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mardi 16 mai 2017

1.LE DESTIN DE JÉSUS


 JÉSUS DE NAZARETH

Il est impossible d’entreprendre une réflexion sur l’Église sans posséder une certaine connaissance de la vie et de l’activité du Prophète de Nazareth qu’elle affirme représenter sur terre. Pour comprendre mon travail il est donc nécessaire de posséder une certaine connaissance de la personne et de l’œuvre de Jésus de Nazareth. Les livres sur Jésus de Nazareth remplissent des bibliothèques. J’y renvois donc le lecteur. Même si du point de vue historique on ne connaît pratiquement rien de Jésus, on peut cependant deviner l'esprit qui l'animait et l'originalité de ses intuitions, en les déduisant de la foi de ses premiers disciples, telle qu'elle s'est exprimée dans la littérature chrétienne des origines. Parmi les nombreux ouvrages qui traitent de origines du christianisme, je conseille au lecteur une courte étude de Lucette Woungly-Massaga sur Juda Iscariote  qui porte comme titre «Juda, mon ami»  (Ed. du Moulin, 1993). Dans cet ouvrage, l’auteur décrit, d'une façon magistrale, claire et synthétique, le climat politique, culturel et religieux qui régnait en Palestine lorsque Jésus de Nazareth fit son apparition sur la scène publique. La connaissance du contexte politique, culturel et religieux dans lequel le Nazaréen a vécu, est fondamentale pour la compréhension de son œuvre. Dans ce chapitre et le suivant, je traiterai   de certains aspects   de la vie et de  la pensée  de Jésus  qui ont le plus marqué  la réflexion postérieure  de la pensée chrétienne.

JÉSUS EXÉCUTÉ SUR UNE CROIX

La doctrine de l’Église soutient que la mort de Jésus sur la croix accomplit la rédemption de l’humanité. Ce supplice, qui répare les péchés des hommes, leur mérite la grâce et le salut de Dieu. À cause des bénéfices qu’elle a obtenus à l’humanité, la croix est devenue le symbole du christianisme et un objet de culte et de vénération.  Signe de rédemption et de salut, la croix s’est transformée, dans la spiritualité chrétienne, en symbole des sacrifices et des souffrances que les chrétiens doivent non seulement accepter mais aussi rechercher, s’ils veulent avancer sur la voie de la perfection et de la sainteté.


Toutefois, malgré le difficile respect que j’ai pour la théologie de la rédemption par la croix et l’étonnement que j’éprouve pour la naïve générosité et même l’héroïsme de ces innombrables chrétiens qui ont cru se sanctifier à travers la pratique d’une spiritualité austère, je me sens de plus en plus inconfortable devant la perception traditionnelle du rôle et de la fonction de la croix dans le catholicisme. Je suis d’avis qu’il est nécessaire de comprendre autrement la réalité de la croix si on veut qu’elle fasse encore du sens pour les hommes et les femmes du troisième millénaire.

La mort de Jésus sur la croix est le seul fait de sa vie qui soit historiquement certain. La raison principale de l’exécution de Jésus doit être cherchée dans la charge déstabilisatrice et révolutionnaire de sa prédication. On pourra partager ou non le contenu de son message ; on pourra être ou ne pas être d’accord avec ce que cet homme a dit et fait ; une chose toutefois me paraît certaine: en tant qu’être humain je ne pourrai jamais accepter que le désaccord s’exprime à travers la violence et la cruauté. Je ne pourrai jamais ratifier la haine et les raisons du pouvoir qui aboutissent à la destruction de la vie.  Je ne pourrai jamais approuver le fait que des humains puissent être anéantis par d’autres humains.  La croix sur laquelle Jésus a été supplicié est et reste donc, pour moi, un affreux instrument de torture. Elle est et elle reste pour moi le signe incontestable de la barbarie, de la haine et de la méchanceté humaine. Je suis absolument incapable de considérer comme un signe d’humanité et d’amour aucun engin construit pour tuer, que ce soit la croix, le bûcher, la guillotine, la chaise électrique ou l’arsenal sophistiqué et monstrueux des armes modernes.  Par quelle perverse tournure d’esprit, la spiritualité et la théologie catholique ont-elles pu arriver à faire de la croix le symbole de l’amour de Dieu pour les hommes, voilà quelque chose que j’aurai toujours du mal à comprendre.


Et pourtant le vendredi saint la liturgie catholique propose à ses fidèles le rite de la ”vénération” de la croix. À part le malaise que je ressens à utiliser le mot “vénération” pour un instrument de torture, ce rite m’a toujours paru non seulement religieusement incongru, mais humainement insupportable. Quelle société ou quel organisme pourrait avoir l’idée de proposer à leurs membres la vénération et le culte de l’engin qui a servi à faire souffrir et à faire périr leur maître, leur leader ou leur fondateur ?  Comment jugerait-on l’état mental d’un dévot de Sainte Jeanne d’Arc qui aurait l’idée de vénérer le bûcher sur lequel elle a été brûlée ? Cette triste cérémonie du vendredi saint a ses racines idéologiques dans la conviction que, par volonté divine, nous ne sommes sauvés que par la souffrance, que seulement la douleur est capable de réparer le péché dont nous sommes pétris et qui est la cause de tous nos malheurs.

J’ai la ferme conviction que la mort est toujours un drame et une catastrophe dans la vie d’un être humain. Elle ne peut jamais être ni aimée, ni voulue. Un homme qui chercherait volontairement à mourir ne serait pas dans son état normal. Je pense qu’il n’est donc pas exact d’affirmer que Jésus a voulu mourir sur la croix ; et que c’est une affirmation théologique tout à fait arbitraire celle qui cherche à attribuer à Jésus la volonté et même le désir de mourir pour accomplir le dessein de Dieu. Les textes bibliques (surtout l’Évangile de Jean) sur lesquels cette assertion se base, sont déjà le fruit et l’expression d’une interprétation théologique et de la divinisation de la figure de Jésus. Ainsi le Catéchisme de l’Église Catholique veut faire croire que “ce désir d’épouser le dessein d’amour rédempteur de son Père anime toute la vie de Jésus car sa passion rédemptrice est la raison d’être de son Incarnation10. Je pense qu’il est plus vraisemblable de supposer que Jésus, comme tout être humain normal, n’a jamais ni voulu, ni cherché, ni désiré sa mort ; et qu’il en a eu peur comme tout le monde. La mort de Jésus est le fruit de son courage et de sa force intérieure. Elle est, certes, l’aboutissement logique d’une attitude de cohérence et de fidélité à des convictions qui ont conduit le prophète de Nazareth à ne pas se dérober à une conclusion fatale de sa vie. Mais cette mort n’est certainement pas le résultat d’une attitude masochiste qui aurait poussé le Maître à désirer la souffrance pour plaire à Dieu ou pour sauver le monde. 

UNE MORT QUI SAUVE ?

Une certaine théologie catholique semble vouloir “fétichiser” la mort en croix de Jésus. Pour cette théologie nous sommes sauvés par le drame de sa mort et non pas par les événements qui ont tissé la trame de sa vie. Ceux-ci ne semblent avoir aucune valeur, puisque toute la puissance qui sauve jaillit exclusivement de sa mort. La vie de Jésus ne compte pas. Ce qui compte c’est sa mort! À la limite, Jésus aurait pu aussi bien passer tout son temps assis sur le perron de sa maison de Nazareth, le seul fait de mourir sur une croix aurait suffit à sauver l’humanité. Je suis plutôt d’avis que la valeur d’une existence d’homme est davantage donnée par la qualité de sa vie que par la qualité de sa mort. Une mort, surtout si elle est violente, peut être la conséquence d’une vie héroïque qu’elle peut même couronner avec le diadème du martyre ; mais elle n’ajoute à cette vie aucun contenu nouveau.  Martin Luther King restera toujours une grande figure dans l’histoire de l’humanité, non pas tant parce qu’il est mort assassiné, mais parce qu’il a vécu pour défendre la liberté, la valeur inaliénable de la personne et pour lutter contre l’injustice du racisme et de la ségrégation.
On peut en dire autant de Jésus de Nazareth. L’amour et l’admiration que nous ressentons pour lui nous viennent de ce que Jésus a dit et fait pendant les jours de sa vie. Jésus est pour nous un principe de vie, de transformation, de libération et de salut à cause de sa vie et non pas à cause de sa mort. C’est sa vie qui est féconde.  Sa mort est complètement stérile. Elle ne nous apporte rien. Au contraire, elle nous a enlevé à tout jamais, et d’une façon cruelle et prématurée, un Maître de tendresse que nous aurions tellement voulu garder le plus longtemps possible parmi nous. Cette mort a ravi à l’humanité une de ses plus admirables expressions et une de ses meilleures réalisations. Pour moi, une chose est absolument certaine : nous sommes sauvés par la vie de Jésus de Nazareth et non pas par sa mort.

UNE MORT VOULUE PAR DIEU ?

La grande majorité des États modernes a aboli aujourd’hui la peine de mort. On assiste, un peu partout dans le monde, à des mouvements pour l’abolition de la torture et de la peine de mort. Ces mouvements veulent sensibiliser nos sociétés sur le caractère barbare et profondément inhumain de ces châtiments. Comme il n’est plus possible aujourd’hui, à cause de la puissance destructrice redoutable des armes modernes, d’envisager une guerre qui soit “juste”, de la même façon, on éprouve de plus en plus de difficultés à justifier le recours à la peine capitale pour décourager ou endiguer la criminalité.  La valorisation de la personne et les meilleures connaissances que nous avons acquises dans le domaine de la psychologie et des sciences humaines nous poussent à admettre que l’erreur ou le délit ne constituent jamais des raisons suffisantes pour enlever au coupable le droit à une autre chance dans la vie ou le droit à la vie tout court. Pour la mentalité moderne le fait de vouloir la mort de quelqu’un, même si cela sert à rétablir un certain semblant de justice, suppose toujours une attitude qui est indigne d’un être humain. Et cela non seulement à cause de la valeur unique de la personne confirmée par le commandement divin du “Tu ne tueras pas”, mais aussi à cause du principe éthique que “la fin ne justifie jamais les moyens”.

Or, j’ai l’impression que la doctrine catholique de la Rédemption ne semble pas respecter ni ce commandement de Dieu ni ce principe moral. Selon cette théologie, la mort de Jésus est l’instrument du salut et elle a été voulue et programmée par Dieu de toute éternité. Jésus l’a assumée en esprit d’obéissance et d’amour. D’après la pensée catholique, cette mort est nécessaire à la rédemption. Selon cette même pensée, les comportements que la sensibilité moderne rejette, sont attribués à Dieu lui-même.  Le Dieu qui a dicté à Moise le commandement du “Tu ne tueras pas”, est celui-là qui a organisé et réalisé l’exécution, non pas d’un être humain quelconque, mais de son propre Fils. Dieu a pris la décision de faire périr son Fils non pas pour des raisons objectivement graves, mais pour des raisons, si je peux m’exprimer ainsi, strictement personnelles. Il fallait à Dieu du sang pour se calmer et pardonner. Pour acquitter la dette du péché, Dieu s’est payé lui-même, en versant le prix du sang de son Fils. Pour réparer les dégâts causés par la méchanceté humaine, Dieu est devenu méchant lui-même. Pour calmer son agressivité, Dieu a tué.  Mais en agissant de la sorte, Dieu ne semble-t-il pas sanctionner la violence et faire du meurtre et de la peine capitale des moyens légitimes de réparation et de rachat ? 11

De cette mise en scène catholique sur la valeur et les conséquences de la mort de Jésus, je tire au moins trois conclusions. Premièrement, elle ne représente pas le scénario le plus apte à inspirer et à stimuler la lutte contre ces formes de violence et de cruauté que sont la guerre, la torture et la peine capitale. Deuxièmement, ce scénario discrédite l’image de Dieu, ridiculise les contenus du dogme catholique et encourage l’athéisme : car personne, en possession de ses esprits, serait capable de croire en des pareilles idioties et de donner son amour à un Dieu aussi sanguinaire.  Finalement, cette conception banalise la vie de Jésus, qui est réduite à n’être qu’un simple prélude au seul événement vraiment important : sa mort sur la croix.

UNE CROIX GLORIEUSE ?

Puisque la croix nous a restitué la bienveillance de Dieu et nous a libéré du péché, elle est devenue- dans la tradition et dans la dévotion chrétienne - la grande bienfaitrice de l’humanité et donc l’objet de la gratitude, de la vénération et de l’amour des croyants. Cet instrument de torture s’est transformé en don de Dieu, en signe de son amour ; en symbole de victoire, de puissance et de salut. C’est au nom de la croix et marquées par ce signe que les armées de Constantin ont massacré celles de Maxence (312): que Charlemagne a écrasé et exterminé les Saxons (782); que les Croisés ont tué et pillé (1099)12: que les colonisateurs chrétiens d’Europe ont anéanti les indiens des Amériques. Ce gibet qui servait autrefois à éliminer les plus misérables et les plus impuissants (esclaves et bandits) est devenu le signe sous lequel et par lequel les plus faibles continuent à être martyrisés et les plus naïfs à souffrir, convaincus de rendre ainsi gloire à Dieu.

En réfléchissant sur la dévotion chrétienne de la croix, j’ai découvert, avec étonnement, que cette dévotion est en fait inspirée par un égoïsme déconcertant. J’ai l’impression que la vénération de la croix est fondée sur la persuasion chrétienne que grâce à elle d’immenses avantages spirituels sont arrivés à l’humanité. C’est cela qui compte et qui est important ! Tant pis si Jésus de Nazareth y a été écartelé jusqu’à en mourir !  Soyons donc reconnaissants pour cette croix ! Il est facile de constater ici que, dans la dévotion chrétienne à la croix, ne s’exprime pas tellement l’amour du chrétien envers Jésus, mais bien plutôt l’amour du chrétien envers lui-même.  Ainsi cette croix ne m’apparaît pas seulement comme un affreux symbole de la cruauté des hommes, mais aussi comme un signe inquiétant de leur égoïsme.

 Enfin l’exaltation de la croix, en divinisant la souffrance, l’obéissance et la soumission, sert aussi, à mon avis, à justifier et à fonder le pouvoir. Comment en effet les fidèles oseraient-ils se révolter contre le pouvoir établi ou désobéir aux injonctions d’une autorité religieuse voulue par Dieu, si Jésus, pour obéir à ce Dieu, a été capable d’aller jusqu’à la mort et d’endurer le supplice de la croix?

JÉSUS "RESSUSCITÉ" TOUJOURS VIVANT

Ce Jésus, embarrassant et révolutionnaire, que les autorités politiques et religieuses de son temps ont éliminé en l'exécutant sur une croix, ses disciples soutiennent qu'il est toujours vivant, car Dieu l’a "réveillé" d’entre les morts. Il n’existe pas dans les écrits du Nouveau Testament de terme réservé à l’idée de résurrection. Pour exprimer ce concept, les textes du N.T. utilisent   principalement de deux verbes qui ont un sens plus courant et plus étendu que le terme même de “résurrection». Le premier  verbe plus fréquemment utilisé est “egeiro” 13 qui signifie se réveiller, sortir d’un état de sommeil . Ce verbe, dans sa forme passive14 est presque exclusivement appliqué à Jésus, pour exprimer son passage de la mort à la vie. Jésus est vivant, car “il a été réveillé” par Dieu.15 L’autre verbe est “anistemi”16  qui signifie se relever, se mettre debout, se dresser  après avoir été dans une position couchée, allongée ou assise. Ce verbe est à l’origine du mot “anastasis” 17  par lequel les textes du N.T. semblent vouloir indiquer la foi en la doctrine du “relèvement” ou de la “résurrection  des morts”, telle que professée par les courants apocalyptiques au temps de Jésus 18.
             Les plus anciens témoignages de la foi chrétienne en la “résurrection” de Jésus datent de vingt ans après sa mort, et ils se trouvent dans les Lettres de Paul (surtout aux Thessaloniciens et aux Corinthiens écrites entre les années 50 et 52) et dans certains textes des Actes des Apôtres.19 Ces textes, cependant, ne sont pas une description de la résurrection, mais ils constituent  des affirmations de foi en la puissance de Dieu qui a “réveillé” et “remis sur pied” son Christ, en l’arrachant au monde des  morts 20. La foi en la “résurrection de Jésus” est donc étroitement liée à la doctrine apocalyptique de la “résurrection des morts” dont elle est une conséquence.


Nous savons que les pharisiens du temps de Jésus croyaient en la résurrection des morts. Paul de Tarse était un pharisien converti. Pour Paul la foi en la résurrection de Jésus est une conséquence de la foi en la résurrection des morts. D’après cet apôtre, ce n’est pas parce que le Christ est ressuscité que les morts ressuscitent ; mais c’est parce que les morts ressuscitent que le Christ est ressuscité. Paul fait de la foi en la “résurrection” la condition indispensable pour admettre la “résurrection” de Jésus et celle de tous les humains. Il affirme en effet que s’il n’y a pas de “relèvement” (anastasis ) des morts, le Christ non plus n’a pas été réveillé du sommeil de la mort. Et si le “relèvement” (la résurrection) des morts ne s’est pas réalisé en Christ, il ne s’appliquera pas aux humains non plus. La foi en Dieu qui réveille les morts est alors une chimère et ceux qui la professent sont des faux témoins et des malheureux, puisqu’ils ont fondé leur vie sur une illusion.

Pour comprendre les récits évangéliques de la “résurrection ”de Jésus, imprégnés d’images et de symboles, il faut se souvenir que la pensée juive ne connaissait pas la division dualiste entre corps et âme, typique de la philosophie grecque.  Pour le juif, l’être humain est un tout. Son corps est une partie essentielle de sa personne. L’individu ne peut pas exister sans son corps. Il s’ensuit que la foi en la résurrection des morts implique nécessairement la foi en une recomposition, en une réanimation et en une reprise du corps. C’est cette croyance qui est exprimée dans les lettres de Paul et dans les images très réalistes des récits des apparitions du “Réveillé” que nous trouvons dans les Évangiles. Les Évangiles, de leur côté, ne décrivent pas le ”fait” de la résurrection. Ils racontent plutôt des expériences intérieures de certains disciples qui, étant particulièrement proches de Jésus, l'ont vu et l’ont expérimenté comme toujours agissant.  Les Évangiles disent comment Jésus, après sa mort "a été vu" par quelques-uns de ses disciples, comment il s’est manifesté dans leur existence comme encore vivant  21 .


Je suis conscient que la “résurrection” de Jésus est un élément essentiel de la foi chrétienne.  Il existe cependant une conception physique ou matérielle de la résurrection à laquelle je ne peux plus adhérer. Parce que la résurrection de Jésus est considérée par la doctrine catholique comme une donnée fondamentale de la foi, est-il nécessaire de la transformer pour autant en une notion insupportable pour l’intelligence et la raison ? Parce qu’on tient absolument à affirmer la réalité de la résurrection, faut-il pour autant la réduire à un événement historique qui aurait pu faire la une des journaux de l’époque ? Parce qu’on ne peut pas être chrétien sans croire que Jésus est ressuscité, ne faudrait-il pas essayer de repenser et de présenter autrement cette donnée chrétienne, afin que les croyants d’aujourd’hui ne soient pas acculés au terrible dilemme d’accepter l’absurde ou de renoncer à leur foi ?  Ne faudrait-t-il pas chercher à comprendre différemment ce phénomène de foi, en le situant davantage dans le monde de l’intériorité, de l’expérience personnelle, de la réalité spirituelle, plutôt que dans celui de la réalité physique et matérielle ?


Après m’être longuement questionné sur la façon traditionnelle de concevoir la résurrection de Jésus de Nazareth, je suis enfin parvenu à me faire une idée personnelle qui me satisfait et qui a permis de préserver ma foi sur ce point crucial du dogme chrétien, mais en l’interprétant d’une façon différente. C’est donc ma conception de la résurrection que je partage ici avec le lecteur.
 Pour faire comprendre ce qui, d’après moi, s'est passé dans la communauté des disciples après la mort de Jésus, je me servirai d’une comparaison. Est-ce que Wolfgang Amadeus Mozart est vraiment mort ?  Peut-on, en toute vérité, dire de Mozart qu'il n'existe plus ?  Je ne serais pas prêt à l’affirmer. En réalité, ce qui reste de lui, c’est le meilleur de lui. Ce que Mozart nous a laissé de lui, c’est ce qu'il y a de meilleur en lui. Ce qu’il nous a transmis et ce que nous possédons maintenant de lui, suffit à faire tressaillir le cœur des humains jusqu'à la fin des siècles. Le meilleur Mozart, le vrai Mozart, n'est donc pas celui qui est descendu dans la tombe, mais celui qui est arrivé jusqu'à nous. La terre a son corps, mais nous, nous avons sa musique et donc les   manifestations les plus sublimes de son esprit. Le meilleur de Mozart, c'est donc nous qui le possédons ! Pour tous ceux qui aiment sa musique, Mozart est loin d'appartenir au passé. Il est, au contraire, toujours présent et toujours vivant ; plus vivant, d’une certaine façon, après sa mort que pendant sa vie. Qu’importe alors le sort de son corps !  Qu'importe sa dépouille mortelle qui se décompose dans un tombeau, si son œuvre et son esprit continuent à composer de l'harmonie et à produire du bonheur dans nos vies ! Mozart vit dans son œuvre et par son œuvre. 
Ce que nous disons de Mozart, nous pouvons l'affirmer, à plus forte raison, de Jésus de Nazareth. Nous pouvons dire que le meilleur de Jésus n’a jamais été enfermé dans un tombeau, mais qu’il continue à faire vibrer, à transformer et à rebâtir la vie des hommes et des femmes qui ont eu la chance de le rencontrer. Il nous importe donc peu de connaître le sort du cadavre détaché de la croix. Cette dépouille n'est plus d'aucune importance et elle n'a plus aucune valeur. La valeur de l'Homme de Nazareth est donnée, non pas par ce qui reste de son corps, mais par ce qui reste de son esprit. De la même façon, Jésus est vivant dans la vie de ses disciples non pas à cause de sa mort, mais à cause de ce qu’il a accompli au cours de son existence ; à cause de son Esprit qui continue, au-delà de la mort, à fasciner et à séduire le cœur des humains.
Si nous connaissions un peu mieux la mentalité des orientaux qui aiment parler en images et qui sont capables de construire des scénarios fantastiques pour exprimer, à travers la parabole, le symbole et même l'hyperbole, le contenu parfois indicible d'une expérience humaine et spirituelle profonde, peut-être aurions-nous en main la clef pour interpréter et comprendre les récits des apparitions de Jésus après sa mort, tels que nous les trouvons dans les plus anciens écrits du christianisme (Lettre de Paul et Évangiles).

Une chose est certaine: ceux qui ont vécu dans l'entourage du Maître,  qui ont entendu ses paroles, qui ont fait l'expérience de sa proximité et de son intimité avec ce Dieu qu'il appelait affectueusement son “Papa”, tous ceux-là étaient convaincus que son Dieu était un Dieu d'amour, un Dieu fidèle, un Dieu qui veut le bonheur de ses enfants, un Dieu qui leur donne la vie et qui les accueille au-delà de leur finitude et de leur mort; un Dieu qui n' a pas créé les humains pour les destiner au vide et au néant. Le Dieu de Jésus était donc un Dieu qui fait vivre et qui est source de vie éternelle. Si Jésus avait tant parlé d'un tel Dieu qui fait vivre après la mort et si ses disciples étaient convaincus de la vérité de ses paroles, pourquoi serions-nous étonnés de les entendre affirmer et proclamer que leur Maître aussi, après sa mort, était vivant à tout jamais auprès de Lui ? C'est justement leur foi dans les paroles du Maître qui les poussait à l'annoncer comme “le vivant”!

Une autre chose pour moi  est certaine: ceux qui ont côtoyé Jésus de Nazareth au cours de  sa vie terrestre; ceux qui, à cause de lui ou plutôt grâce à lui, ont recommencé  à vivre; ceux que sa présence a libéré de leurs maux  et de leurs détresses ; ceux qui, à son contact, ont découvert la lumière; ceux qui, après avoir écouté sa parole, ont commencé à voler au-delà de leurs  servitudes; ceux qui, grâce à Jésus, ont été capables de surmonter leurs peurs; ceux qui, grâce à Jésus, ont pris conscience de leur dignité et  de leur valeur en tant que personnes; tous ces gens qui, grâce à sa  parole ont réussi  à  vivre d’une façon nouvelle, à tisser des relations nouvelles, basées sur la confiance et l’amour; tous ces gens ne pouvaient certainement pas penser que leurs vies cesseraient d'être transformées et valorisées seulement parce que leur Maître  avait été exécuté sur une croix. Les vérités que Jésus leur avait révélées, l’esprit ce qu'il leur avait laissé, ils les possédaient maintenant pour toujours. La musique que le Maître de Nazareth avait composée, retentira désormais à tout jamais dans leurs vies.


Si la parole de Jésus continuait à faire vivre ses disciples ; si son esprit inspirait maintenant leurs actions et animait leurs vies, comment aurait-on pu affirmer que le Maître était définitivement mort ? Celui dont la parole faisait vivre, ne pouvait pas être la proie de la mort. Aussi longtemps que ses disciples seraient vivants, lui aussi vivrait avec eux et serait vivant pour eux. Aussi longtemps qu'il y aura des hommes et des femmes qui l'aiment et qui vivent de son “évangile”, lui aussi sera présent et vivant. Ses disciples le feront continuellement revivre (et donc le “ressusciteront”) dans leur mémoire, dans leurs discours, dans leurs rencontres, dans leurs rites. Chaque fois qu’ils se réuniront pour parler de lui, pour se souvenir de lui, il sera là, présent et bien vivant.
C'est donc dans le cœur et dans l'esprit de ses amis que Jésus vit maintenant. C'est là désormais le lieu de sa présence. Et c'est bien pour cela que le tombeau du jour de Pâques est et restera vide à tout jamais. La résurrection de Jésus se passe dans le cœur et dans la vie de ses disciples.  Elle est le résultat de leur amour confiant et donc de leur foi.  Il ne faut plus le chercher parmi les morts, mais parmi les vivants. C'est parmi ses frères que désormais on le trouvera.


Notre tendresse humaine à son égard voudrait tellement pouvoir le côtoyer comme lorsqu'il marchait sur les routes de la Palestine ou l’étreindre comme Madeleine voulait le faire à l'entrée du tombeau.  Nous voudrions tellement qu'il soit encore là!  L’amant ne se résigne jamais à l'absence de l'être aimé. Devant sa disparition, l'amour se pose toujours la même question : “Où est-il maintenant celui que j'ai tant aimé ?” Et la réponse vient spontanément aux lèvres de celui qui aime : “L'être aimé que j'ai perdu est maintenant avec Dieu”.  N'est-ce pas cela la réponse que nous donnons à nos enfants lorsqu'ils nous interrogent sur l'état d'un être cher qui a disparu ?  Il n'est plus avec nous et nous le pensons confié à cette Tendresse Mystérieuse et Englobante qui est l'origine et la fin de toute vie et de tout être et que nous désignons du nom de Dieu.
De Jésus, mort sur la croix, nous disons semblablement qu'il est maintenant avec Dieu ; qu'il est à la droite de Dieu ou que Dieu l'a ressuscité. Par-là, nous voulons dire de lui et de tous ceux qui meurent, que la goutte d'eau du ruisseau de la vie a atteint enfin l’océan avec qui elle se confond et de qui elle a un jour reçu l'existence.  Pouvons-nous en dire plus ?  Pouvons-nous en savoir davantage ?  Pouvons-nous déchiffrer plus profondément le mystère de l'amour, de la mort, de la vie, de Dieu ? Je ne le pense pas. Car même cette simple affirmation : “Il est avec Dieu”, qui répond à notre douleur et nous empêche de sombrer dans le désespoir, est une affirmation de foi et non pas une évidence. 
C'est dans cette foi seulement que je  peux  dire de Jésus qu'il est avec Dieu et que Dieu l'a ressuscité des morts.

(Extrait du livre de Bruno Mori, Effondrement , Montréal 2003)



10.Le Catéchisme de l’Eglise Catholique (1998), n.607.
11. Pour illustrer  ce que je viens de dire , je propose  quelques citations extraites du Catéchisme de l’Eglise Catholique  "La passion du Christ est bien la volonté du Père (N. 555)". "La mort violente de Jésus appartient au mystère du dessein de Dieu et elle n’a pas été le fruit du hasard dans un concours de malheureuses circonstances (N, 599)". "En exécutant Jésus les hommes n’ont fait qu’accomplir, sans le savoir, ce que Dieu avait décide en vu d’accomplir son dessein de salut (n. 600)"." En livrant son Fils pour nos péchés, Dieu manifeste que son dessein sur nous est un dessein d’amour bienveillant (n. 604)". "L’exécution de Jésus sur la croix c’est un don de Dieu lui-même: c’est le Père qui, livre son Fils pour nous réconcilier avec lui, (n.614).
12. Un chroniqueur de la première croisade décrit ainsi l’entrée des Croisés dans la ville de Jérusalem:"Tous les défenseurs de la ville s’enfuirent des murs à travers la ville et les nôtres (les Croisés) les suivirent et les pourchassèrent, en les tuant et les sabrant jusqu’au temple de Salomon où il y eu un tel carnage que les nôtres marchaient dans leur sang jusqu’aux chevilles...
Ils coururent bientôt par toute la ville, raflant l’or, l’argent, les chevaux, les mulets et pillant les maisons qui regorgeaient de richesses. Puis tout heureux et pleurant de joie, les nôtres allèrent adorer le Sépulcre de notre Sauveur Jésus et s’acquittèrent de leurs dettes envers lui..."(Histoire Universelle, tome 4, p. 206, Ed. Marabout, 1963)
13. _γε_ρω.
14. Egérthe ou egégertai: _γ_ρ'η ou _γήγερται .
15..Cfr.  Mt.28,6;  Mc.16,6; Lc.24,6; 1Cor.15,4-20;Rom.5,6; 6,4.
16. _vίστημι
17._v_στασις
18.1Th.1,10; 4,14; 1Cor.6,14; 15,4-20; 2Cor.4,14; 5,15; Act.3,15; 4,10; 5,30; 10,40;13,30.
19.1Th.1,10; 4,14; 1Cor.6,14; 15,4-20; 2Cor.4,14; 5,15; Act.3,15; 4,10; 5,30; 10,40;13,30.
20.Mt.28,6;1 Cor.15,20, la formule est :  _κ vεκρ_v.
21.Cfr. Marie-Emile Boismard, Faut-il encore parler de résurrection ? Cerf, Paris, 1995.

lundi 15 mai 2017

RÉINVENTER L'EUCHARISTIE

RÉFLEXIONS À L’OCCASION DE LA LITURGIE DU JEUDI SAINT

RÉINVENTER   L'EUCHARISTIE 

(2017)

Le jeudi avant la fête des Pâques, les chrétiens célèbrent le souvenir du dernier repas que Jésus de Nazareth a consommé avec ses disciples quelques jours avant d’être exécuté sur une croix. Ce dernier repas est considéré et interprété comme un rite ou un geste sacré, à travers la symbolique duquel Jésus nous a transmis les valeurs d’unité, de communion, de fraternité, de partage et de service, qui sont au cœur de son message.

En effet, lorsque nous mangeons et nous buvons autour d’une table amicale, nous nous transformons en des êtres de relation, qui manifestent, par toute la force de leurs appétits les plus fondamentaux, qu’ils sont dans une dépendance totale du monde qui les entoure et que séparés et abandonnés à eux-mêmes ou renfermés dans leur solitude, ils seraient établis dans un vide, un manque et une pauvreté absolus.

La symbolique du repas porte donc en elle une signification qui va bien au-delà du simple fait de la manducation, pour devenir l’expression humaine d’un phénomène général et spécifique à la structure de l’Univers dans lequel nous vivons. En effet, dans notre Monde, tout ce qui existe a besoin de se constituer dans un état de relation, de connexion, de dépendance, d’unité avec tout le reste, pour subsister et évoluer vers une complexité et un perfectionnement toujours plus grands.

C’est pour cela que, lorsque nous arrivons en ce monde, notre dépendance de lui est totale. Nous y entrons nus et affamés, soumis à un état d’indigence et de manque flagrants et, en même temps, confrontés à l’urgence de sucer, d’ingurgiter et d’avaler tout ce qui est à notre portée et que l’environnement peut nous offrir. Cette dépendance est nécessaire afin de pouvoir vivre, grandir, passer à travers les périples et les périls de l’existence, parcourir notre route et réaliser notre destin. 

C’est une dépendance radicale, qui nous oblige à tendre continuellement nos mains pour nous agripper au monde qui nous porte. C’est une dépendance qui nous pousse à laisser toujours grand ouverte la porte de notre esprit, de notre cœur et de nos sens, pour que puissent se dessiner et se former en nous les plans sur lesquels nous devons construire le projet d’une authentique humanité. C’est pour cela que nous avons continuellement besoin de nous asseoir à la table du repas que l’Univers nous prépare, pour communier avec toutes ses créatures.

 Le repas fraternel est alors la mise en scène la plus emblématique et la plus expressive de cet état fondamental de communion avec le monde qui nous permet de vivre, de nous développer et de nous réaliser. Jésus avais compris cela. C’est la raison pour laquelle il a choisi le geste du repas fraternel comme le rituel qui exprimait et incarnait le mieux les principes et les valeurs du «Royaume de Dieu» qu’il espérait réaliser sur terre, ainsi que les attitudes qu’il voulait voir à l’œuvre dans l’existence de ses disciples.

Jésus rêvait d’un monde diffèrent de celui dans lequel il vivait. Il rêvait d’un monde construit sur les principes de la fraternité universelle, de la liberté, de la justice, du partage, du respect réciproque et du service dans l’amour. Il rêvait d’un monde où le pouvoir et les hiérarchies sont abolis et où tous les humains sont conscients de leur fondamentale égalité, de leur grandeur et de leur dignité. Jésus rêvait d’un monde nouveau, semblable à un grande fête de noces où tous sont invités, sans différence de race, de classe, de sexe, de culture, de croyances, de statut social; où tous peuvent s’asseoir autour de la même table pour partager le même repas, manger à la mesure de leur faim, dans un climat d’acceptation réciproque, de justice et d’amitié.

Même si Jésus n’a fondé aucune religion, d’une certaine façon, on peut dire qu’il a fondé la «religion du repas». Ce qui est sûr, c’est qu’il a personnellement cassé avec la religion de ses ancêtres, à cause du fait que celle-ci, en établissant des normes de sainteté et de pureté, en déclarant impurs certains aliments, en imposant des jeûnes, en créant des castes, des hiérarchies, des classes de purs et d’impurs, rendait difficile, sinon impossible, la réalisation de son rêve, car elle excluait des pans entiers de personnes de la table du repas du Royaume.

De leur côté, les autorités religieuses juives accuseront Jésus de fréquenter et de « manger avec les publicains et les pécheurs ». Ils le critiqueront et ils le dénigreront à cause de l’importance qu’il accordait à l’atmosphère conviviale du repas et du plaisir qu’il retirait à s’assoir à une bonne table, chaque fois qu’il en avait l’occasion ou qu’il était invité.

Jésus a  donc choisi le  rituel  du repas, image du Royaume de Dieu et d’un monde nouveau, établi sur les valeurs de la communion avec tous les hommes, de la dépendance des fruits de la Terre, Mère nourricière qui nous a enfanté et qui nous nourrit, comme  le signe par excellence du partage, de  la fraternité, de l’égalité,  de l’amitié dans la joie, la louange et l’action de grâce,  pour illustrer, d’une côté, les valeurs de base de son message et, de l’autre, pour les transmettre concrètement à ses disciples comme une nourriture que les fasse grandir vers le plein épanouissement de leur humanité.

Jésus, sentant sa mort approcher, c’est donc par un repas pris avec ses disciples qu’il a voulu faire ses adieux. C’est en mangeant avec eux, qu’il leur a demandé de continuer à faire cela en mémoire de lui. «Chaque fois que vous ferez cela - leur a-t-il dit - chaque fois que, comme une grande famille, vous vous rassemblerez autour d’une table pour vous nourrir et pour nourrir ceux qui ont faim, dans l’unité et l’amour, en oubliant les différences, en abolissant les classes et les divisions, en vous considérant tous égaux et fils du même Père, c’est mon esprit que vous ferez revivre; c’est un nouveau style de vie que vous implanterez; c’est une nouvelle société que vous construirez; c’est ma présence que vous continuerez; c’est la transformation du monde en mouvement et en énergie de communion que vous réaliserez; c’est mon rêve que vous accomplirez.»

Fidèles à cette consigne du Maître, c’est dans leurs maisons, au cours d’un repas, que les premiers disciples se réunissaient pour parler de Jésus; pour se remémorer ce qu’il avait fait; pour se confronter à son mode de vie; pour se laisser toucher pas son exemple; pour découvrir les valeurs qu’il avait vécues; pour s’émerveiller et réfléchir sur l’extraordinaire nouveauté de son message; pour méditer sur ses paroles; pour s’imprégner de son esprit… Et cela afin de continuer son œuvre et faire en sorte qu’il ne soit pas mort inutilement.
Ces repas étaient appelés « Agapes » (du grec «agapè»-amour gratuit), «Fraction du pain» ou, tout simplement, « Repas du Seigneur ».

Pendant les trois premiers siècles, le Repas du Seigneur était consommé dans la spontanéité et la simplicité d’une fidélité qui ne peut pas oublier, mais qui veut faire revivre et donner consistance à cette partie de la personne du Crucifié disparu qui ne pourra jamais mourir: son Esprit. Au cours de trois premiers siècles, il n’y avait pas de cathédrales, ni d’églises, ni de prêtres, ni de consécrations, ni de transsubstantiations, ni de «victime immolée sur l’autel du sacrifice eucharistique». Il n’y avait que des disciples en mal d’amour qui, en mangeant ensemble, comme Jésus l’avait fait et comme il le leur avait suggéré, cherchaient à s’aider afin de vivre selon l’esprit de leur Maître.

À partir du quatrième siècle les choses se sont gâtées. La paix constantinienne et la transformation subséquente du mouvement spirituel issu du Prophète de Nazareth en religion et en système de pouvoir, est en grande partie responsable autant de la déformation de la pensée de Jésus sur la symbolique du repas, que de la disparition progressive des formes originelles sous lesquelles le « Repas du Seigneur » était pratiqué et vécu dans les communautés chrétiennes de trois premiers siècles.

Dix-huit siècles plus tard, nos « Messes » ne sont plus qu’une piètre pantomime du Repas du Seigneur. Les maisons se sont transformées en églises ; la nourriture en « sacrifice »; le pain, en hosties plastifiées; la table, en autel; les convives de jadis vifs, ardents, enthousiastes et affamés dans l’âme et dans le corps, se sont métamorphosés en rassemblements de spectateurs indolents, apathiques, distraits, pressés, sans motivation, si ce n’est celle de l’obligation et de la peur du péché. 

Comme si cette déformation n’était pas suffisante, et pour ajouter une dose supplémentaire d’incongruité, voilà que la gestion et l’actuation de ces «messes-sacrifices» sont maintenant confiée à l’action des «prêtres», une nouvelle caste de «sacrificateurs» attitrés, inconnue dans le christianisme des  trois premiers siècles, créée expressement pour accomplir,  l’acte sacrificiel de la mort de Jésus en croix au cours de la messe et pour «consacrer» le pain et le vin qui, par l’effet miraculeux des pouvoirs sacerdotaux, transforment leur «substance» dans celle du corps immolé et le sang répandu du Christ, victime innocente, sacrifiée sur l’autel de la Croix.

Le Repas du Seigneur s’est ainsi définitivement transformé en « sacrifice de réconciliation pour le pardon des péchés et le salut du monde »[1]. Les convives de jadis heureux, ardant de foi et reconnaissants d’appartenir à la famille des disciples du Nazaréen, se sont transformés en des assemblées de misérables pécheurs, écrasés sous le poids de la condamnation, de la faute et de la culpabilité, car accusés d’être les principaux responsables de la mort du Seigneur. «C’est à cause de vos fautes et de vos péchés que le Christ a dû subir le sacrifice de la croix!». Voilà l’encourageant refrain que depuis des siècles l’Église ne cesse de faire retentir aux oreilles de ses fidèles.

Or, ce n‘est pas en criant à tous vents que le bercail est infecté et que les brebis sont inexorablement empestées, que le berger fera prospérer son troupeau et son entreprise!

Faut-il alors s’étonner si nos messes sont aujourd’hui systématiquement désertées? Qui aurait envie de se présenter à des assemblées liturgiques si l’on sait que l’on va participer à un «sacrifice de réconciliation» pour le pardon de nos péchés ? Qui aurait envie d’aller à la messe où, dès le début, on te fait sentir que tu es un bon à rien; que tu n’es qu’un être misérable qui ne peut qu’implorer la pitié de Dieu?

Où on te demande de te frapper la poitrine et de confesser devant Dieu et tes frères que tu as beaucoup péché, en pensées en parole, en action et par omission ; et cela par simple perfidie de ta part, sans aucune circonstances atténuantes, mais uniquement par ta faute,  par ta pure faute, par ta très grande faute?   

Où on te pousse à avouer que tu n’es pas digne de manger à la table du Seigneur, parce qu’on suppose à priori que tu es une mauvaise personne, foncièrement ancrée dans le mal et le péché ?

Où, dans presque tous les textes et prières utilisés dans le rite de la messe, on ne fait que demander à Dieu, avec une monotonie pathétique, de nos pardonner, d’avoir pitié de nous, de nous racheter de l’esclavage du péché, de nous libérer des ténèbres du mal et de la mort dans lesquelles nous nous sommes enfoncés à cause de notre perversité?

Où on nous exhorte sans cesse à nous convertir, à faire pénitence, à reconnaître notre misère, à lutter contre l’esprit du mal qui est en nous; et, faute de mieux, à nous abandonner à la miséricorde de Dieu.

Une liturgie imprégnée d’une telle attitude dépressive; d’une perception aussi défaitiste, hypocondriaque, alarmiste et pessimiste de notre nature humaine, peut-elle encore attirer des gens aux messes dominicales ?

En plus, quel individu, aujourd’hui, pourrait être intéressé à assister à la Messe, s’il sait (et il devrait le savoir s’il a été au catéchisme de l’Église catholique !) que cette mise en scène rituelle a comme but principal de rendre présente l’exécution barbare d’un condamné sur une croix?

Peut-on concevoir une déformation plus totale ? Nos messes actuelles n’ont donc plus rien à voir avec les agapes fraternelles organisées par les communautés chrétiennes des origines. Elles sont devenus un amalgame de rites et des gestes figés, fossilisés, anachroniques, incompréhensibles ; soutenus par une fausse théologie ; expression d’une spiritualité révolue, doloriste, culpabilisante, élitiste, exclusiviste, qui n’admet que les bons, les justes, les conformes, que ceux qui sont en «état de grâce».

Nos messes se sont donc transformées en le contraire de ce que Jésus souhaitait. Ne voulait-il pas que les portes de la salle de repas du Royaume soient ouvertes sur les carrefours du monde, afin que les bons et les méchants, les justes et les pécheurs, les sains et les malades, les maganés de la vie, les divorcés remariés, les femmes qui ont avorté, les transgenres, les gais et les lesbiennes, tous puissent se sentir accueillis et invités à s’asseoir et à se réjouir ensemble à la table du même banquet ?

D’où l’urgente nécessité non seulement d’abandonner, une fois pour toutes, l’absurde théologie sacrificielle subjacente à nos eucharisties actuelles, mais aussi de changer de fond en comble leur structure rituelle et symbolique, afin de récupérer le sens originel du Repas du Seigneur.

Lorsque je parle de récupérer la véritable nature du repas du Seigneur, je ne me réfère pas seulement à la nécessité de récupérer la signification que lui donnaient les chrétiens des origines, qui interprétaient et vivaient la symbolique du repas dans le contexte de leur culture et selon la vision et la compréhension du monde qu’ils avaient. Dans leur mentalité, la communion, vers laquelle le Maître, par ce geste, voulaient les orienter, était surtout et avant tout réalisée par l’attitude intérieure de l’accueil indiscriminé qui s’explicitait dans la bienveillance, l’amitié, le pardon et l’amour qui les mettaient en relation profonde et « en union » avec tous les frères humains, surtout ceux qui étaient les plus difficiles à aimer.

Lorsque je parle ici de récupérer la véritable nature du repas du Seigneur, je veux surtout attirer l’attention sur un autre genre de « communion », bien plus étendue et bien plus globalisante et à laquelle les gens de la modernité sont devenus très sensibles. Je m’explique.
Pour nous, les gens de la modernité, qui vivons à plus de vingt siècles de distance des premières communautés chrétiennes, qui avons une mentalité et une cosmovision totalement différentes, car enrichies des connaissances fournies par les apports multiples des sciences et des découvertes modernes, pour nous, ce devoir de communion avec nos frères humains, exprimé par la symbolique du Repas du Seigneur, s’il est important, n’est plus suffisant pour exprimer toute la gamme des relations que nous devons entretenir, vivre et cultiver dans notre monde.

Aujourd’hui, nous savons que la seule et unique façon que nous avons de nous mettre en relation avec nos semblables et d’assurer leur condition de vie, leur bien-être et leur salut, c’est de nous établir dans une communion constante et indispensable avec toutes les autres structures animées et inanimée qui composent la réalité globale de notre Univers. Cette communion à l’Univers dans lequel nous vivons, est faite d’une relation et d’une connexion essentielles d’interdépendance et d’unité, dans laquelle l’émerveillement, le respect, de soin, la prise en charge amoureuse de chacune de ses composantes, va de pair avec la prise de conscience que chaque partie du Tout Cosmique ne peut subsister, évoluer et s’épanouir que dans la sauvegarde d’un rapport d’interaction, d’échange et donc, finalement, de profonde communion avec toutes les autres parties.

Aujourd’hui, nos eucharisties devraient donc être célébrées avec cet esprit et être soutenues par une symbolique totalement renouvelée et inspirée par cette nouvelle vision et cette nouvelle compréhension de la Réalité, afin de pouvoir exprimer le désir, ainsi que la nécessité de réaliser et d’expérimenter dans notre vie toutes ces nouvelles formes de communion.

Il faut reconnaître que la religion judéo-chrétienne a parcouru une toute autre direction. Elle s’est bâtie et s’est développée dans une totale indifférence et même dans une hostilité congénitale envers la nature et le monde matériel et donc dans une totale méconnaissance des liens essentiels qui unissent les humains à l’ensemble du Cosmos. Pour cette religion, l’homme, étant sorti directement des mains de Dieu et étant destiné à retourner à Lui, non seulement ne doit pas s’attacher au monde matériel, foncièrement mauvais, mais il ne lui doit absolument rien non plus, si non le devoir de le «mépriser»[2], de le dominer, de le soumettre, de l’utiliser et de l’exploiter pour satisfaire ses désirs et ses besoins.

La religion judéo-chrétienne a toujours été exclusivement occupée à gérer, d’un côté, les relations des humains entre eux et, de l’autre, à organiser et entretenir les relations de ces derniers avec le monde surnaturel de Dieu. Mais jamais, cette religion, a été intéressée à cultiver la relation de l’homme avec le monde matériel ou naturel, qu’elle a, au contraire, toujours considéré comme indigne de l’intérêt et de l’amour de l’homme.

Aujourd’hui les hommes du XXIe siècle ne trouvent plus dans le langage mythique et dans le bagage symbolique élaboré depuis trois millénaires, par cette religion, les signes et les symboles adéquats pour exprimer leurs nouvelles sensibilités, leurs nouvelles préoccupations, leurs nouvelles connaissances, leur nouvelle vision du monde, ainsi que leur nouvelle façon de concevoir Dieu. Les gens de la modernité sont incapables d’accepter la présentation traditionnelle de Dieu avancée par la religion : un Dieu anthropomorphique, un genre de monarque suprême, seigneur des seigneurs, qui habite là-haut, dans le ciel, en dehors du monde, dans une transcendance absolue, qui dirige tout, qui surveille tout, qui exige adoration et totale soumission, sous peine de châtiment et de condamnation.

La grande majorité des gens de notre époque savent et sentent que ce Dieu, proposé et imposé par le christianisme traditionnel, est autant le produit d’une imagination primitive, que des exigences dominatrices et autoritaires des instances religieuses. Le Dieu de la modernité ne parle plus à travers les oracles des prophètes ; ne se révèle plus à travers les théophanies des Saintes Écritures, ni à travers les miracles de Jésus, ni à travers l’autorité, les dogmes et les sacrements de l’Église.

Pour les gens de la modernité, c’est uniquement l’Univers le lieu de la vraie et de l’unique révélation de Dieu. Le Dieu qui se manifeste dans l’Univers a complètement perdu sa connotation anthropomorphique. Il est maintenant perçu comme le Mystère Ultime de la Réalité ; comme la dimension la plus profonde du Cosmos ; comme le Cœur qui le fait battre ; comme l’Énergie Ultime qui le supporte ; comme l’Esprit et l’Âme qui le maintiennent vivant ; comme une Attraction autour de laquelle tout gravite, qui attire tout, envahi tout, relie tout, afin d’élaborer l’immense architecture cosmique composée de centaines de milliards de galaxies.

Les astrophysiciens sont de plus en plus enclins à penser que l’être humain représente l’apothéose du processus de naissance et d’évolution de l’Univers et sa récapitulation la plus complète. Ils croient, qu’à travers l’Homme, l’Univers a réussi à prendre conscience de lui-même et à s’émerveiller devant son sublime harmonie et sa stupéfiante beauté.

Nous aussi, les chrétiens modernes, nous sommes portés à croire que l’être humain est apparu dans notre Monde comme le lieu d’un présence particulièrement intense et d’une manifestation particulièrement saisissante des forces et des champs originels d’attraction qui sont à l’origine de la structuration, de la complexité et de la diversités de la matière. Il nous plaît alors d’imaginer que, dans l’homme, ces forces cosmiques qui attirent et qui unissent tous les champs énergétiques, se sont sublimées en mouvements spirituels de relation et de communion conscients et libres, responsables du jaillissement du sentiment de l’Amour dans notre monde.

Si la science nous pousse à admettre que, que la Réalité Ultime (que nous appelons Dieu) exprime toute sa puissance et sa grandeur à travers les péripéties évolutives d’un Univers qui se déploie sans limites dans l’espace-temps, nous pensons que c’est surtout dans les profondeurs de cœur humain qu’Elle a réussi à donner aux forces qui soutiennent l’Univers le parfum de la tendresse et le visage de l’Amour.

Si la religion chrétienne veut aujourd’hui offrir à ses adeptes de véritables eucharisties de «communion», elle n’aura d’autre choix, que de se débarrasser de l’ancien bagage symbolique et d’en inventer un nouveau, conforme à la sensibilité et à la mentalité moderne. Cette nouvelle symbolique devra être cherchée là où les gens de la modernité voient et trouvent les signes d’une Présence bénévole et amicale qui les attire et les inspire à s’ouvrir, à leur tour, sur un monde qui ne peut s’accomplir et évoluer correctement que soutenu et secondé par les forces spirituelles de l‘amour.
Je pense donc que seulement les gestes qui nous mettent en relation autant avec la beauté de l’Univers, qu’avec l’unité et interdépendance de tout ce qu’il contient, ou encore avec le mystère de l’amour posé dans les profondeurs de l’âme humaine, seront capables de toucher notre cœur et notre esprit et de nous établir dans un état d’émerveillement, d’adoration, d’appartenance, de fusion et, finalement, de communion amoureuse avec Dieu et toutes les créatures.

Pour dire cela en quelques mots : la personne religieuse d’aujourd’hui ne découvre et ne trouve plus Dieu dans les églises et leurs rites; mais premièrement dans la globalité de la création (le Cosmos – la Nature), devenue pour les humains l’unique « Livre Sacré » de la révélation de Dieu ; ensuite, dans les profondeurs de son âme où réside le secret de sa véritable identité; et, en enfin, dans les expressions et les réalisations de l’amour qui jaillissent de son cœur.

Ils n’ont donc pas tort les penseurs qui affirment qu’aujourd’hui, dans notre monde post moderne et notre société post «religional», l’on ne trouve plus Dieu dans la religion, mais seulement dans la spiritualité. Une spiritualité comprise comme posture intérieure profonde de l’individu, par laquelle celui-ci se rend sensible et vulnérable autant à la beauté qu’à laideur du monde; autant au bonheur qu’au malheur de ses créatures.

Alors, il faudra trouver un jour l’audace de sortir de nos églises, si l'on veut célébrer de véritables eucharisties d’action de grâce et de «communion ». Il faudra créer et inventer des « milieux » plus captivants, inspirants, propices au silence, à la réflexion, au retour sur soi-même, capables de nous aider à parcourir le chemin qui mène à l’intérieur de nous-mêmes, là où été sculptée l’image de notre véritable identité; là où le courant bénévole de l’évolution cosmique a fait jaillir en nous la source de l’Amour.

Il faudra trouver de sites plus « naturels », où les traces de la Réalité Originelle (que nous avions l’habitude d’appeler « Dieu ») sont plus évidentes ; où nous pouvons nous nourrir et nous abreuver au mystère d’une Énergie amoureuse qui s’offre à nous de toute part, qui nous fait signe de partout à travers la beauté magique d’un monde qu’elle a fait surgir du néant et qu’elle habite.

Dans ces nouvelles eucharisties célébrées, (pourquoi pas!) dans la nature, dans les champs, les jardins, les parcs, les bois, aux bords d’une rivière ; sur une plage ; face à l’immensité de l’océan ; au cours d’une randonnée en haute montagne ; au cours d’un lever ou d’un coucher de soleil ; dans le silence d’une nuit étoilée ; dans un laboratoire de recherche ; dans une clinique de maternité… il est possible que nous puissions entendre avec une intensité particulière la voix de cette divine Présence qui parle à notre esprit et à notre cœur, le langage, bien sûr, de l’immensité, de la grandeur, de la beauté, de la fascination; mais aussi celui de l’amour qui se fait attention, soin, respect, responsabilité, solidarité et «communion » avec et envers toutes les créatures cosmiques et non seulement avec nos frères humains.

Je pense que le temps est arrivé pour les chrétiens de récupérer les expressions de la spontanéité et de la liberté de leur adhésion à la personne et à l’esprit de Jésus de Nazareth, qui avait découvert que, autant les misérables de la rue, que les fleurs des champs et les oiseaux du ciel, étaient pris en charge par une Tendresse qui parcourt et qui imprègne tout l’Univers.

Je crois donc que nos eucharisties devraient devenir des célébrations « cosmiques » de communion profonde avec l’ensemble de la création. Je pense qu’à la table de ces repas, les chrétiens devraient non seulement se nourrir de pain, mais remplir leur cœur et leur esprit d’une nourriture autrement plus rassasiante, faite d’extase, de fascination, d’émerveillement, de reconnaissance, d’adoration pour être partie prenante d’un Univers qui se constitue, se déploie et se développe soutenu et guidé par le Mystère d’une Présence Bénévole qui tout enveloppe de sa force, de son amour et de sa beauté.

Je pense que nos eucharisties devraient devenir des occasions et des événements sacrés d’authentique partage, de communion, d’aide et de compassion envers tous ceux qui sont en situation de pauvreté, de détresse, d’injustice, de violence et d’oppression.

Nos eucharisties devraient détruire en nous le conformisme et l’indifférence ; bâtir l’audace et le courage de la lutte contre toutes les formes inhumaines d’exploitations. Elles devraient surtout nous rendre conscients que si elles ne réussissent pas à nous transformer en de meilleures personnes, sensibles aux besoins du monde et prêtes à s’engager, dans la mesure de leurs forces et de leurs possibilités, au service de la planète et de toutes les créatures qui l’habitent, elles ne servent à rien, si non à nourrir l’illusion de notre probité et de notre rassurante et vaine religiosité.


BM





[1] Il peut être est intéressant de relever la fréquence avec laquelle le mot « sacrifice » est utilisé, par exemple, dans les oraisons des messes du temps de Carême de missel catholique, pour indiquer la liturgie eucharistique qui est en train de s’accomplir.
[2] Le fameux contemptus mundi de la spiritualité monastique et de la Devotio Moderna (XVs) dont l’ouvrage le plus représentatif est l’Imitation de Jésus-Christ de Thomas a Kempis (+1471) . 

LA DIVINISATION DE L'HOMME PAR SON HUMANISATION

(Jn 10,1-10 - 4e dimanche de Pâques, A)

Depuis la nuit des temps, les hommes ont cherché à comprendre le mystère de leur existence et de celle de l’Univers. Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien? D’où vient le monde tel que nous le connaissons? D’où venons-nous? Pourquoi sommes-nous là?

Pour trouver une réponse à ces questions, chaque culture, chaque civilisation, chaque peuple, chaque religion ont élaboré leurs propres histoires et créé leurs propres mythes. Presque tous ces mythes attribuent l’origine du monde et de la vie à une Puissance préexistante et extérieure à notre monde, imaginée comme une Entité personnelle et aimante qui, ne voulant pas être seule à posséder l’existence et la vie, a voulu les partager avec d’autres créatures. Ainsi, sortant de son abyssale solitude, elle s’est déversée hors d’elle-même, en fécondant le vide originel de sa mystérieuse présence et en faisant retentir partout l’extraordinaire mélodie de sa grandeur et de sa beauté. C’est ainsi que, selon les mythes, Dieu a créé le ciel et la terre. Les récits mythiques racontent aussi comment Dieu a mis un soin particulier dans la création de l’homme ; comment, après l’avoir moulé avec la boue de la terre, il lui insuffla son Esprit, pour en faire une créature spéciale, capable d’aimer et portant donc en elle les traits de la ressemblance avec Dieu.

Les mythes anciens ont donc exprimé, à leur façon, une intuition présente sans doute, depuis toujours, dans les structures originelles et les archétypes de la pensée humaine: une sensation qui fait pressentir que les profondeurs de l’homme, là où se trouve sa nature la plus authentique, là où s’ouvrent les «cavernes» et la «source» de son être, là où jaillit sa conscience et où s’est allumée sa capacité d’aimer, sont éclairées à la lumière de Dieu et animées par l’action de son esprit.

Cette même intuition nous l’exprimons maintenant, nous aussi au XXIe siècle, non plus à travers les récits fantastiques des mythes, mais à travers le langage plus précis, plus réaliste et plus assuré des sciences et des découvertes modernes (anthropologie, ethnologie, physique quantique, astrophysique…). La seule différence consiste dans le fait que maintenant Dieu est perçu non plus comme une Entité anthropomorphique, personnelle et surnaturelle, existant en dehors, au-dessus et au-delà du monde matériel duquel elle reste distincte et séparée, mais comme étant l’intérieur même de l’Univers qui en est sa manifestation ; comme étant l’âme et l’esprit de tout ce qui existe ; comme Énergie amoureuse qui, de l’intérieur de la réalité, se manifeste et s’explicite en créant continuellement du nouveau et en faisant évoluer la création vers des formes toujours plus complexe et plus accomplies d’être, jusqu’au surgissement de la vie, de la conscience et de l‘amour dans le cœur de l’homme.

Jésus de Nazareth fut le premier à comprendre et à proclamer que ce que nous appelons Dieu, n’est autre chose qu’une Énergie amoureuse qui cherche à se communiquer et qui trouve dans l’être humain le lieu privilégié de sa présence et de son action dans le monde. La découverte que Dieu est particulièrement présent et agissant dans le cœur de l’homme bouleversera la vie du prophète de Nazareth. Sa conscience et sa conviction d’être, en tant qu’homme, le porteur spécial de la présence de Dieu et de son Esprit d’amour dans le monde, déterminera l’orientation de son existence et le contenu de ses actions. Il se sentira appelé à annoncer à tous cette « bonne nouvelle » ; à conscientiser les gens de leur importance et de leur valeur à cause du trésor qu’ils possèdent et qu’ils doivent partager et à rêver d’un monde et d’une société humaine animés et guidés exclusivement par les forces de l’Amour.

Jésus avait compris que si l’homme est le lieu de la présence de l’amour de Dieu dans le monde, alors il est fait uniquement pour aimer. Et que si, par malheur, il ne réussit pas à aimer, alors il déchoit de sa nature la plus vraie et de la tâche la plus essentielle de sa vie. Il rate le but de son existence et il se condamne à une vie qui n’a plus de sens.

Mais par contre, s‘il réussit à fonder sa vie sur l’amour, alors il se transforme en être de lumière et il sublime son humanité, en élevant le monde. En effet, plus il aime, plus il est ce qu’il doit être. Plus il aime, plus il s’humanise. En même temps, plus il aime, plus il vit de Dieu et plus il incarne les attitudes de Dieu qui est amour. Plus il aime, plus il ressemble donc à Dieu. Par conséquent, plus l’homme aime, plus il se divinise. De sorte que, finalement, on peut affirmer que nous, les humains, ne nous humanisons qu’en aimant ; et ne nous divinisons qu’en nous humanisant.

On comprend alors pourquoi Jésus a toujours été considéré par la tradition chrétienne comme un homme et comme un dieu. En effet, étant donné qu’il a vécu toute sa vie dans l’intimité avec Dieu et sous la mouvance de son Esprit d’amour, il n’a eu d’autres désirs ni d’autres joies que d’être ce «fils d’homme» qui consacre son existence à faire connaître l’amour et à le répandre à pleines mains autour de lui pour en faire bénéficier le plus grand nombre possible.  Il a donc été un chef d’œuvre d’humanité,  «un amour d’homme», une personne humaine «adorable», un homme vraiment «divin», qui a constamment trempé sa vie d’homme dans l’Esprit de Dieu et qui, à cause de cela et grâce à  cela, a pu réaliser un extraordinaire qualité d’humanité. Il a vraiment été un «homme-dieu» !

Pour Jésus donc, Dieu est essentiellement Amour qui se donne et qui, en se donnant, produit plénitude d’être et de vie. C’est pour cela que la meilleure image qu’il a pu trouver pour illustrer sa perception de Dieu a été celle du Père (Abba !). Épris de Dieu et imprégné de son esprit d’amour, Jésus n’a voulu être que le relais de cet amour qui donne la vie, qui guérit, qui rétablit, qui unifie, qui fait vivre en plénitude. Les évangiles, surtout l’évangile de Jean, mettent sur les lèvres de Jésus des phrases surprenantes. Nous ne savons pas si Jésus les a réellement prononcées telles quelles. Elles expriment, sans aucun doute, la conscience qu’il avait de sa familiarité avec Dieu, ainsi que de la mission qu’il pensait être la sienne: aider les gens, surtout les plus démunis, les plus éprouvés, les plus meurtris par la vie, à vivre une existence plus digne, plus décente, plus respectable, plus saine, plus libre, plus heureuse et donc, finalement, plus humaine. Il dira: «Moi et le Père, nous me sommes qu’un. Moi, je vis dans le Père et le Père vis en moi. Qui me voit agir, voit agir le Père. Je suis le bon pasteur, et je donne ma vie pour mes brebis. Je conduis mes brebis vers des bons pâturages où elles pourront trouver tout ce dont elles ont besoin pour prospérer et vivre. Je suis la porte qui les protèges des loups et des agresseurs. Je suis le pain qui nourrit et qui fait vivre. Je suis venu pour donner la vie et la donner en abondance. Je suis prêt à me donner totalement à cette mission, même si je dois y laisser ma peau ».  

            Poussé par cet idéal, le Maître de Nazareth rêvera d’instaurer une nouvelle forme de société à l’abri de l’oppression, de la violence, de l’avidité ; un monde sans domination des plus forts sur les plus faibles ; sans exploitation des plus pauvres et des plus petits  par les plus riches et les plus puissants.

Il est surprenant de voir comment l’Amour de Dieu qui anime la vie de Jésus ne prend jamais des envolées mystiques, mais il se fait toujours action en réponse aux besoins et aux problèmes  concrets et immédiats que les personnes expérimentent dans le quotidien de leur vie. Le théologien espagnol José Castillo fait remarquer que Jésus a eu dans sa vie trois préoccupations fondamentales autour desquelles il a pratiquement tissé toute la trame de son activité publique: la santé, la nourriture et les relations humaines.

 Jésus avait compris que pour être heureux, l’homme n’a fondamentalement besoin que de trois choses bien simples: avoir de la nourriture en suffisance, être en sante et pouvoir se garder en bonne santé et se sentir aimé. Si ces trois conditions ne sont pas réalisées, la personne sombre inévitablement dans la désolation, l’angoisse et le désespoir ; se sentant malheureuse et abandonnée, elle perd toute auto-estime et devient incapable de vivre autant à la hauteur de sa dignité humaine que de sa vocation divine.

Jésus sait que tout discours sur l’amour de Dieu et du prochain que l’on voudrait adresser à de telles personnes est et sera toujours stupide, insensé et irresponsable. Jésus sais qu’avant de vouloir nourrir les gens de Dieu, il faut les nourrir de pain ; qu’avant de vouloir assurer le salut de leur âme, il faut assurer le bien-être et la santé de leur corps.  Et c’est bien pour cela qu’il a consacré toute son activité publique à guérir les malades, à encourager la convivialité, à lutter contre les tabous alimentaires, les lois, les normes religieuses et culturelle qui défendaient l’usage de certains aliments impurs , ou limitaient l’accès ou la consommation de la nourriture et la fréquence des repas ; et a bâtir des relations humaines à l’enseigne de la fraternité, de la bonté, du respect, de la compassion, de la tolérance et du service réciproque dans l’amour.

Jésus est convaincu que le bonheur humain est pour ici et maintenant ; et que c’est dans le présent que chacun doit s’accomplir humainement. Et que c’est donc dans le quotidien de la vie qu’il faut trouver les conditions de notre bonheur, pour être à même de le répandre et de le diffuser autour de nous sous forme d’amour et de don de soi. Comment aimer l’autre, lorsqu’on se sent rejeté soi-même ? Comme être artisans de bonheur, si nous nous nous débattons dans notre malheur ?  Comment infuser de la vie et de l’espoir, si nous sommes angoissés par nos problèmes et que notre vie s’effrite ou nous échappe parce que nous sommes incapables de l’assumer convenablement ? Comment croire en un Dieu d’amour, si nous n’expérimentons que le désamour, l’indifférence, l’égoïsme, l’individualisme, le rejet, la solitude, l’oppression et la haine ?

Jésus avait compris que l’être humain ne peut se réaliser vraiment comme personne et devenir pleinement humain, que s’il devient un être capable de bonté, de don de soi et d’amour. Car c’est pour cela qu’il existe dans cet Univers. La mesure de sa vérité et de son humanité est donc donnée seulement par la mesure de son amour envers les autres.

 Comme di Castillo, Jésus a déplacé le centre de la religion. Ce centre qui nous rend meilleurs, agréables à Dieu et qui accomplit notre humanité, n’est plus dans la soumission aux autorités religieuses, dans la fréquentation du Temple, dans les rites, les sacrements, les observances religieuses, les pratiques de la piété et de la dévotion, mais dans la rue, dans le métro, à la maison, sur les lieux de travail, de vacances, sur les places et les supermarchés… car c’est là que nous rencontrons le monde réel, les personnes qui ont besoin de nous et qui attendent notre sourire, notre affabilité, notre bonté, notre écoute, notre sympathie, notre compréhension, notre amitié, un tout petit geste d’amour...

Si nous considérons que cette attitude nous vient de notre adhésion à Jésus qui pourra nier qu’il est pour nous le meilleur des bergers ? Ne nous a-t-il pas nourri de ses valeurs et uni ensemble avec les liens de la fraternité et la conscience d’un Amour qui nous habite et qui nous stimule à construire une nouvelle sorte d’humanité ?

BM

UN AMORE CHE DIVENTA TENEREZZA

(4° domenica di pasqua – Gv. 10,1-10 – Il buon pastore)
           
Questo brano evangelico sul buon pastore che troviamo nel vangelo di Giovanni è per me inno al rispetto, alla cura, alla premura, alla considerazione e all’attenzione che ognuno dovrebbe nutrire e sviluppare verso le persone ed il mondo che ci circonda. La figura del buon pastore che l’evangelista applica alla persona di Gesù, è senz’altro la migliore immagine che potesse trovare per presentare ai cristiani del suo tempo lo sguardo pieno di sollecitudine e d’amore che Gesù di Nazaret ha sempre portato sulle persone e le cose. È una immagine che contiene una carica particolarmente intensa e commovente d’amore e di tenerezza. Questo amore-tenerezza che ognuno di noi dovrebbe provare per tutte le creature.

            Questo pastore è infatti cosciente che la sua vita dipende dalla vita delle sue pecore. Sa che senza di esse non esisterrebbe neppure lui e che senza di lui neppure le sue pecore sopravviverebbero. Le pecore fanno vivere il pastore ed il pastore fa vivere le pecore. In questa immagine, pecore e pastore dipendono strettamente l’uno dall’altro. Traggono profitto l’uno dall’altro. Hanno bisogno l’uno e dell’altro per poter continuare a vivere. E il pastore che, diversamente delle pecore, è un essere intelligente, sa anche che, se vuole continuare a tirar profitto dei proventi del gregge (latte, lana, carne , commercio) deve preoccuparsi del benessere e della salute delle sue pecore. Per questo il pastore del vangelo vuole che sue pecore non solo si conservino in vita, ma che vivano bene e che vivano nell’abbondanza (“Sono venuto perchè le mie pecore abbiano la vita e l’abbiano in abbondanza”).

            Il pastore del vangelo però, oltre che ad essere una persona intelligente, è anche una persona sensibile. Se è capace di fa funzionare il suo cervello, sa dare importanza agli impusi del suo cuore. Egli sente che le sue pecore non sono solo latte, lana, carne, cotolette e merce da vendere, ma creature di Dio, capolovori dell’evoluzione cosmica, esseri viventi, individui con una personalità, un carattere, un’anima, una dignità, una finalità, un destino, un valore spirituale e che sono dunque delle creature meravigliose da trattare con rispetto, delicatezza ed amore.

Rispetto, delicatezza ed amore sono gli elementi costitutivi della tenerezza. Per me, questo capitolo sul buon pastore è uno dei testi piu belli mai scritti sull’amore che si fa tenerezza verso tutte le creature. In questo testo l’amore–tenerezza costituisce lo specchio in cui ognuno di noi è invitato a contemplarsi e a riconoscersi, non solo come seguace di Gesù, ma anche come essere umano chiamato ad incarnare la presenza delle forze spirituli e divine dell’Amore Originale che regolano e sostengono l’Universo.

            Penso che la figura del buon pastore sia stata inventata da Giovanni per far capire che, in fondo, tutto ciò che esiste ha un anima, che tutto vive, che niente è solo banale oggetto o materia bruta che possiamo usare e scartare a nostro piacimento. Ma che tutto è soggetto degno d’ammirazione, di rispetto, di cura, di tenerezza e d’amore. Ogni pecora, cioè ogni essere che fa parte di questo “insieme”, di questo “Tutto”,  di questo “gregge” o “aggregato” che è l’Universo che ci ha generato, ha un nome che gli è proprio, che lo identifica in mezzo a tutto e a tutti, che fa di lui un essere unico, una individualità che possiede un nome proprio con il quale è chiamato, conosciuto, voluto, apprezzato da sempre e sotto il quale sarà amato adesso e per l’eternità. ( “Conosco le mie pecore e le mie pecore conoscono me ... riconoscono la mia voce ...io le chiamo per nome ed esse mi seguono...nessuno le strapperà a”).

            Questo testo del buon pastore ci insegna dunque la tenerezza che è la quintessenza, il fiore dell’amore, la sua espressione più perfetta e più sublime. Il testo dice infatti che questo pastore è pronto a tutto per il bene delle sue pecore, perfino a sacrificare la sua vita. Ora, dare la propria vita per qualcuno, non costitisce forse l’espresione più alta e più mirabile dell’amore? Attraverso l’immagine del pastore l’évangelista vuole insegnare che non basta amare, ma che, come ha fatto Gesù, dobbiamo fare tutto il possibile perchè il nostro amore acquisti la connotazione, la colorazione e le caratteristiche della tenerezza. L’amore vero è quello che si trasforma in tenerezza. E l’amore si trasforma in tenerezza:
quando sono capace di sacrificarmi per proteggere, custodire, salvare, tendere felice coloro che amo;.
quando amo l’altro più di me stesso;
quando tengo alla felicità dell’altro più della mia;
quando riesco ad amare l’altro per quello che è e non per quello che mi dà ;
quando divento felice in sua presenza; interessato alla sua storia; sensibile ai suoi bisogni; vulnerabile alle sue lacrime;.
quando divento attento alle sue attese, disponibile alla realizzazione dei suoi progetti, del suo benessere e della sua felicità ...

 E questo senza calcoli, senza mezze misure, senza rimpianti, senza ritorni, sempre, fino in fondo, costi quello che costi...

Finalmente, grazie all’amore-tenerezza, nella felicità dell’altro io trovo il riflesso e la prova della mia stessa felicità ed il segno tangibile della presenza dell’amore di Dio che trasforma e fa progredire l’Universo verso una forma di perfezione sempre più alta e più compiuta.



BM

vendredi 21 avril 2017

Risorti!


 I giorni scorsi abbiamo assistito al dramma della sofferenza e della morte dell’essere più innocente. Potremmo essere costernati e completamente disorientati davanti a questo dramma. Come lo siamo ogni qualvolta che il male sembra trionfare sul bene. Come lo siamo quando la cattiveria sembra essere più normale e più diffusa della bontà. Osservare la morte e la distruzione di ciò che è buono, di ciò che è santo, di ciò che è giusto, di ciò che è innocente, è una esperienza che tutti noi facciamo spesso con costernazione ed immensa tristezza.

Dovremmo allora disperare ? Dovremmo davvero pensare che il male avrà sempre il sopravvento sul bene? Che la morte del debole, del giusto e dell’innocente sarà sempre un fatto inevitabile ? Dovremmo credere che, in questo mondo, il male sarà sempre destinato a trionfare ?
No, ci dice la nostra fede! No, dice il messaggio di pasqua! La festa di Pasqua vuole annunciare a tutti gli uomini che soffrono, che sono sfruttati, che subiscono l’ingiustizia, la persecuzione e magari anche la morte ... che alla fine ci sarà sempre una risurrezione! Anche quando tutto sembra senza speranza, anche quanto tutte le uscite sembrano bloccate, anche quando per noi tutto sembra inevitabilmente e inesorabilmente perduto ...tutto è ancora nelle mani di Dio, e Dio ha ancora e sempre l’ultima parola.

Gesù rappresenta ognuno di noi. La festa di Pasqua ci dice che come Dio ha preso in mano il destino di Gesù, non permettendo che la vita e l’opera del Figlio svaniscano nel nulla, così egli prende in mano la vita ed il destino di ognuno di noi.

Pasqua contiene così per tutti noi che siamo spaventati, preoccupati e angosciati davanti alla forza del male nel mondo, un messaggio di speranza e un annuncio di vita. Il Dio che ha dato vita e gloria a Gesù, è lo stesso Dio che oggi dice ad ognuno di noi: ”Non aver più paura! Sei nelle mie mani ; sei sotto la mia protezione. Sono tuo  padre ed il tuo Dio. Non ti lascerò in preda alle forze del male e della morte.Ti salverò sempre e dovunque. Non permetterò mai che la morte interiore ti distrugga. Non ti lascierò marcire nella tomba del tuo male; non ti abbandonerò all’oscurità e al freddo paralizzante dell’egoismo nel quale tu vorresti rinchiuderti. Se hai fede in me, ti libererò dalle tue catene; ti riporterò alla luce; farò di te una persona libera, risorta a vita nuova. Ho ridato la vita a Gesù, ridarò vita anche a te. Ho fatto trionfare Gesù, farò trionfare anche te. Ho reso felice Gesù, renderò felice anche te. Ho salvato Gesù,  salverò anche te. Ho preso con me Gesù, prenderò con me anche te “.

È per questo che a Pasqua i cristiani sono nella gioia. Nella risurrezione di Gesù essi hanno infatti la prova più evidente che, nonostante tutto quello che dovranno sopportare di male e di sofferenza, saranno un giorno anch’essi salvati e trasformati dalla potenza dell’ amore di Dio.

La rissurezione del Cristo è la prova più chiara che anche noi un giorno entreremo nella vita eterna di Dio. La risurrezione di Cristo ci dice che la potenza e l’amore di Dio sono continuamente all’opera nel mondo, ed è per questo che noi dobbiamo essere contenti.

Buona Pasqua !



BM