour remplir le vide, suppléer au manque, produire relation, intégralité, plénitude, complexité évolutive dans les créatures qu’elle relève continuellement de leurs limites, afin que puisse émerger en elles une qualité supérieure d’être.

            Mais il y a plus: pour Jésus, Dieu semble être également une Énergie qui se désactive et cesse d’opérer dans les humains chaque fois que ceux-ci, dans une attitude d’orgueil arrogante et stupide, sont convaincus d’être riches d’eux-mêmes, c'est-à-dire, d’avoir atteint la pleine configuration ou la pleine suffisance de leur nature. « Dieu comble de biens les affamés, mais il renvoie les riches les mains vides » (Lc 1,53).
  
           
2 – « Ils allèrent et ils trouvèrent un enfant nouveau-né gisant dans une mangeoire pour animaux… » (Lc 2, 16)

            Cette nouvelle façon de concevoir Dieu nous permet de mieux comprendre, d’un côté, pourquoi le mythe chrétien de Noël place la présence et l’action de Dieu là où il y a naissance, petitesse, impuissance, pauvreté, pénurie d’être, symbolisés par l’Enfant-Dieu de la crèche. Et, de l‘autre côté, elle permet de mieux saisir pourquoi Jésus se réfère toujours à la Réalité Ultime avec le nom évocateur de « Père ». Cet appellatif comporte, en effet, une sémantique reliée, à l’origine, à la génération, à la naissance, au surgissement, à la croissance et à l’accomplissement, au soin, à l’amour de l’être, là où avant il n’y en avait pas ou pas assez, qui pour le Nazaréen, sont les caractéristiques typiques de la nature de son Dieu.

             Noël devient alors un magnifique conte, plein de lyrisme et de poésie, qui sert à illustrer le mystère chrétien de la présence amoureuse du Divin dans notre monde et dans la vie des hommes et aussi à nous faire comprendre la nature unique du Dieu de Jésus.

            L’histoire de Noël raconte qu’un jour une Énergie, un Souffle, un Esprit « divins » ont pris corps, chair, visibilité dans notre monde, en se présentant sous les traits d’un enfant qui vient de naître. Non pas un enfant né dans un palais de roi, mais l’enfant d’un humble couple de paysans, pauvres et sans logis. Il s’agit donc d’un être nu, dépossédé de toute ostentation de puissance et de grandeur, habillé seulement de son charme, de sa fragilité, établi dans la dépendance et le besoin le plus radical.

            Noël nous dit que là où un tel enfant d’homme existe, là aussi est le lieu de la présence et de la manifestation de Dieu. Voilà pourquoi l’histoire de Noël raconte que le Dieu de Jésus ne fréquente pas les grands et les puissants de ce monde. Il n’habite pas le luxe du palais d’Hérode, ni le faste du Temple de Jérusalem, avec les solennités du son culte. Il n’est surtout pas dans les manifestations du pouvoir, laïc ou clérical, quel qu’il soit, ni dans les projets et les convoitises des riches et des puissants de ce monde.

            La fête de Noël constitue, alors, une touchante catéchèse sur la nature du Dieu de Jésus. Elle illustre, avec le langage allégorique et imagé de la fable, pourquoi ce Dieu est essentiellement présent dans notre monde comme Force et Esprit de vie, de joie, de perfectionnement, de guérison, de compassion et d’amour qui se manifestent et s’activent à la rencontre de l’indigence et de la souffrance des créatures.

            C’est pour cela que, dans l’histoire de Noël, Dieu est présenté dans une cabane, dans une étable, dans la paille, dans le dénuement et la pauvreté. Il est avec les bergers, les bandits, les exclus, les persécutés. Il est là où la nature humaine est tourmentée et courbée sous les contraintes de l’exploitation et de la violence et sous la pesanteur de sa misère et de sa méchanceté. Il est dans les camps de réfugiés de Lybie, de Syrie, du Liban, du Myanmar. Il est dans leurs enfants nus, qui pleurent, qui souffrent, qui ont faim, qui sont sans soins, sans instruction, sans maison, sans parents, sans patrie, sans sécurité, sans avenir, sans espoir, sans amour.


3- « …Et ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en cadeau de l’or de l’encens et de la myrrhe… » ( Mt. 2, 11)

Chaque année, la fête de Noël vient alors nous rappeler que le Dieu de Jésus est toujours là où résonne le cri de la détresse humaine qui attend le cadeau de notre bonté et l’intervention de notre amour. Noël nous dit que Dieu est là où des êtres ont besoin du don de notre attention, de notre sympathie, de notre aide, de notre action charitable et fraternelle. Noël nous dit que là où la personne est faible, démunie, délaissée, dépréciée, menacée, opprimée, abandonnée, sans pain, sans maison, sans travail, sans considération, sans respect, sans réputation, sans moyens, sans liberté, sans droits… là aussi est le Dieu de Jésus. « J’avais faim…J’avais soif.., J’étais étranger… nu... malade…en prison… et vous m‘avez secouru …» (Mt.25,31-45).

La fête de Noël constitue ainsi un cri, un soupir, une  prière adressée aux grands de ce monde pour leur rappeler l’urgence de cesser la confrontation et la violence. Chaque année, Noël arrive pour demander à ceux qui commandent de rester humains, d’accepter de n’être que des humains et d’arrêter la folle prétention de vouloir être tout-puissants, supérieurs aux autres  et de détenir, comme des dieux , le pouvoir de vie et de mort sur le reste de l’humanité.

            La fête de Noël vient nous dire que toute recherche de grandeur, de supériorité et de pouvoir qui déshumanise ses détenteurs, qui abaisse, humilie, opprime, fragilise et fait souffrir nos frères humains, est et doit rester disqualifiée et bannie à tout jamais. Noël est là donc pour rappeler aux hommes de bonne volonté la nécessité et l’urgence de faire en sorte qu’un jour tous les pauvres, les faibles et les petits  de la terre arrivent  à atteindre la taille de la grandeur spirituelle et de la dignité humaine que Dieu leur a depuis toujours réservées.

Noël est là pour nous rappeler que, conformément aux dynamiques de l’Univers qui nous a produits, nos existences humaines n’acquièrent de valeur et de sens que si elles deviennent le véhicule d’un don divin d’amour et de bonté qui sauve et accomplit ; et que si elles sont, à leur tour, gratuitement et généreusement données pour parfaire le bonheur des autres créatures. « Qui veux garder sa vie exclusivement pour soi-même, la perd ; mais celui qui accepte de la donner comme un présent continuellement offert à qui en a besoin, la conservera pour l’éternité » (Mc.8,35; Lc.17,33; Jn. 12, 25) .

                       Le conte de Noël cherche ainsi à nous faire comprendre que le Dieu de Jésus est cette Bonté créative, cette Énergie Originaire qui pulse au cœur du corps de l’Univers et dans le cœur de chaque humain pour l’ouvrir et le sensibiliser à la beauté du Tout et à la valeur de chacune de ses parties. Ainsi ce Dieu, Réalité Ultime, nous permet d’apprivoiser nos insatisfactions, nos frustrations et nos limites ; de nous réconcilier avec nos défauts et nos fautes ; d’accepter le caractère fini et éphémère de notre existence comme étant une cellule indispensable d’un corps divin ; mais une cellule qui a pour elle une déclaration d‘Amour, une certitude d’accomplissement et une promesse de l’éternité.

            Le petit enfant de Noël constitue alors le symbole le plus saisissant autant de notre condition humaine, que des conditions qui réalisent et incarnent la présence du divin dans notre monde : l’amour qui va à la rencontre de la misère. Enfants, seul l’amour que nous avons reçu, nous a permis de vivre. Adultes, seul l’amour que nous donnerons, nous réalisera et sauvera le monde.

            Si dans les évangiles Jésus pouvait affirmer que tout enfant est capable de contempler le visage de Dieu (Mt.18,1-5), ce n’est que parce qu’il était convaincu que la présence de Dieu ne peut être perçue que sur le visage de tout enfant d’homme capable de croire en la bonté du monde et de confier ses faiblesses entre les mains des forces divines-humaines de l’amour.

            C’est dans la prise de conscience de cet Amour Ultime qui s’incarne dans notre petitesse, que chaque chrétien peut avoir la révélation du divin et toucher, avec espoir et tendresse, l’humble crèche de Bethleem où le conte de Noël a déposé la présence de Dieu dans notre monde.


Bruno Mori

 (Montréal 7 décembre 2017)






vendredi 30 décembre 2016

L’HISTOIRE DE NOËL, MYTHE OU RÉALITÉ ?

(2016)

Réflexions personnelles

Aussi loin que je peux aller en arrière dans mes souvenirs, la période qui précède les fêtes de Noël a toujours été pour moi un temps propice à la rêverie, à l’évocation et à la réflexion. Le climat de la saison s’y prête. La nature dépouillée a perdu l’éclat de ses couleurs. Elle semble dessinée en noir et blanc sur le fond gris des journées abrégées qui luttent pour un peu plus de lumière contre une nuit empressée à s’installer. Je suis moins distrait. J’ai plus de facilité à me concentrer et à m’analyser. Voilà donc qu’en cette saison d’hiver où tout semble être mort, je me découvre plus sensible à certaines questions de la vie, de ma vie, spécialement celles qui concernent le sens de la Réalité qui m’entoure et le sens de ma présence en cet Univers où je dois tisser une forme de relation acceptable avec le monde des hommes et le monde de Dieu. Comme si cela n’était pas suffisant, voilà que les fêtes de  Noël, avec la célébration de la victoire de la lumière sur les ténèbres (solstice d’hiver) et la présentation de l’enfant divin « descendu du ciel » qu’elles proposent à notre contemplation, viennent aiguiser encore davantage mon penchant méditatif en cette saison.

J’ai longtemps aimé la fête de Noël plus pour son folklore et sa charge poétique et sentimentale que pour le contenu religieux et humain qu’elle exprimait. Il fut un temps où mon esprit critique a même snobé et banalisé cette fête chrétienne comme un conte n’ayant aucun fondement ni historique ni rationnel. Je la considérais comme une simple reprise ou réinterprétation en clé chrétienne de mythes païens anciens ou comme une pure invention de la piété et de la naïveté des chrétiens des premiers siècles.

            Il aura fallu une longue maturation intérieure de ma part et un laborieux travail de réflexion, de décantation, d’étude et d’analyse des différents apports venants autant d’une nouvelle anthropologie et d’une nouvelle théologie, que des nouveaux acquis de sciences modernes, pour me réconcilier personnellement et intellectuellement avec cette fête et pour comprendre que, finalement, le récit de  Noël est l’expression religieuse et humaine d’une vérité qui est au cœur autant de l’existence de l’Univers, que des dynamiques qui régissent les rythmes et les aspects de sa programmation évolutive destinée à aboutir à la l’apparition de l’homme dans le monde.

Je suis maintenant convaincu que la fête de Noël est l’expression poétique, culturelle et religieuse d’un phénomène réel que les humains ont pressenti et entrevu depuis la nuit des temps et qu’ils ont cherché à décrire dans leur légendes et leurs mythologies comme la descente ou l’irruption du monde des dieux dans le monde des hommes. Pour nos ancêtres, tous les phénomènes naturels et toutes les créatures de la Terre (le soleil, les étoiles, la foudre, le tonnerre, les orages, l’attirance sexuelle, la fertilité, la mer, les rivières, les montagnes, les sols, les récoltes, les arbres, les animaux…) étaient saturées de divin et habitées d’esprits.

Nous, les gens du XXIe siècle, même si nous sommes éclairés par les acquis des sciences modernes et surtout par le progrès et les découvertes de la cosmologie et de l’astrophysique contemporaines qui nous renseignent sur la grandeur insondable et la mélodie mystérieuse de l’Univers, nous ressentons le même émoi, le même frémissement, le même émerveillement, la même sentiment de vénération que nos ancêtres face aux forces invisibles et cependant superpuissantes et parfois presque magiques qui sont partout à l’œuvre autour de nous.

Or, devant la structure merveilleuse de ce monde qui se dévoile toujours plus nettement sur nos écrans de calcul et à travers nos instruments d’observation; devant cet Univers que nous découvrons bâti à la mesure de l’infini et soutenu de l`intérieur par le jeu d’innombrables articulations et connexions prédéterminées qui semblent jaillir d’un Principe spirituel intelligent, nous aussi, comme nos ancêtres d’autrefois, nous avons composé nos propres contes et écrits, nos propres récits, autant pour exprimer notre émerveillement et justifier notre fascination, que pour raconter l’histoire d’un Univers que, plus encore que celui de nos ancêtres, nous découvrons habité, jusque dans ses profondeurs les plus intimes, par une présence omniprésente de l’esprit.

Je pense, cependant, que l’acquis le plus extraordinaire de l’astrophysique moderne consiste dans le fait d’avoir découvert que l’histoire de l’Univers est fondamentalement une histoire d’amour.

En effet, grâce aux découvertes et aux intuitions de la cosmologie moderne, nous savons maintenant que l’Univers est soutenu et parcouru par une mystérieuse Force d’attraction universelle. Une Force que l’on constate à l’œuvre, mais que les scientifiques ne sont pas à mesure d’expliquer. Cette Force d’attraction, sur le plan des structures atomiques-chimiques-physiques, crée champs gravitationnels, liaisons, connections et fusions qui produisent unité, mais aussi diversité et complexité. Par contre, sur le plan des structures bio-anthropiques, cette Force produit rapprochements, attirances, affinités, dépendances et autres attitudes comportementales typiques de la relation d’amour.

Or l’attraction de l’amour, créant nécessairement des relations conscientes et libres, ne peut être constituée que par une énergie spirituelle et donc elle ne peut que porter en elle la marque de l’esprit. Il s’en suit alors que l’attraction de l’amour ne peut trouver son fondement et sa source que dans un Principe Ultime qui est lui-même Esprit Absolu continuellement en évolution. Il est alors possible d’en déduire que la relation déclenchée par l’amour prend son origine en cette Réalité Ultime qui est aussi Amour absolu (que la terminologie religieuse appelle «Dieu » et que Jésus de Nazareth appelle « Père ») qui par la force de l’attraction amoureuse crée continuellement le monde, en le faisant évoluer vers un accomplissement toujours plus parfait.

J’aime comparer cette Source amoureuse originelle de l’être aux entrailles d’une Mère Virginale qui, au Noël du temps, donne naissance au corps de notre Univers, grâce aux virtualités inhérentes à l’essence de son Être qui la rendent nécessairement féconde. Ainsi l’Univers, constitué comme un Tout par les Énergies unificatrices de l’attraction universelle (qui est la forme et l’expression cosmique de l’amour), est assuré contre sa décomposition et sa désintégration. Bien plus! Toutes les parties du Cosmos, reliées ensemble par les forces de l’attraction et de l’amour, peuvent évoluer comme un Tout en marche vers une complexité tellement perfectionnée, qu’un jour elle sera capable de faire surgir une structure biologique vivante, spécialement conçue pour produire de l’amour: l’«humain» fait son apparition dans le monde. En ce temps de  Noël, il me plaît de penser qu’un jour mon Univers, poussé par un mouvement irrépressible d’amour, a accouché de l’Humain.

Dans l’être humain, les forces de l’attraction qui soutiennent le réel, trouvent le lieu de leur expression la plus accomplie et de leur incarnation la plus parfaite. La Source Originelle de l’être (Dieu) s’installe et s’incarne dans le cœur de l’homme comme énergie d’amour. Il s’en suit alors que le motif de la présence de l’humain dans cet Univers est constitué exclusivement par sa capacité d’aimer ; et que s’il faillit à cette tâche, il perd sa raison d’exister.

J’aime m’imaginer que l’humain devient ainsi la structure vivante la plus élaborée et la plus perfectionnée que, depuis toujours, l’Univers a développée dans le seul but de produire de l’amour. J’aime penser que, d’une certaine façon, il voulait mettre au point une structure vivante capable d’aimer, afin qu’elle soit en son sein, l’icône de la présence bénévole et bienveillante de sa Source Originelle (Dieu) qui, à travers l’amour qu’elle a déposé dans le cœur de l’homme, veut parachever et spiritualiser toute la création.

L’homme est donc dans le monde pour être non seulement manifestation, mais également annonce et prophétie que l’amour est la seule énergie qui conduit l’Univers et que donc seulement en se laissant transporter et emporter par ce courant, les humains trouvent la vérité de leur être, le lieu de leur accomplissement et le havre de leur authentique bonheur. En plus, dans l’être humain, l’Univers se résume, prend conscience de lui-même, réfléchit sur lui-même et devient capable de s’admirer.

Je suis maintenant enclin à penser que la fête chrétienne de la naissance de l’Enfant-Dieu, généré dans notre monde par l’Esprit Saint et présentée par Marie à l’admiration et à l‘adoration de tous comme une source de lumière, de joie et de salut, est plus qu’un conte pour enfants, élaboré dans une société souvent brutale pour réconforter et assurer les pauvres croyants avec la bonne nouvelle que ce monde méchant a maintenant un «sauveur». Ce conte possède, au contraire, un contenu symbolique d’une extraordinaire pertinence et d’une grande vérité. Il annonce, en effet, que l’être humain se «sauvera», c’est-à-dire s’accomplira et parviendra un jour à la perfection évolutive de son humanisation : car, depuis toujours, Dieu a fécondé la terre des hommes par l’Énergie de son Esprit; car depuis toujours les enfants des hommes sont des enfants « divins » porteurs de l’Esprit de Dieu, de la Présence de Dieu, de la Force de Dieu et de l’Amour de Dieu; car, depuis toujours, Noël est inscrit dans l’agenda des projets cosmiques du Grand Esprit qui est Dieu.

La fête de Noël, avec l’enfant divin conçu, par l’esprit de Dieu, dans l’univers maternel du sein de Marie, manifesté aux grands et aux petits du monde (anges, rois et pauvres bergers) comme étant pour tous source de lumière et cause de salut, est donc une magnifique parabole qui illustre le mystère et la raison de la présence humaine dans notre monde. Dans le mythe chrétien de Noël, la place et la fonction de l’humain dans notre univers sont personnifiées dans la figure de Jésus de Nazareth. En effet, l’Homme qui, selon la légende, voit le jour à Bethlehem, a toujours été considéré par ses disciples non seulement comme l’exemplaire le plus accompli d’humanité, mais aussi comme l’homme qui a toujours été capable d’agir sous la mouvance de l’Esprit de l’amour qu’il savait avoir reçu de Dieu, son Père. Finalement, grâce à cet homme, quelque chose de bien est arrivé à notre monde, qui s’est ainsi quelque peu amélioré.

Ainsi la fête de  Noël (avec celle de Pâques) est-elle devenue pour moi une des célébrations de la foi chrétienne particulièrement évocatrice autant d’une vérité que d’un mystère d’amour qui ne finit pas de m’interpeller et de me fasciner.

Il me plaît de penser que chaque naissance d’enfant est une fête de  Noël; car chaque enfant vient au monde comme un désir de Dieu, comme une créature divine, comme un don du ciel, comme une merveille de la création, comme un nouvel espoir, comme un petit Jésus transfiguré par le charme et la beauté de Dieu, dans lequel la présence de l’Amour moule les fibres les plus intimes et les plus sensibles de son cœur d’enfant.

Il me plaît de penser que Noël est la célébration de la présence de l’Amour de Dieu dans l’homme ; présence capable de conférer à celui-ci la grâce, l’innocence, la douceur et l’attirance d’un enfant.

Il me plaît de penser que Noël est la fête de la bonté foncière de l’homme, dont la mission est de l’insérer, comme un levain, dans la pâte de ce monde pour qu’il puisse la faire fermenter.

Il me plaît de penser que  Noël est la fête de l’humain qui se construit, se développe et se réalise dans le don de l’amour, en accord avec l’esprit qu’il a reçu de son Créateur.

            Je pense donc qu’il est tout à fait vrai de dire que Noël est la fête de l’amour. Et c’est sans doute pour cela, qu’en ce temps de Noël, les manifestations et les signes d’amour débordent partout.

Seulement l’amour fait briller les yeux de l’homme. Seulement l’amour fait chanter le cœur de l’homme. J’imagine donc que c’est sans doute à cause de cela qu’à Noël les hommes sentent le besoin de s’envelopper de lumières et de chants.

Seulement l’amour nous apprend à prendre la vie comme un don du ciel et à nous considérer nous-mêmes comme une bénédiction de Dieu. Et si à Noël nous échangeons des cadeaux, n’est-ce pas inconsciemment pour nous signifier l’un l’autre que chacun de nous est un véritable don du ciel pour l’autre ; et que nous ne serions pas aussi heureux si l’autre n’était pas là ?

Le mystère d’amour que Noël renferme nous rappelle finalement que chacun de nous vient au monde avec la nécessité de se sentir accepté; avec le besoin de sentir et de savoir que, dans l’amour d’un autre, son existence est voulue, désirée, accueillie comme une valeur immensément précieuse et même indispensable. Noël annonce que chacun de nous ne trouve son bonheur que dans l’amour d’un autre, que dans la communion avec l’autre, que dans la relation et la fusion avec l’autre, et que l’autre est essentiel à notre bonheur.

 Cela n’est-ce pas la preuve de la vérité de tout ce que j’ai énoncé plus haut, à savoir, que l’autre, en tant qu’humain, est vraiment le lieu de l’incarnation et de la présence de l’amour de Dieu dans notre monde, puisque, dans ma vie humaine et dans la réalisation de mon bonheur, l’autre acquière pour moi l’importance et la nécessité de Dieu lui-même et qu’il devient, pour ainsi dire, « mon Dieu et mon tout»? En effet, dans l’amour, l’autre n’assume-il pas les caractéristiques d’un être qui est parfait, extraordinaire, merveilleux, admirable et adorable, comme Dieu lui-même ?

Le mystère de Noël nous invite ainsi à découvrir dans l’autre les traces de Dieu, et à nous réjouir de son existence. Chaque fois que nous aimons une autre personne au point de remercier Dieu pour l’avoir mise au monde, nous partageons et revivons à nouveau le désir cosmique pour l’humain et le miracle de la naissance de l’homme, sur le visage duquel nous reconnaissons à Noël, avec émerveillement et reconnaissance, les traits de la divinité.

Si à Noël nous célébrons avec la poésie du mythe la grandeur et la dignité de chaque être humain, porteur d’un projet divin et réceptacle de l’esprit et de l’amour de Dieu, il ne faut pas oublier que cette fête, en focalisant notre attention sur le petit enfant pauvre, nu et fragile de la crèche, est là aussi pour nous rappeler la vulnérabilité de notre condition et à la précarité de l’amour et de la présence humaine en ce monde, confrontés comme nous sommes, à chaque instants, à la méchanceté et à la tyrannie de ces Hérodes qui, de l’intérieur ou de l’extérieur de nous, cherchent continuellement à tuer l’enfant.

La célébration de la présence divine dans l’homme, que nous fêtons à Noël, veut cependant nous assurer contre les assauts dévastateurs de la cupidité et de l’égoïsme qui empêchent et ralentissent la progression de l’amour dans notre monde. Elle veut nous faire croire que le bien et plus fort que le mal; que l’amour l’emporte sur la haine; et surtout qu’aux humains est toujours ouverte la possibilité d’échapper à leur déshumanisation, à leurs divisions et à leur perte, si seulement ils sont capables de descendre dans les profondeurs de leur être pour aller y puiser à la Source divine qui les humanise, les harmonise, les unifie et les sauve.

Car, finalement, chacun est porteur, pour lui et pour les autres, de salut ou perdition; de bonheur ou de malheur: cela dépendra de l’accès qu’il aura su garder ou perdre à son cœur d’enfant.


BM