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mardi 11 septembre 2012

IL FAIT ENTENDRE LES SOURDS ET IL FAIT PARLER LES MUETS…



( 23 dim. ord. B 2012 - Marc 7, 31-37)

Le cœur du message de Jésus de Nazareth consiste dans l’amour de l’autre. Jésus disait: «C’est à cela que le gens reconnaîtrons que vous êtes mes disciples, à l’amour que vous aurez les uns pour les autres». Pour le Nazaréen, l’ouverture, l’empathie, l’affection que l’on porte à notre semblable sont plus importants que  l’adoration et le culte rendus à Dieu ou que la soumission à sa «volonté» et à sa Loi. Et cela est vrai à un tel point que, pour Jésus, l’amour du prochain est le seul moyen que nous avons à notre disposition pour manifester notre amour envers Dieu et que toute proclamation ou affirmation religieuse de piété vis-à-vis de Dieu, qui ne se traduit pas en charité fraternelle et qui ne s’accompagne pas d’intérêt, d’ouverture et  d’amour envers l’être humain, n’est que mensonge et hypocrisie.

Si donc l’amour pour les autres constitue le cœur du message du Maître de Nazareth, nous comprenons le souci, la préoccupation de Jésus à vouloir que ses disciples soient des gens ouverts, accueillants et l’effort qu’il a mis à les guérir de leurs surdités, de leurs insensibilités, de leurs enfermements et de leurs égoïsmes. C’est le sens et le message de l’anecdote de la guérison du sourd-muet  relaté par l’extrait évangélique de ce dimanche. En règle générale, on constate que, dans les évangiles, l’attitude fondamentale qui est requise de la part de ceux et celles qui veulent entrer  dans la dynamique spirituelle du Maître est celle de l’écoute. «Qui a des oreilles pour écouter, qu’il écoute!», devient la consigne et le mot d’ordre pour être un authentique disciple et pour accueillir le salut de Dieu apporté par Jésus: écouter la parole, écouter la voix du frère dans le besoin, écouter le Fils bien-aimé... Écoute qui est synonyme d‘accueil, de confiance, d’intérêt et, finalement, d’amour. Si dans les évangiles l’accent est mis avec tellement d’emphase sur la nécessité de l’écoute pour se réaliser en tant qu’humains et pour se sauver, cela est dû au fait que, généralement, cette capacité fait défaut chez beaucoup de gens et que, à cause de cela, leur vie risque de « tomber en ruine». Dans les évangiles  Jésus est présenté comme celui qui, stimulant notre capacité d’aimer, nous convie à une attention et à une sensibilité plus grandes envers nos semblables, et donc comme celui qui active, d’une façon inégalée et toute nouvelle, notre capacité d’écoute des autres et d’ouverture aux autres.

L’écoute est en effet la seule façon que nous avons d’entrer en relation avec une personne. L’écoute est la seule porte par laquelle l’autre peut entrer en nous et dans notre vie. C’est par l’écoute de ce qu’il me révèle de lui, que je peux le connaître, découvrir et sentir son âme et lui permettre d’affecter la mienne. C’est par l’écoute de l’autre que je l’accueille, que je reconnais sa valeur et son importance, que je m’enrichis de tout ce qu’il m’apporte et que je lui permets de s’affirmer en tant qu’individu unique, en lui faisant découvrir sa grandeur et son immense dignité. Car c’est par mon écoute que l’autre se sentira accueilli, remarqué, accepté et donc reconnu et donc compris et donc valorisé et donc apprécié. C’est grâce à mon accueil et à mon écoute qu’il se sentira aimé et qu’il  prendra alors confiance en lui-même et trouvera satisfaction, gratification et joie dans son vivre.

Si je l’écoute, jamais un individu dira de lui-même: je suis une nullité, je ne suis bon à rien, je ne vaux pas grand-chose, je suis inutile, personne ne s’intéresse à moi, personne ne m’aime, je vis dans un monde hostile, insensible, égoïste, méchant, à quoi bon vivre… Notre capacité d’écoute peut faire toute la différence entre un monde hospitalier et un monde féroce; entre une société humaine et une société  déshumanisée; entre le bonheur ou le malheur d’une personne,  entre le choix de vivre ou le choix de mourir.

C‘est à cette capacité d’écoute que sont finalement mesurés la beauté de notre âme, l’emprise de Dieu dans notre existence et le miracle de guérison que son Esprit a opéré dans les profondeurs blessées et désagrégées de notre être. C’est pour cela que l’écoute devient la caractéristique du disciple de Jésus, de l’homme et de la femme transformés et renouvelés par son esprit  et l’attitude de base de ceux et celles qui ont été guéris de leur endurcissement et de leur surdité au contact du Maître et qui sont appelés à bâtir le «Royaume de l’amour de Dieu» sur terre.

 Si la fonction de Jésus, en tant que Maître, est celle de parler et d’enseigner, la fonction du disciple que nous sommes, est celle d’être attentif et d’écouter. Il ne peut être maître que si nous sommes disciples. C’est alors notre capacité d’écoute qui lui assure son charisme, son efficacité, la réussite de sa vie et de sa mission dans le monde. Si nous écoutons, Jésus est Jésus et il sauve. Si nous faisons la sourde-oreille, il aura parlé au vent et son passage parmi nous aura été inutile et sa mort une horrible défaite.

Jésus nous veut personnes de dialogue, de communication, car il est venu bâtir un monde animé par l’amour et donc basé sur la relation qui doit créer unité, fraternité et communion entre les humains.
Le chrétien est donc essentiellement celui qui écoute. Mais écoutons-nous vraiment ? Avons-nous créé, développé en nous les conditions et les attitudes nécessaires et indispensables pour une bonne écoute ? Quelles sont ces conditions? Essayons ensemble d’en pointer quelques-unes.

Dans l’évangile de ce dimanche il est dit que Jésus rencontre un sourd-muet  et qu’il l’amène loin de la foule. C’est pour nous faire comprendre que pour écouter il faut être capable de faire taire, au moins pendant quelques instants, le tumulte et le tapage qui s’est établi à l’intérieur de nous; quitter la foule de nos distractions pour atteindre un lieu de silence. Il faut ensuite s’arrêter, porter attention, être curieux  s’abstenir de tout jugement, jeter sur l’autre un regard bienveillant ; penser que l’autre est comme un coffre bien garni et qu’il peut nous surprendre, nous émerveiller et nous enrichir  lorsqu’il l’ouvre et qu’il partage avec nous  la variété et la valeur de son contenu. L’écoute est alors ouverture à l’autre, liée à une capacité à l’accueillir sans jugement, sans a priori…et avec amour.

Mais si tu es devenu sourd, car fermé, replié sur toi-même, uniquement centré sur ton petit moi et ton petit bonheur, indifférent et insensible à la présence des autres, si tu te bouches systématiquement les oreilles avec des auriculaires pour n’entendre que du bruit, du rap, du rock, du métal, pour t’étourdir, te couper du monde, des autres, parce que les autres te fatiguent, sont minables, ne t’intéressent  pas, te tapent sur les nerfs … tu seras aussi un être coupé, sans substance, vide, pauvre, car tu te seras privé de l’apport des richesses que ton ouverture aux autres aurait apporté à ta vie... et tu n’aura rien a dire, rien a communiquer. Tu seras là, mais comme un poteau contre lequel on trébuche ou comme un arbre sans fruits.

Nous, les disciples du Maître de Nazareth, nous devrions être les champions de l’écoute. Comment va notre entraînement ?
  
Pour terminer je vais vous raconter une petite anecdote. Lorsque je vais chez mon dentiste, situé sur la rue Drummond à Montréal, une fois débarqué du métro, je dois marcher dix minutes sur la rue Ste Catherine. Presque toujours, au cours de ce bref trajet, je rencontre deux ou trois mendiants assis par terre ou accotés à un mur. J’ai toujours quelques pièces de monnaie dans me poche. Je pourrais donc facilement  me donner  bonne conscience, en leur faisant tomber dans le gobelet des 25 sous. Mais je me dis toujours que je ne peux pas encourager la mendicité, que je ne peux pas donner à tous ceux qui quêtent sur la rue ....  Que, d’ailleurs, ça ne sert à rien, puisque, avec l’argent ramassé, ils iront  probablement s’acheter de la bière et que ça ne résoudra pas leurs problèmes…. Donc, généralement, je ne donne rien…  je file, en faisant semblant de ne pas les voir. Mais chaque fois ce semblant d’indifférence et d’insensibilité me donne du remord.
Le mois dernier,  autre rendez-vous chez  le dentiste. Même trajet, même scénario. Je me suis dit : je n'ai pas le droit d’être indifférent. Cette fois-ci je vais m’arrêter et je vais jaser quelques minutes avec celui à la barbe frisée qui quête devant la libraire Chapters. Et c’est ainsi, qu’avec un sourire et une certaine gêne, je l’ai abordé, en lui disant que je n’avais pas d’argent à lui donner, mais que j’aurais aimé connaître quelque chose de sa vie. Après un moment de surprise et d’étonnement de sa part, en un français parfait qui laissait  deviner un homme instruit et cultivé, en cinq  minutes et demi, il m’a fait le résumé de sa vie. Et pendant ces cinq minutes je l’ai écouté. Je l’ai écouté avec toute mon attention, toute  ma concentration, mais surtout avec tout mon cœur et ma sympathie. Il m’a touché l’âme, il m’a enrichi de lui. Quand nous nous sommes laissés, il avait les yeux pétillants, un grand sourire sur le visage et tous les deux nous avions les larmes aux yeux. Avant de partir, en me serrant fort la main, il m’a dit «Monsieur, vous m’avez fait un très beau cadeau!». Je ne lui avais rien donné! C’est lui qui m’avait tout donné!


BM

dimanche 9 septembre 2012

LA SOURCE D'EAU VIVE CACHÉE EN NOUS


LA SAMARITAINE

(Jean 4)

L’Évangile de Jean est une méditation théologique, spirituelle et mystique sur la personne de Jésus et sur le sens de sa mission. La vision  que Jean a de Jésus est déjà celle de la foi. Son Jésus a déjà beaucoup perdu de sa consistance humaine et il est présenté comme un être divin : Parole ou Verbe de Dieu, lumière, porte, chemin, vérité, vie, résurrection, bon pasteur, un seul être avec  Dieu le Père…
Tous les récits de l’évangile de Jean dans lesquels Jésus intervient, ne doivent donc jamais être pris au pied de la lettre, mais être toujours lus et interprétés en clef symbolique. Les situations, les personnages, les actions  qui s‘y déroulent sont presque toujours des constructions de l’évangéliste qui utilise tout ce matériel comme des images, des  figures, des symboles, des signes dont  le but est d’introduire le lecteur dans le mystère de cette divine personne... De sorte que, lorsque nous lisons les évangiles en général, et l’évangile de Jean en particulier, nous devons toujours nous poser la question suivante : qu’est-ce que l’évangéliste veut me transmettre, veut me révéler de la personne du Maitre qui me concerne, moi, aujourd’hui, dans mon contexte de vie du XXIe siècle?
Et le récit de la rencontre de Jésus avec la femme de Samarie au puits de Jacob ne fait pas exception. Que ce récit soit historique ou pas, qu’il soit une composition littéraire de Jean ou pas, cela n’a pas vraiment d’importance. Ce qui importe c’est la pertinence du message qu’il contient pour nous. Et le message est d’une richesse inouïe.

Ce récit nous présente un Jésus en fugue (en Judée, d’où il vient, il s’est fait plein d‘ennemis, il est incompris, contesté, refusé, menacé), déraciné, dans un pays étranger et hostile, seul, épuisé, fatigué, écrasé par la chaleur, assoiffé au bord d’un puits  plein d’eau  et incapable cependant d’étancher sa soif. Le seuil moyen qu’il possède pour se désaltérer c’est de briser des tabous, enfreindre des règles, passer par-dessus des interdits, forcer les barrières imposées par la culture, la religion, les préjugés sociaux, mettre de coté son orgueil de mâle et se faire mendiant, se faire dépendant, demander la charité à quelqu’un qui vit au plus bas de l’échelle humaine: une femme et même pas de bonne réputation; une femme qui a honte de soi et qui va au puits à midi, l’heure la plus chaude, pour être sûre de ne pas se faire voir et de ne rencontrer personne.

Voilà donc deux personnes qui, sans le savoir, ont besoin l’une de l’autre pour sortir de l’impasse dans laquelle ils se retrouvent  et donner, peut être, une orientation nouvelle, un nouveau souffle à leur vie. Jésus a besoin d’être découvert comme l’homme qui vient de la part de Dieu (le messie) et la femme de Samarie a besoin d’être reconnue dans sa dignité d’être humain et de personne. L’un et l’autre n‘ont besoin que d’une seule chose: être reconnus pour ce qu’ils sont dans la profondeur de  leur être.

N’est-il pas vrai que bien souvent et presque toujours les gens ne connaissent que le masque que nous portons, que les apparences extérieures de notre personne? Ce que nous sommes vraiment tout au fond de notre cœur, nous le cachons avec un soin méticuleux. Nous dévoilons difficilement notre âme. Et pourtant c’est cette partie secrète qui contient le meilleur de nous même, notre identité véritable, mais que nous n’osons pas manifester  parce qu’elle nous éloignerait trop des modèles standardisés du monde qui nous entoure. Nous aimons mieux nous confondre avec la masse, émousser les différences, effacer les traits ou les caractéristiques qui feraient de nous des personnes uniques et originales. Pour nous adapter, pour ne pas être différents, nous nous adaptons, nous nous mimétisons, nous nous confondons avec le paysage, nous cachons notre singularité : nous avons la pudeur de notre moi véritable.

Pour révéler notre âme nous avons besoin de sentir sur nous le regard d’une personne qui nous accepte sans préjugés et nous aime dans notre singularité. Quel miracle, quelle transformation dans notre vie, lorsque la rencontre d’une personne fait naître en nous la confiance qui nous permet d’être véritablement nous-mêmes! Quelle grâce et quelle révélation dans notre vie, lorsque, dans la rencontre avec une autre personne, nous réalisons que nous sommes remarqués, acceptés, appréciés, reçus, aimés, non pas à cause de notre  apparence extérieure, mais à  cause  des trésors  secrets que nous possédons, à cause de la source secrète qui coule en nous et que nous avons protégée des regards d’autrui par modestie, par pudeur ou par peur que son eau pure soit contaminée.

Chacun de nous possède une source d’eau vive cachée  dans les profondeurs de son être. C’est dans cette source que nous trouvons les caractéristiques véritables de notre humanité. C’est en elle que se réfléchit l’image de Dieu que nous sommes; c’est là que se trouve l’enfant  innocent et pur que nous sommes, avec ses rêves d’accomplissements, ses désirs de bonté; ses aspirations de don de soi; ses élans de justice, de partage; ses besoins  d’amour à donner et à recevoir.
Chacun de nous a besoin  de rencontrer un jour la personne qui suscite en nous assez de confiance pour que nous lui ouvrions le chemin à la découverte des trésors de notre âme et pour que puisse jaillir au grand jour la source cachée.

C’est l’événement extraordinaire qui s’est produit au puits de Jacob. Jésus ose le dialogue, ose se faire mendiant, ose l’attitude de celui qui est faible, qui a besoin; il se fait faible, indigent, petit devant cette femme pour faire naître la confiance, afin qu’elle lui ouvre spontanément les portes de son cœur pour faire jaillir la source qui s‘y cache. Cette femme n’avait jamais connu un homme avec une telle finesse de perceptions et une telle délicatesse de sentiments. Elle n‘avait fréquenté que des machos violents, agressifs, autoritaires, coléreux qui l’avaient toujours exploitée, maltraitée, rabaissée, traitée comme un objet, une esclave, une prostituée, un objet de luxure et de plaisir. Jamais personne n'avait su voir en elle la personne, la femme, l’être humain avec des pensées, des valeurs, des richesses, des sentiments, des aspirations, des projets. Jésus a su la regarder avec ce regard qui va au delà des apparences et qui voit la vérité fondamentale de sa personne.

Pour la première fois, cette femme, au contact de Jésus, s’est trouvée reconnue et acceptée en tant que personne. Jésus lui dit en effet : «Si tu savais le don de Dieu que tu portes en toi, tu m’aurais demandé de t’aider à le connaître et alors tu aurais fait l’expérience d’une source en toi qui peut changer complètement ta vie et ta perception de la réalité». Jésus parle, interroge, écoute, s’implique, s’intéresse à elle, dans un dialogue franc, amical, sincère, plein de sympathie; un dialogue qui ne juge pas, qui ne fait pas de reproches, qui ne condamne pas et qui accepte la vie tumultueuse de cette femme avec une tolérance et un accueil total. Pour la première fois de sa vie, grâce à ce regard de Jésus posé sur elle, cette femme s’est senti reconnue et valorisée, non pas pour ce qu’elle possédait, mais pour ce qu’elle était, au plus profond d’elle-même. Et subitement,  grâce à ce regard de Jésus posé sur elle, elle a eu la sensation d’être sauvée. Subitement, elle a pu voir en Jésus son sauveur et reconnaître la véritable identité de cet homme qui avait mis a nu les secrets de sa vie et de son cœur.

Finalement cet évangile veut nous annoncer que ceux et celles qui réussissent à réaliser dans leur vie une rencontre sincère, personnelle et aimante avec le Prophète de Nazareth ont plus de chance de découvrir la source d’eau vive qui coule dans leurs profondeurs et donc de comprendre la véritable grandeur dont ils sont porteurs en tant que personnes faites à l’image de Dieu. 

MB

lundi 3 septembre 2012

LA CONFIANCE QUI NOUS SAUVE


LA CONFIANCE QUI SAUVE LE MONDE
(4 dim. Avent, B  2011, Lc 1, 26-38)


Comme toujours, la parole que nous retrouvons dans les évangiles est là pour nous, et pour orienter notre vie, pour suggérer les attitudes intérieures que nous devons assumer, nous, les fils de Dieu, les disciples de Jésus, les chrétiens que nous sommes.

Même lorsque cette parole nous parle de visite d’anges, de mères-vierges, d’époux angoissés, d’auberges remplies, de grottes, de pasteurs et de brebis, d’étoiles qui voyagent, de mages … c’est  encore à nous  qu’elle s’adresse et toujours pour nous indiquer quels chemins nous devons parcourir  pour devenir des êtres  plus humains et plus conformes aux attentes de Dieu.

Le centre du récit que nous venons de lire est constitué par le «oui » de Marie à l’annonce et à la proposition inouïe et insensée de l’ange. Dans la Bible l’ange symbolise toujours la présence et les exigences de Dieu  face aux  humains. Le message que ce texte nous transmet est le suivant : Dieu réalise toujours ses plans, même  à travers des situations qui nous paraissent incompréhensibles et absurdes, comme c’est le cas ici   Parce que, finalement, c’est lui le maitre du temps et de l’histoire. Il sait écrire droit même à travers nos lignes croches. Malgré  nos folies et  l’absurdité du monde que nous créons à cause de notre stupidité, Dieu a  toujours le contrôle de la situation. Donc, si cela est vrai, si je crois que son ange vient parfois nous visiter  et nous rassurer de sa présence, alors, malgré toutes les raisons que je peux avoir de m‘abattre, de me tourmenter, de désespérer, d’avoir peur devant un futur inquiétant, je fais confiance, je dis oui à la vie, à ma vie, je m’engage, je me donne à la réalisation de ma tâche, de ma mission. Car je sais que l’Esprit du Seigneur est avec moi, en moi, qu’il me couvre de son ombre pour que je puisse donner naissance, porter à la lumière le fils de Dieu que je suis au plus profond de moi-même et qui doit contribuer à « sauver» ma famille, mon milieu de vie et  le monde.

Ce texte à été écrit pour nous les chrétiens et, en s’appuyant sur la figure de Marie, il veut, de toute évidence nous apprendre la foi  en ce Dieu de Jésus et donc à faire confiance. Faire confiance à Dieu car il est Père, car il nos aime, car il veut notre bonheur et la réussite de notre vie. Faire confiance s’est se laisser  porter, se laisser  emporter par ce feeling, cette sensation … c’est sentir que  la réalisation profonde de notre humanité individuelle et de l’humanité totale est intimement dépendante de l’insertion en Dieu de notre âme. C’est cette confiance qui nous réalise et qui sauve, car elle libère de la peur qui est à l‘origine de toutes les calamités de notre monde.
  
Ce texte veut nous faire comprendre que Dieu a besoin de personnes de confiance pour pouvoir entrer et s’incarner dans notre monde. C’est parce que nous lui faisons confiance que son Esprit coule en nous et qu’ainsi, à travers nous, il transforme, il guérit l’état de ce monde. Sans la confiance rien n‘est  possible. La confiance en Dieu est aussi celle qui  soutient et explique tous les autres mouvements de confiance que je suis obligé de poser au cours de ma vie. Tu fais confiance aux branches d’un arbre et à ses fruits, parce que tu as confiance dans la qualité de son tronc. Comment pourrais-tu faire confiance aux hommes, si tu n’a pas confiance en Dieu et si tu penses que Dieu peut te décevoir?

La confiance en Dieu  me met en paix  avec Lui et, par conséquent, elle me pacifie aussi avec moi-même et les autres. Dans la confiance, je m’accepte tel que je suis; je suis content  de ce que je suis, parce que je sais que Dieu aussi m’aime et me prend tel que je suis dans mon identité unique et exclusive, avec le poids de mes faiblesses et la richesse de mes qualités. Cela n‘exclut évidemment pas que je sois conscient de mes limites et toujours tendu vers une conversion et un changement continuel. Je peux alors accepter les événements de la vie, bons et mauvais, sans peur, en les considérant comme des grâces, comme des échelons qui me font monter plus haut; comme des briques, parfois lourdes, parfois légères, mais nécessaires à la construction de ma personnalité et de mon destin tel qu’il s’inscrit depuis toujours dans le plan ou la pensée de Dieu. Si je suis en paix avec Dieu et avec moi-même, je le suis aussi avec les autres et le monde entier.

Lorsque je suis un être pacifié intérieurement par la confiance, le regard que je pose sur les autres humains est différent aussi. Je me sens en paix avec l’autre. L’autre n’est plus le rival, le concurrent, l’adversaire, l’inconnu dont je dois me méfier, le potentiel agresseur dont je dois avoir peur et que je dois garder à distance. L’autre devient, au contraire, le «prochain» que je peux faire objet de mon attention et de mon amour. C’est cela que la suite du texte évangélique d’aujourd’hui  veut nous dire lorsqu’il raconte que Marie (qui incarne ici la confiance),  aussitôt qu’elle a pris conscience  d’être porteuse de Dieu, court en toute hâte, à travers montagnes et collines, au secours de sa cousine Élisabeth.

Voilà alors que le monde aussi  ne m’apparaît plus comme un lieu terrible et hostile, en proie aux puissances ténébreuses du péché et du mal (comme il a été souvent présenté par une certaine spiritualité) contre lesquelles je dois continuellement lutter pour sauver mon âme. Le monde m’apparaît plutôt comme un lieu amical dans lequel je peux être heureux; comme un paradis reconquis et  récupéré, comme une manifestation éblouissante de la puissance, de la beauté, de l’amour  de Dieu  envers moi , sa petite créature, que, dans sa tendresse, il veut gâter en la posant dans un jardin de merveilles.

La confiance insère dans notre monde le dynamisme du rapprochement, de l’empathie, de la fraternité et la puissance de l’amour. En faisant de nous des êtres de paix, de compassion, et d’humanité, elle contribue à améliorer le monde A travers la confiance nous devenons finalement des porteurs de Dieu à ce monde, car à travers nous les virtualités de la présence divine sont à l’œuvre pour guérir, transformer et sauver  l’humanité. C’est grâce à tous ces êtres qui, comme Marie, savent faire confiance à Dieu que celui-ci naît continuellement  parmi nous…et que c’est Noel chaque jour. 

MB



dimanche 2 septembre 2012

LE DIEU AUQUEL JE NE CROIS PLUS


UNE  NOUVELLE PERCEPTION DE DIEU  


Dimanche dernier, nous avons réfléchi sur l'Esprit de Dieu que Jésus nous a laissé. Et c'est précisément à la lumière de l'Esprit de Jésus que nous avons, nous pouvons maintenant réfléchir sur le mystère de Dieu.

Il faut reconnaitre que notre idée de Dieu est encore celle qui nous vient d’un état primitif et tribal de l’humanité; du temps préhistorique où la horde ou la tribu de nos ancêtres se sentait menacée par une nature sauvage et dangereuse et par des voisins hostiles et se voyaient donc dans la nécessité  de se  fabriquer  des divinités protectrices auxquelles  confier leur propre survie et leur propre sécurité. Ces divinité étaient  faites à  l’image des hommes; mais étaient imaginées comme ayant des pouvoirs surhumains et extraordinaires qui servaient justement à assurer la protection  des insignifiants et des faibles humains. Étant conçues à l’image des humains, ces divinités primitives étaient souvent capricieuses, ambitieuses, caractérielles, irascibles, cruelles. Pour obtenir leurs grâces, leurs  faveurs et leur  protection  il était   nécessaire de les apprivoiser, de les amadouer, de les apaiser, de les calmer, de les charmer  par des dons, des offrandes, des sacrifices, des rites propitiatoires, des prostrations, des supplications, des prières ; pratiques cultuelles qui servaient aussi à valoriser leur supériorité et à leur exprimer  notre nullité, notre misère.

Ce Dieu tribal, produit de la peur, de l’angoisse, de la finitude, de l’insécurité d’une humanité primitive, angoissé et ignorante, est le Dieu qui continue de persister dans notre imaginaire collectif, dans nos mythes, dans nos religions et dans notre esprit. Sur ce point nous n’avons pas beaucoup évolué. Mais ce Dieu ne peut plus tenir devant l’avancée de la rationalité et de la critique moderne. Ce Dieu est destiné à mourir et  doit mourir. C’est avec raison que l’on parle aujourd’hui de la mort de Dieu. La persistance de cette conception archaïque, tribale et anthropomorphique de Dieu  est en grande partie responsable de l’athéisme moderne. Le fait que cette conception de Dieu soit celle  officiellement retenue et proposée par le magistère de l’Église catholique doit nous faire  réfléchir.

En effet, c’est cette conception Dieu qui est à l’origine de plusieurs affirmations fondamentales du dogme catholique, comme l’incarnation de Dieu dans un corps d’homme. Comme la doctrine de la rédemption par la souffrance et  le sang. C’est le Dieu  primitif qui a besoin de vengeance et d’expiation, de la mise à mort du coupable  pour calmer sa rage, assouvir son courroux, oublier  l’insulte causé contre lui par la méchanceté  et la faute des humains.
C’est encore cette idée de Dieu  qui est capable de le concevoir comme un despote autoritaire et jaloux de sa grandeur, de son pouvoir et de sa primauté et qui châtie les insoumis, les insubordonnés, les transgresseurs de ses lois et de sa volonté et qui les terrorise avec la perspective du feu et des tourments éternels.

C’est ce Dieu qui cherche à obtenir la soumission des ses adorateurs  avec la menace  d’un jugement sévère et impitoyable  à la fin de la vie et à la fin des temps. C’est le Dieu que chacun de nous est invité à se rendre propice par une vie moralement correcte (surtout du point de vue de comportement amoureux et sexuel), par la docilité, la soumission et l’obéissance aux autorités religieuses constitués. C’est le Dieu tout puissant et dispensateurs de grâces et de bienfaits à ses protégés auquel on peut recourir, si on a les cartes en règles, pour  lui débiter la liste de nos demandes, surtout  lorsque les choses ne vont pas trop bien pour nous. C’est le Dieu contre lequel nous nous fâchons lorsque nous avons  l’impression qu’il soit distrait à nos supplications  et qu’il fasse la sourde oreille à nos prières parce qu’il ne livre pas en temps voulu ou souhaité la marchandise demandée.

Ce Dieu là est une idole  que nous nous sommes fabriqué sur mesure. Il est à notre image et ressemblance. C’est  donc un Dieu qui est là pour nous accommoder. Il est là pour nous. Il est  à notre disposition et à notre service. Il n’a donc rien d’un Dieu; il est notre serviteur. Il est un fétiche, un porte-bonheur  auquel on demande d’utiliser la toute-puissance avec laquelle on l’a habillé pour assurer notre bien-être et notre bonheur. C’est pour cela qu’à ce Dieu on demande continuellement de faire des miracles, de renverser s’il le faut, toutes les lois naturelles, pourvu que ses adorateurs, ou plutôt ses manipulateurs,  puissent en tirer profit.

C’est pour cela que dans la religion catholique, Dieu est supposé intervenir d’une façon miraculeuse un peu partout et que l’action prodigieuse ou  miraculeuse de ce Dieu est même considérée une chose toute à fait normale et naturelle. Dieu  intervient d’abord en s’incarnant  miraculeusement dans le ventre d’une femme vierge. Ensuite, caché en Jésus, Dieu devient faiseur de quantités de miracles qui marquent toute la période de l’existence  terrestre de l’homme-Dieu. Dans la vie de l’Église, Dieu, au service des hommes,  continue  à  opérer  des miracles à un rythme  régulier  et, je dirais, presque obligatoire, sur commande : dans les sacrements (baptême, absolution, transsubstantiation, ordre),  canonisations des saints, infaillibilité papale, vocations sacerdotales, perpétuité et permanence de l’Église catholique, apparitions mariales…

Encore aujourd’hui donc, les religions pensent que, par le truchement de formules incantatoires, la magie des rites, la somptuosité des liturgies, l’autorité des personnes sacrées,  il est possible d’impressionner la divinité, de l’influencer, de la manipuler et de l’oblige  à se plier aux règles, aux normes, aux directives, aux  attentes, aux besoins de la structure religieuse.

De son coté, Jésus de Nazareth que nous dit-il de Dieu ?  Jésus  nous révèle quelque chose d’absolument nouveau et inattendu : il nous dit que Dieu est Père. En cela il est débiteur de la mentalité de son temps. S’il avait vécu dans notre temps, il aurait pu aussi bien nous dire que Dieu est Mère. Ce qui est nouveau et ce qu’il veut nous faire comprendre en utilisant cette symbolique de la paternité ou de la maternité, c’est que Dieu est une  puissance, une énergie bénévole, bénéfique, une force  d’amour  qui est source d’être  et de vie, comme l’est un père et une mère. Tout ce qui existe est pour Jésus  le fruit, la manifestation  de cette paternité et de cette maternité divine. Tout ce qui existe est donc généré de cette paternité, est donc enfant, fils, produit, émanation, jaillissement  de cette Source. Pour Jésus  la paternité-maternité de Dieu  n’est  pas un attribut de sa divinité, c'est-à-dire quelque chose qu’il est par surcroit, mais Dieu est  père-mère de par sa nature. Donc de par sa nature il met dans l’existence, il crée, il donne la vie. De par sa nature Dieu est  explosion de vie, principe d’être. De par sa nature, Dieu est  puissance, énergie qui se répand, qui se donne, qui se manifeste et, en faisant cela il crée l’univers et il donne l’être. Et n’est-ce pas cela la caractéristique  typique de l’amour? Le père et la mère ne vivent-ils pas aussi dans le fruit de leur amour?  Les êtres qui naissent de cet amour ne sont-ils pas aussi une manifestation, une image de leurs parents? Ne portent-ils pas en eux la trace et la ressemblance de cet amour qui les a mis dans l’existence?  Le père et la mère seraient-ils tels s’ils n’avaient pas mis des enfants au monde? Pour Jésus, Dieu est Dieu parce qu’il est en même temps paternité, maternité, filiation, génération, source d’être, énergie d’amour, souffle, force de vie, esprit qui se répand, qui se manifeste et qui se donne. Être géniteur, père, mère, fils, énergie créatrice, énergie crée, souffle vital, vie insufflée, esprit….tout cela ne sont que des aspects, des facettes, des manifestations d’une unique Puissance qui est à l’œuvre pour donner consistance à l’univers et qui nous pénètre et nous envahit de toute part.

Évidemment la nature intime, l’essence profonde, l’en-soi de cette Puissance bénévole nous sont totalement inconnus et à jamais inconnaissables. Nous en déduisons l’existence que par les traces qu’elle laisse et par ses manifestions visibles et sensibles dans l’univers qui nous entoure. Sur cette Énergie et cette Puissance, nous n’avons aucun pouvoir, nous la partageons, nous en vivons, mais nous ne la possédons pas. C’est elle qui nous possède. Elle est en nous, elle agit en nous, elle nous constitue, mais elle ne vient pas de nous.   

 MB


LA MORT DANS NOS VIES


Résurrection de Lazare-résurrection du cœur 
 
Les récits évangéliques ne sont pas écrits seulement pour être lus, mais aussi et surtout pour être vécus. L'histoire de Lazare a été écrite pour nous dire cela: il y a une résurrection du corps et il y a une résurrection du cœur. Si la résurrection des corps adviendra le "dernier jour", celle du cœur peut et doit s’accomplir tous les jours.

Tel est le sens de la résurrection de Lazare que la liturgie a tenu à souligner avec le choix de la première lecture tirée du prophète Ezékiel. Le prophète a une vision: il voit une immense étendue d'ossements desséchés et il  réalise qu'ils représentent les sentiments des gens qui sont autour de lui. Les gens disent: «Nous sommes sans espoir, la vie n’a pas de sens, qu’est ce que nous faisons en ce monde... dans cet exile… vaut-il la peine de vivre en ces conditions…  quoique  nous fassions, nous sommes destinés à la souffrance, au vieillissement  et à la mort … quoique nous fassions nous sommes perdus … nous sommes
 déjà  renfermés dans un tombeau ". Et pourtant à ces gens Dieu fait une promesse  «Voici, j'ouvrirai vos tombeaux et vous ferai sortir de vos tombes ... Je mettrai mon esprit en vous et vous vivrez». Ici encore il ne s’agit pas d’une résurrection physique du corps, mais d’une résurrection actuelle des cœurs à l'espérance, à une nouvelle forme de vie. Et ces cadavres, ces ossements, nous dit le texte biblique, se réanimèrent, se mirent debout et ils étaient une foule immense. C'était le peuple d'Israël  qui reprenait espoir et  vie, après l’anéantissement et la  mort de l’exile.

De tout cela nous déduisons une chose que tous nous avons expérimentés dans notre vie: que l’on peut être mort même avant de mourir; qu’il y des morts qui surviennent en  nous de notre vivant… que nous pouvons mourir au-dedans, tout en continuant à vivre dans notre corps. Et je ne parle pas seulement de cette mort de l'âme que le langage traditionnel de la spiritualité chrétienne attribue au péché, je parle aussi de cet état d’absence d'énergie, d'espoir, de sens, d’intérêt, de but, de volonté de lutter contre les adversités… que nous pouvons bien qualifier comme la mort du cœur.

Cette mort du cœur est typique des déprimés, des éprouvés et des brisés de la vie; des vies qui paraissent sans issues; qui ne paraissent plus dignes d’être prolongées, transformées en gâchis à cause des difficultés, du refus, de l’incompréhension, du manques d’empathie, d’accueil, d’amour et qui arrivent à être perçues comme pires que la mort. C’est cela que ressentent tous ces jeunes qui se suicident.

Il y a aussi enfin des morts qui surviennent en nous indépendamment de notre volonté, amenées par les circonstances et le déroulement normal de notre existence: toujours changeante, toujours en évolution, toujours surprenante et nous conduisant nécessairement et continuellement d’une mort à une autre: je meurs à la candeur de mon enfance, je meurs aux feux de mon adolescence, à l’attrait de mes jeunes années, aux charmes de ma beauté, à la prestation de ma force physique, je meurs à ma santé; je meurs à mes sentiments, à mes amitiés, à mes amours qui changent, qui tombent, qui s’éloignent, qui disparaissent… Je meurs aussi à mes idées, à mes convictions… au point que finalement  je m’interroge : « Qu’est-ce qu’il y a, qu’est-ce qui reste pour me faire vivre? Y a- t-il encore de la vie ? Est-ce qu’il existe vraiment une plénitude de vie, comme cherche à me le faire croire le discours religieux  ?».

Cette mort du cœur est ensuite typique des désabusés et des blasés de la vie qui réduisent tout à la satisfaction de leurs appétits. Il y a en effet des vies qui ne sont jamais vraiment vécues, parce qu’elles ne sont pas données, mais consommées, dans un repliement égoïste sur soi-même. Renfermées sur elles-mêmes comme un cadavre dans son tombeau. Des vies où les élans et les aspiration de l’esprit sont totalement absentes, inconnues; de vies vécues au ras du sol, sans aucune  transcendance; des existences où la banalité et la matérialité de la routine quotidienne a pris le dessus et s’est transformée en forme et style de vie, souvent détériorée de surcroît par les tares, les défauts, les vices, les dépendances, les égoïsmes de la personne. Des existences passées à végéter, à satisfaire les besoins primaires : manger, boire, se divertir, baiser, faire de l’argent…

Qui peut nous donner cette résurrection du cœur? Pour certains maux, nous savons qu'il n'y a pas de remède humain possible. Les mots d'encouragement ne servent pas à grand-chose. L’évangile nous dit que la maison de Marthe et Marie était pleine de «Juifs qui étaient venus les consoler» de leur peine. Cependant, la présence de ces personnes n'avait rien changé à leur douleur. Il a fallu qu’elles fassent venir Jésus, qu’elles s’adressent à lui pour que leur perte soit transformée en gain, pour que de leur mort revienne un être vivant. L’évangile veut sans doute dire à ceux qui expérimentent  une mort qu’ils ont besoin d '«envoyer chercher  Jésus» comme ont fait les sœurs de Lazare. Comme le font les personnes ensevelies sous une avalanche ou sous les décombres d'un tremblement de terre qui par leurs gémissements attirent l'attention des sauveteurs.

La foi en Jésus fait rouler la pierre du tombeau où nous enferment nos morts et nous ouvre au monde des vivants, c’est-à-dire au monde de Dieu et de nos frères. Comme Jésus! Toute l’existence de Jésus a été vécue sur le mode du renoncement à soi et du don de soi sous le signe du double amour de Dieu et des humains. Et ainsi nous a-t-il révélé que le sens ultime de la vie est de servir et de donner sa vie pour les autres.

 Et c’est ici que tout se retourne! Car, à perdre ainsi sa vie, on la reçoit « au centuple ». On la reçoit comme «vraiment vivante», elle est redonnée en «vie éternelle». Dans la perspective chrétienne nous croyons que celui qui vit sa mort ou ses morts dans une telle attitude, ne peut pas rester prisonnier dans son tombeau : il en sort vivant, plus vivant, vainqueur, ressuscité… comme cela est arrivé à Jésus ...

Jésus avait mis le sens de sa vie entre les mains de  Dieu et dans l’amour de ses frères. Et alors nous, ses disciples, nous comprenons  que c’est  ailleurs qu’en nous-mêmes que notre vie a finalement à se chercher et à se trouver. Elle n’a pas de « raison » en elle-même, mais en Dieu qui apparaît comme « Père de la Vie ». Elle ne s’appartient pas à elle-même, elle ne peut être vraiment vivante qu’à la condition de se recevoir incessamment de sa Source et de se répandre au service de ses semblables.

Jésus nous apprend que vivre c’est entrer en relation, c’est créer des liens, c’est s’ouvrir à l’accueil de l’autre. La vie est dans la relation, la communication, le partage et non pas dans la fermeture, le repliement, l’isolement, qui sont les signes incontestables de la mort. 
Ainsi la foi  en Jésus invite-t-elle à penser que celui qui croit comme Jésus et se donne comme Jésus rend sa vie vraiment vivante, la fait passer de l’ordre de la quantité (=recherche de choses et assouvissement de besoins matériels) destinée à la décrépitude et à la mort, à l’ordre d’une qualité qui l’ouvre dès maintenant sur la possibilité d’une vie en plénitude et sur l’espérance d’une résurrection. «Celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra; et quiconque croit en moi ne mourra jamais» (Jn.11,25-26). «Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères» (1 Jn. 3,15).

MB

(Reflexion inspirée d'un article de Raniero Cantalamessa et Bruno Demers op, dans  Pretre et Pasteur, avril 2011, pp.194-199)


L'AMOUR QUI TRANSFORME


CE QUI NOUS TRANSFIGURE

On pourrait approcher le texte de la transfiguration du Seigneur de bien des manières. On pourrait par exemple l’interpréter en suivant l’exégèse traditionnelle qui voit en Jésus transfiguré un nouveau Moise qui rencontre Dieu sur la montagne et dont le visage est transfiguré par le réverbération de la gloire de Dieu. Jésus donc nouveau Moise qui lui aussi présente au peuple de ses disciples sa loi nouvelle, loi  non plus écrite sur des tables de pierre, mais dans des cœurs de chair. Jésus donc nouveau maître, nouveau législateur qu’il faut désormais écouter, comme nous commande de le faire la voix de Dieu qui retentit sur la montage: «Celui-ci est mon Fils bien aime,  écoutez-le!»

Jésus aussi, nouvel Elie persécuté, qui rencontre Dieu dans la brise légère de la montagne de l’Horeb et en descend animé d’une nouvelle force et d’une nouvelle détermination, prêt a affronter l’hostilité de ceux qui en veulent à sa vie. 

On pourrait aussi voir dans ce récit Jésus qui cherche à préparer ses disciples afin que leur courage et leur foi résistent et persistent lorsque viendra l’heure de l’épreuve et la défaite de la croix.

On pourrait aussi voir en ce texte une catéchèse de l’évangéliste Matthieu qui cherche à inculquer aux chrétiens de la première génération la foi en la divinité de Jésus, présenté ici comme un être transformé par une révélation subite de sa nature divine et comme le Fils bien aimé de Dieu en qui il a  mis tout son amour.

Savoir tout cela c’est bien. Mais, finalement, ce qui nous intéresse vraiment c’est de savoir comment, en quoi ce texte nous concerne, nous  touche, nous, aujourd’hui. Qu’est ce qu’il a me transmettre qui puisse enrichir,  transformer ma vie ?  Voyons ensemble !

Personnellement, ce qui me frappe dans la Bible c’est de constater que toute transformation, tout changement radical d’une personne se réalise au sommet d’une montagne. Dans la bible la montagne  est le lieu par excellence de la rencontre avec Dieu. Cette particularité veut peut-être nous indiquer que nous sommes transformés, nous devenons radieux, lumineux, des êtres de lumière lorsque nous réussissons à nous libérer des pesanteurs qui nous écrasent au sol et nous savons entreprendre la  route qui mène vers le haut …

Peut être que cela veut nous dire que toute transformation, toutes transfiguration de notre personne n’est qu’au prix d’un lâcher prise continuel par rapport à tout ce qui nous replie sur nous-mêmes;  par rapport à tout ce qui tend à faire de nous le centre de l’univers. Ces textes nous apprennent  peut-être que notre transformation est le résultat d’un refus à nous considérer des Dieux auxquels tout est permis, qui peuvent tout faire pour assurer leur bien être, leur pouvoir et  leur gloire. Ils nous disent que nous, les humains,  pour être  vraiment  des personnes rayonnantes et réussies,  nous devons cesser de vivre terre à terre, aplatis au sol de nos convoitises et de nos  appétits;  mais savoir  gravir la montagne: c'est-à-dire  regarder en -haut, donner un  horizon plus vaste à notre existence, risquer la route de la spiritualité, de l’expérience religieuse, de la croyance  en  une Entité surnaturelle; adopter en somme l’attitude de la foi et de la confiance en la présence d’un Dieu Père de tendresse et d’amour, qui nous aime tels que nous sommes, créatures  finies, transitoires, faibles, pécheresses,  mais cependant  capables d’être changées, transformées et transfigurées en enfants de Dieu.

Ces textes nous apprennent finalement que toute transformation et toute transfigurations est finalement le produit, le résultat et la conséquence  inévitable (fatale, inexorable) de l’amour.

Dans l’évangile de ce jour il est dit que le Seigneur se transfigure « à leurs yeux ». Cela signifie que cette transfiguration de Jésus fut avant tout une expérience personnelle de ses trois amis préférés, plutôt qu’une expérience personnelle de Jésus lui-même. Ces trois amis, grâce à l‘amour qu’ils ressentaient pour leur Maître, le percevaient désormais d’une toute autre manière. À cause de l’admiration, du ravissement et de l’amour qu’ils éprouvaient en sa présence, Jésus était devenu pour eux  un être tout à fait unique, extraordinaire, merveilleux, fascinant. C’est précisément cet amour qui transfigura Jésus à leurs yeux et qui fit de lui une personne spéciale, unique, différente des toutes les autres et avec laquelle ils étaient prêts à passer le reste de leur vie: « Faisons ici trois tentes et restons ici pour toujours!  On est tellement bien  avec toi !! »

N’est-ce pas là le langage de tout amant ? N’est pas l’expérience que vivent tous les amoureux de la terre? 

Mais l’amour s’il transfigure l’être aimé, il change, transforme et transfigure aussi et surtout celui ou celle qui aime. Tous ceux et celles qui un jour sont tombés amoureux, le savent. Si avant, ils se sentaient seuls, vivants dans un monde ennuyeux, banal, terne, monotone…voilà que le jour où ils commencent à être en  amour, subitement tout change; tout devient un spectacle merveilleux; tout se transforme en une symphonie de sensations nouvelles. Tout devient une fête, une danse de joie et de bonheur. La vie devient belle, elle devient une aventure extraordinaire.

Celui ou celle qui tombe en amour, si avant il avait tout juste survécu, voilà que tout à coup il se sent débordant de vie, avec une envie folle de vivre pleinement  L’expérience de l’amour, fait naître en nous une sensation profonde de liberté. On se sent enfin libérés de nos anxiétés, de nos doutes, de nos peurs, de nos angoisses (suis-je  bon, utile, beau, fin, attrayant, intéressant, remarquable, est-ce que fais le poids ….?), car quelqu’un nous a remarqué, nous a  préféré, nous a choisi ; car enfin nous comptons pour quelqu’un, nous sommes importants pour quelqu’un; nous remplissons la vie de quelqu’un; nous devenons indispensables à quelqu’un… et ce sentiment fait subitement de nous une personne comblée et donc une personne transformée, puisque maintenant dans la filigrane de ma vie je peux désormais reconnaître la présence continuelle de l’être que j’aime.

Et ce changement est transfigurant, car il se répercute sur l’aspect extérieur: le visage crispé et tendu se détend et s’épanouit; une nouvelle lumière apparaît dans les yeux; le sourire acquiert une nouvel éclat; on  a plus d’énergie, d’entrain, d’enthousiasme…(J’ai connu  des gars qui étaient des traineux et des paresseux et qui sont devenus des modèles d’efficacité et de responsabilité le jour ou ils sont tombé amoureux); on envisage l’avenir avec plus d’optimisme. L’amour que l’on ressent est si débordant que finalement tous autour de nous en profitent: on se sent plus calme, plus gentil, plus accueillant, plus serviable, plus souriant… une véritable transfiguration !!!

Je pense que le texte de l’Évangile qui nous présente la transfiguration de Jésus et de ces trois amis veut nous indiquer sur quels chemins nous devons chercher notre transfiguration :

Le chemin de la montagne où nous faisons notre rencontre avec Dieu;
Le chenin de la confiance où nous renonçons à être Dieu ;
Le chemin de l’amour où nous acceptons d’un autre la plénitude de notre vie.

MB

NOS DEUX VISAGES


TRANSFIGURATION  - NOS DEUX VISAGES

Tous les textes des évangiles que nous lisons en ce temps de carême ont été choisis dans le but de parfaire, de compléter la préparation  de ceux et celles qui autrefois se préparaient à devenir chrétien  par  le baptême reçu la nuit de Pâques. Ces textes ont donc tous un caractère éminemment catéchétique. Ils cherchent  à  inculquer aux futurs chrétiens (catéchumènes) une compréhension la plus exhaustive possible de la figure de Jésus,  en présentant  différentes facettes et différents aspects de sa  personne, de sa mission, de sa fonction dans le plan de Dieu et dans l’histoire des hommes: il est tour à tour présenté comme le prophète par excellence, l’envoyé  de Dieu, le Messie qui accomplit les promesses des Écritures, comme le Fils bien-aimé du Père, comme le guide, le maitre, la  parole, l’eau vive qui désaltère notre soif, le pain qui  rassasie notre faim, le médecin qui guérit nos infirmités, la source de renouveau intérieur, de liberté,  de guérison, de salut, de vie, comme lumière qui ouvre à la compréhension du mystère de Dieu, de l’homme et du monde, etc .

C’est donc en ayant présente à l’esprit cette fonctionnalité des textes évangéliques, que nous devons  aborder les lectures que la liturgie nous propose en ce temps de carême qui est né comme une période de préparation plus immédiate et plus intense des catéchumènes  à leur baptême reçu au cours de la veillée pascale.
L’évangile d’aujourd’hui ne fait pas exception à cette finalité. En écoutant ce texte, les futurs chrétiens  apprenaient  que Jésus est le Fils bien-aimé de Dieu qui est Père; qu’il est l’accomplissement et le but des Écritures (Moise et Elie); qu’il est celui qui est totalement  transfiguré par la présence de Dieu en sa vie et par son Esprit dont il se nourrit continuellement; qu’il est source d’émerveillent et de joie pour ses disciples qui ne veulent plus se séparer de lui parce qu’ils trouvent en lui et en sa proximité  leur bonheur. Mais  qui, en même temps, est celui qui, pour être fidele à cet Esprit, n’aura pas peur d’affronter les épreuves, les luttes,  les adversités, les hostilités jusqu’en perdre la vie.

Évidemment, lorsque nous, les chrétiens, du XXIe siècle nous nous confrontons à un récit de ce genre, nous ne pouvons nous empêcher de sentir un certain malaise et un certain agacement. Ce style, ces images, cette mise  en scène, ce scénario ne sont évidemment plus adaptés à notre sensibilité et nous avons beaucoup de difficulté à réagir positivement devant ce monde fantastique, merveilleux et irréel que cet ancien conte étale sous nos yeux : orage qui gronde, nuage qui, comme par enchantement, enveloppe la cime de la montagne ; voix  mystérieuse qui  vient de l’au-delà et  qui résonne dans les nuages; revenants de l’outre-tombe qui, tout à coup, se matérialisent et qui parlent; vêtements qui soudainement  commencent à lancer des étincelles et à  briller de milles feux, personnes qui entrent en transe et qui délirent de plaisir... C’est cependant sous cet emballage fantasmagorique  que le message de l’évangile nous est parvenu: à nous d’être assez avertis et intelligents pour  récupérer  le trésor  de sens qui s’y cache pour nous aujourd’hui.

Habituellement, dans chaque récit évangélique qui nous est proposé le dimanche, les points susceptibles d’attirer notre attention sont multiples. Je voudrais ce matin vous en proposer un à votre réflexion. Jésus est présenté ici  comme un être transfiguré par la gloire, la  beauté et la lumière, lui,  qui  pourtant  sera bientôt un homme défiguré par l’échec total et l’atrocité de la torture et de la souffrance. Cet évangile veut nous enseigner que chaque être humain  porte en lui ce double visage. Le visage de la beauté et celui de la laideur. Un visage d’éclat et de lumière et un visage d’ombre et d’obscurité. Un visage épanoui par la bonté et un visage desséché par la mesquinerie et l’égoïsme; un visage transfiguré par l’amour et en visage dévasté  par le  ressentiment  et  la haine. Un visage ensoleillé  par la joie et le bonheur et un visage assombri et crispé par l’épreuve, la  maladie et la souffrance.

Souvent ces deux visages coexistent en nous;  parfois nous mettons en avant l’un et parfois l’autre; et il arrive aussi que l’un  prenne de dessus sur l’autre. Quelle change et quelle grâce pour nous et pour tous ceux qui nous entourent  lorsque notre vie est éclairée par notre visage de lumière !  Mais il arrive aussi qu’un jour  ce soit surtout le visage défiguré qui apparaisse et qui s’impose inévitablement. J’ai connu et côtoyé beaucoup de personnes extraordinaires et j’ai été souvent ravi et transporté par des visages merveilleux.. Je me souviens particulièrement d’un confrère avec qui j’ai eu la chance de vivre, pendant quelques années, lorsque j’étais jeune étudiant et jeune prêtre à Rome. Je peux vous assurer que son visage de lumière était éblouissant. C’était un phare qui éclairait partout autour de lui.  C’était un vrai savant; un humaniste, un polyglotte (il  parlait six langues);  il connaissait tout de tout ; un bibliste de renommée; un psychologue hors pair; on venait de partout  pour le consulter; même  les évêques du Concile Vatican II venaient le rencontrer. Il avait une façon de traiter avec les personnes qui fascinait; tout le monde l’adorait. Il était ce genre de personne que l’on appelle «attachante» et  qui  suscite l’émerveillement et l’admiration à première vue. Et bien, après avoir connu son visage transfiguré, j’ai connu aussi son visage défiguré.  A 65 ans cet homme envoûtant et exceptionnel  a fait un  ACV qui l’a complètement terrassé et anéanti, le transformant en un  légume qui passait ses journées  à  tordre un chiffon, les yeux fixé dans le vide, et que le personnel soignant  surprenait souvent en train de s’amuser avec ses propres excréments. La merveilleuse  lumière qui brillait en lui était définitivement éteinte. Et pourtant, cet homme anéanti, même dans son délabrement a continué a avoir la visite  de ceux  et celles qui l’avait connu lorsqu'il était sur la montagne du Tabor. Je pense avoir vécu en ce temps-là ce que les disciples de Jésus ont dû vivre  lorsque, de façon brutale, ils se sont trouvés en face de l’échec et de la mort ignoble et répugnante de leur Maitre. Ce qui leur a permis de rester attachés à la personne de Jésus, même  après cette expérience affreuse, a été, sans doute, le souvenir de l’admiration, de l’émerveillement, du changement et du bonheur que cet homme avait suscité à tous jamais dans leur vie.  Parce que l’admiration, la vénération, l’amour  possèdent cette émouvante capacité de continuer à voir, même à travers  l’échec et l‘inévitable déchéance, le  visage de beauté et de lumière qui un jour nous a  touché et ébloui. Ce récit de Marc emprunte ce langage merveilleux pour traduire une chose profonde et vraie: c’est cette  intimité vécue dans l’amour qui a permis aux disciples  de Jésus de passer à travers la déception de l’échec de leur Maitre.

C’est toujours  le souvenir d’un visage de lumière qui permet à l’épouse d’assister et de veiller avec amour et tendresse le mari qu’un cancer défigure et consume petit a petit sur un lit d’hôpital. C’est encore le souvenir  d’un visage de lumière qui continue  de garder  la beauté du sourire et la tendresse du regard de ce vieux couple qui, l’autre jour, au restaurent, juste à coté de moi, fêtait, avec pudeur et discrétion, l’anniversaire de leur première rencontre et, sans doute, de leur premier baiser.

Je pense que tout l’effort de notre vie doit consister à allumer notre visage et à le rendre toujours  plus éblouissant  pour ceux et celles qui ont la chance de nous croiser dans leur existence. Parce que ce sera ce visage-là qui s’imprimera dans leur esprit et dans leur cœur et qui leur permettra de garder de nous le souvenir d’une personne  transfigurée, même lorsque  nous serons inévitablement défigurés un jour par l’usure de la vie, la faute, l’échec, ou par la dégradation et le délabrement dus à la maladie, à la vieillesse et à la mort.

 On  ne peut parler de Jésus sans parler de nous. Jésus trace simplement le chemin qui est le nôtre. Ainsi, nous sommes également ces deux visages de la vie, nous sommes cette personne dans un vêtement rayonnant qui est le fils chéri de Dieu et nous sommes ce visage défiguré par les affres de la croix. Et la tentation est  grande de ne voir chez soi et chez les autres que l’être de lumière quand la vie nous gâte, que l’être de ténèbres quand arrive l’adversité. Ce récit de la transfiguration  nous dit : quand le ciel s’obscurcit, élève-toi vers les hauteurs de la foi et n’oublie pas l’être lumineux que tu es et l’être chéri de Dieu que tu as toujours été. C’est ce que font les aidants naturels, les amis, les parents quand ils veillent  sur les êtres dont l’esprit est parti en voyage vers des mondes imaginaires, comme dans le cas de mon confrère ou comme dans la maladie d’Alzheimer; leurs yeux percent l’obscurité pour apercevoir encore l’être lumineux et aimé.

Cet évangile nous empêche de sombrer dans la  disconfiance et  la désespérance, car il nous rassure que, quoiqu'il puisse nous arriver,  notre visage de lumière survivra toujours dans le souvenir de ceux qui nous ont aimés et donc dans la mémoire de notre Dieu.  

 MB