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vendredi 22 mai 2015

Notre aspiration vers les hauteurs

Ils parleront un langage nouveau
(Marc 16, 15-20)


            Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais, en général, tout le monde est fasciné et attiré par les hauteurs (arbres, échelles, poteaux, tours, gratte-ciels, escalade, parapente, deltaplane, parachutisme, alpinisme, aviation, fusées, conquête spatiale). On dirait que c’est quelque chose qui fait partie de notre nature; un instinct inné qui remonte sans doute très loin dans l’histoire de notre espèce; un souvenir, peut-être, du temps où nous étions des hominidés à peine descendus des arbres et pour lesquels, souvent, le seul moyen d’échapper aux dangers qui les guettaient au sol, était de regrimper sur les arbres et de se sauver dans les hauteurs.

Cet envoûtement, cette fascination pour les hauteurs nous vient aussi du regard jaloux et émerveillé avec lequel la race humaine, depuis la nuit des temps, a regardé le vol des oiseaux. Ces créatures magiques capables d’échapper à la pesanteur qui nous attache au sol et qui leur donne une liberté dont nous ne pouvons que rêver.

C’est aussi là-haut, dans les hauteurs, que l’imagination humaine a placé la résidence de dieux. C’est là aussi, dans le ciel, que les hommes ont imaginé qu’ils trouveront leur bonheur pour l’éternité.

            J’ai remarqué aussi une autre chose: l’attraction pour les hauteurs (comme la passion de la vitesse) est inversement proportionnelle à notre âge: plus nous sommes jeunes, plus nous sommes attirés par les ascensions; plus nous prenons de l’âge, plus nous sommes portés à rester collés au ras du sol et à nous accrocher à la sécurité que nous donne la solidité et la pesanteur de notre existence. Nous appelons cela bon sens, prudence, sagesse. Et si ce n’était que de la peur ?

            Quoi qu’il en soit, nous pouvons voir dans ce goût pour les hauteurs une parabole de la vie et en tirer des réflexions importantes. La fête d’aujourd’hui hui (l'ascension) vient justement nous rejoindre dans cet instinct primitif que nous portons en nous. Elle cherche à interpréter et à questionner ce désir. Elle nous dit: «Et si cet attrait était là pour quelque chose ou, tout au moins, pour te dire et t’indiquer quelque chose? Peut-être est-il là pour te faire comprendre que tu es fait pour vivre en hauteur; pour vivre ton existence à un niveau supérieur, plus élevé que celui auquel voudrait te contraindre la pesanteur et la force de gravité de tes exigences, de tes appétits et de tes besoins matériels. Cette attirance vers les hauteurs que tu ressens si fortement est peut-être là pour t’indiquer, d’une façon assez claire, que tu es quelqu’un de spécial ; quelqu’un fait pour vivre en haut plus que pour rester en bas; plus pour le ciel que pour la terre. Suis donc la pulsion de ton cœur et l’aspiration de ton âme!»

Je pense que Jésus, présenté par Marc dans ce mouvement d’élévation et d’ascension au ciel si typiquement humain, est vraiment l’image et le symbole du mouvement qui devrait constituer l’aspiration de toute existence humaine. En d’autres termes, le message que le dimanche de l’ascension veut nous transmettre est le suivant: «Si tu veux réussir ton existence, il faut que tu lui donnes des ailes, de la hauteur. Comment? En te laissant entrainer par Jésus dans son mouvement vers le haut».

            À travers la parabole (ou l‘image poétique à ne pas prendre comme un fait réel et historique) de l’ascension de Jésus au ciel, l’évangile veut nous dire: «Voilà un homme qui a su vivre sa vie à un niveau de hauteur qui ne finit pas de nous étonner, parce qu’il a su orienter sa vie d’une façon presque exclusive vers la conquête de l’intimité avec Dieu. C’est pour cela qu’il est devenu l’homme selon le cœur de Dieu et, par conséquent, un miracle d’humanité; un exemple admirable d’homme parfaitement accompli. Eh bien, suivez sa route! Vous deviendrez vous aussi des êtres qui volent haut. Vous deviendrez vous aussi des personnes selon le cœur de Dieu ; des hommes et des femmes vivant un niveau et une qualité d’humanité qui émerveillera et interpellera tous ceux qui vous entourent.

            L’évangile nous assure donc que notre adhésion à Jésus de Nazareth fera de nous non seulement des êtres guéris, réparés, restaurés, mais aussi des créatures nouvelles, complètement régénérées et transformées. Des personnes capable d’un nouveau style de vie, qui son animées d’un autre esprit; qui privilégient et suivent d’autres valeurs, qui appartiennent désormais à un autre monde et à un autre genre de société, qui communiquent sur une autre longueur d’onde et qui parlent un langage nouveau.

À ces hauteurs d’adhésion et de foi, -toujours selon l’évangile de ce dimanche- plus rien venant du bas ne peut nous faire peur ou nous angoisser. Nous sommes établis dans la force et la confiance qui nous viennent de notre proximité avec Dieu. Nous pouvons être entourés de serpents; manipuler et traiter des vipères, sans en être effrayés. Nous pouvons être plongé dans un monde d’injustice, de haine, de méchanceté; être appelés à toucher à toutes sortes de poisons, sans en être affectés. A cause de notre transformation intérieure et à cause de la hauteur à laquelle nous vivons, à cause de la certitude inébranlable d’être des personnes aimées et voulues par Dieu, nous sommes établis dans la paix et la confiance et nous devenons nécessairement un point de référence pour les égarés; un port d’accueil pour les rejetés; un signe et un espoir de salut pour tous les meurtris de l’existence. Oui c’est vrai: les malades qui viennent à nous s’en trouveront bien! Car, à cause de notre attachement au Dieu de Jésus, nous sommes devenus, nous les chrétiens, les porteurs en ce monde de la qualité et de la force de son Amour.



Bruno Mori 

jeudi 7 mai 2015

Io sono la vite vera


(Jn 15, 1-8)


Per capire questo testo del vangelo di Giovanni, dobbiamo rifarci alla Bibbia. Nella Bibbia Dio è spesso presentato come il padrone di una vigna. Questa vigna che Dio possiede e che coltiva   con premura è l'immagine del popolo ebreo. Nella Bibbia però il popolo ebreo appare sempre come il popolo eletto, scelto e preferito da Dio. Tuttavia, malgrado le cure  e le attenzioni  di  Dio, la  vigna delude le sue aspettative. Il popolo ebreo è stato dunque una vigna che non è riuscita a produrre del buon vino e che non ha saputo soddisfare il suo Padrone .

Nel testo del vangelo di oggi, l’evangelista Giovanni presenta Gesù come la vigna buona che finalmente corrisponde alla attese del suo divin viticultore. Gesù è la vite che produce finalmente i risultati che Dio aspetta. Presentando Gesù come la  vite buona  il vangelo vuole affermare che per noi cristiani Gesù è l’uomo che ha saputo corrispondere in tutto ai desideri di Dio. Vuole insegnare che ormai l’autentico essere eletto, l’autentico essere scelto e amato da Dio, non è più il popolo ebreo, ma questo ebreo di Nazaret, nel quale Dio ha posto tutte le sue compiacenze. Il vangelo di Giovanni vuole insegnare ai cristiani che, per loro, soltanto Gesù è il vero Israele di Dio, la vera vigna di Dio, quella che ha saputo soddisfare il suo padrone perchè ha prodotto del buon vino della fedeltà, della fiducia e del dono di sè nell’amore.


Il vangelo di oggi interpella ognuno di noi. È come se ci dicesse :”Volete vedere un uomo vero? Volete sapere come si deve vivere, agire per diventare una persona autentica, riuscita umanamente e spiritualmente ? Ebbene, guardate Gesù ! Egli è un capolavoro d' umanità. È a lui che dovrebbe assimigliare ogni essere umano. Egli è l’uomo che ha saputo realizzarsi completamente secondo i desideri e le attese di Dio.

Dunque, ci dice il vangelo di oggi, se anche voi volete crescere in umanità se volete comportarvi da persone e non da bestie; se volete far progredire e salvare il mondo in cui vivete, invece di rovinalo e di distrugerlo,come state facendo..., avete interesse a frequentare e a stare vicino a quest’uomo ad attaccarvi a lui, a lasciarvi ispirare, guidare, influenzare dalla sua parola, dal suo insegnamento, dal suo esempio e dal suo spirito, proprio come il tralcio deve rimanere attaccato alla vite se vuole avere ciò di cui ha bisogno per vivere, fiorire e portar frutto.

Il vangelo di oggi attraverso l’immagine poetica e incisiva della vite e del tralcio far capire a noi cristiani che senza questo legame e questa comunione con lo spirito di Gesù, rischiamo di perderci nel labirinto dell’esistenza e di fallire lo scopo della nostra vita. Infatti senza referenza a questo modello che potremo chiamare “divino” d’umanità, noi siamo come una nave senza bussola, come una lampada senza luce, una pianta senza linfa, un fiore senza colore. “Chi rimane in me e io in lui, fa molto frutto, perché senza di me non potete far nulla. Chi non rimane in me, viene gettato via come il tralcio e si secca, e poi lo raccolgono e lo gettano nel fuoco e lo bruciano”, perchè non serve a niente e non vale nulla.

Questo brano del vangelo di Giovanni vuole essere un invito a riflettere su una scomoda verità, conosciuta ad ogni vignaiolo: affinchè la vite porti frutto, occorre potarla. L'avete mai visto una vite potata? Fa impressione vedere come piange ! La "lacrima" della linfa sgorgano dal taglio come sangue da una ferita. Eppure quel gesto è davvero necessario: il tralcio, accorciato nel punto giusto, concentra tutte le sue energie nel futuro grappolo d'uva. La vita che si pota , che si taglia in continuazione è una immagine della nostra esistenza. Di quanti tagli, lacrime, sofferenze, delusioni, dispiaceri, malattie, lutti, periodi "giù …è intessuta la nostra esistenza! È inevitabile, e lo sappiamo, anche se il più delle volte ci ribelliamo, ci intristiamo. Ma la sofferenza serve a renderci coscienti della nostra umanità; serve a farci toccare con mano il fatto che siamo degli esseri deboli, vulnerabili, provvisori, soli; serve a farci capire che dobbiamo agganciarci a qualcuno e a qualcosa di più grande di noi, di più forte di noi, di più duraturo di noi, se vogliamo farcela,se vogliamo cavarcela; se non vogliamo precipitare nello scoraggiamento, nell’angoscia, nella depressione d’una esistenza vissuta senza entusiasmo, senza fiato, senza gioia, senza slancio, perchè senza scopo e senza senso. Rimanete dunque attaccati e aggrappati a Lui - esorta il vangelo di oggi - e vedrete che la vostra vita acquisterà non solo profondità, ma anche altezza... e allora si apriranno davanti a voi orizzonti insospettati e paesaggi nuovi, visibili soltanto per coloro che guardano la realtà attraverso gli occhi di Gesù di Nazaret.



BM 

vendredi 1 mai 2015

Dieu a besoin de nous et nous avons besoin de lui

LA PORTE ET LE PASTEUR
(Jean 10, 11-18)

           Dans les évangiles tous les textes sont là pour nous faire réfléchir; mais il y a en a qui ont le pouvoir de nous saisir d’avantage et même de nous mettre à l’envers. Celui que nous venons de lire est un. Le texte cherche à nous parler à travers un ensemble d’images tirées de la vie des bergers palestiniens du temps de Jésus. Tout compte fait, l’enseignement que ce passage veut transmettre est assez simple. Il nous dit que Dieu est comme un berger. Il agit, il réagit comme un pasteur agit et réagit en présence de ses brebis. Jésus veut nous apprendre par là que ce que Dieu ressent à notre égard est comparable à ce qu’un bon pasteur ressent pour ses brebis. Pour un berger qui n’a que ses brebis et qui ne vit que pour elles et d’elles, ses brebis représentent toute sa subsistance et même toute son existence. Ses brebis lui sont nécessaires, indispensables. Un berger, si vous lui enlevez ses brebis, ne serait plus grand-chose: il n’aurait plus rien et, souvent, il ne serait plus rien. Ses brebis sont tout ce qu’il est et ce qu’il a ; elles sont, pour ainsi dire, toute sa vie C‘est pour cela qu’il en prend soin, qu’il les aime, qu’ils les connaît toutes, individuellement, par leur nom, qu’il ne finit pas de les compter pour s’assurer qu’elles sont bien toutes là… pour être certain qu’il n’y en ait aucune qui s’égare en chemin et que toutes entrent dans la sécurité du bercail.

            Et bien, nous dit Jésus, pour Dieu, vous êtes comme ses brebis; vous êtes ce qu’il a de plus cher, de plus précieux; vous êtes toute sa vie; pour Dieu, vous aussi vous êtes nécessaires, indispensables… Par ces images, Jésus cherche donc à nous transmette une autre façon de concevoir et de penser Dieu. Et cette autre façon de concevoir Dieu à première vue, nous déconcerte. En effet, c’est quelque chose de se faire dire que nous sommes nécessaire à Dieu; que Dieu a besoin de nous, que Dieu sans nous n’est rien !!!… Une affirmation de ce genre nous choque ! Voyons! Qu’est que tu dis là, Jésus de Nazareth ? On nous a toujours prêché le contraire ! On a toujours entendu le contraire !

            Et pourtant, c’est bien cela que Jésus cherche à nous dire à travers l’image du berger. C’est vrai - nous dit-il - que vous avez besoin de Dieu !!!… Mais figurez-vous que Dieu aussi a besoin de vous. Réfléchissez ! Que serait-il sans vous? Un père sans enfants; une miséricorde sans pardon; une gratuité sans grâce, une générosité sans possibilité de donner; une bonté sans chance de faire du bien; un océan d’amour qui ne pourrait se répandre sur personne; un cœur débordant de tendresse, mais sans personne pour aimer; une immensité que resterait fermée dans sa solitude immense, parce que personne ne l’habiterait; une voix sans personne pour l’écouter ; une parole qui resterait sans réponse; une intelligence infinie sans aucune compréhension; une beauté sans aucun admirateur; une présence et une plénitude d’être qui seraient à tout jamais inconnues et donc pratiquement inexistantes, car aucune autre intelligence serait là pour s’en rendre compte, les nommer et s’extasier devant elles dans un ravissement d’émerveillement, d’adoration et de reconnaissance. Et s’il est vrai de dire que s’il n’y avait pas de brebis, il n’y aurait pas de pasteur; dans un certain sens il est vrai aussi de dire que s’il n’y avait pas d’homme (d’intelligence créée), il n’y aurait pas de Dieu, car il n’y aurait personne dans l’univers pour se rendre compte de sa présence et de son existence.

            Dieu a besoin de vous, semble nous dire Jésus. Dieu vous aime comme ses enfants les plus chers. Vous donnez vie à Dieu en ce monde; et Dieu, à son tour, vous permet de vivre en humain en ce monde. En vous rassurant de son amour et de sa présence, il fait en sorte que vous viviez dans cette confiance qui vous libère des toutes les peurs qui empoisonnent votre vie et qui souvent vous rendent inhumains.
Voilà le message central de ce passage d’évangile.

            Il y a, cependant, dans ce texte un autre point sur lequel je voudrais attirer votre attention. Jésus insiste sur le fait que pour entrer dans le bercail, non seulement il faut passer par la porte, mais que c’est lui la porte. Jésus semble avancer ici une prétention inouïe. Il semble insinuer que c’est seulement par lui, c'est-à-dire dire par l’intermédiaire de sa présence dans l’histoire et dans la vie de chacun, que nous réussissons à trouver les moyens dont nous avons besoin pour réussir notre existence, ainsi que l’accompagnement et l’aide nécessaire pour la ramener à la sécurité du bercail.

            C’est un fait que nous sommes tous obsédés par la recherche de notre sécurité. Nous sommes tous des brebis à la recherche d’un bercail où nous pouvons nous sentir rassurés et protégé. C'est sans doute une réaction au fait que nous vivions notre existence dans un état d’insécurité profonde. Nous sentons en effet que nous sommes fondamentalement des êtres fragiles, vulnérables, menacés. Alors, nous cuirasser, nous prémunir, nous protéger des dangers et des imprévus; prévoir les mauvais coups et les mauvaises surprises, devient notre souci principal. C’est pour cela que nous nous blindons avec toutes sortes d’assurances. Nous assurons tout : notre maison, notre voiture, notre chien, nos biens, notre travail, nos voyages, notre santé, notre nez, nos jambes, nos seins, notre vie….

            Mais ce n’est pas tout ! Nous pensons que la clef qui ouvre la porte de la sécurité et du bonheur nous l’avons dans notre poche et qu’il suffit de la sortir pour l’utiliser !!! Nous les connaissons les portes qui introduisent dans le bonheur terrestre ! Elles s’appellent la beauté, la belle apparence, la bonne forme physique, la silhouette svelte et séduisante, l’argent, le pouvoir, le succès, la renommée, ne jamais manquer de rien, se permettre toutes les expériences …vivre la vie à plein … comme on dit! …

            Le texte de l’évangile semble vouloir nous mettre en garde contre ces autres messies, ces autres prophètes, ces autres pasteurs qui cherchent à nous séduire et nous convaincre de passer par toutes ces portes. Méfiez-vous! -nous avertit l’évangile d’aujourd’hui- de ces passages faciles vers la réussite et le bonheur ! Il se pourrait que ce soient des attrapes…. Ça peut mener nulle part ! Ça peut vous faire mal ! Ça peut vous décevoir !!! Ces faux prophètes et ces faux pasteurs ne cherchent pas votre bien-être, mais seulement leurs intérêts. Ils sont des êtres rusés et malins qui profitent de vos faiblesses, de votre bonne foi, de votre ignorance pour s’enrichir à vos dépens. Ils ne viennent pas en mon nom ; ils ne sont pas animés par mon Esprit,… alors ne les croyez pas ! Restez loin d’eux, car ils ne sont que de profiteurs, des bandits et de voleurs ! 
La seule porte fiable, c’est moi, nous avertit Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui. C’est par moi, en faisant confiance à ma parole et à mon Esprit, que vous trouverez votre sécurité et votre bonheur. C’est seulement à travers la foi en la présence de Dieu dans votre vie et dans la confiance en son amour inconditionnel, que vous vous sentirez véritablement en sécurité sous la protection de sa tendresse et de son amour.

BM




vendredi 17 avril 2015

La cause de Jésus n'est pas morte

RÉFLEXIONS POUR LE JOUR DE PÂQUES 2015

 La résurrection n’est pas épisode de la vie de Jésus qui pourrait être catalogué parmi les autres récits qui constituent la trame de sa vie terrestre ou qui pourrait constituer matière pour sa biographie. La résurrection n’est pas un fait historique temporel, physique, tangible qui pourrait être vu, photographié et placé dans les chroniques d’actualité d’un journal local. À la limite, on pourrait affirmer que le concept chrétien de résurrection ne concerne pas directement Jésus, mais principalement ses disciples. Dans le langage chrétien, le mot «résurrection» indique quelque chose qui se passe exclusivement dans l’esprit des personnes. Ce terme caractérise une expérience religieuse, spirituelle, intime, intérieure, mystique si l’on veut, que les premiers disciples de Jésus ont vécue dans leur âme. Les témoignages de cette «résurrection» que les évangiles nous rapportent, décrivent fondamentalement des sensations spirituelles vécues par des personnes croyantes qui, après la mort de Jésus, le perçoivent comme vivant et présent. L’intensité de leur foi et de leur attachement à l’homme de Nazareth, produit en elles la conviction que cet homme extraordinaire, qui après sa mort participe de la plénitude de la vie de Dieu, est maintenant plus que jamais capable de susciter, d’activer, d’intensifier et d’éterniser dans l’existence de chaque croyant les énergies bénéfiques et salutaires qu’il mettait en œuvre au cours de sa vie terrestre.

La résurrection est donc un phénomène spirituel qui se passe dans le cœur et dans l’esprit de ceux et celles qui ont connu et aimé Jésus et pour qui le Maître continue d’être important, influant, agissant et donc présent et vivant, même après sa mort et, je dirais même, surtout après sa mort. Les disciples de Jésus ont senti que la mort de leur maître n’enlevait absolument rien à l’importance de sa vie, de son message, de son projet, de son rêve. Ils se sont aperçus que les valeurs et les attitudes que le Maître avait incarnées, vécues, transmises, n’avaient pas disparues avec lui, mais qu’elles continuaient à être aussi vraies, aussi efficaces, aussi valables, aussi séduisantes que jamais. Après la mort de Jésus, ses disciples se rendirent compte que son Esprit n’était pas mort, mais qu’il demeurait vivant et agissant dans le cœur et l’âme de ceux et celles qui l’avaient connu et aimé. Après sa mort, les disciples ont senti non seulement que Jésus était vivant auprès de Dieu, dans la vie et l’amour duquel il était entré comme toute personne qui meure, mais qu’il persistait à être vivant dans la vie et le cœur de tous ceux et celles qui avaient cru en lui.

Après la mort de Jésus, non seulement ses compagnons ont continué à vivre de lui, mais ils ont continué à le sentir actif et donc présent dans leur existence. Et c’est sans doute à cause de cela qu’ils n’ont pas pu s’empêcher de le proclamer vivant et, pour utiliser leur vocabulaire, «ressuscité». «Le Maître vit; la mort n’a rien pu faire contre lui; il est toujours vivant et nous le sentons, l’expérimentons et le voyons dans notre vie!» Voilà l’annonce pascale des chrétiens!

Cela explique pourquoi les autorités religieuses juives qui l’avaient éliminé, ont réagi avec autant d’agressivité, de colère et de peur à l’annonce chrétienne de sa résurrection. Pourtant les récits de résurrections étaient monnaie assez courante dans la littérature populaire et religieuse de l’époque. Pourquoi alors s’en faire autant pour des racontars semblables venants de prosélytes désappointés? Pourquoi s’en faire si un mort a eu la chance d’être rendu à la vie par un miracle de la toute puissance de Dieu? Tant mieux pour lui! Aujourd’hui aucun de nous ne s’affole ou ne s’énerve à la nouvelle de la résurrection de Jésus de Nazareth. Cela nous laisse bien indifférents. Pourquoi cela ne laissait pas indifférentes les autorités juives du temps de Jésus? Sans doute parce qu’elles donnaient à ce mot un contenu différant du nôtre. Étant de la même culture, de la même religion et ayant la même mentalité que les premiers disciples de Jésus, elles avaient compris que la proclamation chrétienne «Jésus est vivant», ne faisait pas du tout référence à une revivification ou réanimation physiologique d’un cadavre; ni à un retour d’un mort à la vie corporelle, mais à la continuation de l’esprit de Jésus dans la vie de ses disciples. Les autorités religieuses juives qui avaient tout fait pour se débarrasser du Nazaréen, avaient saisi que l’affaire Jésus était loin d’être classée et que la cause de Jésus continuait de plus belle. Son esprit, son enseignement, son projet, son utopie continuaient à inspirer et à animer le mouvement spirituel qu’il avait initié. À travers ses disciples, Jésus poursuivait son œuvre. Si lui avait été supprimé, sa cause n’était pas morte. Ses adversaires n’avaient donc pas réussi à s’en débarrasser et à le faire taire. Ses adversaires avaient été battus. C’est cela qui a enragé les autorités juives qui ne voulaient pas s’avouer vaincues et qui ont tout mis en œuvre pour étouffer l’annonce chrétienne de la «résurrection» de Jésus.

Pour les disciples de Jésus croire en sa résurrection ne veut donc pas dire croire en une absurde et impossible réanimation d’un cadavre ou en une sortie physique du tombeau d’un revenant de la mort. Croire en la résurrection signifie croire que la cause pour laquelle Jésus s’est battu et est mort est valide encore aujourd’hui ; qu’elle est aussi notre cause; une cause pour laquelle il vaut la peine de vivre, de lutter et de mourir.

Croire en la résurrection de Jésus signifie croire que sa parole, son enseignement, son projet, sa cause expriment les valeurs fondamentales de notre existence. Cela signifie croire que son action, sa parole, sa pensée, sa foi, sa qualité d’humanité peuvent laisser des traces profondes et indélébiles dans notre existence, au point que notre vie peut en être complètement transformée. Ce qui est important ce n’est pas de croire en Jésus, mais de croire comme Jésus. Ce n’est pas d’avoir foi en Jésus, mais d’avoir la foi de Jésus. C’est de vivre selon son esprit et le style de vie qui fut le sien…et qui a fasciné le monde. Si notre foi reproduit la foi de Jésus (c’est-à-dire ses convictions, son idée de Dieu, sa vision de la vie et de l’histoire humaine, son attitude vis-à-vis des pauvres, des marginaux, des dérapés, ses options face à la richesse et au pouvoir), notre foi sera aussi critique, conflictuelle et combative que celle de la prédication des Apôtres ou de Jésus.
 À travers nous, ses disciples, le prophète de Nazareth poursuit son œuvre. Certes, pour nous il reste l’homme que la méchanceté humaine nous a enlevé; mais il est et restera toujours l’homme rempli de l’Esprit de Dieu, le modèle le plus accompli d’humanité, une lumière sur notre route et un chemin de salut. Il restera aussi celui que notre foi, notre admiration et notre amour continueront à rendre vivant et ressuscité dans notre vie et notre monde.
  

 BM

Souffrance de Jésus et souffrance du monde

RÉFLEXIONS SUR LA MORT DU SEIGNEUR

La mort de Jésus sur la croix n’a pas été un événement prédéterminé à l’avance, cela n'a pas été un sacrifice organisé et voulu par Dieu. La mort de Jésus sur la croix n’est pas le rachat ou le prix du sang  payé par Jésus à un Dieu offensé, afin d’apaiser sa colère à cause du péché de l’humanité, pour obtenir son pardon et la remise de la condamnation au feu éternel, comme pendant des siècles l’a enseigné et l’enseigne encore une sinistre et fausse théologie.

Au contraire, Jésus a été tué  parce qu’il a annoncé un Dieu tout à fait différent. Son Dieu n’est pas un Dieu qui s’irrite, qui surveille, qui juge, qui punit, qui exige réparation, compensation, soumission, adoration, supplications. Son Dieu n’est pas une divinité capricieuse et irascible qu’il faut adoucir et calmer par des prières, des offrandes et des sacrifices. 

Jésus est mort parce qu’il il a fait mourir ce Dieu sévère, cruel et colérique. Son Dieu est un Dieu qui est Père, qui est Mère, qui est tendresse, miséricorde et  pitié; qui est accueil, tolérance et amour. Son Dieu est un Dieu qui accepte tout le monde: les bons et les méchants, les proches et les lointains, les conformes et les non-conformes, les purs et les impurs, les riches et les pauvres, les juifs et les païens, les pharisiens et les publicains, les blancs et les noirs, les prostituées, les adultères, les homosexuels, les russes et les américains, les femmes qui avortent et celles qui gardent leur enfant.  Son Dieu aime tout ce monde, aussi intensément qu’il aime Marie de Magdala, Pierre, Jacques et Jean,  Lazard, Marthe et Marie …

Son Dieu est tellement différent de celui imaginé par les religions, que Jésus le présente même comme ayant un faible pour les «pécheurs», c'est-à-dire pour ceux et celles qui se sont trompés, qui se sont égarés; qui, à cause de leur limites, de leurs  faiblesses, de leurs fautes, n’ont pas réussi à suivre les règles; se sont laissés entraîner sur de mauvais chemins; n’ont pas fait les bons choix … et qui maintenant ont mal dans leurs corps et dans leurs âmes.   

Jésus es mort parce qu’il a déclaré et enseigné que c’est justement  pour ces  gens là que Dieu est Dieu. Quel sens aurait un Dieu-Amour qui ne serait pas tel pour  l’homme blessé, égaré, malheureux, assoiffé d’amour ? Un Dieu qui ne serait pas là pour protéger,  réchapper, libérer, sauver ? Quel sens aurait un Dieu-Énergie-Originelle d’Amour qui n‘inspirerait pas confiance et abandon et qui ne constituerait pas pour les éprouvés de l’existence un espoir de vie et une source de renouvellement, de guérison et de salut ?

            Jésus a été tué par l’Institution religieuse de son temps  parce qu’il a supprimé et  tué le Dieu qu’elle s’était fabriqué pour en tirer prestige et pouvoir. Il a été éliminé par les autorités religieuses de son pays parce qu’il a dénoncé leur hypocrisie, leur ambition, leur  vanité, leur compromission avec le pouvoir politique, ainsi que l’usage de la religion et de l’ignorance des gens pour se procurer avantages matériels et économiques.

Jésus a été éliminée par le pouvoir civil de son époque parce qu’il a renversé les principes qui régissaient l’orientation de leurs pensées, de leurs décisions et de leur politique. Il a été tué parce qu’il a proclamé la grandeur des petits, la valeur de  tous ceux et celles qui sont considérés sans valeur; parce qu’il s’est érigé contre toute forme d’exploitation des plus faibles par les plus puissants; parce qu’il a condamné la recherche du pouvoir, de l’argent et de la richesse comme normes structurantes et finales de l’agir humain. 

Jésus a été tué parce qu’il a pris la part des plus faibles contre les plus forts, des impurs contre les purs, des pauvres contre les riches, des exploités contre les exploiteurs, des exclus contre les rangés, des pécheurs contre les justes. Il a été tué parce qu’il s’est identifié aux bandits, à tous les hors-norme que le système cherche à supprimer. Il a été tué parce qu’il subvertissait les traditions et les normes reçues et parce qu’il dérangeait l’ordre établi qui assure le pouvoir de ceux qui gouvernent.

En tant que chrétiens nous nous émouvons au souvenir des souffrances du Seigneur. Mais sommes-nous touchés par la misère et la douleur de tous les délaissés, les abandonnés, les suppliciés de notre monde? Je pense aux millions de travailleurs qui s’échinent comme des esclaves, avec des salaires de misère et en des conditions affreuses au Pakistan, en Inde, en Chine… Je pense au travail des enfants, à l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants à des fins commerciales. Je pense au commerce clandestins des organes; à la vente d’armes aux pays sous-développés qui entretient l’instabilité, les rivalités tribales, le désordre et la violence. Je pense aux conditions ignobles et dégradantes de soumission, de violence et d’inégalité dans lesquelles les femmes sont tenues dans de nombreux pays du globe. Je pense à la pratique de l’esclavage encore en vigueur dans certains pays d’Afrique et du Moyen Orient. Je pense à la plaie du racisme, de la discrimination, de l’intolérance dont font encore l’objet les femmes, les immigrés, les gens de couleur, les homosexuels, les sidatiques. Je pense à la persécution des chrétiens  de la part des groupes extrémistes de l’islam. Je pense au terrorisme engendré par le fanatisme religieux et par l’ignorance, avec sa cohorte d’horreurs et de souffrances. Je pense aux guerres entretenues subrepticement par l’ambition, la soif du pouvoir et les rêve secrets d’expansion et de conquête, comme c’est le cas de la Russie par rapport à l’Ukraine en ce moment. Oui, partout dans le monde des êtres  innocents sont encore et toujours  crucifiés!

La passion de Jésus s’inscrit alors à l’intérieur de la passion de tous ceux et celles qui souffrent et sa mort en croix exprime sa solidarité avec tous les crucifiés de l’histoire. Oui, la passion du Seigneur continue aujourd’hui encore dans la passion de notre monde crucifié sur la gibet de la cupidité, de la méchanceté, de le cruauté et de la stupidité humaine.
À la suite de Jésus et comme Jésus, les chrétiens sont appelés à se charger de la croix pour lutter contre les innombrables croix qui pèsent sur les épaules de tant de personnes dans notre société dite progressiste et moderne. Cela signifie que les chrétiens sont appelés à s’engager avec détermination et courage, coûte que coûte, au prix de leur bien-être, de leur  tranquillité et même de leur vie; à devenir solidaires avec tous ceux qui souffrent, qui sont opprimés, qui sont ignorés et abandonnés; à s’opposer et à réagir contre toute forme d’exploitation, d’inégalité et d’injustice qui déshumanisent parce qu’elles créent souffrance, humiliation, déchéance et pauvreté. Si nous les chrétiens sommes capables de relever le défi de la croix et de souffrir et de lutter pour plus d’amour, de justice, de fraternité et d’humanité sur cette terre, peut-être pourrons-nous contribuer à  bâtir un monde meilleur, ce monde transformé et rénové par les forces de  l’amour dont Jésus avait  rêvé lorsqu’il annonçait la possibilité d’un «royaume de Dieu» sur terre.

Ainsi nous comprenons mieux pourquoi le christianisme proclame que la Croix de Jésus, unie à la croix des chrétiens, a le pouvoir de sauver le monde.



BM



JÉSUS NOUS DEMANDE DE NOUS LAVER LES PIEDS LES UNS LES AUTRES …


(Jn 13,1-15)

Méditation du Jeudi Saint 2015

Dans l’évangile de Jean, la dernière Cène constitue le moment culminant de la vie de Jésus. Nous y trouvons le récit de Jésus qui lave les pieds de ses disciples. Dans la pensée de Jean, ce geste est tellement important que sa valeur symbolique devient désormais le paradigme du comportement chrétien et donc la condition indispensable pour que quelqu’un puisse se considérer comme disciple du Seigneur. Ce que Jean veut dire, en nous laissant le souvenir de cette action de Jésus, est ceci : «Tu n’es chrétien, tu n’es son disciple que si dans ta vie tu es capable, comme Jésus et à sa suite, de te dévêtir du manteau de ton égoïsme et de ta suffisance pour te mettre humblement au service des autres comme un égal et un frère, disposé, si nécessaire, à leur laver les pieds».

En transmettant ce geste de Jésus, l’évangéliste Jean, pour qui Jésus incarne la présence de Dieu parmi nous, veut aussi aider les chrétiens à se défaire d’une fausse image de Dieu. En présentant Jésus qui, aux pieds de ses disciples, adopte le comportement de l’esclave, il cherche à faire comprendre qu’en Jésus Dieu ne se manifeste pas comme le souverain tout-puissant, le grand chef des armées célestes qui exige soumission et obéissance, le juge sévère qui surveille, contrôle et demande des comptes, mais comme le Serviteur de l’homme qui n’écrase jamais personne avec les exigences de sa supériorité, mais cherche, au contraire, à élever l’homme, avec patience et amour, jusqu’à la mesure de sa grandeur et de sa sainteté. Pour Jean, Jésus est l’incarnation de cette attitude de Dieu qui veut être au service de l’homme afin de le libérer des pulsions néfastes qui l’écrasent au sol et qui l’empêchent de prendre l’envol vers les hauteurs pour lesquelles il a été créé en tant qu’être humain et enfant de Dieu.

Cet évangile constitue alors une critique du Dieu des religions, car ce Dieu ne correspond pas à celui que Jésus nous a révélé. Ce texte d’évangile nous oblige à abandonner la conception «religieuse» de Dieu, pour adopter le Dieu «profane» dont parle Jésus. Son Dieu, en effet, ne se trouve pas dans les temples, les cathédrales, les basiliques, les églises, dans les rites, les prières, les dévotions, les pratiques de piété, mais seulement là où il y de l’amour à donner et de l’amour à recevoir, ainsi que le chante une ancienne hymne chrétienne: « Ubi caritas et amor, Deus ibi est». Là où naissent des gestes de bonté, de compassion, de disponibilité, de don de soi, de pardon, d’entraide, de service … là se manifeste le Dieu de Jésus-Christ. Et ces gestes ne sont jamais posés dans les lieux sacrés de la religion et du culte, mais toujours en dehors d’eux … Partout où il y a des gens ordinaires, humbles, simples, démunis, oubliés, exploités, opprimés, souffrants… là se trouve le terreau propice à l’éclosion des actes de l’amour et du service qui réalisent la présence de Dieu dans notre monde.

L’évangéliste Jean avait compris qu’avec Jésus avait fait irruption dans notre monde une nouvelle façon de concevoir Dieu et de traiter l’homme. À l’écoute de Jésus, il avait appris que Dieu est amour qui se donne et que l’homme ne s’humanise qu’en se divinisant, c'est-à-dire, en posant le geste divin de l’amour gratuit et désintéressé… à l’exemple de son Maître. D’après ce Maître, désormais la grandeur et la valeur de la personne ne sont plus dans sa force, dans sa supériorité, dans son pouvoir, dans son argent, mais dans sa capacité de se faire le dernier de tous et le serviteur de tous. Ainsi, dira-t-il, celui qui veut trop se préoccuper de sa vie, la perdra. Mais celui qui sera capable de donner sa vie en faveur des autres et pour les autres, la transformera en une réussite merveilleuse, en un bijou précieux qui enrichira et celui qui le donne et ceux et celles qui le reçoivent.

Désormais il n’y a plus des monarques, des souverains, des commandants, des chefs, des boss, des personnes qui sont en haut et d’autres qui sont en bas, des personnes qui sont supérieures et d’autres qui sont inférieures. Désormais il n’y a que des serviteurs. C’est ce que Pierre refuse d’admettre ou de comprendre, mais qu’il doit accepter et réaliser, s’il veut avoir une place à la table du Seigneur, même si ce comportement que Jésus propose à ses disciples lui paraît utopiste et insensé.

C’est ce que nous devons accepter nous aussi, les chrétiens du XXIe siècle, qui pensons être les chanceux représentants d’une modernité «évoluée»…, mais qui, en réalité, vivons encore aux temps préhistoriques de la confrontation tribale, de la lutte pour les meilleurs pâturages et le plus gros gibier; qui sommes contaminés par le virus de la consommation, aveuglés par le culte de l’argent; abrutis par l’angoisse de la supériorité;  qui pensons être au sommet de la civilisation et du progrès parce que notre technique et notre savoir sont capables de ravager et piller la planète et de la rendre inhabitable…, nous-aussi devons apprendre de Jésus à nous défaire de notre égoïsme, de notre arrogance, de notre sentiment de supériorité, de notre cupidité et à nous mettre aux pieds des autres et au service de tout ce qui est autre, dans une attitude de véritable humilité, de soin, d’attention, de respect et d‘amour.

Seulement lorsque les humains auront intériorisé l’attitude de Jésus qui lave les pieds de son prochain, ils pourront dire d’être sur le chemin de leur véritable humanisation. Il y aura alors un certain espoir de vie pour notre race et pour la planète qu’elle habite.


BM



mardi 10 mars 2015

Il DÉTRUIT LA RELIGION DU TEMPLE

(Jean 2, 13-25)

L’action de Jésus qui chasse les vendeurs du temple constitue un geste symbolique d’une importance capitale pour comprendre le contenu contestataire de la pensée et de l’activité du Prophète de Nazareth. Par ce geste, Jésus n’exprime pas seulement son opposition aux convictions et aux pratiques religieuses et cultuelles de son temps, mais il proclame la fin de la fonction du temple comme moyen de relation avec Dieu. Le temple, transformé en la plus grande institution financière de l’époque et en un honteux système commercial d’exploitation des plus pauvres de la part des plus riches, est devenu, pour Jésus, un contre-sens et un scandale insupportable auxquels il veut mettre fin. Le temple, comme lieu de la présence divine et comme signe d’élection, a failli à sa mission. Il n’a donc plus aucune valeur ni comme signe religieux, ni comme instrument de salut. Comme n’ont plus aucune importance les services cultuels qu’il offre et les personnes qui les desservent (grand-prêtre, prêtres, lévites, scribes, etc.). Le temple doit donc cesser d’exister.

Jésus ne reconnaît pas le Dieu adoré dans ce temple comme son Dieu. Si dans ce texte d’évangile Jésus appelle Dieu «mon Père», c’est pour qu’il soit clair qu’il ne veut pas identifier son Dieu avec celui du Temple. Ce Dieu du temple n’est pas son Dieu. Ce Dieu du temple, qui justifie l’argent, la richesse, le commerce, le profit, le pouvoir, l’exploitation, l’abattage cultuel de milliers d’animaux; ce Dieu, despote, irascible et punisseur qu’il faut flatter, amadouer, rendre propice par des rites propitiatoires et des sacrifices, n’existe pas. Ce Dieu qui s’abreuve du sang des animaux sacrifiés est un monstre hideux, inventé par la cupidité, la cruauté et la bêtise humaine. Donc ce temple qui le sert, n’a aucune raison d’exister non plus. Vidons-le donc de tout ce qu’il contient, puisque ce qu’il contient n’a absolument aucun importance ni aucune utilité pour le salut de l’homme. Ici Jésus élimine la valeur du temple et donc de toute organisation religieuse construite pour faire croire aux gens qu’ils ont besoin d’elle pour se mettre en relation avec la divinité afin d’obtenir faveurs, protection et salut.

Par ce geste Jésus veut faire comprendre qu’on ne rencontre pas Dieu dans les rites cultuels et l’offrande des sacrifices. Les humains n’ont pas besoin d’offrir à Dieu quoi que ce soit pour lui plaire. Ils n’ont même pas à se soucier de lui plaire, car ils plaisent naturellement à Dieu. Ils sont depuis toujours le produit de son amour.

 Son Dieu n’est pas un Dieu à qui on doit donner, mais c’est un Dieu qui donne, qui se donne. Il n’est pas un Dieu qui veut être servi, mais qui sert et qui se met lui-même au service de l’homme. L’homme ne doit plus sacrifier quoi que ce soit à Dieu; il ne doit pas se priver de son pain pour le lui offrir. Au contraire, nous dit Jésus, c’est Dieu lui-même qui est le pain de l’homme, qui se fait pain pour le nourrir de sa parole, de son esprit et de sa présence. Voilà donc que le fonctionnement de la religion et du temple sont mis à mort. C'est ce que Jésus dira clairement à la Samaritaine quelques jours plus tard quand il remontera en Galilée après la Pâque: "Ce n'est pas à Jérusalem que vous adorerez le Père. Les vrais adorateurs adoreront Dieu en esprit et en vérité". Pour Jésus, c’est le cœur de l’homme qui est le temple de la présence de Dieu en ce monde.

C’est donc toute la religion instituée que Jésus disqualifie ici. Jésus sape ici les fondements mêmes sur lesquels sont bâtis la société, l’économie, la religion et la culture juive de son temps. Lorsqu’on a saisi l’importance symbolique de ce geste de Jésus, on comprend aussi plus facilement pourquoi la bagarre du temple constitue, dans la vie de Jésus un tournant décisif. Elle sera la goutte qui fera déborder le vase de l’hostilité et de l’opposition des autorités religieuses juives contre le prophète de Nazareth et, finalement, l’événement tragique qui déclenchera la décision définitive de son élimination.

Une grande partie de l’activité de Jésus est marquée par cette guerre qu’il a entreprise contre les expressions oppressives du pouvoir et contre les manifestations du paraître, de la simulation et du mensonge. C’est surtout pour fouetter la vanité et l’hypocrisie de certaines classes sociales que Jésus montre une agressivité et une sévérité qui ne finissent pas de nous surprendre. Jésus n’a pas utilisé le fouet seulement contre les marchands du temple, mais il a fustigé avec un plaisir amer et sans mâcher ses mots la fausseté et l’hypocrisie, l‘attachements insensé et ridicule à l’argent et au pouvoir. Je pense que ceux qui s’imaginent Jésus comme une personne calme, tendre, aimable, délicate, qui endure tout et supporte tout, le doux Jésus à l’eau de rose et au visage efféminé tel qu'il nous est souvent présenté par certaines représentations mielleuses de l’imagerie chrétienne, devraient revoir leur idée du Maître. Jésus est un homme de conviction, de transparence, de vérité qui n’a pas eu peur de se mettre contre le pouvoir établi, contre les préjudices, les tabous; qui a lutté pour une religion plus vraie, plus humaine, une société plus juste; qui s’est battu pour rendre conscients les gens de leur grandeur, de leur dignité, de leurs droits: droit à suivre leur conscience et leurs convictions; à ne pas être jugés, à vivre libres; droit au respect, à l’égalité, à l’amour puisque enfants de Dieu…

L’évangile d’aujourd’hui en présentant Jésus, au terme de sa vie, le fouet à la main, veut sans doute attirer notre attention sur la facette violente de sa personnalité afin que nous aussi, ses disciples, nous soyons davantage en syntonie avec l’aspect prophétique du maître de Nazareth. Cela comporte un devenir plus averti, plus éclairé, plus contestataire, plus critique des valeurs, des attitudes, des principes que le monde, la société, et même les institutions religieuses nous proposent, afin que nous ayons le courage de les contester et de les combattre, s’il le faut. Par exemple, combattre la centralité et la supériorité absolue de l’humain sur les autres êtres vivants. Combattre la suprématie de l’argent, du profit, du capital, qui crée richesses pour une minorité avec l’exploitation de la majorité, la lutte des classes, les injustices et la dévastation de la nature qui en suivent. S’opposer à la hantise de la consommation comme moteur indispensable de l’économie, du bien-être social et du progrès. Mettre en question la compétition et le rendement comme lois essentielles et indiscutables du marché et des relations commerciales entre les peuples.

Pour conclure, cet évangile veut nous faire comprendre que désormais Dieu on ne le rencontre plus dans le temple, la synagogue, la mosquée ou l’église par le moyen de l’observance extérieure des rites, des sacrifices, des formules de la prière; mais Dieu est présent partout dans le cœur de tout homme et de toute femme que nous rencontrons sur le chemin de notre vie. Pour Jésus, c’est la personne humaine qui est le temple de Dieu et le lieu de sa présence. Et ne prend de la valeur que le sanctuaire construit par la main de Dieu et qui est finalement le cœur de l’homme.  

Restent ainsi condamnées et disqualifiées toute manipulation et monopolisation de Dieu de la part de n’importe quelle religion; ainsi que toute prétention de posséder en exclusivité la vérité sur Dieu et les moyens de faire sa rencontre et d’obtenir son salut.


MB