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lundi 4 août 2014

UNE AUTRE APPROCHE CHRÉTIENNE DE LA SEXUALITÉ, DE L’AMOUR ET DU MARIAGE





À cause de sa doctrine sur le salut et la rédemption obtenus par la mort «sacrificielle» du Christ en croix, le christianisme a toujours été porté à survaloriser le rôle et l’importance de la souffrance dans la vie et la spiritualité de ses fidèles.

En conséquence de cela, le christianisme, surtout dans sa version catholique, a toujours éprouvé un certain malaise devant le plaisir qu’il n’est jamais parvenu à apprivoiser et à accepter complètement. Il a constamment fait planer sur lui l‘ombre du suspect et de la culpabilité. Alors que la morale catholique n’a pas de difficulté à accepter comme bons et légitimes les plaisirs bien physiques d’une bonne table, de la mollesse, du luxe, du confort, des demeures somptueuses, de l’oisiveté et de la vanité, etc., elle a développé un parti pris et une aversion arrêtée contre le plaisir lorsque celui-ci provient des parties génitales de l’être humain. Le christianisme est en effet la seule religion, parmi les grandes religions du monde, qui culpabilise par principe le plaisir sexuel. Alors que toutes les autres religions considèrent ce plaisir comme une expérience normale et naturelle, avec certaines conditions; le christianisme trouve, par contre, normal et naturel de le condamner, sauf dans certains cas bien déterminés, sans jamais arriver cependant à l’approuver totalement. Pour l’église le plaisir sexuel recherché pour lui-même est toujours un «péché», même dans le mariage. Seulement récemment, sous la pression des acquis des sciences humaines, l’Église a accepté que le couple puisse avoir des relations motivées par le plaisir d’être ensemble, pourvu qu’aucun moyen anticonceptionnel ne soit utilisé.

Les raisons historiques qui expliquent la méfiance ecclésiastique envers le plaisir et la sexualité sont nombreuses. Aux origines du christianisme, il y a d’abord la relativisation des réalités mondaines inscrite au cœur même du message chrétien convaincu de la fin imminente de la «figure de ce monde». Il y a l’influence sur la pensée chrétienne des philosophies hellénistiques et des mouvements gnostiques hostiles à la matière et au corps. Ce dernier est considéré comme la prison de l’âme et de l’esclavage duquel il faut se libérer, en se niant à ses passions et en s’abstenant de toute activité sexuelle qui ne sert qu’à propager la matière qui est mauvaise et qui est l’œuvre d’une Entité maléfique (manichéisme). L’aversion envers le plaisir sexuel a été particulièrement encouragée dans l’Église par l’énorme autorité de saint Augustin d’Hippone qui accuse la relation sexuelle d’être responsable de la transmission du péché originel qui infecte l’humanité.

La condamnation ecclésiastique du plaisir sexuel ne repose évidemment sur aucun fondement ni rationnel ni biblique. Elle est le fruit d’une névrose qui, à partir d’Augustin d‘Hippone, a contaminé la pensée et le comportement des clercs célibataires de l’Église qui, obligés à la continence, ont senti le besoin de justifier le refoulement de leurs pulsions par la vitupération de la femme et la réprobation du plaisir de la chair et de l’imposer au reste de la population chrétienne.

Certes la recherche du plaisir ne doit pas devenir obsession ou dépendance névrotique et elle doit s’intégrer dans un comportement humain qui respecte les harmoniques du don de soi, de l’abnégation, de la tendresse et de l’amour. Mais ces conditions étant assurées, l’Église a tort de condamner le plaisir en tant que tel et elle devrait revoir toute sa doctrine morale à se sujet. Cette révision est d’autant plus urgente que l’autorité de Dieu sur laquelle elle s’appuie pour prouver la vérité des ses affirmation et justifier ses prises de positions dans le domaine de la sexualité, de l’amour et du mariage n’est plus aujourd’hui ni reconnue ni acceptée comme réelle et donc comme contraignante.
La condamnation du plaisir sexuel a conduit l’Église à interdire toute activité sexuelle en dehors du mariage et, dans celui-ci, toute relation sexuelle fermée à la procréation. L’Église pense que les virtualités naturelles qui sont à la base de la vie dans l’univers; que les forces d’attraction qui dans le cosmos poussent les corps à s’approcher, à s’influencer, à entrer en relation, à s’unir et qui sont à l’œuvre d’une façon éminente chez l’humain où elles deviennent passions, émerveillement conscient, extase et amour… eh bien, l’Église croit, naïvement, que ces pulsions peuvent facilement être contrôlées et qu’elle a le droit de les limiter et même de les interdire.
Évidemment aujourd’hui, à cause de l’évolution des mentalités et des connaissances, rares sont ceux et celles, même parmi les chrétiens, qui reconnaissent à l’Église un tel droit. De fait, la grande majorité des chrétiens ne se sentent plus concernés par les directives et les prohibitions de l’Église en matière de morale. Ils refusent tout simplement aux autorités religieuses le pouvoir et la compétence de se prononcer sur la façon dont ils doivent gérer et vivre leur vie amoureuse et sexuelle.

La nouvelle mentalité est en train de libérer le mariage de la tyrannie et de la domination de l’Institution ecclésiale qui pendant des siècles l’a colonisé et monopolisé, en faisant de cet événement, non pas un lieu de liberté et d’épanouissement, mais une prison de laquelle les couples ne peuvent plus s’échapper. La grande responsable de cette tyrannie a été l’introduction dans le contrat naturel du mariage (à partir du XIIIe siècle) de la notion d’indissolubilité, notion que l’Église attribue à une volonté explicite de Dieu, révélée et enseignée par Jésus-Christ.


1 . MARIAGE INDISSOLUBLE ?


L’Église catholique pense que l’indissolubilité du mariage est affirmée par les évangiles et qu’elle fait partie de l’enseignement de Jésus (Mt. 5,31; 19,1-9; Marc.10,1-12). Voyons si cela correspond à la vérité. Dans ces passages de l’évangile, Jésus s’en prend au laxisme de la loi juive (la Torah) à propos du mariage et à la facilité avec laquelle l’homme pouvait se séparer de sa femme. Jésus se dresse contre le machisme d’une loi qui permet aux hommes de répudier leur femme «pour n’importe quel motif», il est convaincu que cette attitude va contre le plan de Dieu. Pour prendre la défense de la femme et s’ériger contre l’exploitation et l’injustice qu’elle subissait lorsqu’elle était jetée à la rue sans ressources et sans protection, Jésus introduit, pour la première fois dans l’histoire de la culture et de la pensée humaine, l’idée d’une union entre l’homme et la femme qui ne devrait pas être facilement brisée, mais qui devrait résister aux difficultés et surtout durer au-delà des caprices et de l’humeur de l’homme. En s’appuyant sur la Bible, il élabore alors une argumentation pour prouver que Dieu a voulu le mariage durable et permanent. Jésus pense que son idée d’un mariage résistant et permanent correspond à une volonté explicite de Dieu, qu’il trouve exprimée dans le livre de la Genèse (Gn.2,24).

Il est nécessaire cependant de noter que dans le texte de la Genèse il n’est pas question de «mariage» au sens juridique du terme, mais seulement du phénomène naturel de l’attirance des sexes et de l’union entre deux êtres qui n’existent que pour se compléter et se fusionner afin de rétablir l’unité originelle, en retournant à être une seule chair.
Arriver à être une seule chair est bien l’expression que la Genèse et ensuite Jésus utilisent pour indiquer cette finalité naturelle de l’amour entre l’homme et la femme, lorsque cet amour est humain et lorsqu’il est véritablement réussi. Mais cette indissolubilité du couple reste un projet de vie à actualiser. On ne saura jamais à l’avance si elle se concrétisera et si le couple aura les attitudes et les capacités de mettre en place les conditions de sa réalisation. Jésus, qui aime énoncer des utopies et des rêves, en propose aussi ici lorsqu’il parle du mariage, en présentant l’idéal d’une union indissoluble. C’est pour cela qu’en Mt 19,5 et dans Marc 10.6-7 Jésus mettra au futur la phrase que la Genèse avait transmis au présent de l'indicatif: «C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’unira à a sa femme et les deux ne feront qu’une seule chair». L’indicatif futur semble donc indiquer que Jésus perçoit le fait de s’unir pour arriver à faire une seule chair, comme une tâche que les couples doivent poursuivre tout au long de leur vie, mais dont le résultat n’est jamais assuré à l’avance.

Il semble donc que pour Jésus l’indissolubilité fasse partie du mariage, mais comme un but à atteindre, un idéal de vie à réaliser qui correspond à un plan de Dieu. C’est pour cela que Jésus se dresse contre toute forme de divorce facile, surtout lorsque le divorce vient de l’attitude désinvolte et machiste de l’homme qui banalise la relation amoureuse, ou qui fuit lâchement et égoïstement devant les difficultés de la vie commune. On voit ici la nature idéaliste de Jésus qui voudrait que dans le mariage les couples fassent l’impossible pour rendre possible une relation qui les unisse ensemble d’une façon indissoluble.

Mais Jésus sait que dans le concret de la vie, les choses ne se passent pas toujours d’une manière idéale. S’il affirme donc la possibilité d’un mariage où le couple réussit à vivre ensemble d’une manière constante jusqu'au bout du chemin, il sait aussi que parfois les circonstances et les imprévus de l’existence peuvent rendre la persistance du mariage une affaire presque impossible. Il prévoit donc des « sauf...» (Mt. 5,32; 19,9). Ainsi, il y des mariages où la force et l’attraction destinées à créer l’unité et l’inséparabilité se fragilisent en cours de route et alors le couple clopine péniblement et lourdement ensemble sans trop d’élan et d’enthousiasme, tenu ensemble seulement soit par la présence des enfants, soit par les liens tenus d’une amitié qu’on n’ose ni détériorer ni terminer car, somme toute, protectrice et réconfortante; ou par le calcul beaucoup plus opportuniste et réaliste du confort matériel et de la sécurité économique. Le mariage traîne alors à terre comme une dépouille inerte ou un coquillage vide de toute forme de vie. Dans ce dernier cas, se séparer, divorcer et chercher à se donner une autre chance d’aimer, peut et doit être une option envisageable et parfois même nécessaire. Même selon Jésus.

Il faut reconnaître cependant que cette vision du mariage «indissoluble» est une opinion personnelle de Jésus et que sa perception est et restera inconnue autant par la Bible Juive que par toutes les autres cultures anciennes.

Jésus n’était ni chrétien ni catholique, mais un juif qui, lorsqu’il parlait de mariage, avait à l’esprit uniquement le mariage tel qu’il était célébré chez les juifs et chez les nations «païennes» de son temps. Le mariage dont parle Jésus est donc un mariage «civil» et «naturel» et non pas un mariage religieux et «sacramentel». C’est donc ce contrat naturel de mariage qui, selon Jésus, doit porter les caractéristiques et les promesses d’une union stable et perpétuelle. Pour Jésus tout rite, civil ou pas, qui encadre formellement et juridiquement la décision d’un couple de vivre ensemble pour la vie, porte les couleurs de la stabilité et de la permanence, ainsi que la «bénédiction gracieuse» de Dieu.

Cependant ce n’est pas de cette façon que l’Église catholique a interprété et compris la pensée de Jésus. À partir du XIIIème siècle, en effet, les canonistes n’ont plus reconnu comme indissoluble le mariage naturel et «civil» en vigueur jusqu’à ce moment là et conclu selon les normes et les coutumes de l’époque. L’indissolubilité a été reliée à la «sacramentalité» d’un rite religieux et au respect des conditions «canoniques» qui en assurent sa validité. Les raisons qui ont induit l’Église à s’approprier du mariage de ses fidèles et à monopoliser les conditions de sa validité, sont essentiellement d’ordre politique, pragmatique et économique. La papauté de ce temps devait s’assurer que le mariage ne soit plus accessible aux clercs ordonnés, auxquels elle avait imposé l’obligation du célibat. L’obligation du célibat était principalement motivée par la nécessité de garder à l’intérieur de l’Institution ecclésiastique les propriétés et les richesses accumulées au cours du temps par les donations, les cessions, les legs et les héritages des princes, des rois et des empereurs. La papauté ne voulait pas courir le risque de perdre ou de disperser ces biens parmi d’éventuels enfants et héritiers de prêtres et de dignitaires cléricaux mariés. Pour cela il fallait rendre impossible aux clercs ordonnés l’accès au mariage, en le transformant en un acte religieux et en un «sacrement» dont elle pouvait établir les conditions de validité.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, on assistait au fait aberrant d’une Institution que l’aveuglement du pouvoir, la cupidité de l’avoir et les exigences de l’idéologie conduisaient à penser qu’elle pouvait s’ériger au-dessus des dynamiques des systèmes naturels qui gèrent l’évolution et le développement de la vie dans l’Univers. Elle s’était en effet convaincue de posséder l’autorité d’obliger les personnes à renoncer à l’exercice de leur sexualité, à refouler les pulsions les plus structurantes et les plus fondamentales de leur nature, en leur niant la liberté d’aimer, ainsi que le droit sacré et intangible de se marier.

L’Église prétend fonder l’indissolubilité du mariage sacramentel sur l’autorité et l’enseignement de Jésus. Cependant, au lieu de rester fidèle à la pensée de Jésus et d’appliquer les orientations qu’il donne, elle s’en éloigne totalement, en affirmant exactement le contraire de ce que le Nazaréen avait enseigné. En effet, si elle a retenu l’idée du Maître sur l’indissolubilité» du mariage (qu’il attribue indûment à une intention de Dieu dans le livre de la Genèse), elle ne l’applique cependant pas à tous les mariages, comme Jésus le souhaitait, mais seulement au type de mariage qu’elle s’est concoctée pour les besoins de sa cause. Pour l’Église, tous les autres mariages peuvent être dissous. La dissolution d’un mariage civil est même accueillie avec joie par les autorités ecclésiastiques, surtout si celle-ci permet à l’un des membres du couple de contracter un mariage avec un nouveau partenaire au sein de l’Église catholique romaine.

Pour donner plus de poids à sa façon de concevoir l’indissolubilité, l’Église cherchera plus tard à la justifier théologiquement, en recourant à trois argumentations d’ordre religieux ou spirituel: le mariage est indissoluble parce que c’est écrit dans la Bible et Jésus l’a affirmé; parce que le «sacrement» du mariage est le «signe» de l’amour indéfectible de Dieu pour les hommes; parce que le «sacrement» du mariage est le «signe» de l’union indissoluble de Dieu avec l’humanité, accomplie dans la personne de Jésus de Nazareth, incarnation de Dieu sur terre.


2. NOUVELLE VISION DE DU MONDE - NOUVELLE IMAGE DE DIEU

Avant d’aller plus loin dans nos considérations, nous voudrions attirer l’attention sur le fait que l’autorité et le pouvoir que l’Église s’attribue pour imposer aux chrétiens ses vues et sa doctrine sur la sexualité et le mariage, elle croit les avoir reçus directement de Dieu. Et cela en vertu de la relation privilégiée qu’elle pense entretenir avec le Très-Haut. Elle est convaincue, qu’à cause de cela, ses directives en matière de moralité sont astreignantes et obligatoires et que les contrevenants risquent d’encourir les châtiments de Dieu. Cette posture de l’Église s’appuie évidemment sur une conception primitive, mythique et mythologique de Dieu que la mentalité moderne a définitivement abandonnée.

Voyons brièvement quelles sont les causes qui ont conduit les gens de la modernité au refus de l’idée traditionnelle de Dieu en vigueur dans le catholicisme officiel et, conséquemment, au rejet de l’autorité et de l’enseignement de l’Église.

Les nouvelles connaissances scientifiques et les nouvelles découvertes de l’astrophysique ont rendu complètement obsolète autant l’ancienne vision du monde que l’ancienne conception de Dieu toujours à la base du dogme catholique. On sait aujourd’hui que la terre n’est plus le centre de l’Univers, mais une planète insignifiante attachée à une banale étoile perdue dans l’immensité d’une galaxie composée de centaines de milliards d’étoiles et placée à son tour dans un cosmos en expansion qui en compte par centaines de milliards. Dans cette vision de l’Univers, la terre et les humains qui l’habitent ont perdu l’exclusivité de l’intérêt, de l’attention et de la protection de Dieu. Si nous croyons aux calculs des astrophysiciens, il existe dans l’univers des millions de milliard de planètes qui possèdent les conditions favorables à l’éclosion de la vie et qui sont très probablement habités par des êtres intelligents. Qui nous empêche de penser que ces êtres intelligents réclament peut-être, eux-aussi comme nous, de pouvoir bénéficier, d’une façon préférentielle et exclusive, de la prédilection, des faveurs, de la protection et de la présence de Dieu parmi eux ? Est-ce encore seulement pensable une foi dans une venue ou «incarnation» du Dieu sur notre planète, grain de poussière perdu dans l’immensité de l’espace? Dans cette nouvelle intelligence de la réalité, non seulement la terre a perdu sa centralité dans l’Univers, mais Dieu aussi a perdu sa centralité sur la terre. De sorte que l’ancienne façon de concevoir Dieu ne vaut plus rien et apparaît même ridicule. Ce Dieu était imaginé comme un seigneur tout-puissant, qui assis quelque part en dehors de notre univers matériel, crée le monde en six jour, donne l’existence à un homme et à une femme déjà parfaitement évolués; dicte aux humains sa pensée et ses volontés consignées dans la Bible; décide de venir sur terre en prenant forme humaine pour sauver les hommes perdus dans le péché originel; fonde l’Église catholique et romaine et lui transmet son autorité et ses pouvoirs surnaturels, afin que celle-ci dirige et sauve maintenant l’humanité à sa place; promet aux dirigeants de cette Église et surtout au Pape une assistance particulière, afin qu’ils soient «infaillibles» dans leurs décisions et leurs déclarations...

Ce Dieu aujourd’hui est mort. Les scientifiques eux-mêmes affirment qu’ils n’ont plus besoin de recourir à l’hypothèse-Dieu pour expliquer «comment» l’Univers fonctionne; mais que, tout au plus, l’hypothèse Dieu pourrait être utile pour expliquer «pourquoi» l’Univers fonctionne; en autant que cette nouvelle hypothèse s’harmonise avec les phénomènes physiques responsables de la naissance et de l’évolution du cosmos. Ce défi de taille a suscité la réflexion autant des scientifiques chrétiens que des théologiens modernes qui, ne pouvant plus accepter l’ancienne image de Dieu, voulaient arriver à concilier leur foi avec les nouvelles connaissances cosmologiques.

Cette réflexion a accouché d’une nouvelle façon de penser et de concevoir Dieu qui s’intègre parfaitement avec les données des découvertes astronomiques modernes et qui donne un nouveau sens, un nouveau souffle, une nouvelle fraîcheur et une nouvelle plénitude aux contenus périmés et indigestes du dogme catholique. Dans la pensée moderne issue des connaissances scientifiques actuelles, l’ancienne conception de Dieu, grand monarque tout puissant et grand tyran assis là-haut n’a plus aucune place. Dieu est présenté non plus comme extérieur, mais comme intérieur à la réalité matérielle. Dieu n’est pas au-dehors, mais au-dedans de ce qui existe. Il imprègne la création. Il est conçu comme la Source Originelle ou l’Énergie de Fond, qui a mis en marche l’univers et qui soutient et active de l’intérieur tous les processus physiques qui président à sa naissance, à son expansion et à son évolution. Si l’on compare l’ensemble du cosmos à une symphonie, Dieu est le compositeur, l’inspiration et l’idée musicale qui cherche à se dire et à se développer. La diversité et la variété de la matière sont les notes ou les sons utilisés pour composer la symphonie du cosmos. La symphonie n’est pas le compositeur; cependant quelque chose de la nature du compositeur, son intelligence, ses capacités, sa sensibilité, la beauté de son monde intérieur se manifestent et se rendent physiquement perceptibles dans sa musique. L’âme et l’esprit du compositeur sont dans sa musique. C’est cet esprit qui fait en sorte que la diversité des sons qu’il a rassemblés ne soit pas une cacophonie, mais une symphonie. Et puisque Dieu est par définition un «compositeur» invisible et insaisissable, on ne peut deviner son existence et sa présence que par l’extraordinaire beauté de la mélodie qu’il a composée et qui, à moins d’être sourds, retentit en nous et autour de nous. L’Univers est donc pénétré par un Esprit qui, faute d’un meilleur mot, on peut appeler «divin». Cet Esprit est dynamisme autocréateur et auto-organisateur qui structure les galaxies, les étoiles, les planètes et les atomes. L’Énergie Originelle de fond qui pénètre tout ce qui existe est donc le nouveau nom de Dieu. Dieu est donc la Virtualité ou l’Esprit qui est à l’intérieur des êtres et qui fait en sorte qu’ils existent tels qu’ils sont, avec la particularité de leur apparence, l’unicité des programmes, des systèmes et des lois qui structurent et déterminent leurs caractéristiques et leurs comportements. Cet Esprit est présent d’une façon égale dans tous les êtres. Il n’est pas moins actif dans la violette que dans l’orchidée; ou moins présent dans la fourmi que dans l’homme; moins alerte dans le chauffeur de taxi que dans le pape.

Dieu alors est conçu comme la Force Originelle et Spirituelle qui, de l’intérieur, imprègne la réalité de sa présence. Cette Énergie de fond semble être non seulement «intelligente», mais aussi «bénigne» et «aimante». Dans l’Univers cet Esprit trouve le lieu de sa manifestation la plus accomplie dans un organisme vivant qu’il a su faire évoluer jusqu’à l’éclosion de la conscience et de l’intelligence: l’être humain. Dans cette vision, l’être humain devient la manifestation et l’«incarnation» d’une présence privilégiée et unique de l’Esprit d’Amour dans l’Univers.

Cette Esprit ou Énergie «amoureuse» de fond vibre dans tous les êtres animés et inanimés avec la même force et la même fréquence. Ce qui fait la différence ce n’est pas le degré d’Esprit qui les anime, mais le degré de conscience qu’ils réussissent à en avoir et la capacité de réponse qu’ils réussissent à donner à cette «divine» présence. C’est cette conscience et cette réponse qui déterminent le degré de leur «spiritualisation» et de leur perfectionnement et, dans l’être humain, le degré de son humanisation. De sorte que l’on peut affirmer que l’être humain s’humanise dans la mesure qu’il aime et que la perfection de son humanisation est dépendante de la perfection de son amour.  

Comme tout ce qui existe dans l’Univers, l’humanisation de la race humaine est en évolution continuelle. L'hominisation du primate que nous sommes est un processus qui est en marche depuis quatre millions d’années, à partir du stade archaïque de l’australopithèque, jusqu’à l’apparition de l’homo sapiens, il y a quelques quarante mille ans. Le processus d’hominisation que l’Énergie Originelle a déclenché dans ce mammifère terrestre éveillé à l’auto-conscience, se déroule, de toute évidence, très lentement. C’est pour cela qu'aujourd’hui encore, sur notre planète, les représentants de cette espèce sont à des stades différents d’hominisation et qu’il y a donc des individus qui sont plus (ou moins) humains que d’autres. A juger de l’état actuel de l’humanité sur terre, on n’a pas de difficultés à admettre que le processus d’humanisation de notre race a encore un long chemin à parcourir. Quelques preuves symptomatiques? La quantité démentielle d’ogives nucléaires (16300) que la peur, l’agressivité et l’idiotie des humains leur ont fait cacher sous leurs maisons, dans le but de s’effrayer réciproquement et de paraître plus fort que le voisin. La dévastation, le saccage que leur cupidité et leur irresponsabilité ont causé à la planète, leur unique havre de vie dans Univers. Le comportement paléozoïque, bestial, violent et stupide de certains mouvements terroristes islamistes, comme Al-Qaïda ou Boko Haram. Aujourd’hui encore, être véritablement humain n’est pas donné à tout le monde.

Comme tout ce qui arrive dans l’univers, l’évolution de l’espèce humaine procède par tâtonnements et par essais. Parfois elle réussit, parfois elle échoue. Parfois elle produit des individus qui atteignent des nivaux élevés et même sublimes d’humanisation. Et alors la race humaine engendre et s’enrichit d’exemplaires de première qualité comme Bouddha, Jésus de Nazareth, Teresa d’Avila, Vincent de Paul, Gandhi, l’Abbé Pierre, Teresa de Calcutta, Mandela, etc. … D’autres fois le processus d’humanisation n’aboutit que partiellement ou est complètement raté. Alors surgissent ces avortons d’humanité qui se nomment Staline, Hitler, Al Capone, Pol Pot, Idi Amin Dada, Pedro Alfonso Lopez… et l’armada lugubre des criminels de tout acabit qui, en contaminant la société des graines empoisonnées de la cupidité, de la violence et de haine, freine sa marche vers une meilleure humanisation.

Ce lent et difficile processus d’humanisation, fait de réussites et d’échecs est, pour ainsi dire normal et il rentre dans la dynamique globale de l’évolution cosmique. La progression et l’évolution de l’Univers ne sont, en effet, ni linéaires, ni ordonnées, ni déterminées, mais fondamentalement hasardeuses et chaotiques. L’évolution avance par le hasard des événements, la danse des combinaisons fortuites et casuelles; par des essais imprévus qui réussissent ou qui échouent; par des constructions et des destructions; des formations et des déformations; des attirances et des répulsions; des fusions et des éclatements. Ces événements sont parfois prometteurs et féconds et d’autres fois sans issus et catastrophiques. Dans l’Univers rien n’est établi dans la stabilité, l’indissolubilité et la perpétuité, mais tout est soumis à la dynamique de l’instabilité, de la transformation, du changement, de la dissolution, dans un cycle continuel d’interactions où l’échec et la réussite, l’union et la séparation, la rencontre et la dissolution, le commencement et la fin, la vie et la mort, le bien et le mal, se mélangent inextricablement pour marquer le pas de la danse cosmique. Le résultat final est souvent une magnifique chorégraphie. Mais combien d’essais, de labeurs, de fatigues, de déchirements et de blessures les danseurs ont dû affronter pour pouvoir s’exhiber sur la scène cosmique!

Dans l’ancienne cosmogonie, Dieu était perçu comme l’Être Suprême qui garantissait la solidité et l’immutabilité de la création. Ce Dieu était lui même imaginé comme éternel, immobile, immuable, invariable, inchangeable et il exigeait ces mêmes caractéristiques de ses créatures: jamais s’éloigner du projet établi; respecter toujours les règles; rester à tout jamais fidèle aux lois établies qui doivent assurer le fonctionnement ordonné et prévisible des événements. Chez l’homme, ce Dieu aimait la stabilité des attitudes et des sentiments, la permanence de l‘obéissance et de la soumission, la fidélité inconditionnelle aux exigences de l’alliance établie avec lui. Ce Dieu aimait les humains lorsque ceux-ci lui manifestaient un attachement qui résistait à toute tentation de séparation et qui restait déterminé et fidèle jusqu’à la mort.

C’est cette perception archaïque et périmée de Dieu qui a permis la formation des structures mentales qui ont donné naissance aux catégories de fidélités perpétuelles, d’alliances indestructibles et d’unions indissolubles qu’on retrouve en germe dans la Bible hébraïque, mais qui, plus tard, sont entrées dans la doctrine de l’Église comme de concepts et des valeurs de base du comportement humain et chrétien. Ainsi l’état de baptisé est définitif et sans retour, le sacerdoce est éternel, les vœux religieux sont perpétuels, le mariage est indissoluble, la fidélité des époux indéfectible. Cependant le croyant moderne sait que ces qualificatifs ne peuvent être attribués d’une façon absolue à aucune réalité matérielle et qu’ils n’existent pas et ne se produisent jamais dans l’Univers auquel nous appartenons. S’il est donc absurde de penser qu’ils puissent s’appliquer à des attitudes, à des sentiment ou à des comportements humains, il est encore plus absurde de prétendre qu’on puisse les imposer d’autorité, en exiger l’accomplissement et envisager un châtiment pour les individus défaillants.

L’Église est encore loin d’avoir intégré dans sa pensée et dans ses doctrines les acquis de sciences et de l’astronomie moderne, ainsi que la composante chaotique qui est à la base du processus évolutif de l’Univers. L’Église traite les humains comme s’ils étaient déjà arrivés au stade final de leur évolution; comme s’ils avaient déjà atteints le sommet de leur humanisation et comme s’ils étaient déjà tous capables de vivre en parfaite syntonie avec l’Esprit divin qui les habite. Une telle attitude est évidemment irréaliste et erronée, car elle suppose dans les membres de notre race un niveau d’humanité, des attitudes spirituelles, une qualité de sentiments que ceux-ci, à l’état inachevé de leur évolution, ne possèdent tout simplement pas.


3. EFFONDREMENT DE L’AUTORITÉ CLÉRICALE


À la lumière de ce que nous avons exposé plus haut, voyons maintenant comment le chrétien d’aujourd’hui se positionne et doit se positionner devant l’enseignement moral de l’Église catholique sur la sexualité, l’amour et le mariage et qu’elles sont les attitudes qu’il a le droit et, peut-être, aussi, le devoir d’adopter.

Dans un monde à tout jamais sorti du Moyen-âge et qui a définitivement abandonné l’ancienne conception mythique de Dieu, l’Église aussi a définitivement perdu les assises de son autorité. Elle apparaît, de conséquence, aux chrétiens de notre temps comme une Institution qui s’arroge des pouvoirs qu’en réalité elle n’a pas. Les modernes ne lui reconnaissent donc aucun droit de s’ériger en gardienne de la moralité et de l’éthique humaine et d’intervenir dans la vie privée des personnes. L’Église ne semble pas se rendre compte de l’étendue et de la gravité de ce désaveu, ni des conséquences que cela entraîne. Elle continue d’agir et de penser comme si son autorité était intacte et comme si le monde était encore au Moyen-âge. Il faudra encore du temps avant que les autorités ecclésiastiques réalisent que les sciences modernes ont détruit les fondements de leur crédibilité et que l’instruction généralisée de la population a énormément rétréci la zone de leur influence sur les convictions et les attitudes des gens. Les chrétiens de la modernité se sont émancipés de l’autorité cléricale et ne se sentent plus concerné par son enseignement. Ils ne sont plus conditionnés dans leurs décisions et leurs comportements et ne sont plus marqués ni par la peur d’un châtiment de Dieu, ni par la réprobation de l’Église. Ils vivent finalement en personnes et en chrétiens libres et libérés. Ils ont récupéré leur autonomie. Ils assument la responsabilité de leurs actions et veulent avoir la liberté de mener leur vie comme ils l’entendent, surtout lorsqu’il s’agit de leur vie amoureuse et sexuelle. Ils sentent que leur vie intime leur appartient d’une façon exclusive et ils refusent de la mette entrer les mains d’une quelconque autorité religieuse ou autre.

Les autorités religieuses savent que leur système éthique tourne à vide et qu’il ne fait plus marcher la machine de la bonne moralité catholique. Le 90% des chrétiens utilisent, sans aucun remord, les contraceptifs défendus par les encycliques papales. Les couples baptisés vivent tranquillement ensemble sans se marier ou se marient civilement et sont très heureux de vivre en «concubinat» et «en état de péché mortel». Les couples mariés religieusement et «indissolublement» ne se font plus aucun scrupule à divorcer et se remarier civilement, lorsque le premier mariage ne fonctionne plus. Les gens se moquent de l’Église qui étiquette encore le plaisir sexuel de mauvais et de réprouvable, alors que tout le monde le trouve excellant et qu’il est ressenti comme une des expériences les plus gratifiantes et les plus satisfaisantes de bonheur.

L’Église est maintenant obligée de battre en retraite sur presque tous les fronts: sur le front de l’autorité, dont on refuse de lui reconnaître la valeur; sur le front du pourvoir, dont on n’accepte plus le fondement divin ou surnaturel qui le justifiait; sur le front des contenus de son enseignement théologique fondé sur une cosmologie révolue; sur le front de son enseignement moral, dont les normes et les interdits sont généralement disqualifiés comme présomptueux, irréalisables et non pertinents.

Pour mieux comprendre cela, il peut être éclairant de mettre les choses en perspective. Si dans la nouvelle vision de la réalité, Dieu est perçu et compris par les croyants modernes comme l’Énergie Originelle de fond qui, dansant avec le chaos et l’harmonie, le hasard et la nécessité, a mis sur la scène de l’Univers des milliards de galaxies et des milliards de milliards de planètes hébergeant peut-être la vie et, sans doute, la vie intelligente, fait-il encore du sens croire que cette Énergie Originelle puisse être particulièrement concernée par et intéressée à ce qui se passe sur notre minuscule planète, au point d’être affectée et perturbée par des amants humains qui font l’amour hors des «liens sacrés» du mariage? Ou par le couple qui dans ses relations intimes fait usage du préservatif défendu par l’encyclique papale Humane Vitae? Ou par le fait qu’un humain, après avoir divorcé de sa première femme, avec laquelle il ne s’entendait plus, vive maintenant heureux, hors du mariage religieux, avec une autre partenaire? Ou par l’aventure extraconjugale d’un époux ou d’une épouse désenchantés? Ou par l’éjaculation qu’un jeune représentant de la race humaine a pu avoir, en serrant sa fiancée contre lui? Ou par le désir et la détermination d’un couple homosexuel de vivre leur amour dans l’encadrement d’une union stable?... Lorsqu’on observe les choses dans cette perspective, non seulement les prétentions directrices et autoritaires d’une institution religieuse terrestre paraissent ridicules, mais aussi extrêmement contingentes. Cela permet de relativiser l’importance que l’on attache à la structure normative d’une morale élaborée par une civilisation encore rustre et primitive, vivant sur une minuscule planète perdue dans l’immensité de l’espace galactique, ainsi que la valeur ou la gravité du sentiment de faute et de culpabilité que peuvent ressentir les habitants de cette planète. Cela peut aider à comprendre pourquoi les armes de la peur et du châtiment que l’Église brandissait autrefois pour obtenir l’obéissance et la soumission, n’ont plus aujourd’hui aucun effet.

La mentalité moderne a accompli un bond de géant par rapport à la pensée traditionnelle et religieuse du passé. Elle a intégré la valeur primordiale de la sexualité et de l’amour dans les relations humaines. Elle est convaincue que l’homme et la femme doivent assumer leur sexualité comme un cadeau du ciel et la vivre avec plaisir, joie, émotion, émerveillement et enthousiasme. Elle considère le sexe comme un merveilleux instrument qui permet de moduler la richesse des expressions et des variations contenues dans le langage corporel de la tendresse et de l’amour. Elle a compris que ce qui détermine la valeur d’une vie humaine est la qualité et la force de l’amour qui l’inspire et la soutient. La modernité a compris que c’est la présence ou l’absence de l’amour qui détermine la bonne ou la mauvaise qualité d’une décision ou d’un comportement et qui fait la différence entre la réussite ou l’échec d’une existence. Les gens de la modernité sont portés à croire, qu’en soi, il n’y a pas de comportements intrinsèquement mauvais lorsqu’ils sont dictés par l’amour, mais, tout au plus, des comportements illégitimes, illégaux, car non-conformes aux lois, aux normes, aux coutumes, aux traditions, aux croyances établies par la religion ou la culture.



4. MARIAGES D’AMOUR ?


L’amour est une réalité spirituelle tellement sublime et complexe que l’humanité, à l’état actuel de son évolution, est encore très loin de pouvoir maîtriser et de posséder en toute sa plénitude. L’Amour humain est la déclinaison et la manifestation la plus fantastique et la plus accomplie que l’Énergie Originelle a pu faire d’elle même dans l’Univers physique. L’Amour porte donc en lui le mystère, la fascination, la grandeur et la complexité de la Source Originelle d’où il jaillit et dont il est la révélation dans ce monde. L’apparition de l’amour dans l’Univers, et particulièrement dans l’humain, est le résultat d’une longue et lente gestation encore loin d’être terminée. L’amour est encore à l’état d’ébauche dans l’humain. Il lui faudra encore un long apprentissage et une longue exposition aux dynamismes qu’il contient et qui le constituent, avant qu’il puisse se manifester dans toute sa plénitude de sentiment presque «divin» et avant qu’il puisse exprimer dans la vie d’un humain tout l’éventail merveilleux de ses possibilités et le délicat arc-en-ciel de ses virtualités. La race humaine a eu besoin de millénaires pour apprendre à parler: c’est-à-dire pour apprivoiser la penser symbolique et pour transformer des bruits gutturaux en sons et en mots porteurs de sens. Elle aura sans doute besoin d’une durée beaucoup plus longue pour apprendre à aimer: c’est à-dire pour maîtriser et gérer la gamme complexe de toutes les harmoniques de l’amour. L’être humain n’est encore qu’un débutant sur le pianoforte de l’amour. Dans l’état de son apprentissage et de son évolution, c’est une illusion et un manque de réalisme que de penser (comme fait l’Église) qu’on peut lui demander d’exécuter des nocturnes ou des préludes de Chopin, alors qu’il est à peine capable de pianoter les notes de « frère Jacques».

L’Énergie d’amour que les dynamismes et les rythmes évolutifs ont déposée en germe dans les profondeurs de l’être humain ne s’est pas activée immédiatement. En accord avec les lois de l’évolution cosmique, les forces de l’amour ont eu besoin de millénaires avant de pouvoir se manifester, agir et influencer la vie et le comportement des humains. Et puisque la présence, la force et la qualité de l’amour sont les facteurs qui déterminent la qualité et le dégrée d’humanisation de notre race, cela explique pourquoi le chemin vers l’humanisation de l’homo sapiens a été si long et encore loin d’être achevé. La qualité du sentiment de l’amour telle que nous la connaissons et la vivons au XXIe siècle est le résultat d’une longue gestation et d’un affinement de l’esprit et de la sensibilité humaine accompli par les forces mystérieuses de poussées évolutives de l’Univers. Notre qualité d’amour et de sensibilité actuelle n’existaient pas, disons, ni au paléolithique, lorsque les humains étaient des prédateurs et des chasseurs; ni au néolithique, lorsque les hommes sont devenus de cultivateurs et des producteurs sédentaires, ni pendant les derniers quatre mille ans de l’histoire humaine avant Jésus-Christ.

Les hommes et les femmes se rencontrent évidemment depuis toujours pour s’unir, pour jouir et pour se reproduire. Cependant les anthropologues nous assurent que les forces qui primitivement poussaient les humaines à s’accoupler ont été pendant longtemps non pas celles de l’amour spirituel, sentimental et «romantique», mais plutôt et principalement celles de l’appartenance sexuelle, de la propriété d’une femelle, de l‘intérêt économique, de l’utilité pratique et de la nécessité procréative.

La mariage semble être né du besoin de régler d’une façon pacifique la compétition des mâles dans la lutte pour la possession et le partage des femelles au sein de la tribus, du clan ou de la société primitive qui, à partir du néolithique et de la sédentarisation, a commencé à se structurer. Ce qu’on a appelé plus tard «mariage», était une sorte d’entente ou de contrat conclu avec l’accord des mâles ou du mâle dominant de la tribu ou du village qui établissait qu’une telle femme était désormais la propriété d’un tel homme; et que donc aucune autre mâle n’avait plus le droit de la posséder sexuellement. Ce contrat ou cette entente consacraient un partenariat sexuel exclusif et, plus tard, aussi un partenariat économique, consistant en la mise en commun des biens de chacun, avec la prise en charge, surtout de la part de la femme, des travaux matériels de la maisonnée. Le partenariat économique était même souvent le premier terme de l'accord, la première raison pour un mâle de se «marier», tandis que le partenariat sexuel n'était que secondaire.

Ce genre de contrat, où le sentiment de l’amour ne jouait aucun rôle et n’avait aucune importance, a été, pendant des siècles (pratiquement jusqu’au XVIIème siècle de notre ère), la seule façon de concevoir le mariage et de s’unir en mariage dans la plupart des civilisations et des cultures de notre planète. Ce genre de mariage sans plaisir, sans joie, sans passion et sans extase amoureuse a été le seul type de mariage que l’Église a connu, endossé, encouragé et propagé jusqu'au Concile Vatican II (1962-1965). Ce Concile, pour la première fois dans l’histoire de l’Occident, a envisagé la possibilité qu’un mariage puisse aussi être inspiré et motivé par l’amour et le désir, ainsi que la joie de vivre ensemble. Toutefois, dans le nouveau code de Droit Canonique de l’Église catholique paru en 1983, lorsqu’ au chapitre VII le législateur traite du mariage, pas une seule fois il n'utilise la parole «amour» pour qualifier le mariage chrétien. Le mariage est toujours présenté comme une alliance où l’amour ne joue aucun rôle qui mérite d’être souligné «par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie ordonné par son caractère naturel au bien des conjoints, ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants» (Can. 1055 - § 1).

Cela prouve que la pensée de l’Église reste toujours affectée et contaminée par la conception pessimiste et funeste de l’amour humain, lorsque celui-ci est physique et érotique. La relation amoureuse en effet a toujours été perçue dans l’histoire ancienne de l’Occident chrétien comme une relation instable et fugace, aux issues souvent dramatiques, douloureuses et catastrophiques pour les amants. Elle trouve des échos dans certains récits de la littérature amoureuse du Moyen-âge, comme dans l’histoire de Tristan et Yseult où l'amour est vécu comme une malédiction qui perd les amants; dans le roman de Roméo et Juliette, amants en butte aux intérêts de leurs familles respectives et qui finissent par mourir à cause de cet amour; dans l’Enfer de Dante où la passion amoureuse défendue, impossible et tragique de Paolo Malatesta et Francesca da Rimini, est décrite avec un lyrisme touchant et sublime; dans la saga beaucoup plus réelle des amours soufferts, cachés et contrastés d’Abélard et d’Héloïse.

Dans la tradition catholique occidentale du passé, seulement la relation sans amour était considérée le paradigme de la stabilité et de la durabilité. Sous-jacente à cette idée, était la conviction que la femme, étant un être sans valeur, une créature inférieure à l’homme, la cause de la tentation, du mal et du péché, ne méritait pas d’être vraiment aimée. Saint Augustin d’Hippone, le grand champion de l’Église catholique, dans ses Confessions avoue son regret et sa honte d’avoir ressenti de la passion et de l’amour pour une femme, que, d’ailleurs, il n’a pas hésité à jeter dans la rue, avec le jeune enfant qu’elle lui avait donné. Dans la pensée des clercs de ce temps il ne fallait surtout pas que l’amour de l’homme pour une femme devienne sa raison de vivre ou la raison principale de son mariage. Cela ne convenait pas à la dignité de l’homme. L’amour étant un sentiment pur et sublime appartenant plus au monde de Dieu («Dieu est amour») qu’au monde de l’homme, il n’était pas convenable de le profaner et de le salir en l’approchant de la femme et en l’associant au partenariat sexuel du mariage. Pour la stabilité et la bonne santé spirituelle du couple, il était donc préférable des mariages sans amour où les époux étaient liés ensemble principalement par l’usage de la sexualité, l’intérêt économique et les soins de la progéniture.

Depuis le XIIIe siècle, la «validité» du mariage est donc donnée non pas par la décision du couple de mettre ensemble pour toujours leurs amours, mais par la décision du couple de mettre ensemble leurs corps et leur biens, dans une communauté de vie qui respecte les conditions juridiques fixées et établies par l’Église et qui rendent cette union ««indissoluble». L’indissolubilité n’est pas une singularité spécifique de l’amour, mais la conséquence juridique et contraignante du contrat établi par le rite sacramentel du mariage. De sorte que, pour l’église catholique, le mariage reste effectif et opérant même lorsque l’amour a disparu. Ici, l’indissolubilité du mariage est conçue comme «obligation» de rester ensemble, parce dans le mariage ce qui compte c’est surtout l’union des corps et des substances et non pas l’union, dans l’amour, des âmes.

Si le mariage est principalement un contrat qui, permet, gère, protège et garantit officiellement l’usage de la sexualité et les intérêts économiques liés au partage des biens du couple et pour la validité duquel l’amour n’est pas nécessaire, on comprend pourquoi on doive s’assurer qu’un tel contrat soit stable et définitif et donc indissoluble. L’indissolubilité devient alors une qualité essentielle d’un tel mariage. Par le partenariat économique, un homme qui tromperait sa femme se verrait menacer de perdre énormément financièrement parlant et au niveau de la reconnaissance sociale. Il est donc nécessaire qu’un mariage économique, dit "de raison", dure plus longtemps qu'un mariage d'amour: les époux ne sont nullement obligés de s'aimer, mais ils restent ensemble parce qu'ils ont plus à perdre qu'à gagner à se séparer. Ils ont «intérêt» à ce que le mariage dure, même s'il n'est pas un mariage heureux. L’indissolubilité est donc un concept qui convient parfaitement aux mariages d’intérêts. Dans ce type de mariage, les conjoints ont tout à gagner dans la stabilité de leur contrat et ont donc intérêt à ce que leur union dure le plus longtemps possible et que l’indissolubilité soit même obligatoire. Personne n’aime la perspective de perdre les avantages et les bénéfices économiques qui découlent d’un tel contrat et pour la jouissance desquels le couple a justement conclu le mariage.

Les choses sont totalement différentes dans les mariages d’amour. En effet, si la seule raison d'être du mariage est le sentiment amoureux qui unit les partenaires, on comprend facilement qu’un tel mariage tienne à un fil bien mince. L’amour est un sentiment et les sentiments sont, par leur nature, instables, fugaces et rarement définitifs.
Si on tient compte de la façon traditionnelle de concevoir le mariage comme un contrat, un «mariage d’amour» semble être alors un contresens. Le contrat implique toujours une obligation. Or l’amour ne peut jamais être une obligation. L’ancienne notion de «mariage» ne devrait pas être appliquée aux unions amoureuses officielles modernes, car, en soi, une relation d‘amour n’a pas besoin d’être sanctionnée par un contrat. Le mariage d'amour est motivé par un sentiment et non pas par un intérêt social ou économique. L’amour porte déjà en lui la motivation de son existence. Il n’a pas besoin de lois et de contrats qui définissent les intérêts des partenaires. Dans une relation amoureuse l’intérêt est dans la possession et le partage de l’amour, et non pas dans la possession et le partages des choses. De fait, de nos jours, les couples restent ensemble parce qu’ils s’aiment et non pas parce qu’ils sont mariés.

L’indissolubilité juridique du contrat qui convenait au mariage d’intérêt, ne convient donc plus aux «mariages» d’amour, dans lesquels la force qui tient ensemble les partenaires n’est pas l’obligation du contrat, mais la liberté et la spontanéité joyeuse de l’amour. Si par fidélité à la tradition, on continue cependant à donner le nom de «mariage» à l’union officielle d’un couple amoureux moderne, il doit être clair que pour ces «mariages» la notion d’indissolubilité est un non sens. L’erreur de l’Église aujourd’hui est de continuer à exiger la contrainte obligatoire du contrat d’intérêt à des couples qui ne se sont mis ensemble que par amour et qui ont cessé de s’aimer.
Malgré le fait que l’institution du mariage n'a jamais été prévue pour sanctionner l'amour entre deux individus de sexe opposé, mais uniquement pour établir l‘appartenance sexuelle et la communauté des biens du couple et les devoirs d'un foyer, il existe toujours, même aujourd’hui des partenaires amoureux qui acceptent l'idée traditionnelle d’un «mariage» (civil ou religieux), parce qu'elle implique la notion d'engagement sérieux et durable. Les amants veulent bénéficier de la durée et même de l'éternité dont bénéficient les partenaires économiques, mais en se fondant sur la base de l'amour plutôt que sur celle de l'intérêt. L’enthousiasme et la passion de leur amour leur fait croire qu’il leur sera aisé de le vivre une union durable et même éternelle.

            L’amour est un sentiment très fort. Aux débuts de la relation, l’amour naît comme une fleur magnifique, mais délicate et fragile. Sa vie, sa vigueur, sa permanence dépendent toutefois d’un ensemble de facteurs qui sont difficiles à maintenir ensemble et qu’un rien peut dissoudre et dissiper. Qui pourra garantir que la fleur de l’amour recevra toujours les soins et les attentions nécessaires pour traverser intacte les brusques variations des saisons de la vie? Il y a beaucoup d’amours qui naissent déjà éphémères, qui ne sont qu’un feu de paille qui ne dure que le temps d’une passion ou d’un enfant et qui s’éteignent inexorablement parce que le couple n’avait pas les capacités ou n’a pas pris la peine d’alimenter le feu. L’amour est un sentiment d’autant plus délicat et fragile que sa réussite dépend de la parfaite alchimie intérieure de deux personnes différentes, chacune d’elles soumise aux remous des pressions sociales, des changements affectifs, des transformations psychosomatiques. Elles sont tellement nombreuses les causes qui peuvent altérer un sentiment d’amour qui au début n’avait que des rêves d’éternité! On peut en nommer quelques unes: la routine, l’habitude, la fatigue, l’égoïsme, l’insatisfaction, la déception, des nouvelles rencontres, la perspective d’un meilleur partenaire….

À cela il faut ajouter le fait qu’aujourd’hui l’espérance de vie est beaucoup plus longue que dans le passé. Autrefois la durée d’un mariage dépassait rarement les vingt ou les-vingt-cinq ans. Dit cela autrement: à cause de la courte durée de vie du couple, les mariages d’autrefois n’avaient pas le temps de se casser. L’Église ne paraissait pas trop intransigeante en exigeant leur indissolubilité. L'indissolubilité» du mariage était donc presque toujours assurée. Aujourd’hui un mariage peut, en principe, facilement se prolonger pendant cinquante, soixante ans et peut être plus. C’est long pour la santé et la vie de l’amour! Certes, il y a des amours «coriaces» qui réussissent à tenir tout ce temps. Ils sont cependant l’exception. La majorité des amours s’épuisent et se vident en cours de route, avec le mariage qui les soutenait.

L’évolution de l’Univers a déjà accompli un beau travail conduisant les humains à s’unir par amour. Cette évolution sera-t-elle de taille pour affiner et perfectionner encore davantage le pouvoir d’aimer des humains jusqu’à les rendre capables un jour de sentiments et de relations amoureuses à ce point désintéressés, profonds et stables qu’il leur sera possible de s’unir indissolublement à travers le temps et envisager des amours qui atteignent l’éternité? L’évolution a déjà accomplie cet exploit en certains exemplaires exceptionnels d’amants. Le reste de l’humanité lambine sur les chemins de l’amour. L’amour fort jusqu’à la mort reste un désir et un rêve continuellement démenti par les limites et les faiblesses des personnes ainsi que par la dure réalité de l’existence humaine.

Il est vrai cependant que lorsque les couples modernes décident de se marier, civilement ou religieusement, ils font cela parce qu’ils sont sûrs de la qualité et de la solidité de leur amour, parce qu'ils veulent réaliser un projet de vie commune à long terme et parce qu’ils veulent donner une structure visible, officielle et juridique à leur décision de vivre un amour qui les unira indissolublement pour le reste de leur vie. Pour ces couples, la structure extérieure et juridique du mariage devient secondaire et constitue seulement la protection extérieure, la gaine ou la coquille qu’ils désirent se donner pour protéger et mieux vivre leur amour.

Cette structure formelle de l’institution du mariage, bien qu’elle ne soit pas essentielle à la réalisation naturelle de l’unité amoureuse, accomplit cependant une fonction importante dans la réussite du projet amoureux du couple. Elle constitue l’armure que les époux choisissent de donner à leur amour, afin que celui-ci puisse trouver, dans l’enclos cordial, réconfortant, protégé et sécuritaire d’une entente officiellement reconnue, le milieu propice à l’épanouissement et au développement de l’amour qui produira la fusion indissoluble des amants en un seul être. La structure officielle du mariage est comparable à la coquille qui protège la vie précieuse et fragile du nautile qui l’habite. Ma grand-mère maternelle (qui a vécu 60 ans avec son époux et qui est décédée un an après la mort de celui-ci) avait l’habitude de comparer son mariage à un train qui avait besoin de rails, de poteaux, d’avertisseurs lumineux placés sur sa route pour rouler droit, en toute sécurité et atteindre sans problèmes la gare d’arrivée. Elle disait que l’amour était le charbon qui fournissait à «son train» l’énergie d’avancer et le plaisir d’«endurer» son mari. Elle qui était très religieuse, ne se gênait pas de dire que les curés ne savaient pas de quoi ils parlaient lorsqu’ils prêchaient que le sacrement rendait le mariage indissoluble. L’indissolubilité, remarquait-elle, n’est pas un cadeau que le sacrement du mariage fait aux époux, mais c’est plutôt un cadeau que les époux font au sacrement du mariage. Grand-mère avait une façon très personnelle de décrire l’indissolubilité du mariage: «L’indissolubilité du mariage- disait-elle- c’est quand tu manges quand même la soupe dans laquelle tu as trouvé le dentier de ton vieux mari ».

Les couples qui ont à cœur d’assurer la durée, la stabilité ainsi que la croissance et l’approfondissement de leur amour, ont donc tout à fait raison de vouloir se servir et de profiter de cet «instrument» qu'est le mariage. Cet instrument leur fournit de plus un encadrement social, juridique et légal qui favorise les soins et l’éducation des enfants et facilite l’accès aux avantages sociaux que les gouvernements offrent à cet effet. Le mariage est donc une valeur positive inventée par la société qui doit être encouragé et qui doit être préféré aux unions libres, très courantes aujourd’hui



5. QUELQUES CONCLUSIONS PRATIQUES


Le principe d’«indissolubilité» est un axiome  inventé par la religion et qui ne se vérifie jamais dans la réalité de notre Univers.

La notion d’«indissolubilité» appliquée au mariage est une fiction juridique. Elle convient tout au plus au contrat qui conclut le mariage d’intérêt, mais elle est un contre-sens lorsqu’on cherche à l’appliquer aux unions formelles d’amour.

L’amour parfait n’existe pas. Étant donné que les humains, à cause de l’état inachevé de leur évolution, sont encore à un stade primitif du développement de leur sensibilité et de leurs attitudes amoureuses, il est normal qu’ils éprouvent beaucoup de difficultés à aimer «correctement» et que les relations amoureuses qu’ils tissent soient souvent déficientes, rudimentaires, défectueuses et instables. Il est donc normal que des amours s’étiolent, se vident, se détruisent et se meurent. Il est même normal que la faillite de l’amour soit parfois à tel point grave et totale qu’elle se transforme en hostilité et en haine. L’amour «durable» dans un couple est l’exception et non pas la règle. L’Église se trompe et s’illusionne lorsque dans le mariage elle prétend l’amour «parfait» ou «exemplaire» et lorsqu’elle culpabilise ou punit les couples qui ne réussissent pas à le réaliser. L’Église devrait faciliter aux amours brisés le chemin vers un nouvel essai de restauration et vers une expérience amoureuse plus chanceuse, au lieu d’entraver par tous les moyens la route vers un nouveau mariage.

L’église catholique se trompe lorsqu’elle laisse croire au couple chrétien marié que leur mariage reste toujours valable et effectif, même si un jour l’amour vient à disparaître. L’Église devrait tout simplement accepter le fait qu’il n’y plus de mariage lorsqu’il n’y a plus d’amour ou, pire encore, lorsque l’amour a été remplace par l’indifférence, le conflit et la haine. S’obstiner à croire que le mariage continue d’exister parce que Jésus l’a déclaré indissoluble, c’est renoncer à regarder la vérité et la réalité en face, c’est se préoccuper d’un coquillage vide duquel toute forme de vie a disparue.

Il est tout à fait normal et légitime que le mariage se termine et que le couple se sépare lorsque l’amour entre les partenaires, malgré tous les efforts faits pour le ranimer, s’est définitivement éteint. Cela cependant ne signifie pas qu’il soit toujours opportun pour le couple de se séparer ou que l’on doive encourager la séparation ou le divorce. Il y a des situations (enfants en bas âge, avantages sociaux indispensables, précarité économique, insécurité affective, solitude, etc.) où le bon sens doit suggérer au couple de rester ensemble, malgré les difficultés ressenties et après avoir élaboré ensembles des compromis et des stratégies de vie commune.

Le fait que l’Église, à cause de sa croyance en l’indissolubilité, soit convaincue que le lien d’un mariage religieux persiste même après la mort de l’amour, ne doit pas arrêter le couple à divorcer et à se remarier, s’ils pensent pouvoir vivre une meilleure relation amoureuse avec un autre partenaire. Les divorcés remariés qui vivent une meilleure qualité d’amour, n’ont donc pas à s’inquiéter de la réprobation que l’Église leur réserve. Même si celle-ci refuse de reconnaître comme un vrai mariage leur nouvelle union, ils doivent se considérer légitimement mariés «devant Dieu» et vivre en toute tranquillité d’esprit et de conscience: ils sont de véritables «époux» et non pas des «concubins», comme l’Église voudrait le faire croire. Les chrétiens divorcés et remariés ne doivent pas se laisser affecter par l’attitude culpabilisante et discriminatoire de l’Église à leur égard.
Seulement les membres du couple sont responsables de la durée de leur amour et donc de la permanence ou pas de la structure juridique qui l’encadre (le mariage).

L’Église n’a ni pouvoir ni autorité pour légiférer en matière de sexualité, d’amour et de mariage. Si elle le fait, personne n’est obligé ni de l’écouter ni de la suivre.

Les chrétiens ne doivent pas se laisser affecter, ni se sentir concernés par la menace de la faute, du péché et du châtiment éternel infligé par Dieu. Ce Dieu n’existe pas. Et les menaces de punitions divines ne sont qu’une invention et un stratagème du pouvoir ecclésiastique pour s’imposer jusque dans la vie intime des croyants.

Les divorcés remariés doivent savoir qu’un acte défendu n’est pas nécessairement un acte invalide. L’Église peut bien crier haut et fort que les chrétiens mariés à l’église et juridiquement divorcés ne peuvent plus se remarier; si ceux-ci, malgré tout, décident de se marier à nouveau sans demander l’annulation canonique du premier mariage, le résultat n’est pas un concubinat, mais un véritable mariage. Les divorcés remariés doivent savoir qu’ils ne sont pas plus pécheurs que n’importe quel autre chrétien; et que ce qui constitue un véritable péché et un véritable scandale ce n’est pas tant leur situation et leur comportement, mais plutôt l’attitude et le comportement des autorités ecclésiastiques qui les jugent et les condamnent, en se servant d’une autorité qu’elles ne possèdent même pas.
Les mêmes considérations valent aussi pour les couples homosexuels qui vivent ensemble un amour authentique et permanent.

S’il y a un conseil qui peut être donné aux couples amoureux, c’est le suivant: ne tenez pas compte des normes et des directives catholiques en matière de sexualité, de procréation, d’amour et de mariage. Laissez-vous guider par votre intelligence, votre jugement, votre bon sens. Si vos décisions et vos comportements ne sont pas dictés par l’égoïsme et l’opportunisme, mais par le souci de vivre un amour vrai, stable et fidèle, n’importe quelle forme de vie commune est acceptable et légitime, quelle soit encadrée dans la structure officielle du mariage ou pas.

            Les couples dont le mariage religieux a éclaté en cours de route, n’ont même pas besoin de se donner la peine d’obtenir son annulation auprès des autorités ecclésiastiques pour se remarier. Cette annulation est une comédie qui ne doit pas être encouragée. Même si l’annulation de leur mariage religieux est facilement accordée par le tribunal ecclésiastique à ceux qui ont les moyens financiers, il est préférable que les personnes divorcées qui veulent se remarier à l’église donnent plutôt cet argent aux pauvres et qu’elles se contentent d’un mariage civil qui, parole de Jésus, est aussi authentique, digne et valable que n’importe quel mariage religieux officié par un prête ou un évêque catholique.

Que dire de l’infidélité et de l’adultère ? Dans l’ancienne conception du «mariage contrat d’intérêt», l’adultère était considéré un délit accompagné d’une réprobation sociale et religieuse extrêmement sévère. L’adultère portait ici atteinte à l’honneur du mâle, à son droit de propriété et à l’exercice exclusif de la sexualité avec l’autre membre du couple (généralement la femme). Cela explique pourquoi au cours de l’histoire les mâles ont toujours sur-culpabilisé l’adultère des femmes et pratiquement innocenté le leur.

Dans le mariage moderne, où c’est essentiellement l’amour qui tient ensemble le couple, la fidélité devient la preuve de la santé de l’amour et l’infidélité le symptôme que l’amour du couple est malade. Si le lecteur partage les idées exprimées dans cet article sur la façon imparfaite avec laquelle nous vivons nécessairement les composantes complexes du sentiment de l’amour, il sera davantage porté à comprendre, à excuser et à relativiser la gravité des «erreurs » et des «écarts» de l’amour et à considérer l’adultère comme un événement fâcheux, certes, dans la vie du couple, mais pas surprenant et pas nécessairement catastrophique. Il sera porté à considérer l'adultère comme le débordement d'un fleuve qui devient parfois trop impétueux pour être contenu dans les limites restreintes d'un contrat. Il sera enclin à  considérer l'adultère comme un épisode qui s’inscrit dans les cadences normales du processus évolutif de l’amour dans l’histoire de chaque personne. Et comme dans l’univers tout ce qui semble être défectueux et désastreux est souvent le début d’une nouvelle situation qui fait progresser l’évolution du monde, ainsi, même l’infidélité peut être porteuse de nouveaux commencements. Si on a la sagesse et la grâce de ne pas la diaboliser.


BM


samedi 2 août 2014

LE BON GRAIN ET L'IVRAIE OU L’ÉLOGE DE L’IMPERFECTION


La parabole de bon grain et de l’ivraie
(Mt.13,24-30)


Dans l’évangile de Matthieu la parabole de l’ivraie suit immédiatement la parabole du semeur. Le récit précédent insistait sur la qualité du terrain, plus ou moins favorable à une bonne récolte; la présente parabole fait intervenir un ennemi qui sème la nuit au milieu du blé une mauvaise herbe qui risque de l’étouffer. Alors qu’il était bien difficile de changer la nature du terrain, ici on pense qu’il est possible d'intervenir sur le champ pour extirper la mauvaise herbe. Cependant, l’histoire nous dit que le propriétaire du champ s’y oppose: en arrachant l’ivraie on risque d’arracher le bon grain: c’est à la moisson que le tri va être fait. Traduisez: c’est à Dieu et à personne d’autre qu’il revient de traîter avec le mal. En attendant le bien et le mal doivent rester ensemble. C’est comme cela que les choses se passent dans l’univers, dans la nature et dans la vie de l’homme. Dans notre monde, il n’y a jamais de créature en tout parfaite. Tout est un mélange de chaos et d’harmonie, d’ordre et de désordre, d‘obscurité et de lumière, de qualité et de défauts, de réussites et d’échecs, de constructions et de destructions, de bien et de mal. C’est ainsi que monde fonctionne; c’est ainsi que l’évolution de l’univers se poursuit. L’obscurité fait ressortir la lumière, le mal est nécessaire pour quel le bien surgisse. Souvent ce qui apparaît comme une déficience ou une carence, est le début d’un changement positif. Un gène défectueux dans la séquence de l’ADN peut être à l’origine d’une mutation importante qui produit un perfectionnement inespéré qui fait accomplir un bond en avant à l’évolution de l’espèce. Il faut accepter les limites, les défectuosités, les imperfections. Il faut accepter que tout ne soit pas toujours parfait et qu’il y ait aussi des bavures, des ratures, des taches, des fautes, du mal, de la souffrance.

Regardez Jésus: c’est avec les faibles, les imparfaits, les délinquants, les mal vus, les marginaux, les mauvaises herbes qu’il se tenait de préférence et qu’il a passé la plus grande partie de sa vie et le meilleur de sont temps. C’est avec ceux et celles qui étaient considérés comme «pécheurs»; qui n’étaient pas des «parfaits» ou des «purs» qui il a eu le plus des satisfactions, de gratifications et de bonheur. L’élitisme n’a jamais fait partie de ses priorités. Jésus a enseigné que Dieu ne fait pas de différence et n’a pas de préférences entre les humains; il sait de quoi nous sommes faits et il nous prend tels que nous sommes. Il fait briller son soleil sur les bons et les méchants; il fait pleuvoir sur les justes et les délinquants. Pour lui nous sommes tous égaux, nous avons tous la même valeur: que nous soyons des enfants exemplaires et obéissants ou que nous soyons des enfants difficiles, espiègles et rebelles.

Jésus nous dit qu’il faut apprendre de Dieu. La tentation est grande de vouloir bâtir une sociétés de purs, de parfaits et de conformes parce que appartenant à une telle race, à une telle religion, à une telle idéologie, à un tel parti politique, à une telle caste et de vouloir éliminer tous les autres. C’est ainsi que sont nés le plus grands crimes et les plus affreux génocides de l’histoire humaine: les croisades, l’inquisition, la chasse aux sorcières, les guerres de religion, les épurations ethniques, la Shoah, les persécutions actuelles envers les chrétiens de la part des intégristes musulmans en Somalie, en Syrie, en Égypte, au Nigéria, etc.

Regardez notre Église catholique: aujourd’hui encore elle ne veut être qu’une communauté de purs, de conformes, un champ sans ivraie. Pendant des siècles elle a pensé et continue de penser que son champ ne contient et ne doit contenir que de la bonne graine; qu'en dehors de ce champs il ne pousse que de l’ivraie; que seulement ses fideles sont les heureux héritiers du salut de Dieu et qu'en dehors d’elle il n’y a que ténèbres, erreur, mal et damnation.

Aujourd’hui encore notre Église continue à mettre à l’écart les prêtres mariés; réduit au silence et bannit les théologiens dissidents et contestataires; excommunie les femmes qui se font avorter; exclut des sacrements et de la communion les couples chrétiens divorcés et remariés (considérés comme des pécheurs publiques vivants dans le concubinat et l’obstination du péché); diabolise, dénigre et écarte les homosexuels considérés comme des débauchés et des pervers… Avec son attitude l‘Église ne veut-elle pas, à l’encontre de ce texte évangélique, extirper tout de suite l’ivraie pour ne cultiver qu’un champ où il n’y a que des graines pures et non contaminées ?

Nous devons accepter ce mélange de bien et de mal dans les personnes qui nous entourent. Les parents, par exemple, ne doivent pas exaspérer et écœurer leurs enfants avec des exigences excessives de performance et de perfectionnement. Ils risquent d’en faire soit des perfectionnistes malheureux et frustrés, car dans la vie ils ne pourront pas exceller en tout; soit des ambitieux tyranniques et antipathiques qui voudront à tout prix être supérieurs et dominer les autres, quitte à les exploiter, les piétiner et les mépriser. C’est la sagesse et le bon sens qui devraient nous enseigner que le bien et le mal ne se divisent jamais au couteau, de sorte que le premier est d’un côté et le deuxième de l’autre. Le bon et le mauvais, le pur et l’impur, l’excellence et la médiocrité, les défauts et les qualités, l’échec et la réussite… constituent un mélange essentiel et inextricable qui fait partie de la nature profonde des êtres. Comprendre cela, c’est accomplir un pas de géant vers l’accueil des différences et la considération des «pécheurs» qui doivent être acceptés non seulement malgré, mais à cause de leurs «péchés». Car, souvent, c’est justement leurs faiblesses, leurs erreurs et leurs fautes qui les rendent humainement intéressants, plus proches de nous et donc plus facile à aimer. Pour moi, qui suis un humain, je trouve qu’il m’est beaucoup plus facile de me sentir proche de celui qui se trompe, qui tombe et qui casse, que de celui qui ne fait jamais de gaffes, qui vit une vie exemplaire et sans jamais rien casser. Je trouve qu’il m’est beaucoup plus facile d’aimer un petit qu’un grand; un faible qu’un puissant; je me sens plus porté à me pencher sur celui qui traîne par terre que sur l’athlète toujours bien campé sur ses jambes et qui cherche à m’éblouir avec l’éclat des ses exploits et de ses médailles.

Je me sens plus attiré par le vice que par la vertu; par le pécheur que par le saint; par l’homme que par l’ange; plus par Sharon Stone que par sœur Faustine Kowalska. J’aime celui qui est humble, simple, «défectueux,», plus que celui qui se gonfle dans ses diplômes, ses compétences, sa sainteté et ses révélations. J’aime plus Jésus-homme, que Jésus-Dieu. Jésus homme est humain, faible, vulnérable. Il est du côté de ceux et celles qui font le «mal». Il est de ma race. Il m’est proche. Il m’appartient. Je peux le suivre. Il m’est compatible. Je peux décharger en moi le contenu de son esprit. Je peux l’assimiler dans ma vie. Je peux calquer ma vie sur la sienne. Il est humain comme moi, je peux donc l’aimer. Jésus-Dieu, par contre, vient d’un autre monde. Il est un «alien». Je n’ai rien en commun avec lui. Il n’est pas de ma race. C’est un imposteur qui fait semblant d’être un homme. Il triche. Il m’est incompatible. Il est inatteignable. Il ne m’affecte pas. Il me propose des choses impossibles. Il ne m’intéresse pas. Je ne peux pas l’aimer. Je ne peux pas le suivre. Il ne sera jamais mon «sauveur».

Cet évangile veut alors susciter en nous les chrétiens, l’attitude de la tolérance, du respect des diversités, de la compassion, de la bienveillance, de l’acceptation du mal, non pas pour l’approuver ou le justifier, mais pour le comprendre, le relativiser et le dédramatiser. Ce texte vise surtout à nous faire comprendre la nécessite d’être la bonne semence, le bon grain qui doit compenser et balancer la présence du l’ivraie dans le champ du monde, afin que celui-ci puisse quand même progresser, poussé par les forces majoritaires de la lumière, de la bonté et de l’amour.



BM 2014

mercredi 9 juillet 2014

Le secret révélé aux petits

«VENEZ A MOI VOUS QUI PEINEZ SOUS LE FARDEAU …» 

(Mt.11,28-30)

Si Jésus constitue un échelon d’une importance capitale dans l’évolution de la race humaine vers un niveau plus élevé d’humanité, cela est dû au fait que cet homme, plus que quiconque avant lui, a eu conscience d’être le porteur privilégié de la présence du divin dans le monde: «Nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui a qui le Fils veut bien le révéler». C’est Jésus qui a révélé à l’humanité que Dieu est une Énergie et un Esprit bon et bienveillant qui n’est pas en dehors de ce qui existe, mais qui imbibe de sa présence et de ses virtualités l’univers entier. Jésus a enseigné que l’esprit de Dieu se manifeste et agit avec une force particulière dans l’être humain qui en est son incarnation et sa manifestation la plus accomplie. C’est en cela que consiste le «secret» dont Jésus parle en ce passage d’évangile et qu’il dit être fermé aux sages et aux intelligents et accessible seulement aux simples et aux petits.

Les sages et les intelligents au temps de Jésus sont l'élite de la société ou qui se croient tels. Ce sont les scribes, spécialistes de la Bible, les prêtres, les aristocrates, les gens cultivés, ceux qui sont aux rouages du système politico-religieux. Ce sont tous ceux qui, dans l'ombre des structures politiques et économiques, tirent les ficelles du monde qui leur sert de table de jeu d'argent. Tous ceux dont le salaire, le train de vie, l'arrogance et le mépris sont une insulte permanente au peuple des pauvres dont ils exploitent le travail et la misère.
De l'autre côté, les «tout petits», dit le texte. Et on peut ici comprendre le mot «tout petits» dans le sens d’«enfants»: ceux qui n'ont pas la parole, ceux qui n'ont pas droit à la parole. Au temps de Jésus, ce sont tous les miséreux qu'on voit se presser autour de lui: femmes, enfants, malades affectés par toutes sortes d’infirmités, muets, aveugles, boiteux, épileptiques, lépreux, tous ces pauvres de moyens matériels et intellectuels qui sont considérés un poids inutile pour la société, parce qu’ils ne produisent pas, parce qu’ils sont  hors normes, parce qu’il sont incapables de s’insérer dans un système qui les exclut et les punit ; qui n'ont droit qu'à se taire et à subir; qui ne sont rien, parce qu’ils ne possèdent rien: ni éducation, ni culture,  ni argent, ni pouvoir et donc ni valeur et ni dignité; qui n’ont aucun statut social parce qu’ils ne réalisent pas les conditions pour s’asseoir à la table des gens « bien» qui déterminent  le sort de ce monde.
C’est tout ce monde qui se presse autour du prophète de Galilée, parce qu’il a pour eux un message d’espérance, de libération. Parce que tous ces pauvres et ces petits trouvent en lui non seulement leur porte-parole et leur défenseur, mais celui qui les fait grandir, leur donne valeur, leur fait découvrir  leur dignité et leur révèle le secret de la vraie grandeur humaine. Il leur annonce en effet que la grandeur de la personne consiste dans la prise de conscience de l’esprit de Dieu qui les habite et dans la réponse qu’ils  donnent à cette divine présence. Il enseigne que la valeur de la personne n’est pas dans l’avoir, mais dans l’être. Non pas dans la quantité de «biens» qu’ils réussissent à recevoir et à accumuler, mais dans le bien et  le bonheur qu’ils sont capables de faire, de donner et de partager. Il leur révèle qu’ils sont tous des enfants de Dieu et que, par conséquent, Dieu les aime tous dans l’individualité de leur personne. Que pour Dieu tous ses enfants sont égaux en dignité, en valeur et en amour. Que pour Dieu  il n’y a pas de différences de race, de statut social, de culture, de nationalité, de religion. A ses yeux nous avons tous la même importance; pour lui chacun de nous est spécial, génial, super, extraordinaire, merveilleux. Car nous sommes le produit de son amour. Nous sommes tous et chacun le lieu de sa manifestation dans le monde. Nous sommes tous animés par  l’Énergie de son amour qui, agissant dans les profondeurs de notre être, nous structure en tant qu’humains et personnes appelées à devenir des relais de l’amour en ce mode. Et si c’est la capacité, d’aimer, de se donner, de se préoccuper des autres, de partager, d’accueillir, de supporter, de souffrir… qui constitue et détermine  la qualité de notre humanité et donc la grandeur et la noblesse de notre personne, alors Jésus nous dit que ce sont  surtout les pauvres, les petits, les humbles, les doux, ceux qui ont faim et soif de justice et d’amour, ceux qui sont exclus et persécutés, ceux qui pleurent, qui ont, aux yeux de Dieu, la meilleure chance de réussir et d’accomplir leur existence.
 Le secret de la vraie grandeur humaine reste cependant  «caché»  aux grands  et aux puissants de ce monde. En effet ce n’est pas sur le mètre de l’amour, du don de soi, de l’intérêt pour l’autre, du respect, du partage que les grands et les puissants mesurent la  réussite de leur existence, mais sur celui du pouvoir, de la puissance, du profit et de l’argent. Le mètre et la mesure de Jésus leur reste inaccessible et incompréhensible; étant réfractaires à  son esprit, ils leur manque la clef capable d’ouvrir les portes de l’accès à son royaume. N’étant et n’ayant que leur pouvoir, leurs biens et  leur argent, les puissants de ce monde se condamnent à vivre une vie au ras du sol, empoisonnée par l’angoisse et la peur de perdre la cause d’un bien illusoire et d’un bien amère bonheur.
Au cours de leur existence, les hommes ne pourront jamais trouver le repos et la paix de leur âme et de leur esprit dans l’attachement aux choses, surtout ci cet attachement est à ce point démentiel et aveugle qu’il est devenu  total et exclusif.
La paix et le repos de l’âme Jésus les promets à ceux et celles qui vont à lui et qui ayant récupéré leur cœur d’enfant, vivent dans la confiance en cet amour divin qui les veut et les accepte dans la pauvreté, les fardeaux, les limites et les faiblesses de leur vie. Un amour dont une partie a été déposée par Dieu lui-même dans les profondeurs de leur être et sur le courant duquel  ils doivent laisser naviguer la coque de leur existence.
«Venez  à moi, devenez mes disciples, vous tous qui peinez sous le poids et le fardeau de la vie… je vous procurerai  le repos... Ce que vous transportez n’est pas un joug pénible, c’est l’esprit de Dieu, c’est un esprit d’amour ; et l’amour est facile à porter et son fardeau  est léger».

Dans les péripéties du parcours, le bateau de notre existence sera-t-il capable d’accoster à ce havre  de paix où il  pourra trouver enfin son  refuge et son repos ?  



MB

jeudi 26 juin 2014

ABOLIR LE «SACRIFICE» EUCHARISTIQUE




L’Église catholique tient absolument à présenter l’Eucharistie comme la «représentation» rituelle, l’«actualisation» sacramentelle du sacrifice de Jésus sur la croix. Elle va jusqu’à affirmer que «le sacrifice du Christ et le sacrifice de l’Eucharistie sont un unique sacrifice». Cette idée est insoutenable tant du point vue intellectuel que du point de vue scientifique. On ne peut pas rendre réellement présent un événement du passé. Elle sous-entend, en outre, une idée mythique de la divinité qui n’est plus conciliable avec la façon moderne de penser. Un sacrifice culturel est donc un concept vide de sens pour les chrétiens qui ont cessé depuis longtemps d’égorger et de brûler des animaux pour s’attirer les faveurs de la divinité.

Certes, Jésus a été un exemple de «sacrifice», d’abnégation et de don de soi. Il n'a pas vécu pour lui-même, mais pour les autres et pour Dieu. Il a passé sa vie à parler de Dieu; à corriger les idées que les gens de son temps avaient sur Lui. Il enseignait que Dieu est un être d’amour qui n’est pas au-dehors de nous, mais à l’intérieur de nous. Il a passé sa vie à libérer les gens de leurs préjugés et de leurs peurs et à les rendre conscients de leur valeur, de leur dignité et de leur grandeur. Il enseigné que nous ne devons jamais, jamais avoir peur de Dieu, même lorsque nous nous sentons indignes et coupables. Car Dieu n'est pas comme les religions le décrivent: un Être lointain, en dehors de notre monde, austère, bourru, colérique, exigeant, qui surveille les gens pour les surprendre en erreur, qui a une piètre opinion des humains qu’ils considère infidèles et méchants; toujours prêt à juger, à condamner et à punir la faute et le péché durant la vie des transgresseurs ou durant celle de leurs descendants. Jésus enseignait que Dieu ne correspond pas du tout à l’idée que la majorité des gens religieux se font de lui. Jésus enseignait que Dieu est un être d'amour, de compassion, de compréhension, qui nous accepte tels que nous sommes, qui aime tout et tous sans distinctions, avec la tendresse et la sollicitude d'un père ou d'une mère. Jésus voulait que les gens se sentent à l'aise avec Dieu. Jésus voulait donc libérer les gens de la peur de Dieu. Il voulait changer les mentalités, les idées fausses, et les préjugés négatifs au sujet de Dieu. Le point central de sa prédication a toujours été une invitation à changer, à se renouveler. Il disait : "Changez votre façon de penser; convertissez-vous à un nouvel état d'esprit; à une nouvelle façon de voir et de percevoir Dieu; à une nouvelle façon de vous mettre en relation avec Dieu, avec vous-mêmes, avec les autres, avec le monde et la nature qui vous entoure ». Jésus a consacré toute sa vie à cette mission de libération ou de rédemption (nous racheter de nos peurs, de notre ignorance et de nos préjugés).

Changer les mentalités n'est pas chose facile. Car les gens sont attachés à leurs idées, à leurs convictions, même si elles sont fausses, erronées, même si elles sont totalement dépassées et depuis longtemps archivées. Les gens ne veulent pas se faire bouleverser l'existence par ceux qui prêchent des nouveautés ou proposent des changements radicaux. En général, les gens se sentent bien dans l’univers mental et religieux qu’ils se sont construits. Ils se sentent à l’aise dans leurs vieilles croyances, dans leurs vieilles idées, dans leurs vieilles valeurs. Surtout si ces idées et ces valeurs servent à conserver leurs certitudes, à assurer leur paix et stabilité intérieures et à préserver leur prestige et leur autorité. C'est pour cela que Jésus a rencontré hostilité et opposition de la part des autorités religieuses et civiles de son temps. Elles le considéraient comme un subversif, une tête folle qui voulait tout mettre à l'envers et changer leur monde. Et c’est pour cela qu’il a été éliminé. Les autorités juives ont tué le prophète de Nazareth parce qu’elles se rendaient compte qu’il constituait une menace pour leur religion, pour leur mode de vie et surtout parce que ses idées sapaient les bases de leur pouvoir.  

Jésus a donc été tué parce qu'il était considéré comme une personne gênante et dangereuse. Jésus est mort parce qu’il a voulu être en accord jusqu’au bout avec ses convictions et fidèle à ce qu'il considérait être sa mission. Sa mort a été une mort politique (sa cause n’a aucune connotation religieuse) et non pas une mort rédemptrice ou un sacrifice d'expiation destiné à apaiser la colère de Dieu et à l’induire à changer son attitude hostile et agressive envers l'humanité pécheresse, afin qu’il se réconcilie avec les coupables, pardonne leurs péchés et ouvre à nouveau pour eux les portes de son amitié, de sa grâce et de son paradis (comme pendant des siècles une doctrine erronée l’a fait croire aux chrétiens). Jésus a été tué non pas parce qu'il a essayé de changer l'attitude de Dieu envers les hommes, mais parce qu'il a essayé de changer l'attitude des hommes envers Dieu. Jésus n'est pas mort parce qu'il voulait amener Dieu à changer d'idée au sujet des hommes, mais parce qu'il voulait amener les hommes à changer d’idées au sujet de Dieu.

L'Eucharistie ne commémore et ne reproduit donc pas le sacrifice expiatoire de la croix. Il n'y a jamais eu de sacrifice d'expiation voulu par Dieu et que Jésus aurait accepté et accompli en mourant sur la croix. Jésus n'a pas payé une rançon à Dieu pour que celui-ci oublie sa colère et pardonne nos péchés. Dieu n'a jamais été en colère contre l'humanité. Cette façon de comprendre Dieu et la mort de Jésus est fantaisiste, absurde et blasphématoire. Jésus n'est ni notre «rédempteur», ni notre « acheteur », car il n'y a jamais eu personne à «acheter» ou à «racheter» des mains cruelles d’une divinité courroucée.

Cette position théologique de l’Église qui considère la mort de Jésus (et la «messe») comme un sacrifice expiatoire voulu par Dieu, est donc à combattre et à effacer de l’enseignement catholique. Malheureusement cette doctrine a infecté comme un virus maléfique presque toutes les formulations rituelles de la liturgie catholique, jusqu’à s’infiltrer dans les prières eucharistiques et les paroles mêmes de la consécration.

            Jésus est et restera uniquement le «libérateur» et le «sauveur» de l'humanité. Libérateur, parce qu’il nous a libéré de la peur de Dieu. Sauveur, parce qu'il nous a laissé les valeurs, les principes et les attitudes qui ont la capacité de nous sauver en tant qu'individus, de sauver l'humanité dans son ensemble et de sauver la planète que nous habitons. Si ces valeurs et ces principes ne sont pas respectés, l'humanité et la terre iront inévitablement vers leur ruine et personne ne sera sauvé.

            L'Eucharistie est un rituel symbolique par lequel Jésus est présenté comme celui qui se donne, qui passe toute sa vie à nous changer, pour nous libérer de l'intérieur, pour nous faire sortir de l'obscurité de notre ignorance et pour nous installer dans une toute nouvelle relation de confiance, d'abandon et d'amour envers Dieu et par conséquence envers  notre prochain.

            L'Eucharistie présente Jésus sous des symboles de nourriture quotidienne (pain et vin), pour exprimer qu'il est et qu’il doit devenir pour nous le pain que nous devons manger pour assimiler ses idées, ses paroles, son enseignement, afin d’avoir en nous son esprit et faire vibrer notre vie en syntonie avec la sienne. Lorsque nous sommes animés par son esprit, nous pouvons vivre d’après son style d’existence et trouver, nous aussi, le désir et la force de donner et de dépenser notre vie au service des autres, dans une attitude de confiance absolue dans l'amour et la bonté de Dieu, considéré comme un père qui nous aime d'un amour sans limites et sans conditions.

Participer à l'Eucharistie et manger le pain consacré qui représente Jésus, par conséquent, ne signifie pas seulement vouloir faire communion avec lui, mais aussi vouloir faire communion avec tous nos frères. Lorsque, au cours de la liturgie eucharistique, nous nous approchons de la sainte table pour manger le pain consacré, nous disons justement que nous allons «faire la communion». Jamais expression n’a été plus vraie! Par ce geste, en effet, nous voulons exprimer le fait d'être en communion avec Jésus, avec Dieu et avec notre prochain. Par ce geste, nous voulons manifester notre volonté de nous engager pour lutter, dans notre vie et dans notre société, contre les impulsions meurtrières et destructrices de la haine, de la vengeance, de la violence, de l'intolérance, de l'égoïsme, de la cupidité, de la fermeture sur nous-mêmes, afin de construire un monde meilleur, qui se développe à l’enseigne des valeurs évangéliques de la tolérance, de la compréhension, du pardon, du respect mutuel, de la fraternité et de l'amour.

Voilà pourquoi l'Eucharistie est le sacrement (c'est à dire le signe) de l'amour qui doit caractériser tous ceux et celles qui acceptent de la célébrer. Voilà pourquoi l'Eucharistie est le sacrement de la liberté qui crée des relations, non plus déterminées par la contrainte, l’obligation, la méfiance et la peur, mais inspirées par l'amour qui est le seul sentiment vraiment libérateur.


BM