Rechercher dans ce blog

vendredi 9 octobre 2015

CE QUE DIEU A UNI … OU L’APOLOGIE DE LA FEMME



(Marc 10,2-16)


Dans la culture juive du temps de Jésus personne ne contestait le fait qu’un homme marié pouvait pendre unilatéralement la décision de répudier sa femme. C’était une pratique presque normale. S’il y avait une certaine discussion à propos de cette pratique, cela ne concernait pas le principe de la répudiation en tant que tel, mais les raisons valables pour prendre une telle décision. Dans les faits, en ce temps-là, un homme pouvait chasser sa femme de la maison pour n’importe quel motif. Il suffisait qu’elle fasse quelque chose de désagréable à monsieur: comme un repas mal cuisiné; des mets brulés; une épouse surprise à parler avec un inconnu en dehors de la maison, ou sans voile avec les cheveux au vent…

En ce temps, être abandonnée par son mari, était pour une femme la pire des catastrophes. Une femme chassée de la maison était une femme déshonorée et destinée à la mort sociale et, souvent aussi, à la mort physique, car elle se retrouvait sans statut social, sans support, sans protections et sans moyens de subsistance. Il ne faut pas oublier qu’en ce temps, la femme était totalement dépendante et à la merci de son mari. On était encore loin du mouvement de libération de la femme, de la parité des droits, des droits de la personne, de l’égalité des sexes. Dans la société juive du temps de Jésus, comme d’ailleurs encore aujourd’hui dans la majorité des pays musulmans, les femmes ne sortaient pas seules et s’occupaient exclusivement du foyer, du mari et des enfants. Elles étaient soit les servantes, soit les esclaves de leur conjoint qui avait plein pouvoir sur elles. Elles n’étaient pas considérées comme des personnes adultes et responsables, mais comme des mineurs qui ont toujours besoin d’être surveillés, dirigés et commandés. Seul le mari était capable de raison. Il pouvait donc les réprimander, les châtier, les punir, les battre et, finalement, les expulser de sa maison si cela lui convenait.

Ici Jésus s’érige avec toute la force de son autorité pour condamner cette mentalité machiste et oppressive. Dans ce texte d’évangile Jésus pose les bases de la lutte pour la libération de la femme. Il condamne toute forme de domination, de supériorité, d’hégémonie et de prééminence de l’homme sur la femme. Il affirme que si la loi mosaïque semblait avantager les hommes, en leur donnant le pouvoir de sévir contre leurs épouses, cela était à cause d’une concession faite à la brutalité incurable des mâles et à la dureté de leur cœur. La Loi mosaïque préférait envisager une voie d’issue pour la femme mariée, lui laisser une porte de sortie, plutôt que de la contraindre à subir indéfiniment les sévices ou la violence de son mari et la condamner ainsi à une vie d’enfer. Jésus affirme que la Loi mosaïque est un moindre mal, une concession faite à la barbarie de ces hommes primitifs, mais que ce n’est pas ainsi que Dieu voit et veut les relations entre homme et femme. «Au début, lorsque Dieu créa l’homme et la femme, ce n’était pas ainsi que les choses devaient se passer», remarque le Maître.

Jésus se lève donc contre cette absurdité juridique, inventée par des hommes et pour les hommes, qui leur permet de renvoyer d’une façon unilatérale leur épouse et qui ne permet pas à celle-ci d’en faire autant. Jésus cherche à faire comprendre aux machos de son temps, que cette Loi mosaïque ratifie la pire des injustices, car devant Dieu, affirme Jésus, l’homme et la femme ont la même nature, la même dignité, la même grandeur humaine et donc les mêmes droits et les mêmes obligations. Dieu aux débuts a fait l’être humain homme et femme, avertit Jésus. Ils sont en même temps semblables et différents. Ils sont comme les deux parties d’une même médaille. Il n’y a pas un côté qui vaut plus que l’autre ou qui est plus important que l’autre. Les deux côtés ont exactement la même valeur. On ne peut pas les penser séparés. Ils ne sont pas deux, mais un, insiste Jésus. Ils existent pour être et rester ensemble, pour se compléter, pour payer ensemble le prix de la vie et le bonheur de vivre.

Ici Jésus nous dit que la force qui fait en sorte qu’un homme et une femme soient capables de briser les liens du sang qui les attachent à leurs parents pour s’unir à un partenaire étranger et ne faire qu’un seul être, qu’en seul corps avec lui, n’est évidemment pas celle de l’opportunisme, des alliances de clan ou de parti, ni la pulsion de la passion, ni l’attrait du plaisir ou la recherche de la sécurité, mais uniquement la puissance de l’amour. L’amour est le plus sublime et le plus extraordinaire des élans spirituels dont les humains soient capables; et c’est uniquement à cette Énergie intérieure, qui coule en nous de la Source de tout être que nous appelons Dieu, qu’est confiée la tâche de souder ensemble le couple humain. Jésus nous enseigne non seulement que c’est la force divine de l’amour qui, dans le couple humain, transforme l’union des corps en union des cœurs et des âmes, mais aussi que cet amour, que nous devons continuellement déployer, est aussi celui qui marque la fin de ces rapports de couple vécus à l’enseigne de la discrimination, du pouvoir, de la domination, de la supériorité, de l’humiliation, de l’exploitation et de la violence.

Jésus est donc venu nous révéler que, en tant qu’humains, nous sommes les vecteurs privilégiés de l’énergie divine de l’amour. Mais il est venu nous dire aussi que cet amour est difficile à vivre à cause de la «dureté de notre cœur»; c’est-à-dire, à cause le l’état d’imperfection de notre nature qui n’a pas encore atteint la perfection évolutive nécessaire pour réaliser une telle qualité d’amour. Sur le chemin de notre évolution humaine, nous sommes encore aux débuts. Nous sommes encore des êtres primitifs, rustres, à peine ébauchés, pas encore pleinement formés et donc incapables de jouer sur le piano de notre vie, avec succès, aisance et brio, la merveilleuse partition de l’amour que Dieu nous a confiée. Nous pianotons, et alors l’amour se gâche et se perd. Et le couple se décompose: par les circonstances de la vie, par l’instabilité de nos sentiments, et par la faiblesse de notre condition humaine exposée aux aléas de nouvelles rencontres et de notre transformation intérieure. Alors la séparation et le divorce deviennent inévitables et même nécessaires; et toute société doit les envisager, les accepter et légiférer sur une telle possibilité, afin que la vie à deux (et le mariage) ne se transforme pas en une horrible prison dans laquelle le couple risque d’être exposé à une vie insupportable et parfois d'enfer.

Ce texte de l’évangile n’est donc pas une apologie de l’indissolubilité du mariage, comme souvent une certaine exégèse catholique a voulu le faire croire, mais une apologie de la condition féminine. Ici Jésus se lève contre la discrimination, l’oppression et la violence auxquelles les femmes sont soumises de la part des hommes. Ici le Maître de Nazareth plaide en faveur de l’amour tendre, fidèle, respectueux et durable dans le couple. Ici le Nazaréen abolit et condamne toutes ces lois, toutes ces pratiques et toutes ces coutumes patriarcales inventées par les hommes et qui ne servent qu’à justifier leur comportement oppressif, égoïste et dominateur. Ici Jésus veut redonner dignité, noblesse, respectabilité, valeur et droits aux femmes. Il en fera ses meilleures amies et ses meilleures collaboratrices. C’est pour cela que les femmes l’aiment et l’entourent.

Dorénavant c’est dans sa doctrine qu’elles découvriront leur excellence et c’est dans ses paroles qu’elles puiseront à tous jamais les principes de leur libération et de leur fierté.



MB

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire