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dimanche 29 août 2021

 

Nous sommes tous des hypocrites…

(22° dimanche ordinaire B - Mc 7,1-23)

Je me souviens encore très bien de la religion de mon enfance : c’était une religion de pratiques rituelles, d’observances et d’obligations et pour laquelle le faire était plus important que l’être. Il fallait faire un certain nombre de choses pour être en règle avec l'Église, avec Dieu et avec notre conscience[1]. C'était donc une religion fondamentalement formaliste et ritualiste. En tout semblable à celle des Pharisiens du temps de Jésus et que Jésus critique et condamne dans les textes de l’évangile de ce dimanche.

  C’est un fait que dans le passé (et aujourd’hui encore !) on n’entendait pas souvent les curés parler dans leurs sermons de justice sociale, d’égalité de genre, de droits de la personne ou des minorités homosexuelles et autres ; du respect et du soin de la terre et de la nature. Dans nos églises, rarissimes sont encore aujourd’hui les ecclésiastiques qui auraient l’idée et le courage de se lever pour protester contre l'exploitation du Tiers-monde ou pour condamner la néfaste logique capitaliste d’une économie continuelle en croissance et d’une consommation illimitée causes principales de la déprédation  insensée des ressources naturelles de la planète, de la  destruction systématique des écosystèmes indispensables à la conservation de la diversité des espèces et de la vie,  dont nous commençons a peine à  en écoper des conséquences mortifères et catastrophiques …   

Hier, comme aujourd’hui, ces attitudes irresponsables, ne semblent pas poser beaucoup d’inquiétudes ni à nos ministres ou autres autorités politiques, ni à nos responsables religieux, ni à la bonne conscience d’un grand nombre d’humains, chrétiens ou pas.

Nous admirons aujourd’hui la franchise et le courage de Jésus qui n’a pas eu peur de se confronter aux autorités religieuses-civiles de son temps : à leur hypocrisie, à leur superficialité, à leur formalisme, à leur vanité et à leur cupidité, à leurs fausses convictions d’être des  modèles de justice et de religiosité.

Ces grands-prêtres et ces pharisiens d’antan n’existent plus, cependant ces paroles de Jésus continuent à s’adresser à tous ceux qui aujourd’hui les ont remplacés.  C’est à moi, c’est à  nous tous, c’est  à  nos gouvernants , à  nos politiciens,  à tous ceux en pouvoir et ont  qui entre leurs mains les destins de nos sociétés et de notre  monde que  ces paroles  sont maintenant adressées .  « Hypocrites !». Et cela nous gifle, nous fait mal. Cela nous humilie. Et c’est bien qu’il en soit ainsi, car ses paroles doivent nous faire réfléchir, nous remettre en question ; nous confronter à notre mauvaise volonté, à l’attachement farouche que nous vouons à notre confort et à notre bien-être matériel auxquels nous ne voulons pas renoncer. Ces paroles de Jésus nous confrontent ainsi à notre lâcheté, à notre manque de volonté de sortir du moule de l’homogénéité, de la conformité et du  « così  fan tutti ». Ces paroles de Jésus nous confrontent finalement à  notre myopie et à notre stupidité,

                Si dans notre  culture chrétienne d’Occident capitaliste et  individualiste  nous avons  tous, plus ou moins, adopté  des  styles de vie et des attitudes égocentriques, égoïstes et prédatrices qui  mettent l’intérêt et le bien-être personnel avant ceux du bien commun et du bien de la  Planète,  c’est en grande partie  parce que au cours des siècles, les autorités religieuse en charges de nos âmes, comme les pharisiens du temps de Jésus, ont surtout insisté, dans leur prédication, dans la formations des consciences des fidèles  sur l’adhésion aux dogmes, aux doctrines, aux normes, aux pratiques ; sur la soumission et l’obéissance à l’autorité du pape ; sur les pratiques extérieures de la religion, …  plutôt que sur la rectitude de leurs pensées et de leurs convictions; sur  la pureté et leurs pensées et de leurs intentions; sur la bonté de leur cœur, sur l’importance de l’engagements au service des plus faibles, des plus abandonnés… afin de les  pousser à se compromettre en  faveur  de la justice, de l’égalité, d’une bonne politique sociale et écologique qui encourage la solidarité, le respect et de soin  des personnes et du monde  naturel où nous vivons  …

Malheureusement, il faut admettre, qu’au cours de l’histoire, les hommes d’Église ont souvent entretenu et encouragé l’hypocrisie chez leurs fidèles, en leur faisant croire que Dieu aime les gens qui prennent à cœur les intérêts de leur religion plus que ceux de la justice, des pauvres et des opprimés.

            La question que l’évangile nous pose aujourd’hui est la suivante : « Es-tu vraiment le disciples de Jésus, la personne droite, ou cœur pur et bon, qui met en accord ses actes, ses paroles, ses convictions, ses principes avec les exigences de la vérité, de la transparence, de cohérence et surtout de l’amour pour ton semblable et pour toute la création  autour de toi ? ».

Quand Jésus nous traite d'hypocrites, il veut nous réveiller, nous faire sortir de nos illusions. Il veut nous établir autant dans l’humilité que dans la vérité. Jésus ne cherche pas à nous accabler avec l’énumération de nos vices et nos inconséquences. Il veut nous ouvrir les yeux. Il veut nous montrer, devant nous, le trou noir dans lequel nous risquons de tomber, afin que, prenant un nouvel élan, nous puissions sauter de l’autre côté et poursuivre avec plus d’éveil, d’attention, de confiance et d’assurance le chemin de notre vie.

            Évidemment, toutes les pratiques religieuses et pieuses que nous évoquions au début semblent bien dérisoires face à l’exigence que Jésus soulève de « faire la vérité en nous ».  Mais aussi, nous sentons, avec ces paroles fortes de Jésus, passer un souffle frais, un air de liberté intérieure qui nous donne envie de vivre à plein, sans faux semblant, dans la liberté retrouvée des enfants de Dieu.  Que l’esprit de Jésus que nous cherchons de suivre puisse nous aider à mettre plus de vérité et de cohérence dans notre vie, avec le courage et la détermination que cela exige.


Bruno Mori, août 2021



[1] On récitait chaque jour le Credo pour avoir toujours présent à l’esprit les grands événements que Dieu avait accomplis pour nous sauver ; on devait savoir par cœur les dix commandements de Dieu et les cinq préceptes de l'Église, la liste des sept vices capitaux. On était constamment prévenus par nos curés contre le risque du péché qui était partout. Le péché mortel nous guettait à tout coin de rue et l’enfer souvent nous menaçait sérieusement au bout de notre voyage. Alors, pas question de manquer la messe le dimanche ; pas question d'aller communier si on n’était pas purs comme des anges, ou si on n'était pas à jeun depuis minuit ; pas question de manger de la viande le vendredi ; pas question de se marier en blanc et au maître-autel si on était enceinte ou si bébé était déjà né ; pas question, pour une femme mariée, de s’opposer ou de se refuser à son mari , etc.….


 

mardi 17 août 2021

 Ces femmes déjà au ciel de Dieu  


Comment parler de l’Assomption de Marie alors qu’aucune page de l’Écriture ne nous dit ce qu’est la vie après la mort, ni celle de Marie, ni même celle Jésus « ressuscité » de la mort ?

    Ce n’est donc pas en scrutant le ciel que nous comprendrons ce mystère mais en regardant Marie dans son cheminement humain et en marchant humblement à sa suite. Si Marie est dans la gloire, c’est parce qu’elle a cru en la Parole de Dieu et que, chaque jour de sa vie, elle a correspondu à cette Parole. Dès son enfance, Marie s’est habituée à dire oui à Dieu. Mieux que tout autre, elle peut assurer n’avoir jamais rien refusé à Dieu ! C’est cela que nous, les chrétiens, voulons dire quand, en empruntant la pensée mythique de l’Église catholique, nous affirmons de Marie qu’elle est sans péché, qu’elle est immaculée, qu’elle est la toute pure et la toujours vierge.

    À travers le mythe de son Assomption au ciel, la tradition spirituelle chrétienne veut nous rappeler et nous signifier que l’aboutissement de notre vie ne dépend pas de nous. Dieu seul peut répondre à cet infini d’amour auquel nous aspirons. Nous ne pouvons qu’accueillir le don gratuit que Dieu nous fait de lui-même à travers l’amour qu’il a versé dans nos cœurs. Mais accueillir, vivre et rependre l’amour, c’est précisément, comme Marie,  dire oui au Mystère de Dieu qui nous interpelle.. 

    Aujourd’hui, unis à l’humble femme de Galilée, ce sont toutes les femmes du monde, qui adressent à Dieu leur Magnificat et leur action de grâce pour leur beauté et  leur grandeur intérieures,  pour  leur dignité, pour leur abnégation,  pour le don de soi,  pour toute la compassion, toute la tendresse et tout  l’amour dont elles sont capables et dont est rempli leur cœur.     

La fête d’aujourd’hui est aussi l’assomption au ciel et l’exaltation des toutes les femmes tyrannisées et exploitées. Nous rendons aujourd’hui hommage aux femmes-esclaves (partout dans le monde, mais surtout en Afrique, au Moyen et Extrême Orient) ; ces femmes qui ne peuvent jamais sortir de leur prison, de leur maison, de leur état de dépendance ; qui ne seront jamais des individus libres, autonomes et indépendants ; qui ne seront jamais maîtres de leurs décisions et de leur vie. Ces femmes qui ne seront jamais des personnes, mais seulement des objets de plaisir, de travail, de reproduction. Ces femmes martyres enlevées, vendues comme des animaux ou de la marchandise, qui sont abusées, violées, battues torturées, tuées. Ces femmes victimes de la violence des hommes, du fanatisme religieux, des préjudices culturels, de coutumes barbares. Ces femmes qui, aujourd’hui encore, dans nos sociétés modernes évoluées, démocratiques et de droits, sont victimes d’injustices, de discriminations, de harcèlement, d’exclusion

    Oui, la fête d’aujourd’hui veut nous rappeler la grandeur et les souffrances des femmes dans ce monde encore et toujours géré et dominé par le pouvoir et par la fausse mais persistante conviction de la supériorité masculine. Cette fête veut enseigner à nos sociétés patriarcales que, s’il y a une créature qui, avec la totalité de son être et toute la consistance humaine de sa personne, mérite d’être avec Dieu, et d’être considérée comme la créature la plus proche de Dieu et plus semblable à Dieu, c’est bien la femme…

    En effet c’est elle qui incarne le mieux le Mystère de la présence de l’amour de Dieu dans notre monde. Un amour qui se décline et se manifeste à travers le merveilleux éventail de ses variations dont surtout les femmes possèdent la capacité et le secret :  un amour qui se fait don de soi, soin, attention, abnégation, dévouement, sourires et larmes, câlins, étreintes, caresses et vie.

    La fête d’aujourd’hui, en nous présentant l’histoire d’une Femme qui vit déjà au ciel avec toute la plénitude de ce qu’elle est dans son âme et dans son corps, cherche à faire comprendre à tous ces chefs d’États et ces machos qui tiennent en main le sort de l’humanité, qu’ils empêcheront que la société humaine et la Planète ne deviennent un enfer, seulement s’ils seront capables d’y faire régner les principes et les valeurs qui sont au cœur de l’âme féminine.


Bruno Mori   

15 août 2021  - En la  fête catholique de l’Assomption de Marie, la mère de Jésus, au ciel de Dieu  


samedi 26 juin 2021

Un Dieu absent dans les tempêtes de la vie


(Mc. 4,35-41)

 

            Il faut toujours avoir présent à l’esprit que, dans les évangiles, les miracles ne sont généralement pas des reportages de faits réels, mais qu’ils constituent plutôt un genre littéraire utilisant la symbolique d’un conte ou d’un récit imaginaire pour transmettre ou faire comprendre un message, un enseignement important de Jésus ou sur Jésus.

Ce récit de Marc de la tempête apaisée en fait partie.

         Il débute avec l’ordre de Jésus à ses disciples de passer sur l'autre rive habitée par des populations païennes. C’est une allusion à l'universalité du message de Jésus qui doit désormais être annoncé à tous, au delà de l'environnement juif qui s'oppose à l'ouverture. Le premier « orage » qui se déclencha au sein de la première communauté chrétienne a été provoqué précisément par la tentative de l'ouverture aux païens.

            S'agissant d’une tempête, le texte fait également allusion à la figure biblique de Jonas qui lui-aussi s’endormit sur le pont du bateau au moment de la tempête et fut blâmé par le capitaine pour dormir pendant qu'ils étaient tous morts de peur.

            Pour nous aussi, les chrétiens d’aujourd’hui, ce texte constitue une invitation « à passer sur l’autre rive ». Il veut nous dire que notre foi doit être toujours en mouvement. Elle n’est jamais synonyme de sédentarité, de « squattage » sur place, d’immobilisme, d’adhésion intransigeante et obstinée à un dépôt de vérités et de dogmes intouchables. Elle n’est jamais recherche de sécurités, possession de certitudes. C’est pour cela que Jésus invitera souvent ses disciples à partir, à aller. Il leur défendra de s’installer, de se fixer, de s’enraciner.

            Les premiers chrétiens avaient déjà compris cela, et c’est pourquoi ils appelleront leur aventure spirituelle à la suite de Jésus la Voie ou le Chemin, parce qu’ils devaient les conduire à la découverte d’un monde nouveau (« le Royaume de Dieu »), de nouveaux paysages intérieurs, d’un nouveau genre de spiritualité, d’un nouveau style de vie, d‘une nouvelle forme d’humanité.            

            Ce récit nous invite à embarquer Jésus avec nous, à lui faire un petit coin dans notre bateau et, avec lui à bord, à prendre avec confiance le vent du large, cap sur l’autre rive. Ici la barque dans laquelle Jésus dort est l’image de notre existence et de tout ce que nous transportons avec nous : nos ombres et nos lumières, notre bien et notre mal, nos qualités et nos défauts, nos victoires et nos défaites, nos accomplissements et nos échecs, nos amours et nos haines, notre Jésus et notre foi en lui … à travers une mer imprévisible et dangereuse.

            La mer ! Dans la Bible la mer, avec ses tempêtes subites et indomptables, ses vagues meurtrières, ses profondeurs noirs et insondables et tous les monstres épouvantables qui habitent ses abymes, est le symbole par excellence des dangers qui nous guettent et nous menacent au cours de notre traversée sur l’autre rive de notre existence 

            L’évangile spécifie cependant que nous devons embarquer avec nous Jésus « tel qu’il est », c’est-à-dire avec sa vraie personnalité, avec ses requêtes exigeantes et difficiles, avec ses rêves et ses projets fous. Le Jésus tel qu’il est que nous transportons ne doit pas être le Jésus liquoreux et mielleux d’une certaine dévotion populaire tardive, ni le Jésus-Christ réinterprété, transformé, remodelé, modifié, réajusté selon les goûts, les besoins et les politiques de la religion qui lui succédera et qui accaparera sa personne et son message.

            Mais voilà que le récit nous informe que, dans la barque, cet extraordinaire passager est comme invisible, comme s’il n’existait pas : il dort, il n’intervient pas pour résoudre nos problèmes, pour nous aider dans les difficultés de la navigation, pour éloigner les dangers qui nous menacent, pour nous soutenir dans la détresse, pour soulager notre douleur, pour empêcher ou réparer les dégâts causés par notre stupidité, notre méchanceté ou notre irresponsabilité.

Ce récit, sur le sommeil de Jésus dans la barque ballotée par les tempêtes de la vie, semble donc vouloir nous dire l’immense confiance que Dieu a déposé dans les humains. Il veut nous faire comprendre que si, dans notre existence, Dieu nous paraît presque toujours inexistant, absent ou endormi, cela est dû au fait qu’il ne veut pas prendre notre place et qu’il veut nous laisser à nos responsabilités. 

Dieu s’éclipse volontairement, parce qu’il veut que nous prenions conscience que, comme nous sommes presque toujours l’unique ou la principale cause des maux, des désastres et des malheurs qui nous arrivent, nous sommes aussi les seuls êtres qu’il a dotés des moyens et des capacités nécessaires pour s’en sortir et pour trouver tout seuls les solutions et les remèdes à leurs gaffes et à leurs maux .. 

Et nos interventions, en vue de réparer les conséquences de nos dégâts, de nos erreurs et des calamités qui nous arrivent, serons d’autant plus aisées et efficaces si nous pensons que nous sommes maintenant équipés et enrichis des valeurs, des visions, de la sagesse, de l’esprit, ainsi que de la force de détermination et d’amour de ce Jésus qui voyage avec nous dans le fragile bateau de notre existence.

 

 

BM 15 juin 2021

lundi 7 juin 2021

UN REPAS, UNE COMMUNION, UNE PRÉSENCE

    Commençons par une question :  pourquoi le geste du repas commun et fraternel appelé agapè ou eucharistie, depuis plus de vingt siècles, et jusqu'à aujourd'hui, a-t-il été fidèlement répété par les chrétiens de tous les temps et de tous les lieux, au point de devenir le rite le plus typique et le plus important de leur pratique religieuse ?

            La réponse est que les disciples, à l'école de leur Maître et suivant son exemple, ont compris qu'un repas pris ensemble, autour d'une table fraternelle, contient une charge symbolique exceptionnelle et que ce geste ordinaire se prête donc, plus et mieux qu'aucun autre, à exprimer, de manière simple mais suggestive, les valeurs et le contenu les plus fondamentaux de son message.

            De fait, une table dressée est synonyme de famille, d'affection, de fraternité, d'amitié, de communion, de complicité. Un bon repas de fête constitue une opportunité unique pour communiquer, pour dialoguer et pour partager. Le fait d’être assis à la même table avec d'autres convives nous oblige à sortir de notre isolement et de notre solitude. La joyeuse présence d’autres invités à nos côtés nous oblige à aller chercher le meilleur qui est en nous, à activer notre capacité d’écoute, à montrer de l’attention, de l’intérêt, à regarder l’autre dans les jeux et aussi, s’il nous en ouvre la porte, à entrer, ne serait-ce que pendant quelques instants, dans les secrets de sa vie.

Autour d’une table festive, nous ne mangeons pas seulement de la nourriture, mais parfois nous sommes également autorisés à goûter à la partie la meilleure et la plus secrète de la personne assise à nos côtés. Le repas est le lieu propice non seulement pour les potins, mais aussi pour les confidences, pour les aveux, pour les excuses, pour les regrets, pour les repentirs, pour les rapprochements, pour les réconciliations. Une bonne table est le lieu où des relations se tissent, des amitiés se forment, des amours naissent.

            Un banquet festif est souvent organisé et préparé aussi pour commémorer un événement, pour fêter une personne qui nous est chère. Ainsi, pendant le repas, nous commémorons, nous nous souvenons, nous parlons d’elle et des événements qui l’ont concernée, pour exprimer à quel point cette personnes a été importante pour nous aussi et à quel point elle nous a touchés, influencés et transformé notre vie.

Prenons, par exemple, un banquet pour un anniversaire de noces d’or. Quel plaisir pour les enfants, devenus désormais des adultes, de retracer les grandes étapes de la vie de leurs parents ; de rappeler les traits typiques de leur caractère, des anecdotes amusantes, certaines attitudes ou comportements de papa ou de la maman qui les ont touchés et marqués !

Un repas de fête est donc souvent un temps spécial au cours duquel nous nous souvenons avec affection et tendresse de personnes qui ont été importantes pour nous et où nous revivons des événements qui nous ont marqués et nous ont aidé à mieux affronter notre existence.

            C'est pourquoi avant de mourir, Jésus, a recommandé à ses disciples le geste du repas fraternel comme étant la manière la plus facile et la plus apte pour se souvenir de lui, pour replonger dans son Esprit et pour exprimer et vivre ensemble les contenus les plus fondamentaux et les plus typiques de son enseignement.

             Voilà donc pourquoi chaque dimanche nous nous réunissons, comme une seule grande famille, autour de la table (autel) eucharistique. Nous le faisons parce que nous voulons vivre ensemble un moment de fraternité, de convivialité et de communion ; parce que nous voulons, par ce geste, exprimer et manifester tout l'amour qui nous anime et que nous désirons répandre autour de nous afin qu’il serve à donner plus de bonheur à nos frères.

 Mais nous nous réunissons aussi pour nous souvenir de notre Maître et Seigneur Jésus, pour nous souvenir des événements les plus marquants et des étapes les plus importantes de sa vie ; pour réfléchir ensemble (aidés par le chef de famille) sur ses paroles, sur les contenus de son enseignement, afin de pouvoir ensuite les faire passer dans le concret de notre vie quotidienne pour qu’elle soit transformée en l’image de la sienne.

            Enfin, nous nous réunissons pour manger, c'est-à-dire pour satisfaire notre faim et notre soif de nous nourrir des paroles et de l’enseignement de notre Maître Jésus, sur l'Esprit duquel nous voulons construire la qualité de notre vie.

            C'est précisément cette faim et cette soif de lui que nous exprimons au moment de la communion, lorsque, à la table eucharistique nous recevons et nous mangeons le Pain Saint, l'Hostie "consacrée", signe sacramentel de la présence continue du Seigneur Jésus au milieu de nous et dans notre vie.

 

            Belle fête donc que cette fête d’aujourd'hui, qui nous rappelle le besoin que nous avons, en tant que chrétiens, de nous nourrir continuellement du Seigneur Jésus, toujours vivant et présent dans le corps vivant de la communauté de ses disciples, à travers sa Parole et son Esprit.

 

 

BM – Juin 2021

 

 

ÉLAGUER L’ARBRE DE MA VIE

 

  (5e dim. de pâques B -2021- Jn15, 1-8)

 

J’ai toujours aimé l’image de la vigne et des sarments que l'évangéliste Jean utilise pour faire comprendre aux chrétiens de son temps l'union intime et vitale qui les unit à l'esprit de leur Seigneur.

Jean imagine Jésus qui dit à ses disciples : « Je suis comme une vigne et vous êtes comme des sarments ». C’est une façon imagée (et typiquement orientale) de leur dire : « Eh, les amis, nous sommes désormais unis pour toujours. Nous sommes maintenant une seule personne, nous sommes comme un même arbre : moi le tronc, vous les branches ; moi le cep, vous les sarments ; moi en vous et vous en moi.  Jamais vous ne serez seuls. Mon esprit sera toujours en vous. Tout ce que je suis et ce que je possède, je vous l'ai transmis ; il est à vous, il est en vous ».

            Jésus affirme donc ici quelque chose de vraiment extraordinaire : nous, ses disciples, nous sommes désormais dans le monde comme le prolongement et «l’incarnation» de sa présence. Nous sommes comme les étincelles du même brasier, comme les gouttes de la même source, comme le souffle de sa même respiration.  L'esprit de Jésus, que nous, les chrétiens, considérons comme un reflet et comme une forme de présence particulièrement intense de ce Mystère d’Amour (que nous appelons « Dieu ») qui imbibait Jésus, est maintenant actif en nous avec une force et une abondance uniques. Cet esprit de Jésus en nous comme un vin «aimable»  et  «agréable» au palais; un vin  donc que l’on boit volontiers et que l’on  met  avec orgueil sur la table du banquet  de notre vie,  afin que  nos convives en boivent et fassent, ne serait-ce que pour un court moment,  l’expérience d’un coin de monde où il est possible d’établir  et  de vivre des relations créées uniquement  à partir du bouquet du  vin de notre bonté et de notre amabilité. 

            Dans cet évangile, cependant, Jésus nous dit que les branches doivent être taillées, que de nombreuses ramifications inutiles doivent être éliminées pour que la vigne de notre existence puisse prospérer et produire du raisin goûteux. Il veut ainsi nous faire comprendre que les coupures, les privations, les renonciations, les sacrifices, avec les épreuves et les souffrances qu'ils entraînent, sont nécessaires et indispensables à la qualité de notre existence, à la bonté de notre vin et au bien-être de la société et du monde dans lequel nous vivons.

Cette pandémie aussi semble être là pour nous prouver cette vérité et pour nous obliger à prendre conscience que nous avons beaucoup de choses à élaguer de l'arbre de notre existence. De fait, nous l'avons souvent laissé croître en vrac ; nous n'avons jamais voulu couper quoi que ce soit. Alors, maintenant, chez un grand nombre de nos contemporains il ne produit plus grand chose de bon ; souvent que des fruits ratatinés, vermoulus, aigres et sans goût qui n’attirent plus personne ou du vin imbuvable et bon seulement pour les sauces ou le vinaigrier. 

Cet évangile et ce Covid nous rappellent donc la nécessité de mettre les ciseaux à nos consommations impulsives, à nos besoins souvent imaginaires, à nos exigences exagérées, à nos habitudes d'individus repus et gâtés qui ne veulent manquer de rien et qui exigent tout et tout de suite.

Entre le cep et les sarments de la vigne, la communion est accomplie par la sève qui monte et se répand partout. Cette sève est celle de l'amour. Jésus nous a révélé qu’il y a un Mystère d'amour qui existe et qui imprègne toute la Réalité, qui est présent en chacun de nous, qui doit circuler entre tous les humains, afin de créer unité, fraternité, solidarité et ainsi rendre meilleur et plus humain notre monde.

La vigne de notre vie ne produira du bon vin que si elle sera nourrie par la sève de cet Amour.   

 

BM  - 27 avril 2021

 

mardi 27 avril 2021

Qui, quoi conduit notre vie ?

 

( 4e dim, de pâques, B – Jn.10, 11-18) 


            L'image du bon berger appliquée à Jésus est sans aucun doute la plus connue et la plus aimée des chrétiens.

Dans l'Évangile de Jean, le comportement de Jésus, avant d'être présenté avec l'image du « bon ou beau berger », est décrit avec celle de la « porte ».  Le passage d'aujourd'hui ne nous présente que la seconde image, celle du berger, mais les deux doivent être considérées ensemble.

            La porte ne bouge pas, elle reste immobile, toujours au même endroit. Vous pouvez l'utiliser pour entrer, pour sortir et rester à l'extérieur. Lorsque vous en avez besoin, la porte vous accueille et vous protège. Vous pouvez la fermer ou la garder ouverte. Elle est toujours là pour vous. Elle est toujours là quand vous en avez besoin.

            Nous avons tous besoin de trouver des « personnes-porte » ; des personnes qui sont toujours là pour nous et que nous savons qu’elles seront toujours prêtes à nous accueillir, à nous écouter et à nous aimer, sans nous juger, ni nous condamner quoi que nous ayons fait ou nous fassions. Jésus a été ce genre de personne   Nous aussi, en tant que ses disciples, nous sommes appelés à être ou à devenir ce type d’individu qui vit avec le cœur et les bras toujours ouverts, toujours disposé à écouter, à aider, à réconforter, à encourager et à mettre débout ceux qui voudraient jeter l’éponge face aux épreuves, aux difficultés et aux souffrances de l’existence. Et cela pour qu’ils continuent de croire à la présence dans leur vie d’un Mystère d’amour qui les soutient et qui les accompagnera toujours.

            L'Évangile nous invite ensuite à être des « bergers », c'est-à-dire des gens qui « prennent soin » des autres et de toutes les créatures qui les entourent. Cette invitation arrive à point en ce temps de Covid où notre salut dépend de la capacité de chacun à faire attention, à prendre soin et à se soucier du bien-être et de la santé des tous les autres.

           Nous sommes donc appelés à être pour tous des portes et des bergers.  Nous avons tous un rôle de responsabilité, de solidarité, de guide, de prise en charge et de soin réciproque. Soit ensemble nous vivons unis, soucieux et responsables les uns des autres, soit ensemble nous périrons.

            Le moment est venu de nous poser une question : qui est le berger de notre vie ? À qui confions-nous maintenant notre existence ? Quelles sont les valeurs qui l’orientent ? Qui ou quels sont les modèles qui l’inspirent ? Est-ce le succès, le pouvoir, la célébrité, l’argent, le saccage, le pillage, le ravage de la planète pour produire plus, pour posséder plus et pour consommer à outrance … et tant pis pour les conséquences ?!? ..... Ou est-ce plutôt la disponibilité, le service, l'abnégation, l'altruisme, le respect, la gratuité et la générosité du don de soi, l'attention affectueuse et attentionnée pour nos frères humains et pour la Planète ?

            D’après vous, laquelle de ces deux attitudes rend la vie d'une personne meilleure et plus réussie aux yeux des hommes et aux yeux de Dieu ? Laquelle est la plus apte à assurer notre bien-être et notre bonheur personnels ainsi que l’avenir de notre société et de notre monde ?

            L'Évangile du bon pasteur de ce dimanche, dans lequel Jésus dit deux fois "Je donne ma vie pour mes brebis », veut donc confier à chacun de nous un message très simple mais d'une importance capitale pour la qualité de notre existence chrétienne et humaine : seulement si tu es disposé à vivre ta vie en te souciant de celle des autres, tu pourras sauver et réussir pleinement la tienne.   

 

MB –  21 avril 2021 

 

 

  

vendredi 16 avril 2021

SANS L’AUTRE ET SANS L’AMOUR NOUS NE SOMMES RIEN

 (Réflexions pour le Jeudi Saint 2021)

  

L’évangile de Jean situe les événements de ce récit au cours du dernier repas pascal de Jésus avec ses amis. Si pendant le repas le plus important, le plus solennel et le plus chargé de souvenirs et de symbolisme du rituel religieux juif, Jésus a pris l’initiative de laver les pieds à ses disciples, c’est qu’il a voulu remplacer l’ancienne symbolique (libératrice et triomphale) de ce repas par la symbolique de ce geste d’humilité et d’abaissement. Et cela afin de graver pour toujours dans l’esprit et le cœur de ses disciples un principe de vie et de conduite humaine qui lui tenait particulièrement à cœur, parce qu’il constituait le centre et l’essentiel de tout son message : la nécessité d’incarner dans leur vie les dynamiques amoureuses du comportement de Dieu, par lesquelles chacun devient capable de se décentrer de lui-même et de vivre dans une disposition constante de don de soi et de service.

Jésus là, par terre, en train de laver les pieds de ses amis, devient le prototype du comportement de chaque disciple. Dans ce geste, le premier devient le dernier, le grand se fait petit, celui qui commande devient celui qui sert. Oui, aux yeux du monde, cela est un comportement fou, insensé, hors norme. Mais aux yeux de Jésus cela devient désormais (ou devrait devenir) l’attitude normale de ses disciples : « Je vous ai donné l’exemple, - leur dira-t-il - moi, que vous appelez Maitre et Seigneur, afin que vous fassiez de même ».

 Par ce geste Jésus trace aux siens un nouveau programme de vie : non plus une existence centrée et repliée sur soi-même, dans la recherche obsessive, exclusive et égoïste de son bien-être personnel, de ses intérêts, de ses désirs, de ses convoitises, mais une vie donnée au service des autres (surtout s’ils sont démunis, souffrants, abandonnés, opprimés) et dépensée à mettre plus d’amour, à créer plus de fraternité et à produire plus de bonheur dans notre société et dans notre monde.

 Par ce geste d’abaissement, posé à la veille de sa mort, Jésus veut nous transmettre son héritage le plus précieux :  nous faire comprendre que seulement l’amour de l’autre accomplira notre vie et sauvera le monde. Il veut que nous prenions conscience de l’importance de l’autre dans notre existence. Car l’autre est le seul à rendre possible l’amour dans notre vie et donc, par le fait même, le déploiement et la réalisation de notre humanité, de notre bonheur, ainsi que le sens de notre existence. Sans l’autre et sans l’amour, nous ne sommes rien, disait Paul aux Corinthiens.

 Cette sortie de nous-mêmes pour rencontrer l’autre dans le but de l’aimer pour ce qu’il est, pour l’aimer sans conditions, qualifie non seulement le comportement chrétien, mais est aussi à la base d’un comportement authentiquement humain. Sans l’amour nous ne sommes plus des humains, mais nous nous déshumanisons. 

La personne qui aime permet de donner sens à tout ce qui vit. Aimer l’autre, que ce soit un être humain ou un quelconque représentant de la famille des vivants, c’est lui donner une raison de vivre. Pour un être, il n’y a, en effet, aucune raison d'exister. L'existence est pure gratuité. Mais aimer l’autre, signifie vouloir que l’autre existe. C’est donc l’amour qui le rend valable, important et nécessaire. Aimer une personne, c’est lui dire « tu ne mourras jamais en moi ; tu dois exister ; tu comptes ; le monde serait un endroit triste et inachevé sans toi ; le monde est plus beau, ma vie plus heureuse grâce à ta présence…»

Lorsque quelqu'un ou quelque chose deviennent importants pour l'autre, survient en celui-ci un jaillissement d’énergies vitales. C’est pour cela que lorsqu’on aime on   rajeunit et on a la sensation de commencer une nouvelle existence dans un monde qui, subitement et par enchantement, est devenu « merveilleux ». L'amour est éclatement de vie et une sublime source de joie, de ravissement et de bonheur. 

Les nouvelles consignes et la nouvelle orientation de vie que Jésus nous laisse en héritage constituent alors la négation de toutes relations qui s’instaurent selon les paramètres et la logique du pouvoir et de la supériorité des uns sur les autres ; ainsi que la condamnation de tous comportements et attitudes égoïstes et prédatrices qui se développent à l’opposé du chemin de la responsabilité, du soin, du respect, de l’égard, de l’attention amoureuse pour le monde humain et pour le monde naturel. 

Le génie et l’originalité de Jésus consistent dans le fait d’avoir compris que les humains se trouvent bien mieux nantis et bien plus heureux dans un monde (ou une société) conduit par les forces et les attitudes de l’amour, de la compassion et du service, que par celles du pouvoir, de la violence et de l’oppression. De sorte que, pour Jésus, l’humanité aura accomplie un énorme saut évolutif lorsqu’elle aura intégré dans ses convictions et ses pratiques la valeur de la disponibilité, du service et de l’amour gratuit et désintéressé des uns pour les l’autres. 

 En ce Jeudi Saint les chrétiens sont donc invités à parcourir à leur tour la route sur laquelle Jésus a marché et à assimiler dans leur vie les attitudes intérieures qui ont fait de lui le bon pain qu’il a été pour tous. «Je vous ai donné l’exemple, nous dit-il encore ce soir, afin que vous vous  aimiez les uns les autres comme je vous ai aimé ».

 

Je pense que la réalisation de ce modèle d’amour et de service constitue, pour les humains d’aujourd’hui, la seule façon de s’accomplir et de sauver le monde qu’ils habitent.

 

 

 

M B