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lundi 7 janvier 2013

Epiphanie - ouverts à la lumière


EPIPHANIE – OUVERTS À LA LUMIÈRE

Nous sommes ici en présence d’un texte d’évangile qui le long des siècles a charmé des générations d’enfants et de chrétiens et qui continue de nous émerveiller pour la richesse de ses symboles et la qualité du message qu’il cherche à transmettre. En effet, si nous savons interpréter comme il faut le contenu caché de ce récit pittoresque et merveilleux, nous découvrirons que son auteur est un catéchète hors pair, un théologien d’un génie  extraordinaire. À travers les faits et les images qu’il nous propose, il trace en réalité, pour tout homme en général, et pour le croyant et le disciple du Seigneur en particulier, les étapes de ce que devrait être son cheminement intérieur pour arriver à trouver l’enfant divin qui repose en chacun de nous et devant lequel nous devrions être capables de déposer, comme un cadeau, le sens de notre vie.  Ce récit des Mages est finalement une parabole sur la fonction et la nécessité de vivre notre vie en nous laissant entraîner, transporter par la foi (représentée ici par l’étoile) et, plus particulièrement, par la foi en la présence de Dieu dans notre monde.

Foi qui est d’abord présentée ici comme lumière, comme illumination, comme infusion d’une sagesse qui nous vient d’en haut, comme don divin qui parcourt le ciel de notre vie et nous donne la capacité de regarder   la réalité avec les yeux de Jésus qui sont finalement  le regard de Dieu.
Foi aussi comme disponibilité à accueillir du nouveau dans notre vie; à abandonner nos assurances, nos certitudes établies; foi comme attitude à se remette continuellement en question; comme capacité à partir plus loin, à marcher sur des chemins qui nous déstabilisent parce qu’ils nous obligent  à laisser  la tranquillité et le calme de notre chez nous chaud et douillet … car sans cela jamais nous connaîtrons d’autres pays, jamais nous verrons d’autres horizons, jamais nous ferons de nouvelles rencontres qui donneront peut-être un souffle nouveau à notre existence et qui seront à l’origine d’un nouveau commencement et d’une nouvelle naissance. La nuit de notre vie sera sans étoiles, si nous ne la vivons pas avec le souci continuel de regarder plus haut et plus loin pour détecter l’apparition de sa  lumière.

C’est tout cela que l’évangéliste veut nous dire en nous présentant ces mystérieux personnages qui arrivent à Jérusalem  de l’Orient. L’Orient, c’est loin; l’Orient c’est un pays lointain; c’est le berceau du soleil. L’Orient est alors la patrie de tous ceux et celles qui sont épris de lumière et qui sont représentés ici par ces personnages énigmatiques qui voyagent attirés par le mouvement d’une étoile. Ces gens qui viennent de l’orient, d’un pays étranger, sont appelés «mages» pour signifier qu’ils ne  sont pas des personnes ordinaires; ils ne sont pas comme tout le monde; ils ne sont  pas des juifs, ils n’appartiennent pas au peuple élu….et pourtant, et voilà le message extraordinaire que le récit  évangélique veut transmettre, et pourtant ces infidèles, ces païens viennent du pays du soleil; ils sont des apprivoiseurs d’étoiles; des chercheurs de lumière; ils ont  vu  l’Astre de Dieu ….et les voilà en chemin à sa poursuite. Une poursuite qui les amènera loin, dans un endroit étranger, dangereux, hostile, où ils risquent leur sécurité et même leurs vies…

C’est le risque à courir lorsqu’on est à la recherche de lumière, ou de quelque chose ou de quelqu’un qui peut «sauver» notre vie. Rien n’est assuré dans cette quête de vérité. L’élan intérieur, l’enthousiasme, la ferveur, l’étoile qui  nous a toujours guidé vers Jérusalem, vers le pays où nous espérions rencontrer le Messie, peuvent disparaître un jour et nous pouvons nous trouver à nouveau dans l’obscurité et exposés aux menaces et aux dangers d’un Hérode. Cependant, si nous persistons dans la recherche du Messie qui doit naître pour nous et en en nous, de cet enfant innocent et de ce fils de Dieu que nous sommes finalement  tous au plus profond de nous même, alors, certainement, nous assure ce récit, l’étoile réapparaîtra qui nous conduira à faire la rencontre d’un «Sauveur».

Par contre, les juifs de Jérusalem, avec Hérode, les scribes et les pharisiens représentent  ceux qui ne sentent pas le besoins de se mettre en marche. Ceux qui  se sentent très bien là où ils sont. Ceux qui pensent posséder la lumière. Ils ont la compétence, le savoir faire, la science et la connaissance des Écritures. Ils sont capables de les lire et de les  d’interpréter. Eux, ils savent  déjà tout ; ils savent  déjà où se trouve  le messie; ils  n’ont pas besoin de le chercher.  Et c’est pour cela, nous  dit ce texte de l’évangile, qu’ils ne le trouveront jamais. Puisqu’ils ont eu trop confiance en eux même, en leur savoir, en leurs certitudes, en leurs croyances religieuses; puisqu’ils n’ont jamais su regarder plus loin que leur nombril, ils ne verront jamais aucune étoile. Puisqu’ils n’ont jamais été capables de s’émerveiller et de s’interroger en regardant le ciel, ils ne pourront  pas  reconnaître les signes de la naissance et de la présence tout proche de Dieu dans  leur vie et dans le monde. Et pourtant il était là…. à Bethleem… à  quelques pas de Jérusalem… et ils ne l’ont jamais  rencontré!!!  Alors que les mages, les païens se sont ouverts à la nouvelle Lumière, ont accepté  de se faire éclairer par la foi en l’incarnation de Dieu, eux, les membres du peuple élu, les héritiers des promesses divines, sont restés figés dans  le refus et l’obscurité. 

Cette parabole des mages a été écrite pour faire l’apologie de l’universalisme chrétien. C’est la fin de particularisme, de l’élitisme. Désormais il n’y a plus de peuple élu; tous les peuples de la terres sont élus par Dieu pour entrer dans son royaume; tous sont appelés à se prosterner devant lui; tous sont appelé à découvrir l’enfant de Dieu que chaque personne est dans les profondeurs de son être. Toutefois, la découverte  de cet enfant ne peut se faire que si nous sommes capables de nous  délester de nos carcans et de vivre une existence caractérisée par  une certaine forme de manque, d’insatisfaction, de détachement, de simplicité, de pauvreté, de lâcher prise,  afin de récupérer notre liberté et de nous rendre sensibles (attentifs)  aux appels qui viennent de l’intérieur de notre cœur. Ces appels, lancés par l’enfant  qui est en nous, répercutent toujours la voix de Dieu et  sont le signe le plus évident et le plus merveilleux de sa présence.

MB, 2012

Une famille pas très «sainte»


La famille de Jésus – Une famille pas très «sainte»


Le dernier dimanche de décembre la liturgie catholique célèbre la fête de la «Sainte Famille de Nazareth ». Le but de cette fête «catholique» est de présenter aux chrétiens la famille de Jésus comme une famille exemplaire, idyllique où tout beigne dans l’amour, l’harmonie, l’entente, la compréhension, le respect réciproque, la paix; le tout vécu dans une atmosphère religieuse de piété et de sainteté, de dévotion de contemplation, d’expériences mystiques face aux merveilles opérées par la présence de Dieu dans la vie de chacun.

Mais c’est une fausse présentation ! En réalité, l’atmosphère qui règne dans cette famille est loin d’être exemplaire et idyllique. Si cette famille est «extraordinaire» comme dit la tradition chrétienne, c’est plutôt à cause des problèmes et des difficultés extraordinaires (= hors de l’ordinaire) qu’elle a dû affronter.

 Commençons par la mère, Marie. Le drame de cette femme, pour qui son premier-né Jésus a été le fruit d’un grand amour qu’elle a reçu comme l’accomplissement de ses désirs les plus secrets et comme le plus beau cadeau du Ciel, le drame consiste dans le fait que cet enfant, tant attendu et tant désiré et en lequel elle  avait mis tant d’espoirs, de fait, il ne lui a jamais vraiment appartenu. Il a été, dès les débuts, un enfant qui a semblé se dérober à son affection et à sa protection; qui ne s’est jamais laissé traiter comme une propriété de sa mère; qui ne s’est jamais laissé encadrer dans les structures traditionnelles de sa famille, de la société, de la culture et de la religion de son époque; qui toujours voulu utiliser d’une liberté, d’une indépendance que cette mère, possessive comme toutes les mères, a eu beaucoup de difficulté à accepter et à intégrer à sa vie.

Il y a eu ensuite le contexte familial concret dans lequel Jésus a vécu : une famille paysanne, avec des nombreux enfants et des parents incultes mais très religieux. Et au sein de cette famille, le fils aîné qui pense avoir reçu de Dieu une mission importante à accomplir. On peut imaginer les affrontements, les tiraillements, les conflits, les frictions, les incompréhensions ( qui apparaissent  tout au long de la vie de Jésus)  où  le père, la mère, plusieurs  frères et sœurs  doivent  gérer ensemble  une  vie commune  avec ce frère aîné,  spécial,  difficile, original,  qui ne réussit à  trouver sa place nulle part.

C’est une famille qui a dû, en plus, passer à travers l’affreuse, l’éprouvante et la déchirante expérience d’avoir  élevé en son sein une «tête chaude», un frondeur, un perturbateur, un contestataire, un visionnaire, un genre de messie  révolutionnaire qui sera éliminé comme un  vulgaire criminel, pendu au poteau d’une croix.

La fin  ignominieuse  de ce fils ne fut  pas l’événement d’un instant. Elle s‘est préparée tout  au long de sa vie en famille : de l’enfance, en passant par l’adolescence, à travers la jeunesse, jusqu’à l’âge adulte. Ses parents, ses frères et sœurs ont été les témoins de sa transformation et de sa maturation intérieure qui n’allaient pas du tout dans le sens de la normalité, des idées reçues, des traditions acceptées, de la soumission docile aux autorités constituées. Cet enfant, cet adolescent, ce jeune-homme avait des convictions toutes personnelles qui contrastaient avec celles des autres. Il critiquait le formalisme de la pratique religieuse. Il dénonçait l’inutilité de la religion pour le bonheur et le salut de l’homme. Il dévoilait la vanité et l’hypocrisie de la caste sacerdotale. Il affirmait la nécessité d’un rapport direct avec Dieu,  bâti dans la confiance,  la vérité, l’authenticité  et l’amour. Jésus a dû sans doute scandaliser à maintes reprises ses parents avec ses  idées pas très orthodoxes sur la fonction de la Loi, sur la nature de Dieu, sur la nécessité de nettoyer la  religion de tout ce qui asservit  la personne et au lieu de la libérer. Dans cette famille Marie et Joseph ont dû, sans doute, se mettre souvent les mains dans les cheveux, en écoutant les propos de ce fils pas comme les autres, qui ne finissait pas de les surprendre et de les chavirer. Je n’aurais pas été surpris  d'entendre Marie s’exclamer, en écoutant les discussions de Jésus avec son père et ses frères et sœurs : «Mais quel genre d’enfant ai-je mis au monde ! »

Dans cette famille Jésus n’a jamais été un enfant ni commode, ni complaisant, ni docile, ni très poli. Vous pouvez facilement imaginer le stress que les parents ont dû vivre avec un fils de ce genre, qui malgré tous leurs efforts, ne change pas, ne s’améliore pas, au contraire, il empire, il persiste à faire à sa tête, à avoir des drôles d’idées et qui en plus affirme que ses idées lui viennent directement de Dieu. Un fils comme cela a tout pour rendre impossible la vie de ses parents. L’évangile nous dit que devant le comportement  de cet enfant, sa mère intriguée passait des heures à s’interroger, à réfléchir et, j’ajouterai, … à pleurer.

Jusqu’au jour où cet enfant impossible prend le large, quitte la maison paternelle où il se sent incompris et suffoqué. Il part pour suivre son destin. Pour vivre sa liberté et en liberté. Pour crier aux quatre vents les convictions qui l’habitent et la foi qui le fait vivre. 

Jésus  gardera toujours, tout au long de sa vie publique, des relations conflictuelles avec sa famille. Sa famille, ses frères et sœurs ne lui seront (au moins aux débuts de son activité) d’aucun soutien dans  l’accomplissement de la mission qu’il affirmera avoir reçue de Dieu. Au début, ils le prennent même pour un exalté, pour quelqu’un qui a perdu la tête et, craignant pour sa sécurité,  ils veulent  lui faire comprendre le bon sens et le ramener de force à la maison pour que cesse cette dangereuse comédie. Mais Jésus est de la race de ceux qu’on ne manipule pas facilement. Ils doivent donc se résigner à le laisser à  son destin,  car ils se rendent  compte que tous les efforts déployés pour le ramener  sur «le droit chemin» ne servent finalement qu’à l’éloigner d’eux toujours davantage et à le confirmer encore plus dans ses positions.

Jésus ne parlera jamais de son père; il gardera toujours à distance sa mère. Il ne mêlera jamais sa famille à ses activités de thaumaturge et de prédicateur. Il  ne  permettra pas que les agissements (bien intentionnées) de ses frères et sœurs entravent d’une façon  quelconque la route  qu’il pense devoir suivre.

Lorsqu’on a tout cela à l’esprit, comment dire de Jésus qu’il a vécu dans une famille idéale, exemplaire, dans une «sainte famille» ? La «Sainte Famille» n’est qu’un mythe de la dévotion chrétienne qui, au cours des siècles, a cherché à enjoliver avec les couleurs de la sainteté et de la perfection  tout ce qui a trait  à la vie de Jésus, afin que tout devienne paradigme et modèle pour chaque chrétien.
Mais ce qui est admirable dans cette famille si éprouvée c’est le fait que Jésus ait été capable de la faire évoluer et de la conduire à entrer dans l’acceptation de sa vision des choses, de sa foi et de sa mission et finalement à l’incorporer pleinement  à la réalisation de sa  nouvelle  communauté de croyants. Après la mort de Jésus, sa mère deviendra une figure clef dans le groupe des disciples du Maître de Nazareth. Pendant des années, Jacques, l’un de ses frères, deviendra  l’organisateur et le responsable principal  de la communauté chrétienne qui avait pris naissance à Jérusalem.


 MB


PS.  Les frères de Jésus sont mentionnés dans plusieurs versets du N.T.  Matthieu 12:46, Luc 8:19 et Marc 3:31 disent que la mère et les frères de Jésus vinrent le voir. Les évangiles nous disent  que Jésus avait quatre frères: Jacques, Joseph, Simon et Judas (Matthieu 13:55). Ils  nous disent aussi que Jésus avait des sœurs, mais elles ne sont pas nommées ou numérotées (Matthieu 13:56). Dans Jean 7:1-10, ses frères vont à la fête, tandis que Jésus reste derrière. Dans Actes 1:14, ses frères et sa mère sont décrits comme en prière avec les disciples. Galates 1:19 mentionne que Jacques était le frère de Jésus. La conclusion la plus naturelle de ces passages est d'interpréter que Jésus avait effectivement des frères et sœurs de sang.

Mais ce qui pousse les catholiques à nier et à altérer, d’une façon malhonnête et partisane, le sens obvie de ces textes d’évangiles c’est  leur attachement au dogme-mythe de la «virginité  perpétuelle» de Marie, la  mère de Jésus, dogme que les catholiques comprennent et interprètent  d’une façon matérielle, physique, génitale et  physiologique .

Le rêve d'un Noël éternel


L’ENFANT DE DIEU QUI DOIT NAÎTRE ….


À Noël nous avons tendance à devenir tous un peu sentimentaux, nostalgiques, rêveurs, poètes. Nous cherchons à vivre pendant quelques jours dans un monde différent; nous essayons de créer autour de nous un  monde enchanté, magique, féérique, chargé de lumière, de couleurs, de décors; nous camouflons, l’instant d’un rêve, la grisaille de notre monotonie quotidienne avec des fleurs, des boules, des sapins, des  cloches, de la musique, des chants, des cadeaux; nous créons un monde plus beau où  il y a de la joie, de la fête; un monde où les gestes de la gratuité, de l’amitié, de l’amour, du don, de la tendresse semblent  devenus des attitudes normales pour tous et faire partie du paysage. On dirait que l’on veut expérimenter un monde différent de celui dans lequel nous vivons habituellement ; on veut réaliser pour un moment un rêve, une utopie, un désir; donner consistance à un soupir intérieur, à une aspiration toujours inassouvie et  pourtant  toujours présente dans notre cœur: la création d’un paradis perdu, un monde où tous sont heureux et duquel a disparu la haine, la rivalité, la méchanceté, la pauvreté, la solitude et la souffrance. Un monde restauré dans une bonté intégrale, dans lequel les hommes ont retrouvé leur innocence, leur pureté, leur bonté; dans lequel ils  peuvent, pour un moment, entrevoir leur vrai visage et sentir comme est magnifique leur humanité lorsqu’elle se laisse conduire par un cœur d’enfant.

 On dirait qu’en ce temps de Noël tout le monde vibre à l’unisson avec les sentiments exprimés par le poète hébreux  appelé d’Isaïe lorsque il y 2600 ans il écrivait: «le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi... et tout le monde est dans l’allégresse comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les richesses des vaincus … car un enfant est né en nous ….».

Ce qui signifie que nous portons en nous depuis la nuit des temps cette aspiration vers un monde nouveau; que nous sommes depuis toujours habités par le désir de nous améliorer, de nous transformer en des êtres de bonté, de lumière, en dissipant en nous les zones d’ombre, en nous libérant du mal qui nous défigure, en récupérant le meilleur qui est en nous et qui est toujours là, caché au cœur de notre être et qui ne demande qu’à naître, qu’à se manifester, qu’à se développer pour instaurer un éternel Noël dans notre monde.

 Les textes bibliques que nous lisons en cette période de Noël nous annoncent que ce monde nouveau, auquel nous aspirons et pour la construction duquel nous existons et pour l’avènement duquel nous avons reçu de Dieu notre humanité, est strictement dépendant de la naissance de l’Enfant. Les textes sacrés présentent cet Enfant duquel dépend le salut de notre monde comme un fils de l’homme qui est en même temps un Fils de Dieu, venu s’insérer au cœur de notre humanité. 

Ce fils de Dieu que notre foi chrétienne voit avant tout incarné dans l’enfant de Marie de Nazareth, est le symbole, l’image, le prototype, la manifestation  de ce chaque humain, de ce que chacun de nous est, en vérité, aux yeux de Dieu, lorsque, nous débarrassant du mal qui nous pervertit, nous réussissons à retrouver quelque chose de notre perfection originale, de notre vraie nature, c’est-à-dire lorsque nous réussissons à retrouver l’enfant de Dieu  que nous sommes  au plus profond de nous-mêmes.

Le mystère de la fête de Noël constitue en réalité pour nous, les chrétiens, une révélation  existentielle inouïe. La magie qu’il crée, l’émerveillement et l’enchantement qu’il suscite, l’amour, la générosité, la joie et la paix qu’il fait naître dans le cœur des hommes, tout cela sont des indices, des signes, des avant-goûts qui font pressentir que quelque chose de meilleur est possible pour notre humanité; ce sont  des pistes qui nous indiquent que dans ce monde sont à l’œuvre des forces bénéfiques extraordinaires dont le but est de transformer notre réalité humaine malade, désaxée, défaillante, égarée  en quelque chose de plus sain, équilibré, fiable, aimable et de plus plaisant pour tous.

            Et tous les récits qui se sont formés autour de l’Enfant de Bethléem et que nous trouvons regroupés dans les évangiles décrivent le monde nouveau, rénové, extraordinaire, miraculeux qui pourrait exister sur notre terre, si tous les humains laissaient naître et transparaître l’enfant de Dieu qu’ils sont fondamentalement en eux-mêmes et qui constitue la vérité la plus profonde de leur humanité. C’est un monde merveilleux qui surgirait alors et qui ressemble étonnamment au monde magique de nos Noëls. C’est un monde où les anges apparaissent, parlent, chantent, où les étoiles indiquent la route aux humains, ou les bébés descendent du ciel pour entrer dans le ventre de leurs mamans; où Dieu se transforme en colombe pour communiquer avec les hommes; où les aveugles sont capables de voir, les paralysés de marcher, les muets de parler et les sourds d’entendre; où les enfants malades sont rendus pétillants de santé à leurs mères; où les morts sortent vivants de leur tombeaux; où l’homme peut commander aux vents et aux tempêtes pour les apaiser ; où il peut marcher sur les eaux profondes de la mer sans couler et où le pain peut être distribué en abondance à ceux qui ont faim, sans jamais s’épuiser.

Ces récits sensationnels que les évangiles nous proposent n’ont pas tellement pour but de nous émerveiller, mais plutôt de nous annoncer la possibilité d’une monde meilleur, la naissance d’un nouvel ordre de choses, d’une nouvelle forme de vie, d’une nouvelle société, d’un total renouvellement, d’une complète guérison, d’un  salut et d’un bonheur véritables donnés à notre humanité, grâce à la présence de cet enfant de Dieu déposée au cœur de chacun de nous. Si, comme Jésus a fait au cours de sa vie, nous laissons que l’enfant ou le fils de Dieu que nous sommes sorte au grand jours, vienne à la lumière, motive, inspire nos choix, inspire nos actions et oriente nos aspirations, il sera toujours Noël sur notre terre; il y aura toujours de l’amour dans l’air et des anges pour nous accompagner, du pain pour tous en abondance sur la table, et tout  le monde marchera droit, la tête haute, conscient de sa dignité, fier d’appartenir à la race de fils de Dieu, éclairé par son Esprit, heureux de vivre dans un monde sauvé, ennemi du mal et bâti sur l’amour, l’admiration, le respect, la simplicité, la justice et la paix.
Serons-nous des bâtisseurs de Noël sur terre?  Serons-nous à la hauteur du don que nous avons reçu? C’est la grâce que nous devrons nous souhaiter les uns les autres en ce temps de Noël.   Joyeux Noël !!!

MB 

jeudi 27 décembre 2012

LE MEILLEUR EST ENCORE A VENIR


UN  NOËL D’ESPÉRANCE


Pendant la préparation à la fête de Noël qui a lieu au cours d'une période de quatre semaines appelée «temps de l’Avent», nous, les chrétiens, sommes invités, à maintes reprises, à entrer dans un mouvement de conversion, c'est-à-dire, de renouvellement et de transformation intérieure et à assumer une attitude d’ouverture, de désir, d’attente et d’espérance. Il est, en effet, très important d’être convaincus et, surtout, de ressentir que nous sommes des personne qui souffrent d’un manque; que nous n’avons pas tout, que nous sommes fondamentalement des pauvres, des êtres imparfaits et donc perfectibles, que nous avons toujours du chemin à parcourir pour atteindre le plein épanouissement de notre potentiel intérieur et la cîme de la montagne où nous pourrions avoir la révélation d’une présence divine dans notre existence. Il est important de croire que le meilleur de nous est encore à venir, qu’il est en train de fermenter, qu’il est en avant de nous, et que la vie et le temps qui nous sont alloués servent justement pour nous permettre d’atteindre cette meilleure partie de nous-mêmes que la foi chrétienne qualifie comme le «Christ en nous». C’est pour cette raison que l’attente et l’espérance sont la posture de base du chrétien qui, en tant  qu'homme et croyant est constamment dans l’attente (et dans l’espérance) que quelque chose de grand et de divin naisse et advienne dans sa vie.
Si l’espérance est la foi à son meilleur, comme le disait si bien Charles Péguy, serait-elle réservée seulement aux croyants, à des élites, aux adeptes de la religion ou d’une religion ? Qu'en est-il des autres ? Que reste-t-il pour les autres? Ceux qui ne se retrouvent pas ou ne se retrouvent plus dans les grandes traditions religieuses? Ceux qui refusent de croire? Ceux qui dans la religion qui est la nôtre, ont été marginalise à cause de leur orientation sexuelle? Ceux à qui on refuse l’eucharistie à cause d’un échec matrimonial? Ceux qu’on exclut parce qu’ils sont en opposition ou en désaccord avec l’autorité de leur Église? Y-a-t-il pour ceux-là une possibilité de croire et d’espérer?

À l’origine de la fête de Noël, les chrétiens du 4è siècle, en récupérant la fête de la lumière (Natalis Solis invicti  ou fête du soleil renaissant), célébrée dans l’empire romain, à l’occasion du solstice d’hiver, ont voulu signifier que Dieu s’humanise dans la naissance de Jésus de Nazareth que les chrétiens ont considéré comme leur lumière et comme l'incarnation de la présence de l'Esprit de Dieu dans notre humanité. Cette  lumière renaît sans cesse à travers les chrétiens de tous les temps qui sont animés par l'Esprit de leur Seigneur. C’est pourquoi à Noël nous les chrétiens nous  continuons à célébrer la renaissance de la lumière. Noël, pour nous, c’est plus que des mots à connotation religieuse; c’est plus que des souhaits d’occasion; c’est plus qu’un sapin, qu’une couronne ou qu’un cantique. Noël, c’est  croire en la présence de Dieu en notre monde et en notre histoire, présence qui est là pour nous libérer et nous faire espérer en la possibilité de quelque chose de meilleur en avant de nous, pour nous, pour notre humanité et pour notre monde. Nous tuons Noël lorsque nous refusons à quiconque de vivre de cet espoir. Lorsque par nos lois, nos préjugés, notre intolérance, notre intransigeance, notre étroitesse d’esprit … nous empêchons à beaucoup de gens qui vivent des situations de détresse et d’angoisse physique ou spirituelle, de croire et d’espérer qu’il y a toujours une lumière au bout de leur nuit;  une Présence vivante et aimante qui veille sur eux et qui les accueille toujours, une deuxième chance qui leur est donnée.
Par sa vie, par son action, par son son engagement constant à soulager la souffrance des hommes, par  sa parole libératrice, par le don de soi-même jusqu'au sacrifice de sa vie, Jésus de Nazareth a été le signe le plus saisissant de cette présence paternelle et tendre d'un Dieu qui veut prendre soin de tous ses enfants, spécialement de ceux et celles qui ont le plus besoin d'attentions, de bonté et d'amour. C'est aussi notre mission, en tant  que ses disciples. Comme Jésus, nous devons êtres des relais de cet amour divin désormais présent dans notre monde. Sans cela, à quoi sert-il de croire que le Christ est toujours vivant et qu’il est là au milieu de nous? Nous avons son esprit, donc nous continuons son oeuvre. Et pour être comme lui, il faut aller aux endroits qu’il aime fréquenter. Il n’aime pas les églises et les cathédrales; il a en horreur les palais et les châteaux. Il préfère les taudis, les prisons, les hôpitaux; il se promène dans les rues de nos villes, il s’arrête dans les quartiers défavorisés, il fait une halte chez les pauvres. Il habite les personnes dans ces lieux où se vivent l’entraide, le partage, le pardon, la communion et l’amour. Il nous le dit clairement: « À chaque fois que vous avez nourri, donné à boire, visité, soigné, libéré, soulagé un petit parmi mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ... et vous aurez posé un geste qui a fait avancer un peu plus la construction du royaume de Dieu sur terre ».

À l’occasion de Noël, je nous invite à l’ouverture, à la transparence, à la tolérance, à la reconnaissance et à l’espérance. Parler d’espérance aujourd’hui, c’est d’abord reconnaître que le Christ est toujours vivant au cœur du monde à travers son esprit, à l'oeuvre dans la vie de ses disciples; que Dieu continue de se révéler dans l’histoire humaine avec ses réalités contemporaines et que sa Parole nous libère du joug et des fardeaux que les religions ne cessent de nous imposer.
De la naissance à la mort, les croyants d’aujourd’hui, dans leurs situations particulières, dans leurs réalités quotidiennes, ont besoin d’une parole de réconfort, une parole qui les stimule, qui les interpelle, une parole qui libère et qui fasse espérer.
Joyeux Noël !

MB


REDEVENIR DES ENFANTS


NOËL  - Faire naître l’enfant

Tout le monde connaît l’histoire de Noël. Si bien qu’elle a fini pour s’inscrire dans le patrimoine culturel de notre société et ne plus vraiment étonner personne. Et pourtant, comme toute histoire, elle porte en elle un message qui intéresse tous les humains et qui doit nous faire réfléchir. Quel est le contenu de ce message? Noël nous raconte qu’un enfant, fragile, pauvre et démuni, né d’une mère-vierge, est  reconnu comme un être qui sauve et comme étant la  manifestation la plus accomplie de Dieu dans notre monde.

L’enfant qui sauve

Cherchons à comprendre ce que cela signifie pour nous. Lorsqu’un homme rêve de son salut, l’image qui s’impose toujours inconsciemment à lui est celle de l’enfant divin né d’une vierge. L’image de l’enfant  vient presque spontanément à notre l’esprit lorsque nous  n’en pouvons  plus d’être grands, d’être sérieux, d’être adultes, de vouloir toujours faire belle impression, de vouloir paraître autre que celui que nous sommes en vérité; de vouloir montrer  toujours la  meilleure partie de nous même; de vouloir toujours être utiles, efficaces, productifs, nécessaires. C’est lorsqu’on voudrait arrêter cette course effrénée et essoufflante  vers la satisfaction de nos besoins toujours plus nombreux et  plus contraignants, que nous nous surprenons à rêver, à désirer être des enfants.

 L’enfant n’est jamais obsédé par le souci du devoir, de l’obligation, de l’efficacité, de la performance, de la rentabilité. L’enfant n’a rien à prouver et rien à cacher; il ne met pas de masque: il s’offre dans la simplicité, la spontanéité et l’authenticité de son être. Il ne craint pas le jugement des autres, car il n’a aucune réputation à sauver. L’enfant est un être dépendant. Il a besoin des autres pour exister et pour  subsister. C’est pour cette raison qu’il s’abandonne; qu’ il fait confiance et qu’il  ne vit que par l’amour et de l’amour de ses parents. Il sait instinctivement  que cet amour lui est toujours assuré, au-delà de tout manque et de toute faute . Il sait qu’il est aimé et accepté pour lui-même, simplement parce qu’il est là et qu’il existe. Il sait et il sent que la valeur de sa vie n’est pas donnée par le résultat positif du bilan de ses actions, mais par la certitude d’être accepté  et aimé sans conditions. Parce qu’il est aimé sans conditions et sans mesure, l’enfant n’a pas  peur, car il sait qu’au moment du danger il peut trouver protection et sécurité dans les bras de ses parents. Parcequ’il vit dans la confiance, l’enfant ne perçoit jamais l’autre comme un concurrent à éliminer, à combattre ou dont on doit se méfier, mais comme un compagnon à qui il fait confiance et qu’il entraîne volontiers dans le plaisir désintéressé du jeu. A travers la magie du jeu l’enfant est capable de s’évader  dans un univers d’innocence originelle où le rire, la joie, la gratuité, l’amour , l’émerveillement , la communion des êtres vivants et l’harmonie de la nature  font entrevoir ce que pourrait  devenir  notre monde  si nous étions moins obsédés par le souci d’être des adultes importants et sérieux et si nous avions, en définitive, un cœur d’enfant.

L’enfant que la fête de Noël place devant  nous est l’image de l’enfant qui est en nous et qui devrait naître au grand jour. Noël veut nous faire comprendre que notre salut en tant qu’êtres humains consiste à devenir des enfants; à retrouver en nous les attitudes de l’enfance; à adopter l’enfant qui dort dans les profondeurs les plus cachées de notre  personne et que nous avons honte de réveiller.  Jésus l’avait compris quand il disait : “Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous ne pourrez connaître la paix et le bonheur que Dieu souhaite  pour vous... Le Royaume de Dieu appartient à ceux qui sont capables de devenir comme  des enfants...” .


Si nous permettons à l’enfant de naître et de prendre la gérance de notre existence, alors nous n’aurons plus à  jouer à être des dieux. Nous n’aurons plus à nous “crever” pour paraître forts, puissants, efficaces, agressifs,  réussis. Il nous sera  permis d’être faibles, enfantins, de perdre du temps pour câliner le chat, écouter la musique, faire une  promenade, contempler un coucher de soleil, jouer au nintendo, souffler des bulles de savon, voltiger un cerf volant. En un mot, il nous sera  permis enfin d’être humains; il nous sera permis d’être des êtres humains. Et c’est  cela que Dieu veut!

L’enfant qui est Dieu

Cet enfant qui est en nous et qu’il faut retrouver est celui qui non seulement assure notre salut, mais qui nous rapproche le plus de Dieu, à la ressemblance duquel nous avons été  créés. L’enfant qui est en nous est l’image la plus authentique de Dieu en nous. C’est pour cela que l’histoire de Noël  raconte que l’enfant  déposé sur la paille, pauvre de tout,  faible et démuni, est cependant  un  être divin qui suscite l’admiration et l’émerveillement de tous ceux qui l’entourent. C’est lorsque nous ressemblons le plus à un enfant que nous ressemblons le plus à Dieu et que nous devenons sur terre  l’image la plus accomplie de Dieu. Bien sûr, Dieu peut se manifester, d’une certaine façon, dans la splendeur d’un coucher de soleil , dans la beauté d’une  paysage, dans le chant des oiseaux, dans l’harmonie du cosmos et dans l’immensité des espaces infinis. Toutefois c’est encore dans l’être humain,  mystérieuse créature imprégnée d’esprit, que Dieu a laissé son empreinte la  plus parfaite. Mais quel être humain est le porteur par excellence de l’image ou de la révélation de Dieu dans le monde ? A coup sûr, c’est l’enfant !!!....Et l’homme qui a été capable de re-devenir enfant!!!

Ainsi Noël est une fête qui parle de nous et qui nous parle. Elle nous dit par où  passe le chemin de notre bonheur. A travers le langage figuré du récit sacré elle  nous révèle que l’enfant divin qui gît dans la crèche est le symbole de cet enfant que chacun de nous doit générer des entrailles de sa vie fragile, pauvre et angoissée s’il veut être heureux et s’il veut être une  “incarnation” de Dieu  sur terre.

MB

mardi 25 décembre 2012

LA BONNE NOUVELLE DE NOËL


L’ESPRIT DE NOËL
(Luc 1, 39-45)


Dimanche dernier, nous avons parlé de la joie. Nous disions combien il est difficile de nos jours de vivre en paix avec nous-mêmes et avec les autres, en gardant le sourire sur nos lèvres. Nous disions que, malgré tout, la joie devrait être un élément essentiel du chrétien. Nous nous sommes rappelé que la raison de la joie chrétienne vient du fait que notre foi  nous dit que nous sommes  des personnes qui ont été visitées par Dieu lui-même; que nous pensons que Dieu est avec nous ; qu’il est entré dans notre histoire; qu’il s'est incarné dans nos vies et que nous sommes aimés, protégés, sauvés par lui. Comment avoir peur, être angoissés, ressentir de la tristesse, se croire en détresse,  lorsqu’on est convaincus que Dieu est avec nous, près de nous, qu’il est présent dans nos vies et qu’il peut les transformer en un chant de joie et d'allégresse, si seulement nous sommes capables d’ouvrir notre cœur et notre esprit à l'influence de sa grâce et de l'action de son Esprit?

Nous sommes désormais à la veille de Noël.  Probablement beaucoup d'entre nous viennent juste de terminer la corvée de la tournée dans les magasins  pour l’achat des cadeaux, pour le réveillon ou le dîner de Noël. En faisant vos emplettes vous vous êtes peut-être rendus compte quelles sont les raisons que notre société de consommation propose pour nous  rendre heureux en ce temps des fêtes. Selon la publicité que nous voyons dans les centres d’achat, dans les rues, sur les journaux, à la télévision, qu'est-ce qu’on doit faire pour passer un joyeux Noël ? Nous devons dépenser, acheter, avoir. La société de consommation semble nous dire: «Plus vous recevrez de cadeaux, plus vous aurez de la bonne  bouffe, plus votre repas de Noel sera recherché, riche et copieux; plus vous aurez de lumières et de décorations dans la maison et à l'extérieur ; plus votre arbre de Noël sera énorme et bien fournis ... plus vous serez heureux; plus votre Noel sera réussi et plus vous serez des personnes comblées et réussies.  

Dans ce climat, aucun appel à l’intériorité, aucune aspiration spirituelle, aucune vision  transcendante. Ce Noël commercial  est une insulte à la dignité de l’homme. Ici l’homme est avili, abruti, car réduit à sa seule dimension organique d’animal avec des besoins physiologique. Aucune allusion au Noël chrétien, au mystère d'un Dieu qui s'approche de l'homme, qui vient et qui est présent dans notre monde. Partout,  uniquement la grotesque figure du Père Noël, inventé exprès pour nous faire oublier l'Enfant de Bethléem et pour annuler le message de salut contenu dans la célébration chrétienne de Noël.

Ce Noël païen, est loin de produire la félicité qu’il promet. Il produit, au contraire, des fruits de tristesse, d'amertume, de déception, de souffrance et de solitude. En effet, combien sont-ils ceux et celles qui ont vraiment accès à cette abondance de biens matériels que notre société  présente comme nécessaire à notre bonheur? Si un Noël heureux et réussi est seulement celui que l’on passe en faisant  bombance, qu’en est-il alors du Noël des pauvres, des démunis, des laissés pour comptes, des sans-abri, des personnes seules, des malades sur un lit d'hôpital? N'y aura-t-il pas de Noël pour eux? Ne sera-t-il jamais Noël pour eux?  Comme vous pouvez le constater, ce Noël présenté par la société de consommation est seulement une célébration de riches et pour riches. C'est un Noël qui discrimine, un cadeau empoissonné, un événement injuste, puisqu’il exclut de la joie, du bonheur et de la fête ceux qui en ont le plus besoin. Face à ce Noël païen, les pauvres ne peuvent que se sentir tristes et malheureux.

            Et voilà alors l'Évangile d’aujourd'hui! Un beau récit qui nous permet de découvrir le vrai sens de Noël. La rencontre entre Marie et sa cousine Élisabeth, enceinte de Jean, est tout un cri ou plutôt un chant de ravissement, d’euphorie, de jubilation d’émerveillement  et de reconnaissance. Même le bébé frémit de joie dans le ventre d'Élisabeth. Ces deux femmes sont une fournaise bouillonnante de sentiments. Et elles sont dans cet état parce qu’elles portent dans leurs entrailles la certitude que quelque chose d'extraordinairement grand et important est en train de se réaliser en ce monde. Parce qu'elles croient que le monde désormais ne sera plus la même. Parce qu'elles savent que Dieu a choisi de venir, que Dieu est présent, que Dieu est ici.

 Ces deux femmes folles de joie qui sont-elles? Deux simples paysannes, pauvres,  inconnues de tous, sans éducation; deux femmes que personne pourrait distinguer des autres femmes. Elles représentent ce qu’il y a de plus normal et de plus banal au monde…et elles n’ont pas besoin de posséder, d’avoir, de vivre dans la richesse et le  luxe pour être heureuses. Elles sont riches seulement de leur foi. Et c’est cette foi qui constitue la source de leur bonheur. Et à cause de cette foi, elles ont le sentiment que Dieu est présent dans leur vie et qu’il fait désormais parti de leur amour. Elles sont heureuses parce qu’elles ont découvert le vrai sens de Noël: Dieu est avec nous!

Voilà ce qui est toute une bonne nouvelle! Marie et Élisabeth nous disent : Voici, tu peux être heureux, même si tu es pauvre et infortuné. Tu peux faire de ta vie un magnifique succès, même si tu n’as rien. Même si tu vis dans un appartement délabré, un pays froid et sans poésie, tu peux être plus comblé qu’un roi. Si on vous disait : tu es heureux  parce que tu as plein d’argent en banque, une belle maison, une grosse voiture, une femme séduisante et de beaux enfants, et en plus un grand arbre de Noël dans le salon  et plein de  bouffe dans  le frigidaire… qu’est-ce qu’il y d’extraordinaire dans une nouvelle comme celle-là ? Où serait la bonne nouvelle de Noël ?  Quelle bonne nouvelle dans un Dieu qui donne la paix et le bonheur à ceux qui sont déjà heureux? Non: l'inouï est tout le contraire! C'est l'annonce que le bonheur est aussi accessible aux pauvres; plus encore, qu’il est accessible surtout aux pauvres, parce ce sont eux les plus disponibles, les plus libres, les  plus accueillants, et sans doute aussi,  les plus  ouverts à accueillir dans leur vie le mystère d’une présence divine qui les ennoblit, les élève et les sauve.

MB

(4e dim. Avent, C )



EMERVEILLEMENT


Marie  et  Elisabeth
(Luc 1,39-45)


Dimanche dernier c’était le dimanche de la joie; ce dimanche c’est celui de l’émerveillement. Si on n’est pas capable de saisir l’émerveillement et la stupeur qui transparaissent de ces textes, nous perdons l’essentiel de leur contenu. Il s’agit ici de l’étonnement de deux femmes devant  l’inouï de Dieu; devant  une merveille  dont elles sont témoins et qu’elles découvrent à l’œuvre en elles d’abord, et ensuite dans l’histoire de leur vie. L’action de Dieu suscite le ravissement et de leur cœur et de leur esprit  qui éclate en cri de joie  et en un chant d’action de grâce. Un fait tout à fait ordinaire (quoi de plus naturel pour une femme que la conception d’un enfant!) a pris aux yeux de leur foi les dimensions d’une révélation merveilleuse de la puissance et de la bienveillance de Dieu à leur égard. Dans un fait anodin et bien naturel, elles voient le doigt de Dieu. Cela veut dire qu’elles savent voir au delà des apparences elles savent capter le vrai contenu, le vrai sens des événements qui surviennent dans leur vie.

 La puissance de l’émerveillement ! Voir ce qui est invisible aux autres! capter des vibrations, des messages, des contenus auxquels d’autres sont  complètement fermés et insensibles. Henri Nouwen qui a écrit un livre magnifique intitulé Le retour de l’enfant prodigue qui n’est autre chose qu’une description -commentaire du tableau de Rembrandt du même nom, raconte qu’il a rédigé ce livre à travers les larmes. A la  suite d’une visite au musée de L’ermitage, à Saint Petersburg (Russie), où ce fameux  tableau est exposé, l’auteur nous confesse qu’il  passé des heures assis devant ce tableau totalement fasciné, à pleurer  d’émerveillement … A cause de cet émerveillent, ce tableau lui parlait, lui révélait  des contenus que d’autres personnes ne voyaient  pas; suscitait en lui des sentiments, des émotions très fortes, alors que les autres visiteurs restaient indifférents.

L’émerveillement ! Nous pouvons écouter  le Concerto pour clarinette, K622  ou le Concerto pour flûte et Harpe, K.299 de Mozart avec l’indifférence avec laquelle nous écoutons les nouvelles du téléjournal du soir ;ou nous pouvons les écouter en sentant des frissons par tout le corps et les larmes monter  aux yeux. Ce qui fait la différence, c’est le degré de notre émerveillement. Dans l’émerveillement nous découvrons l’âme des choses, la profondeur  des choses, le langage  des choses, le message des choses, le mystère des choses. Si nous sommes capables de nous émerveiller, notre chien n’est plus simplement un canin; un arbre n’est plus simplement un tronc de bois  avec des branches et de feuilles; une fleur n’est plus seulement un végétal avec des pétales colorées; un lac calme embrasé par le coucher du soleil  n’est plus seulement un plan d’eau au soir; la terre n’est plus seulement une planète du système solaire; et le cosmos n’est plus seulement le ciel sur nos têtes ou un ensemble  de corps  célestes  et de galaxies  qui s’étendent et s’éloignent à l’infini … si nous sommes capables d’étonnement  chaque choses du monde qui nous entoure est perçue comme une note magique, sublime et nécessaire d’une merveilleuse mélodie qui ne semble jouer  que pour nous ravir, nous toucher, nous faire frissonner, nous extasier, nous faire trembler, nous faire pleurer, et en même temps pour nous signifier la présence d’une Énergie grandiose et insondable de puissance et d’amourqui régit tout l’univers. L’émerveillement  suppose en nous  la capacité de percevoir  l’imperceptible, de regarder  l’invisible, de voir au-delà et  même  de voir l’au-delà.

Quelle est notre capacité d’émerveillement ? Les enfants l’ont souvent à un degré très développé et savez-vous pourquoi? Parce qu’ils sont candides et innocents, c'est-à-dire totalement transparents. Et donc capables de se laisser traverser, de se laisser envahir,  de se laisser atteindre par les messages secrets que les choses leurs lancent depuis la profondeur secrète de leur nature. Voilà pourquoi les enfants voient des choses que nous ne voyons pas ; entendent des voix et écoutent des musiques que nous n’entendons pas; vivent dans un monde que nous croyons imaginaire et où nous ne vivons plus: un monde où les arbres marchent, où les animaux  nous parlent où les fleurs s’amusent à s’habiller  de toutes sortes de couleurs; où les choses ont une valeur et un sens  autre que celui que les adultes leur donnent. Les enfants vivent dans un monde qui n’a pas encore été altéré, rendu dur, obscur, incompréhensible et muet par la méchanceté de leur cœur. Ils savent encore écouter la voix des êtres et leur répondre et leur parler. Ils voient le monde comme il est en lui même, dans sa nature profonde, tel qu’il est sorti des mains de Dieu, avant que l’homme en pervertisse la perception  à  cause de l‘égarement de son cœur  … L’enfant  est toujours  émerveillé, car il voit le monde avec les yeux de Dieu.

Et nous, les adultes, savons-nous nous émerveiller ? S’il n’y a presque plus rien ou pas grand-chose qui nous nous émerveille, cela veut dire que nous sommes devenu opaques et que nous avons  perdu notre cœur d’enfant …et  c’est la chose plus triste qui puisse nous arriver. Car si nous devenons incapables de voir le caractère magique et  merveilleux de tout ce qui nous entoure; si nous sommes incapables de comprendre et de voir le miracle continuel par lequel nous sommes maintenus en vie, nous et la planète que nous habitons…..et si nous ne savons plus nous émerveiller devant ce monde visible et dont l’ extraordinaire beauté et perfection sont  pourtant si évidentes …comment pourrions-nous y découvrir la présence de Dieu?
Car c’est finalement à cela que devrait nous conduire notre capacité d’émerveillement: percevoir que le secret de la beauté du monde est donné par l’empreinte de Lui-même que Dieu a laissé  dans les êtres qu’il a lancé dans l’existence.

Comme ces figures de femmes emblématiques qui sont proposées par l’Évangile d’aujourd’hui, nous aussi, chrétiens qui savons par notre foi que Dieu est venu dans notre monde et dans notre vie, nous devrions être dans l’émerveillement  pour un tel miracle. Et  à cause  de cet émerveillement, nous devrions, comme des enfants,  pouvoir  découvrir  les signes de sa présence; entendre sa voix, vibrer  au souffle de son Esprit,   nous laisser  envahir  par le rêve de ce monde nouveau qu’il veut nous transmettre.


MB

( 4e dim. Avent C)