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mardi 15 novembre 2016

Un juge pas comme les autres …


Les humbles sauveront le monde

 (Luc 18, 9-14)
           
            Le texte de l’Évangile nous invite aujourd’hui à une sorte de séance en tribunal. C’est Dieu qui préside et qui juge. Mais ce juge a une façon toute à lui de voir les choses qui nous surprend et nous déconcerte. Ce juge n’est pas conduit par nos principes et nos critères. En effet, dans le récit de l’évangile, l’honnête homme qui se présente devant lui, en proclamant son innocence et en plaidant non-coupable, est condamné, alors que le voyou, qui avoue sa faute et plaide coupable, est pleinement acquitté. C’est à ne rien y comprendre. Il y a certainement quelque chose quelque part qui ne fonctionne pas selon les règles établies.

            Ce pharisien fait partie du groupe de ces dix milles hommes pieux qui se distinguaient en Palestine au temps de Jésus par leur foi exemplaire, leur religiosité, leur piété sincère, leur assiduité à la prière et au culte du temple, par leur zèle dans l’observance de la Torah, par leur discipline et leur rigorisme moral, par leurs jeûnes et leurs aumônes. Ce pharisien qui se présente aujourd’hui devant Dieu au Temple est donc ce qu’il y a de plus irréprochable, de plus respectable, admirable et honnête parmi les hommes. Il est, pour ainsi dire, le champion de la probité et de la vertu. Il en est d’ailleurs convaincu et il ne se gêne pas à le proclamer haut et fort à tous ceux qui veulent l’entendre.

            Et puis voilà l’autre type, le publicain. Les publicains étaient des gens qui travaillaient pour des entreprises privées auxquelles l’État romain, qui occupait alors la Palestine, avait confié la désagréable besogne de collecter les taxes et les impôts (une genre de «franchise»). Et puisque ces employés étaient très mal payés par leur employeur, ils compensaient le manque à gagner en fraudant et en exigeant des gens plus que ce qui était convenu pour empocher le surplus qu’ils réussissaient ainsi à soutirer. À la longue leur classe était devenue une véritable organisation criminelle, une espèce de mafia spécialisée dans l’extorsion. Les publicains étaient donc, en grande majorité, des gens sans scrupules et qui n’hésitaient pas à recourir à la menace et à la violence pour arriver à leurs fins. Les gens les haïssaient et les considéraient comme des voleurs et des êtres ignobles qu’il fallait éviter de fréquenter. Dans la mentalité des gens pieux de l’époque, les publicains étaient devenus la personnification même du péché.

            Devant Dieu il y a donc d’un côté l’homme irréprochable, juste, vertueux et saint, si l’on veut et, de l’autre, l’escroc, le tortionnaire et le pécheur. Et voilà que, contre toute vraisemblance, contre tout bon sens, le juge divin dans son jugement tranche en faveur du truand, tandis que le bon et le saint est viré et condamné. L’Évangile nous assure ainsi que ceux qui ressemblent au pharisien de la parabole ne jouiront jamais des préférences et de l’approbation de Dieu.

Que se cache-t-il donc de si épouvantable et de si sinistre sous le comportement innocent et l’attitude vertueuse du pharisien ? Que se cache-t-il de si bon dans le geste affligé et désolé du publicain qui se bat la poitrine et reconnaît ses torts ?

            Analysons de plus près le plaidoyer du pharisien pour voire ce qui cloche. Il saute tout de suite aux yeux que son discours suinte la suffisance, la satisfaction, le sentiment de supériorité. Le pharisien ne parle pas à Dieu, il se parle à lui-même, vantant ses propres mérites, mettant en avant et soulignant continuellement l’importance de sa personne. Remarquez combien de fois ce messieurs dit « Je ». Il est imbu de lui-même. Il pense qu’il n’est pas comme les autres. Les autres sont tous, d’après lui, des voyous et des vauriens. Mais lui est différent. Il est supérieur, il est meilleur. Lui est sur le bon chemin. Il est un modèle de bon comportement. Il est pleinement satisfait de lui-même. Il n’a rien à se reprocher. Il n’a donc pas besoin de changer, de s’améliorer, de se convertir. Puisqu’il est parfait, il est inconvertible, comme tous ceux qui sont convaincus d’être des bons, d'être du côté des élus, du côté de la vertu, de la justice et de la vérité, comme le sont tous les Bush, tous les fanatiques chrétiens ou islamiques qu’ils soient, qui dans leur aveuglement perdent le sens du relatif, de la réserve, de la tolérance et du respect des autres; ainsi que la mesure de leurs limites et de leurs faiblesses.

            Alors qui est le plus dangereux pour la société et pour le monde, celui qui brandit sa supériorité pour s’élever au-dessus des autres, dénigrer, écraser les autres ; ou celui qui s’efface et se dérobe parce qu’il se considère un bon à rien ? Celui qui sonne de la trompette à tout vent pour vanter ses mérites et ses exploits ; ou celui qui n’ose pas se regarder dans le miroir et regrette les  erreurs qu’il a commises ? Celui qui est fier et orgueilleux de ses vertus, ou celui qui éprouve de la honte pour ses vices, ses défaillances, ses défauts ? Celui qui se trouve juste et sans reproche, ou celui qui est capable de reconnaître ses torts et de ressentir du remord et de la peine pour le mal qu’il a causé ? Celui qui se prend pour un « superman » que tous doivent admirer et auquel tous doivent se soumettre, ou celui qui se considère une personne bien ordinaire ?

             S’il est une attitude qui est néfaste pour les relations humaines et qu’il faut éradiquer, n’est-ce pas surtout et avant tout l’attitude de celui qui, se croyant supérieur et meilleur que les autres, pense qu’il a aussi droit à plus que les autres ? Cette attitude si répandue de supériorité, de nombrilisme et d’auto exaltation, … n’est-elle pas à l’origine des calamités dont souffre notre société contemporaine? Cette attitude ne génère-t-elle pas des individus et donc des entreprises et des sociétés arrogantes, intolérantes, agressives, et prédatrices ? Cette attitude n’est-elle pas à l’origine des tous les fondamentalismes modernes, ainsi que de l’aveuglement, de l’insensibilité des systèmes capitalistes, et des politiques de consommation et d’exploitation sauvage des ressources naturelles, politiques qui sont en train de ruiner l’économie mondiale, l’approvisionnement durable des marchés (pour que tous puissent avoir facilement accès à la nourriture dont ils ont besoin) et la santé de notre Planète ?

            A la fin de cette réflexion, nous sentons-nous encore capables de blâmer la façon dont le Juge de l’évangile exerce sa justice ? Je pense que nous devons plutôt remercier et admirer sa perspicacité et sa sagesse. Il a su déjouer les embûches du mal. Les textes de l’évangile de ce dimanche nous enseignent qu’il n’y a pas de mal plus perfide que celui qui se cache sous l’apparence du bien ; qu’il n’y a pas de démons plus dangereux que celui qui prend l’aspect d’un ange de lumière ; qu’il n’y a pas de traître plus perfide que celui qui cherche à nous apprivoiser par un baiser.

            L’évangile veut finalement nous apprendre que l’arrogance, l’hypocrisie, la duplicité et le fanatisme ne sont jamais payants : à la fin ils devront un jour rendre inévitablement compte devant l’histoire des ravages, des désastres et des souffrances qu’ils ont causés ; et à la fin se confronter à la justice de Dieu. Personne n’y échappe ! La dernière phrase de l’évangile est tout à fait tranchante et catégorique sur ce point : « Quiconque s’élève sera rabaissé et quiconque  s’abaisse sera élevé » .

BM

(30e dim. ord. C )


mercredi 9 novembre 2016

ZACCHEO O L’INSODDISFAZIONE CHE FINALMENTE SODDISFA


(Luca 19, 1-10)

Zaccheo, presidente dell’Ufficio tasse e imposte di Gerico, collaborazionista dei romani, era riuscito ad ottenere l'appalto delle tasse per conto invasore romano. Era un uomo ricco, influente, temuto e odiato dai suoi dipendenti e dai cittadini che lo consideravo un farabutto, ma avevano interesse a trattarlo con i guanti bianchi.
Ma se Zaccheo si sentiva rispettato e temuto, non si sentiva certo amato. Aveva notato che la gente lo evitava o si nascondeva al suo passaggio. Zaccheo si sentiva terribilemente solo. Si era reso conto da un bel pò che i soldi non fanno e non danno la felicità. Anzi aveva notato che la sua fortuna non aveva fatto altro che procurargli suo isolamento, insoddisfazione e abbatimento. Zaccheo era pieno di soldi, ma vuoto d’amore.
 Allora, che cos’è, che cosa vale la vita, che te ne fai dei tuoi soldi, se ti mancano proprio le cose più importanti che danno senso e pienezza alla tua vita? A che cosa servono le tue sostanze, se poi ti manca il bene più prezioso ? Se non sei e non ti senti amato? Zaccheo era ricco di soldi, ma povero d’amore. Zaccheo più d’ogni altra cosa desiderava adesso avere intorno a sè delle persone che gli volessero bene ; delle persone che lo accettassero per quello che era e non per i suoi soldi o per la carica che esercitava. Zaccheo era ormai giunto ad una fase della sua vita in cui aveva finalmente acquisito quella a saggezza e quella maturità che gli avevano fatto capire quali sono i veri valori e le cose che veramente contano in una vita. Senza che egli se ne accorgesse, il suo cuore era stato lavorato dalla grazia di Dio ed era adesso pronto a imprimere una nuova svolta alla sua esistenza.
Zaccheo aveva sentito parlare di Gesù, di questo vagabondo che non possedeva niente, che non incuteva soggezzione a nessuno e che tutti rincorrevano, cercavano, ammiravano ed amavano. Ma che cosa aveva quest’uomo per attitare tanto la gentee? Zaccheo era curioso di conoscerlo, di incontrarlo, di sapere chi fosse Gesù . Ed ecco che un giorno Gesù attraversa la città di Gerico dove Zaccheo abitava. Una occasione inaspettata per Zaccheo! Finalmente è la volta buona - pensa Zaccheo- questa volta non mi deve sfuggire. Devo riuscire a vederlo ad ogni costo.
 E guardate che cosa fa quest’uomo, spinto dal suo desiderio di vedere il Signore! Dimentica tutta la sua dignità e la sua rispettabilità e si arrampica sopra un albero come un monello di strada. Non gliene importa più niente ella sua rispettabilità o di quello che la gente può pensare di lui. Per lui adesso quello che conta è vedere, incontrare il Signore!
Zaccheo cercava di sapere chi fosse Gesù; ma Gesù sapeva già da tempo chi fosse Zaccheo. Gesù sapeva che Zaccheo, in questa fase della sua vita, era pronto per una conversione profonda; era pronto per imprimere alla sua vita una direzione totalmente diversa da quella avuta finora. Il Signore sapeva che su quell’albero, Zaccheo era come un frutto maturato dalla grazia e pronto per essere colto dalla bontà e dalla tenerezza di Dio. E poichè Zaccheo desiderava intensamente vedere ed incontrare il Signore, il Signore si manifesterà a lui come se egli fosse un amico di vecchia data, un amico conosciuto da sempre; entra nella casa di Zaccheo e trasforma radicalmente la sua vita .
L’evangelista Luca racconta che passando sotto l’albero sul quale Zaccheo si era appollaiato, Gesù alza gli occhi e lo chiama per nome e gli dice : ”Zaccheo scendi presto, perchè ho fretta, muoio dalla voglia di starmene con te, di godermi la tua compagnia. Oggi è necessario che io mi fermi a casa tua!”
Ed é cosi che lui, e soltanto lui, il ladro, lo strozzino, il pubblico peccatore messo al bando, riceve la visita del Signore! Colui che tutti detestavano e fuggivano, si vede tutto ad un tratto cercato, voluto e amato. Ed entrando nella casa di Zaccheo, il Signore entra per sempre nella sua vita. E da quel momento Zaccheo non vorrà più separarsi da colui che ha saputo credere in lui, nella sua bontà nascosta, che ha saputo vedere le aspirazioni segrete del suo cuore e dimostrargli tanta premura e tanto affetto.
Con il suo comportamento Gesù dimostra a Zaccheo che Dio ascolta sempre il grido del cuore di colui che, insoddisfatto di sè, cerca di rifarsi una vita migliore. Questo episodio vuole fare capire che Dio non giudica e non rigetta mai nessuno; e che anche nell’abisso più profondo della colpa, della degradazzione e del male, si può sempre sperare che una mano buona e sollecita venga a soccorrerci. Questo racconto ci fa capire che l’amore di Dio ci è sempre assicurato, anche quando noi pensiamo di non merirarlo più; e che a tutti è sempre data una seconda possibilità (chance) di un nuovo inizio nella vita. Questo commovente episodio del vangelo vuole forse insegnarci che quando il Signore riesce ad entrare a casa nostra, tutta la nostra esistenza ne è sconvolta e trasformata, Quando si ha la fortuna o la grazia d’incontrare il Signore, non si può più vivere come prima ; tutti i nostri vecchi schemi, i nostri vecchi valori e le nostre vecchie priorità sono messi a soqquadro.
Ne è di noi come di Zaccheo? Zaccheo è l’immagine emblematica di ognuno di noi. Nessuno di noi può sfuggire all’attenzione premurosa e delicata di Dio. E beati noi se riusciamo a scendere dall’albero della nostra arroganza, del nostro orgoglio e della nostra autosufficienza per permettre a Dio di riempire il vuoto del nostro cuore e della nostra vita con la ricchezza della sua presenza. Allora esperimenteremo anche noi, come Zaccheo, la trasformazione che egli è capace di operare nella nostra esistenza. Forse anche noi, come Zaccheo, saremo capaci di sbarazzarci di molte cose inutili per dare più spazio a Dio.

BM     


dimanche 6 novembre 2016

ZACHÉE OU L’HISTOIRE D’UNE CONVERSION

(Luc, 19,1-10)

Luc, médecin d’origine syrienne (Antioche), converti au christianisme par la prédication de l’apôtre Paul, a écrit son évangile pour les chrétiens de culture gréco-romaine qui venaient du paganisme.

Luc rédige son texte aux débuts des année 80, en s’inspirant de l’évangile de Marc et d’autres documents. Dans son évangile, Luc présente l’homme de Nazareth comme un cadeau du ciel; comme un être qui vient de Dieu et qui parle au nom de Dieu; comme quelqu’un qui connaît qui est Dieu et comment s’approcher de lui; qui sait quelle «voie» les humains doivent parcourir pour donner du sens à leur vie et atteindre une authentique humanité.

Luc enseigne donc qu’en suivant la « Voie » de Jésus on peut apprendre beaucoup de choses sur les hommes et sur Dieu. Sur Dieu, on apprend qu’il est la Source inépuisable de l’amour ; un Être riche en miséricorde, qui ne juge personne, qui accueille tout le monde, qui respecte les rythmes de croissance et d’évolution intérieure de chacun ; qui a un faible pour les pauvres, les démunis, les maganés et les meurtris de la vie ; qui s’angoisse pour les égarés ; qui embrasse les délinquants ; qui veut le bonheur de tous.

Sur les hommes, on apprend que les riches, les puissants, les égoïstes, les arrogants, les superbes, les présomptueux, les satisfaits, les suffisants sont incapables d’emprunter la «voie» du Seigneur parce qu’ils n’en ressentent pas le besoin et qu’ils finissent donc inévitablement par suffoquer dans la pièce étanche de leur égoïsme et de leurs suffisance. On apprend aussi que Dieu ressent une profonde tristesse, une immense pitié pour ce genre de personnes; qu’il ne cesse cependant de les attendre à la croisée des chemins de leur existence, dans l’espoir de les récupérer et de les sauver.

 Luc développe les thèmes de l’amour gratuit, de la bonté, de la tendresse, du pardon et  de la miséricorde de Dieu, thèmes qui l’avaient fortement impressionné et qui avaient probablement déclenché chez lui le mouvement de conversion qui l’amena à devenir un fervent adepte du nouveau « Chemin » ou de la nouvelle « Voie » (Act.9, 1-3 ; 18,25 ; 24,22) ouverte aux croyants par Jésus de Nazareth.

Luc semble fortement intéressé par la dynamique de la conversion, de la sienne et de celle des autres chrétiens. Il veut donc réfléchir et analyser les mécanismes de ce phénomène qui bouleverse si souvent la vie des personnes.

Or, l’épisode de Zachée, dans lequel, avec un humour et une finesse hors pair, est esquissé en quelques lignes le portrait de ce publicain malfamé, sert à Luc de trame de fond pour décrire les étapes typiques que l’individu traverse avant d’arriver à sa conversion chrétienne. Luc, utilise le récit de Zachée pour expliquer la trajectoire humaine et spirituelle par laquelle une personne décide d’abandonner son mode de vie, son propre chemin, afin de s’engager définitivement sur la voie du Nazaréen.

Tout cet enseignement est admirablement condensé dans le récit de Zachée qui devient une figure emblématique, à travers laquelle Luc, avec une habilité et une efficacité pédagogique extraordinaire, émiette et livre aux croyants simples de son temps le cœur du message chrétien .

En réfléchissant sur ce texte de Luc, j’essaierai d’abord de faire ressortir l’importance de certains mots-clefs qui guident la composition et déterminent le sens et le contenu de ce magnifique récit. Je chercherai ensuite à montrer combien ce texte nous concerne et combien il éclaire la structure et les raisons ultimes de notre adhésion au projet chrétien mis en marche par le Prophète de Nazareth.

Il est utile de savoir que Zachée est un collecteur d’impôts à la solde de l’occupant romain. Il exerce une profession très lucrative, mais qui, en même temps, le rend détestable et méprisable pour tout bon juif qui le considère comme un renégat, un escroc et un voleur. Zachée, en plus, est le chef d’une compagnie de fonctionnaires de l’impôt, ce qui augmente la grogne et l’agressivité de ses compatriotes à son égard.

Toutefois la vie huppée mais tourmentée de ce riche insatisfait prend un pli inattendu et bascule définitivement lorsque le chemin de sa vie croise celui de Jésus, en route vers Jérusalem.

Luc nous signifie ainsi par là que la conversion est fondamentalement déclenchée par la rencontre de deux personnes, de deux chemins, de deux conceptions de la réalité, de deux parcours différents de vie. Pour Luc cependant, on ne trouve pas « sa » voie sans la chercher et sans avoir envie de la trouver. C’est pour cela qu’il caractérise d’amblée Zachée comme quelqu’un qui « cherche » à voir.

En effet, à la racine de toute conversion et de tout changement te de vie, il y a toujours l’apparition d’une profonde et angoissante insatisfaction, suivie d’un long travail de questionnement et de recherche. On se cherche parce qu’on ne sait pas exactement qui l’on est, ou ce que l’on veut. On cherche parce que l’on n’a pas ce que l’on désire ; parce que l’on expérimente un manque, un vide ; parce qu’on n'est pas content de la qualité de sa vie, des fruits qu’elle produit, de l’orientation qu’elle a prise. Nous nous sentons déçus, mécontents et malheureux de notre chemin et nous voudrions pouvoir en entreprendre un autre.

Comme Zachée, qui avait tout et qui pourtant n’avait rien qui pût vraiment le contenter, le faire grandir, le soulever, le faire voler plus haut que sa misérable vie de fonctionnaire crapuleux, occupé et préoccupé seulement à accumuler de l’argent sur le dos des pauvres. Malgré son statut social enviable et influent Zachée ne réussissait pas à avoir la taille spirituelle et humaine qu’il aurait souhaité. Rien n’y faisait ! Il serait toujours resté un homme insignifiant et de « petite taille »… à moins de tout balancer, de tout changer dans sa vie, de tout recommencer à nouveau et différemment. Finalement, on sent qu’il a en a marre de n’avoir et de ne voir que de l’argent. Il en a marre de la vie qu’il conduit. Il veut avoir et voir autre chose. L’argent qu’il possède ne lui apporte ni plus de gratification, ni plus de bonheurs, ni plus d’amis. Au contraire, il ne fait qu’augmenter autour de lui le nombre des personnes qui le détestent et qui souhaiterait ne plus le voir.  

Luc, en nous suggérant ce portait psychologique de Zachée, veut nous conduire à comprendre qu’a la base de toute conversion, il y a toujours le désir, l’aspiration, l’attente et donc la « recherche » d’une forme d’existence différente, car celle que l’on expérimente est perçue comme invivable.

Luc, qui à part d’être un chrétien converti, est aussi médecin, sait très bien combien l’attitude de la « recherche » est fondamentale dans la vie d’une personne pour que celle-ci puisse continuer à progresser jusqu’à la mesure de la taille que Dieu a prévu pour elle. Luc sait aussi que Jésus a fait de la « recherche » un des leitmotivs de sa prédication : «Cherchez, vous trouverez; frappez, on vous ouvrira… car celui qui cherche trouve, et a qui frappe on ouvrira - Cherchez les royaume de Dieu et tout  le resta vous sera donné par surcroît …» (Luc, 11, 9-10; 12,31; 19,10). L’attitude de la recherche, suite à un sentiment intense d’insatisfaction et de vide existentiel, ainsi que le désir de devenir, de changer, de se transformer, de se renouveler, de parcourir d’autres routes, de voir d’autres horizons, constituent le mètre par lequel l’évangile de Luc mesure la disponibilité au salut, la profondeur spirituelle et la grandeur humaine d’une personne.

C’est pour cela que Zachée, qui était de « petite taille », dès qu’il commence à «chercher» pour voir qui était Jésus, grandit immédiatement dans l’esprit de Luc et est tout de suite placé par lui en haut, sur un arbre, comme un oiseau qui s’y pose, après avoir longtemps voltigé dans le ciel bleu.
Cependant, pour Luc la conversion n’est pas seulement le résultat d’une recherche. Elle est aussi la sortie des ténèbres, la guérison d’un aveuglement, la capacité de voir clairement. Elle est le résultat d’une découverte, d’une rencontre, d’une illumination, souvent d’une fulguration, par lesquelles est soudainement révélé aux yeux du cœur et de l’esprit de la personne qui cherche, le lieu de son authentique bonheur, les valeurs qui donneront du sens à sa vie et la forme ultime de son plein accomplissement.

C’est intentionnellement que Luc place le récit de Zachée immédiatement après celui de la guérison de l’aveugle de Jéricho, un homme écrasé sur le bord de la route et incapable de marcher sur le «chemin». C‘est intentionnellement aussi que dans le récit de Zachée, l’évangéliste utilise le verbe «voir» immédiatement après le verbe «chercher», pour indiquer la quête existentielle de ce publicain.

Il est important de remarquer que Luc ne dit pas que Zachée cherchait «à voir Jésus», ce qui n’aurait décrit que la posture d’un badaud curieux et superficiel. Luc prend le soin de préciser que Zachée cherchait à voir «qui était Jésus». L’emploi du pronom relatif personnel est d’une importance capitale pour Luc. Le «qui», indique en effet la personne de Jésus qui intriguait et qui, en même temps, fascinait Zachée et de laquelle il aurait voulu percer le mystère ; avec laquelle il aurait souhaité amorcer une relation d’amitié et de familiarité. Dans sa recherche, Zachée avait «vu» et compris que ce Prophète vagabond, plus pauvre que Job sur son tas de fumier, possédait cependant tout ce que lui, Zachée, aurait tellement voulu avoir, mais qu’il n’avait pas. Zachée avait «vu» et compris qu’ici le vrai riche et l’homme authentiquement réussi était ce Jésus qui avait su se libérer de la hantise de l’avoir ; et que le vrai misérable et l’incontestable raté, c’était par conte lui, Zachée, l’homme cupide et stupide, qui avait passé le meilleur temps de sa vie à s’approprier de l’argent d’autrui.

Luc veut ainsi faire comprendre que, finalement, dans le parcours d’un homme converti, c’est seulement la rencontre d’une personne et l’admiration, la fascination, l’attachement quelle suscite en lui, les facteurs décisifs qui déterminent le virage existentiel qui fait basculer sa vie du côté et sur la «voie» de l’être aimé.

C’est cette rencontre de deux amours que Luc campe au centre de l’histoire de Zachée. Dans ce conte il arrive un moment où le lecteur est confus ne comprenant plus qui cherche qui. Il ne sait plus si c’est Zachée qui cherche à savoir qui est Jésus ; ou si c’est Jésus qui cherche à savoir qui est Zachée. En effet toute la scène est en mouvement, traversée d’une agitation et d’une excitation fébriles. On dirait qu’il s’agit de deux amoureux qui se rencontrent enfin après une longue et interminable séparation.

C’est est impressionnant de voir avec quelle habilité littéraire, avec quelle concision et délicatesse Luc réussit à exprimer l’empressement des amants, l’urgence de proximité et le désir d’intimité qui se dégage de leurs retrouvailles. Je me permets de paraphraser à peine les paroles de Jésus : « Zachée, mon ami, me voici enfin ! Tu m’as tellement manqué ! Je t’ai si longtemps cherché ! Descends vite ! J’en peux plus de t’attendre ! Il faut que je sois avec toi! J’ai besoin, je veux tout de suite, maintenant, aujourd’hui même, me trouver avec toi, dans l’intimité de ta maison. Je veux entrer dans ta vie, afin que je l’emporte avec la mienne ».

Quelle surprise et quelle joie pour Zachée d’entendre enfin quelqu’un l’appeler amicalement par son nom ; de se sentir enfin une personne cherchée, voulue, désirée et aimée, lui, qui jusque-là n’avait connu que le refus, l’hostilité et la haine de la part de tous!  «Vite Zachée descendit de son arbre, - remarque Luc, - et tout joyeux il accueillit Jésus chez lui».

Parce que Jésus s’est donné à lui, en entrant dans sa maison, Zachée aussi entrera dans la sienne. Il fera partie de sa famille. Il adoptera son style de vie. Il épousera sa cause, ses principes et ses valeurs. Comme son Maître, il deviendra un homme libre. Il brisera les chaînes de la cupidité. Il se débarrassera de tout ce qui l’empêchera de vivre en communion d’esprit et de cœur avec son nouvel Ami. Il sait que pour cela il faut qu’il devienne pauvre. Il ne peut pas oublier une phrase de Jésus qui circulait sur la bouche de tous ses disciples et qui n’avait jamais cessé de le tourmenter : « Qu’il est difficile à ceux qui ont de richesses de se sauver ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille, qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu » (Mt 19,23-25 ; Mc. 10, 23-26 ; Lc. 18, 24-26). Transformé par sa rencontre avec le Seigneur et enrichi du don d’un amour qui le transporte, Zachée, qui possède maintenant un trésor autrement plus précieux, ne sait plus qu’en faire de son argent. Alors, finies les tergiversations ! Zachée donnera la moitié de ses biens aux pauvres et il remboursera au quadruple ceux qu’il a fraudé.

C’est ainsi que Zachée, en s’engageant définitivement sur la « voie » tracée par Jésus, connaîtra enfin félicité et plénitude de vie: « Aujourd’hui, - lui annonce Jésus, - le salut est venu pour cette maison ».

Concluons en disant que, par cette narration, Luc a parfaitement réussi à atteindre le but qu’il se proposait. Il voulait d’abord faire comprendre aux chrétiens convertis de son époque que c’est uniquement la rencontre d’une  personne et l’expérience de l’amour que l’on ressent pour elle, la seule raison et la seule force capables de déclencher le processus de conversion (ou de transformation intérieure) par lequel la vie d’un individu est amenée à se fondre dans celle d’un autre, dans un mouvement de confiance et d’abandon total. Cette fusion comporte inévitablement l’abandon d’un monde, d’une mentalité, d’un mode de vie, pour rebâtir sur d’autres rêves et d’autres assises la nouvelle forme de son existence.

Luc voulait ensuite conduire ces chrétiens à réaliser que leur transformation intérieure n’avait été possible que parce que l’amour de Dieu, manifesté en Jésus, était venu à la rencontre de leur aveuglement, de leurs malaises, de leurs insatisfactions, de leurs égarements, en ouvrant leurs yeux, en comblant le vide de leurs cœurs, en les établissant dans la confiance de l’amour, et les conduisant ainsi, à la suite du Maître, sur la nouvelle «voie» qu’il avait tracé .

C’est sans doute à cause la densité de ses contenus, de la complexité de ses thèmes, de la profondeur de ses aperçus et de ses références, accouplés à une extraordinaire simplicité de composition littéraire, que ce conte de Zachée est considéré une des plus belles perles du Nouveau Testament.

BM  

 27 octobre 2016

vendredi 14 octobre 2016

LA FOI DE JÉSUS ET LA FOI DE L’ÉGLISE



(Luc 17,5-10)

            Le concept de «foi » occupe une place privilégiée dans le discours de Jésus de Nazareth. Sa signification est assez complexe, mais sur la bouche du Maître ce terme sert fondamentalement à indiquer toutes ces réactions intérieures qui surviennent au niveau du cœur, lorsqu’on est épris d’une personne qui nous paraît unique et extraordinaire et qui soudainement influence le cours de notre vie. Dans les évangiles le mot «foi» sert donc à décrire avant tout l'émerveillement de l’individu devant la qualité humaine de la personne de Jésus de Nazareth et l’attrait et le ravissement qu’il ressent envers lui. Le mot «foi» signifie aussi la disposition du disciple à avoir une confiance totale dans les contenus innovateurs de la parole de son Maître, ainsi que dans les valeurs qu’elle propose. Finalement la foi indique l’attitude qui pousse le disciple à vivre son existence en conformité avec, le projet, les convictions, les principes et le style de vie du Nazaréen, afin de les incarner dans la société et le monde.

            Nous savons que le rêve de Jésus, consistait à vouloir construire un monde plus humain, dans lequel les relations entre les hommes n’étaient plus régies par les règles du pouvoir, de l’oppression, de l’exploitation et de la violence, mais par les attitudes plus humaines du service, du partage, du respect, de l’égalité, de la fraternité, en en mot, par les forces de l’amour. Or cet Amour, qui pour Jésus constitue la substance ou l’essence de la nature de Dieu, le Nazaréen voulait qu’il devienne le principe inspirateur de toute action et de tout engagement humain dans le monde, afin d’instaurer ce qu’il appelait le «Royaume de Dieu» sur terre. Dans la mise en ouvre et dans la diffusion universelle des forces de l’amour, Jésus voyait le secret d’une progression et d’un perfectionnement toujours plus grandissants de la race humaine. Pour dire cela en langage moderne: pour Jésus la capacité humaine d’aimer est la seule force capable de faire évoluer positivement notre monde vers un accomplissement toujours plus parfait, le pétrissant de la substance de Dieu.

            Cela signifie alors que pour Jésus avoir la foi équivaut à se laisser conduire par les mêmes dynamiques qui sont à l’origine de l’agir de Dieu dans l’Univers et qui, par la foi, se manifestent et agissent dans l’humain comme des «énergies aimables» faites de bonté, de compassion, de bienveillance, de tendresse, de respect, de soin, de partage, et d’amour. Pour Jésus ce sont les personnes qui, comme lui, sont mues par ces attitudes «amoureuses» celles qui ont la foi et qui agissent en véritables enfants de Dieu.

            Voilà pourquoi Jésus dira à propos du centurion romain qui lui a demandé de venir guérir son esclave mourant: «Je n’ai jamais trouvé autant de foi en Israël!». La foi à laquelle Jésus fait allusion, c’est ici l’empressement tendre et affectueux de ce soldat païen qui se préoccupe de la santé de celui qui n’était que son esclave, mais qu’il aimait comme s‘il était son enfant.

            Voilà aussi pourquoi chaque fois que Jésus, dans un geste de compassion et de tendresse, se penche sur l’infirmité, la souffrance et la détresse humaines, il demande toujours et d’abord à ses bénéficiaires d’«avoir la foi», c’est-à dire, d’intérioriser son geste de pitié et de bonté pour en faire autant.

            Voilà pourquoi dans ce texte de l’évangile de Luc (17,5-10) les disciples demandent à Jésus d’augmenter leur foi. En regardant agir leur Maître, ils se rendent compte, d’une part, combien ils sont encore loin d’adhérer à son message et, de l’autre, combien ils sont encore loin d’intérioriser ses sentiments et de vivre son style de vie, totalement donné au service amoureux de Dieu et des frères humains.

            Et Jésus de leur dire que s’ils étaient juste un peu plus réceptifs à son enseignement; s’ils avaient juste un peu plus d’amour, s’ils étaient juste un peu moins centrés sur eux même et un peu plus ouverts et attentifs aux autres, ils pourraient faire bouger des montagnes, accomplir des merveilles autour d’eux. Car un peu plus d’amour dans le cœur de chaque personne peut faire toute la différence entre un monde vivable et un monde invivable. Un peu plus d’amour dans le cœur de chacun peut constituer une force immense de transformation et de renouveau capable de balayer une grande partie des malheurs et des injustices de la face de terre. Juste une petite graine de plus de cette «foi», annonce Jésus - et les disciples auraient à leur disposition la force de Dieu qui change le monde.

            Malheureusement, il faut admettre que l’enseignement religieux que nous avons reçu à l'église au cours de notre éducation chrétienne (catéchisme, prédication...) nous a inculqué une toute autre notion de la «foi». Si pour Jésus la foi consistait dans les gestes désintéressés de l’amour qui se déploie sans réserve au service des autres (surtout s‘ils sont faibles, pauvres et vulnérables); si dans les Évangiles la foi était synonyme de choix, de liberté, de courage, d’engagement, de volonté de calquer sa propre vie sur celle du Maître; si pour Jésus la foi était surtout une question de cœur et de passion,... pour l’enseignement catholique, la foi est devenue un aride exercice intellectuel qui doit amener le croyant à accepter, sans discuter et sans douter, toute une série d’affirmations doctrinales et dogmatiques que le magistère officiel déclare inspirées par Dieu et par conséquent nécessaires et obligatoires au salut.

            De toute évidence, cette foi que j’appellerai «ecclésiale», est loin d’être une foi qui transforme la vie de la personne et qui améliore la qualité du monde, grâce à la mise en ouvre des valeurs que Jésus nous a laissées. Cette foi ecclésiale est constituée d’un système de formules abstraites, comparable à un «mot de passe» que le chrétien doit mémoriser et garder toujours à l’esprit pour pouvoir entrer dans le programme catholique où il aura accès à tout ce dont il aura besoin pour bâtir sa «justice» et sa sainteté et pour se sentir en paix avec sa conscience, avec son Église et avec son Dieu.

            Ce genre de foi est donc essentiellement un phénomène cérébral qui peut exister dans l’esprit d’une personne sans affecter moindrement ni son cœur, ni son comportement quotidien, ni la situation du monde extérieur autour de lui. C’est une foi qui sert uniquement de décoration et de signe d’identification d’un membre au sein d’un système religieux dans lequel le seul avantage que le membre en retire est la bonne conscience d’appartenir à une communauté d’élus, dans laquelle il trouve tous les moyens de son salut et la garantie d’avoir accès à la plénitude et à la «splendeur» de la vérité (Pape Jean-Paul II).

            Selon cette foi ecclésiale, ce qui sauve le chrétien ce n'est pas son adhésion à l’enseignement de Jésus, mais son adhésion à l’enseignement de l’Église. D'après cette foi, même si le monde est ravagé par la cupidité humaine; même si les relations entre les peuples et les nations sombrent dans le chaos de l’injustice, de l’intolérance, de la haine et de la violence, cette foi ecclésiale permet aux chrétiens de rester les bras croisés et de vaquer tranquillement à leurs petites affaires, pourvu qu’ils soient des croyants soumis à l’autorité du pape et qu’ils gardent inébranlable leur foi dans les dogmes du péché originel, de la Sainte Trinité, de l’Incarnation de Dieu, de l'immaculée virginité de Marie et de son assomption corporelle au ciel, de la transsubstantiation et de l’infaillibilité du Pape...

                   Lorsqu’on regarde la foi que l’Église exige de ses fidèles, on se rend compte que cette foi, étant une attitude exclusivement intellectuelle, est aussi un phénomène totalement stérile, entraînant même souvent des conséquences néfastes. En effet, cette foi peut exister sans avoir aucun impact sur les options fondamentales de la personne, sur son comportement et sur la situation du monde. Par exemple, l’adhésion indiscutable de Charles Magne à tous les articles de foi formulés dans le Credo de Nicée-Constantinople ne l’a pas retenu, au nom de cette même foi, de faire tranquillement décapiter, en l’année 782 à Verden, quatre mille cinq cent Saxons en une seule journée.
Semblablement, la foi du pape Alexandre II dans les affirmations dogmatiques de ce même Credo ne l’a pas empêché, en 1063, d’écrire à l’archevêque de Narbonne que ce n’était pas un péché que de verser le sang des infidèles ou de prendre part à une guerre utile aux intérêts de l’Église et que de telles actions étaient même louables et méritoires comme l’aumône et le pèlerinage.

            Je pense que les chrétiens modernes doivent relativiser beaucoup la nécessité d’adhérer à cette foi «ecclésiale» exigée par les autorités relieuses et dont le condensé indigeste continue à être proposé dans les différentes formulations du «Credo» proclamé à chaque eucharistie dominicale.
Je pense que de nos jours les chrétiens doivent plutôt se laisser conduire par la réaction amoureuse et émerveillée que la rencontre avec la personne et la parole de Jésus de Nazareth a suscité dans leur cœur. Cela fera d’eux des chrétiens plus vrais, plus libres, plus indépendants, plus critiques, plus adultes et, certainement, plus engagés à faire passer l’esprit d’amour du Maître de Nazareth dans le concret de leur vie et dans le monde dans lequel ils opèrent.

          Le texte de Luc qui est proposé ici à notre considération nous interpelle sérieusement sur la nature et la qualité de notre foi.
Je pense qu’il est facile de comprendre qu’en tant que disciples de Jésus, nous devons nous laisser modeler par ses valeurs et avoir foi en la possibilité de nous changer et de changer le monde en vertu des forces de l’amour. Car une foi qui ne rend pas plus humains les croyants et qui ne transforme pas le monde est une foi complètement inutile.

            Je pense que, fondamentalement, la foi est le produit de deux amours qui se cherchaient et qui, en se rencontrant, éclatent en mille feux pour embraser et bouleverser, changer la vie des amants à tout jamais. Lorsque, dans l‘amour, on peut dire d’une personne qu’elle a toute notre confiance ou que notre foi en elle est totale, cela signifie que cette personne est devenue vraiment importante pour nous. Cela signifie qu’elle occupe un grande place dans notre cœur; qu’elle fait partie désormais de notre vie et qu’elle la marque à tout jamais par la fascination qui se dégage de sa seule présence.

            Le Maître de Nazareth à exercé ce genre d’attraction sur les personnes qui l'ont fréquenté. J’aime penser que c’est sans doute à cause de cela que la foi et la confiance que ses disciples avaient en lui les a radicalement transformés en des individus nouveaux, capables de déplacer des montagnes.

Quant à nous, les nouveaux disciples du XXIe siècle, qu’en est-il de notre foi ?



BM


CES ATHÉES IMBIBÉS DE FOI …



(Luc 17,5-10)


            Nous vivons dans un monde sécularisé, laïc, technologique, scientifique, athée. L’hypothèse « Dieu » n’est plus nécessaire pour expliquer l’existence de la réalité, car les sciences ont trouvé presque toutes les réponses à nos questionnements sur les phénomènes qui nous entourent. Autrefois la religion était nécessaire à l’explication de la réalité … plus maintenant! Dieu était le « Deus ex machina » auquel on avait recours et que l’on faisait intervenir pour expliquer les innombrables « mystères » qui nous entouraient. La religion (avec ses théories et ses doctrines) et donc la foi en Dieu permettait à l’intelligence humaine de trouver une certaine satisfaction, un certain apaisement, parce qu’en elle l’homme trouvait une explication aux phénomènes naturels et une réponse autant à sa quête existentielle qu’à sa quête intellectuelle.

            Dans notre monde moderne, par contre, la foi en Dieu n’est plus nécessaire pour expliquer la réalité. Si autrefois il était difficile de vivre sans une foi, aujourd’hui il est difficile de vivre avec une foi qui apparemment ne sert plus à grand-chose. D’où la crise de la foi qu’expérimente notre société occidentale. La foi est devenue superflue. La foi semble le vestige d’un monde passé. Ceux et celles qui ont encore la foi sont regardés comme des individus « bizarres », dépassés, du Moyen-âge, d’un autre monde, qui ne sont plus « dans le coup ». Les contenus de la foi religieuse en général et de la foi chrétienne en particulier, sont considérés comme dérisoires et insignifiants. Les athées éclairés de nos temps modernes les assimilent volontiers, avec une ironie moqueuse,  à des contes, à des mythes, à des révélations venant d’un au-delà inexistant, à des histoires farfelues et rocambolesque inventées à une époque où l’humanité vivait à l’enfance de son évolution, dans une totale obscurité intellectuelle, sous l’emprise de l’ignorance, de la peur et de la superstition.

            Nos incroyants modernes, eux, sont, les fils des Lumières; ils appartiennent à la génération du Big-Bang, de l‘Internet, de l’informatique, des satellites artificiels, de la Station spatiale, des voyages interplanétaires, des quarks, du boson de Higgs, de la particule de Dieu, de l’équation magique qui fournira sous peu, en une seule formule mathématique, l’explication du tout… Eux, sont les gens qui savent où ils s’en vont et ils pensent n’avoir plus besoin de la béquille de la foi…

            Mais en est-il vraiment ainsi? Pouvons-nous vraiment vivre sans une foi? Croire en quelque chose qui nous vient d’ailleurs, à une réalité qui nous dépasse, est-ce vraiment signe d’obscurantisme et de stupidité? Mettre notre confiance et notre bonheur en un Être que nous croyons plus grand que nous et dans lequel nous pensons trouver l’accomplissement de nos aspirations et de nos désirs les plus profonds, est-ce vraiment signe de naïveté ? Ceux qui se proclament athées, ceux qui disent ne pas avoir besoin de croire en Dieu, sont-ils vraiment sans foi? Pas vraiment! Parce que nous, les humains, nous sommes ainsi faits que nous ne pouvons vivre sans une foi, sans croire en quelque chose. Si nous ne croyons pas au Dieu d’une religion, nous nous fabriquons nos propres dieux, nos propres rites et nos propres religions.


            Nous croyons en la capacité de l‘argent de nous rendre heureux. C’est une foi! Nous avons foi en l’honnêteté fondamentale de nos institutions démocratiques et de notre système de gouvernement. Nous avons foi et nous faisons confiance aux compétences de nos médecins et de notre système de santé…Nous avons foi en les personnes que nous aimons, nous faisons confiance aux gens qui nous entourent, car sans cette foi et cette confiance, la vie nous serait impossible.

            Et ceux qui ont écarté comme révolue et anachronique la foi au Dieu de la religion et de la révélation, sont-ils vraiment capable de vivre sans un dieu dans le concret de leur existence? Ils disent ne pas croire en Dieu, mais par contre ils se fabriquent leurs propres idoles, ils se décorent d’amulettes auxquelles ils rendre un culte fervent, passionné et fidèle. Ils ne peuvent pas vivre sans leur télévision, sans leur I Phone, leur Blackberry, leur ordinateur, leur console de jeux vidéo, leur bière; ils rendent un culte inconditionnel à leur ligue de football, de soccer, de hockey; ils deviennent hystériques dans un match de hockeys; au cours d’un spectacle d’un chanteur pop; ils sont obsédés par le culte du corps, de la minceur, de la beauté, de la séduction…. Ils sont superstitieux; ils croient à l’influence des astres, à la bonne ou à la mauvaise étoile, au destin; ils consultent leur horoscope; ils vont voir les cartomanciennes et les voyantes; ils tirent aux Tarots; ils sont fascinés par les médiums qui communiquent avec les morts; ils croient dur comme fer au pouvoir bénéfique et salutaire des pierres ou des parfums; il croient au pouvoir libérateur et pacifiant de la méditation transcendantale, dans le yoga et le bouddhisme; ils trouvent stupide de prier Dieu, mais ils s’adonnent à la récitation de mantras pour obtenir l’éveil de l’âme consciente; ils se fient au future dévoilé par les lignes de la main…

            Ils considèrent ridicules les rites et les gestes des religions, mais par contre, dans leur vie ordinaire, ces soi-disant incroyants éclairés s’entourent de toutes sortes de manies et de comportements. Tout cela ne constitue-t-il pas une forme de religion, avec son culte, ses rites et ses dieux?

            La demande que, dans l’évangile d’aujourd’hui, les disciples adressent à Jésus est donc, pour nous d’une pertinence et d’une actualité extraordinaire. «Aide nous à augmenter notre foi! » signifie : «Aide-nous à ne pas nous limiter et à ne pas nous renfermer dans les croyances et les idoles que nous nous formons et nous construisons continuellement dans nos vies….. Aide-nous à dépasser cela! Amplifie, rehausse la tendance que nous avons à croire à n’importe qui et en n’importe quoi, afin que nous devenions capables de donner de la valeur et de faire confiance, nous aussi, aux forces de salut dans lesquelles tu crois et auxquelles, nous aussi, tes disciples, nous voulons abandonner notre vie.

            La foi chrétienne sera et restera toujours en acte de confiance et d’abandon, outre le résultat d’une grâce et d’une rencontre personnelle avec Jésus de Nazareth. Elle est toujours la conséquence d’une amitié, d’un émerveillement, d’un attachement, d’un Amour que nous avons délibérément et volontairement choisi comme notre modèle, notre guide, notre maître, et, pourquoi pas, comme notre seigneur et dans les mains duquel nous avons abandonné, en toute confiance, l’orientation et la réussite finale de notre existence.


MB

lundi 26 septembre 2016

L'ARGENT QUI NOUS PERD... ET L'ARGENT QUI NOUS SAUVE...


(Luc 16,1-13) 

Nous vivons dans une société qui a été forgée par le libéralisme économique et qui vit et opère selon le principe d’un système capitaliste des plus sauvages. Dans ce système le capital, le profit, l’argent, l’accumulation privée des richesses, la croissance économique sont devenues les valeurs de base, pour ne pas dire les seules valeurs, qui dirigent les politiques de nos gouvernants et l’action des citoyens en général. La hantise du profit et de l’argent est désormais la frontière qui divise le monde en deux parties: ceux qui en ont trop et ce qui n'en ont pas assez, riches et pauvres, exploiteurs et exploités. L’obsession et l'angoisse de l’argent est la maladie ou plutôt le cancer qui ronge de l’intérieur la santé de notre planète, qui met en danger la survie de notre humanité et qui, certainement, empêche que notre monde soit une seule et grande famille où tous peuvent s’asseoir à la table d’une vie décente et honorable.
Voilà alors un texte plutôt déroutant que cette parabole de Jésus où un patron d’entreprise fait l’éloge de la malhonnêteté de son gérant. Ce n’est pas la mauvaise gestion de cet intendant qui est en cause dans la parabole. Ce qui est mis en lumière c’est l’habileté du gérant à assurer son futur et à «se faire des amis» avec l'argent qu'il administre. Et Jésus de remarquer que les gens du monde semblent plus ingénieux pour assurer leur sécurité et leur bien être matériel que les disciples pour assurer la qualité humaine et spirituelle de leur existence. Les «fils du monde » sont souvent plus habiles que « les fils de la lumière».
De nos jours les exemples de cette habilité à faire de l’argent par tous les moyens ne manquent pas. Ce sont les énergies et les politiques mises en œuvre pour se procurer pouvoir et richesse en exploitant d’une façon insensée et irresponsable les ressources naturelles de la planète, en détruisant les écosystèmes nécessaires au développement et à la conservation de la vie; en polluant les éléments indispensables à notre existence (air, eau, sol, forêts, etc.). Ce sont les milliards engloutis dans la drogue, la vente d’armes et dont l’argent sale est blanchi dans les banques des pays riches et des abris fiscaux. Ce sont les millions de dollars de l'aide internationale aux pays pauvres d'Afrique détournés au profit de dirigeants et de présidents véreux. Même ici au Québec, il suffit de penser aux cas de discrimination, d'intimidation, de collusion, de corruption et aux liens avec le crime organisé au sein de l'industrie de la construction qui, dans première décennie du XXIe siècle, ont abouti à la commission d’enquête dite «Charbonneau» ...
Et au niveau individuel que d’énergies et de sommes dépensées dans les jeux de hasard : loto, cartes diverses à gratter, sans parler des jeux stupides à la télé ou autres ! Que d’énergies et d’astuces mises en œuvre pour éviter de payer ses impôts ! La fraude fiscale annuelle, au Canada, atteint des centaines de millions de dollars qui sont soustraits à l'administration publique qui en a besoin pour construire et financer écoles, hôpitaux, et autres infrastructures nécessaire au bien-être des citoyens etc. Que d’énergies, de temps et d’argent employés à se procurer toutes sortes de gadgets et d'articles de luxe inutiles, dans le seul but d'être à la mode, de flatter sa vanité, de paraître, d'épater et de se sentir supérieurs!
Pour Jésus les «amis» que l'argent doit acheter sont les petits, les pauvres qui ont faim et soif, les exclus, les laissés pour compte, les exploités, les persécutés… ce sont eux qui sont «bienheureux » et donc les vrais riches, car ils possèdent toutes les conditions (de liberté, d’ouverture et de disponibilité) pour entrer dans son Royaume. Ce sont eux qui seront les premiers dans le Royaume et «qui nous recevront dans les demeures éternelles». Jésus enseigne que les riches se sauveront seulement s’ils deviennent les amis des pauvres, c'est-à-dire, si une solidarité profonde et un juste partage est établi et mis en œuvre. Mais si les riches se renferment aveuglement dans leur richesse et ne voient pas les pauvres et ne se préoccupent pas des ceux qui frappent à la porte de leur opulence, ils seront perdus à tout jamais. Sur ce point Jésus est drastique : « Jamais un riche (qui reste tel) entrera dans le Royaume de Dieu. Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu », avertit Jésus.
Jésus n’a rien contre l’argent. Mais il en veut à l’argent «injuste». Et pour lui l’argent est «injuste» pour deux raisons. Premièrement, parce que les grandes richesses personnelles sont rarement le résultat d'actions «justes» et honnêtes, mais presque toujours le produit d’insensibilité humaine, de calculs ignobles et de procédés féroces d’exploitation, d’oppression, de déprédation et de violence inférés autant à la Planète qu'aux plus vulnérables et aux plus démunis de ce monde.
Deuxièmement, pour Jésus l'argent est «injuste» lorsqu'il est accumulé uniquement pour satisfaire la cupidité et la soif de prestige et de pouvoir de celui qui le détient, ainsi que son angoisse de sécurité. L’argent est «injuste» lorsqu'il n’est pas utilisé pour se faire des «amis», c’est-a-dire, lorsqu'il n’est pas dépensé pour redresser des situations aberrantes de pauvreté, d’injustice et d’inégalité, dans un souci de partage, de fraternité et donc d’amour envers les frères humains. Jésus veut nous dire ici que nous devons imiter l’esprit d’initiative et la débrouillardise de l’intendant malhonnête de la parabole, mais non pas pour accumuler toujours plus d’argent pour ceux qui sont déjà repus, mais dans le but de le ramasser pour ceux et celles qui n’ont rien, qui sont dans le besoin et qui en ont besoin pour vivre et souvent pour survivre.
Le Maître de Nazareth invite donc ses disciples à être des «fils de lumière» aussi habiles que les «fils de ce monde». Nous pouvons nous réjouir en pensant que, malgré tout, dans notre monde malade, sont heureusement nombreux ces «fils de lumière» qui luttent contre les ténèbres de l'ignorance, de l'inégalité, de la pauvreté et de la souffrance humaine pour qu’advienne un monde plus lumineux, plus transparent, plus juste et plus humain. Et nous pensons à ces philanthropes comme Melinda Gates, Angelina Jolie et Brad Pitt... et à tous ces organismes et associations humanitaires ou caritatives comme Développement et Paix, Médecins sans Frontière, Oxfam, la Croix Rouge, Amnesty International, Green Peace, la Société de St Vincent de Paul... dont les membres se donnent corps et âme pour qu'advienne un monde meilleur.
 Mais nous aussi, qui sommes et qui nous sentons disciples de Jésus, nous voulons être ces fils de lumière engagés dans la construction d'un monde nouveau. Cependant, dans notre petit quotidien que pouvons-nous faire ? En tant qu'individus, obligés à vivre notre petite vie dans notre petit milieu, nous nous sentons d'une impuissance totale face aux grands problèmes qui affligent l'humanité. Alors on est tenté d'adopter une attitude fataliste et de croiser les bras. Mais en tant que disciples du Nazaréen, nous sentons que nous ne pouvons pas faire cela. Jésus nous dit, en effet, qu' « à celui qui a, il sera donné; mais qu'à celui qui n’a pas, il lui sera retiré même ce qu’il croit avoir» (Lc. 8,17). Ce qui signifie que c'est par le peu que l'on produit de l'abondance; que c'est la multiplication incessante des petites gouttes d'eau qui remplissent l'océan, que c'est par l'accumulation et la multiplication des petits gestes de solidarité et d'amour semés dans le terreau de notre quotidien, que l'on fait germer un monde plus beau.
 Si de grandes choses ou de grandes actions ne sont pas à notre portée, les petits gestes donc le sont; et cela peut faire toute la différence entre un monde humain ou un monde inhumain; entre un monde qui est un enfer de violence et d’égoïsme et un monde qui est un paradis de paix, de fraternité et d'amour. Les petits gestes d'amour que nous pouvons poser à travers le frêle tissu de notre quotidien sont infinis. Quelques suggestions: s’entraider entre voisins d’un déménagement; garder le petit enfant de la voisine qui doit s’absenter; voir si une personne âgée proche de chez nous a besoin d’une visite, d’un peu de compagnie, d’un service; ouverture au bénévolat dans les organismes et les activités communautaires du quartier; une plus grande disponibilité à participer aux initiatives et aux activités de la communauté chrétienne d’appartenance; une plus grande générosité à soutenir économiquement les infrastructures de la paroisse; la prise en charge des familles pauvres ou des immigrés qui ont souvent besoin autant de chaleur humaine, d’amitié, de conseils, d’information, que d’aide matérielle; distribuer plus de gentillesse, de sourires autour de nous; faire attention au bien commun comme s'il nous appartenait; respecter et prendre soin de la nature et du milieu naturel qui nous entoure; nous considérer partie intégrante de ce merveilleux Univers qui nous a façonnés et donc nous sentir responsables de la bonne santé de cette planète de laquelle dépend notre existence...
Le chrétien, disciple de Jésus, grâce à l’influence de son Maître, est quelqu’un qui a su guérir du cancer causé par l’obsession de l’argent. Travaillé et transformé par l’esprit de Jésus, il est devenu un individu qui place ailleurs ses richesses et ses valeurs et qui a accepté de devenir «pauvre», c’est à dire une personne disposée à renoncer à cette forme d’accumulation d’argent qui est source d’injustice et qui rend impossible le partage et la fraternité dans le monde.
A la fin de la parabole, l’argent est qualifié non seulement d’«injuste», c’est-à- dire comme quelque chose qui produit de l’injustice, mais il est aussi décrit comme quelque chose d’«insignifiant», de presque rien, d’«étranger» au disciple, qui est intéressé et absorbé par la conquête d’autres valeurs et d’autres richesses, dont la plus précieuse est la possession de l’Esprit de Jésus qui fait de lui un individu libéré, renouvelé et accompli, car ne vivant pas seulement pour produire égoïstement son propre bonheur, mais pour réaliser le bonheur des autres.

BM


"Fatevi degli amici con il denaro disonesto "



(Lc 16, 1-13)


Questo testo ci riserva una grande sorpresa: Gesù sembra approvare e lodare i truffatori! "il padrone fa l’elogio dell’amministrarore disonesto perchè si era dimostrato abile e furbo ... Ma i suoi ascoltatori capiscono molto bene il senso delle sue parole, dato che Gesù chiama quell’amministratore ''disonesto''. Se Gesù usa qui questo esempio un po 'provocatorio, è per farci riflettere su una cosa molto importante e l'ultima frase ci dice di che cosa si tratta : abbiamo una scelta da fare, ed una scelta urgente, tra Dio e il denaro. "Non potete servire Dio e il denaro ".

Gesù presenta tutta una serie di opposizioni: tra i figli di questo mondo ed i figli della luce, tra un piccolo affare ed un grande affare, tra una disonesta ricchezza ed una ricchezza autentica, fra un bene che è nostro ed un bene estraneo. Tutti questi contrasti hanno un unico scopo : quello di farci scoprire che il danaro è un inganno, una trappola e che consacrare la sua vita unicamente a "far soldi" è sbagliare strada, prendere la direzione sbagliata. È come un atto di idolatria.

 Nella frase "Non potete servire Dio e il denaro", la parola "servire" ha un senso religioso. Vi è un solo Dio, e non dobbiamo fabbricarci altri dei, che non sono che degli idoli, e gli idoli ci rendono schiavi. Dio solo libera. E il denaro può benissimo trasformarsi in un idolo, quando diventa un fine piuttosto che un mezzo. Quando si trasforma nella sola ed unica cosa che ha valore per noi. Quando si è ossessionati dai soldi, non siamo più liberi. Se siamo presi solo da questo pensiero, sono i soldi a possederci e non noi a possedere i soldi. Non siamo più padroni di noi stessi, diventiamo i loro schiavi…! Diffidate di quello che possedete per non esserne posseduti, dice un noto proverbio popolare. La domenica (pressi gli ebrei il sabato) serve appunto tra le altre cose, anche per questo: liberarci dall’affano del guadagnare, dalla preoccupazione del possedere, ritrovare, almeno una volta alla settimana, il piacere della libertà, della gratuità e della generosità, del dare invece che del possedere. ll dare ai bisognosi, il saper condividire con gli altri; il contribuire con il nostro denaro ad una buona causa come può essere per esempio il partecipare alle spese della nostra chiesa, è essere un abile amministratore dei propri beni, perchè con i soldi ci facciamo degli amici sicuri e fidati che intercederanno per noi quando compariremo davanti al Signore.

 Il denaro è ingannevole in due modi: in primo luogo, ci fa credere che ci fornirà la felicità, ma verrà un giorno, in cui dovremo lasciare tutto. Nella parole di Gesù : "Fatti degli amici con la disonesta ricchezza, in modo che il giorno in cui se ne sarà andata ...". La frase "se ne sarà andata" è un allusione alla morte. Gesù vuole farci capire che non vale la pena essere tra i più ricchi del cimitero!

In secondo luogo, il denaro ci inganna quando crediamo che ci appartiene in modo esclusivo. Gesù non ci chiede di disprezzare il denaro, ma di metterlo al servizio del Regno e degli altri. Dei beni che noi possediamo, non ne siamo i proprietari, ma solo gli amministratori. Il sovrappiù non ci appartiene più se gli altri ne hanno bisogno per vievere o per sopravvivere. Questo è il motivo per cui Gesù parla di "proprietà altrui ", perché non ci appartiene. Ed è per questo che Egli fra le condizioni che enumera per seguirlo, include anche la capacità del discepolo di separarsi dai propri averi : "Chiunque di voi non rinuncia a tutte le sue sostanze non può essere mio discepolo" (Lc.14,33). E vero che non tiriamo un gran vantagggio ad essere il più ricco del "cimitero", può essere però una buona cosa per noi essere ricchi, se ne facciamo approfittare gli altri.

Nella frase "essere fedele nella disonesta richezza", la parola "fedele" è molto importante: esere fedele significa aver fede, cioè aver fiducia. Il denaro, i beni materiali ci sono stati affidati, ne siamo gli amministratori, i responsabili e noi dobbiano aver fiducia in Dio, contare su di lui e non esclusivamente sui soldi per la riuscita della nostra esistenza. Quando usiamo i notri soldi per sovvenire ai bisogni di chi a meno di noi, allora li trasformiamo in felicità e benessere per noi e per coloro che ci circondano. Ed in questo modo facciamo anche piacere a Dio il quale si identifica con i miseri ed i poveri.

Nell’amministratore della parabola, non è la sua disonestà che Gesù ammira, ma la perspicacia e destrezza a trovare soluzioni intelligenti per garantire il futuro ed il benessere di tutti... E vero che spesso la brama e l’ansia di far soldi aguzzano il nostro cervello e ci rendeno intraprendenti. Gesù vuole che mettiamo lo stesso ardore per la pace, la giustizia, il bene da fare agli altri…

Il giorno in cui saremo capaci di dedicare alla pace, alla giustizia, al bene comune, alla nostra chiesa altrettanti sforzi e sacrifici che consacriamo a gonfiare il nostro portafoglio, quel giorno sarà l’inizio di un mondo migliore…e di una vera saggezza.



BM