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mardi 10 mars 2015

LES FILS QUI RÊVENT DE QUITTER LA MAISON PATERNELLE


(Luc 15, 11-32)


Pourquoi le fils cadet abandonne la maison paternelle ? Certainement pas parce qu’il manque de confort et de biens matériels. De la plainte que le fils aîné adressera plus tard à son père (moi je te sers depuis des années et je n’ai jamais transgressé un de tes ordres et toi tu ne m’as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis) on peut en déduire que la vie dans la maison du père était caractérisée par le service, l’obéissance et la sobriété. Le fils cadet en a marre de servir, d’obéir et d’une vie d’austérité. Il veut pouvoir vivre à sa façon, sans contraintes et dans une totale liberté; il veut goûter à la vie et s’adonner à toutes sortes d’expériences. Il a la conviction que pour être vraiment heureux et pour se réaliser pleinement et accomplir ses rêves et ses aspirations, il faut qu’il quitte cette maison dans laquelle il se sent étouffé.

 Et un jour il se décide. Il se présente devant son père et lui demande sa part de l’héritage. Et le père fit le partage des biens entre ses deux fils. Il donne tout de suite aussi bien au fils qui demande et à l’autre qui ne demande pas. Ce qui nous frappe dès le début de ce récit, c’est l'extraordinaire condescendance de ce père. Chez lui aucune tentative de retenir son fils. C’est un indice de l’amour grand et respectueux qu’il a pour lui. « Tu penses pouvoir être plus heureux ailleurs! Très bien ! Va, je ne te retiens pas, je ne veux pas t’obliger à rester avec moi; si tu ne veux plus de moi, ou si ma compagnie te limite, t’irrite et t’indispose… va chercher ailleurs! ». L’amour, l’affection, l’attachement, la fidélité, ne se commandent pas…tu peux faire ce que tu veux avec ta vie…avec votre vie. Je vous donne votre argent… je vous rends indépendants … vous êtes libres maintenant de rester ou de partir, parce que je veux que votre vie avec moi soit le résultat d’une libre décision de votre part. Le fils cadet s’en va et le fils aîné reste. L’un et l’autre à la recherche du bonheur : l’un, loin du père, l’autre, dans la maison paternelle, mais l’un et l’autre en excluant complètement la présence du père de la réalisation de leur bonheur.

La parabole nous décrit ensuite les différentes étapes de l’aventure du fils cadet dans ce lointain pays. Après avoir investi tout son capital dans la recherche du bonheur, le fils constate amèrement que ses ressources ne sont pas infinies. En effet, il épuise tout son argent, mais il n’épuise pas sa faim et soif de bonheur Maintenant qu’il n’a plus d’argent, à qui pourra-t-il recourir pour étancher sa soif de bonheur? Personne ne peut l’aider, tous en effet sont dans le besoin, car, dit le texte, il y avait une grande famine dans ce pays. Et le fils constate qu’il risque de mourir de faim : il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient le porcs, mais personne ne lui donnait rien. Cette débâcle a conduit le fils cadet à se rendre compte de trois choses: qu’il n’a jamais possédé a lui tout seul les ressources suffisantes pour satisfaire sa faim et sa soif de félicité; qu’il ne peut pas compter sur l’aide de ceux qui habitent ce lointain pays; que malgré sa bonne volonté et malgré ses efforts les plus héroïques, jamais dans ce pays lointain il aurait été capable de satisfaire sa faim.

Ainsi, ce voyou décide-t-il de rebrousser chemin. C’est certainement plus la faim que le regret ou l’amour envers son père la raison qui le pousse à retourner à la maison. Mais cette canaille a, au moins, une qualité: il sait faire taire son orgueil; il sait passer par dessus sa fierté et son amour propre et assumer une attitude d’humilité et de confiance dans la bonté de son père et dans la capacité d’amour et de pardon que, sans doute par expérience, il sait extraordinaires… et c’est cette humilité et cette confiance qui finalement le sauvent.

Ensuite il y a ce fils aîné qui n’a jamais quitté la maison. Tout un moineau, lui aussi! Ce fils tire au grand jour le paradoxe de l’amour du père. Il nous oblige à toucher de la main cette ambivalence de l‘amour, lorsqu’il est magnanime, total, inconditionnel; lorsqu’il se fait miséricorde. Ce genre d’amour est accueilli par les uns et il est repoussé par les autres comme fou, comme injuste, comme déraisonnable. Et le fils aîné est de ceux qui se révoltent devant cet amour. Le fils aîné, même s’il n’a jamais quitté la maison, n’est pas meilleur que son frère. Lui-aussi rêve de faire la fête avec ses amis. Lui aussi rêve d’évasion, de liberté et d’un bonheur loin de son père et sans les contraintes qu’il trouve dans la maison paternelle. Lui aussi, comme son frère, a faim et soif de bonheur, sans réussir à trouver les moyens de les assouvir. Mai lui, à la différence de son frère cadet n’a ni le courage ni la simplicité de parler avec son père. Il a en a peur; il le considère trop vieux jeu, trop sévère, trop mesquin, trop radin pour lui permettre de vivre des moments de détente et de relâche dans une vie faite de travail, de service et de soumission. Il accumule en silence hargne, agressivité et amertume. Sentiments qui éclatent au grand jour et qu’il ne se gêne pas de déverser à la face du père, lorsqu’il apprend la nouvelle de la fête pour le retour de son frère.

N’avez-vous par l’impression que la situation de ce père au cœur immense, ce père à l’amour débordant et fou est une situation pathétique et terriblement frustrante et décevante? Ces deux fils sont des salauds: le cadet qui fait semblant de l’aimer parce qu’il y trouve finalement son intérêt et l’aîné qui ne l’aime pas parce qu’il ne réussit pas à y trouver des avantages …et lui, le père qui ne sait plus comment il pourrait les aimer davantage et qui se bat pour qu’il puissent être heureux !!!.

Et c’est justement cela que la parabole veut mettre en relief et nous faire comprendre. Bien que souvent nous soyons des saligauds égoïstes et pourris; bien que nous soyons souvent des gens qui s’en fichent éperdument de Dieu et de la religion, bien que nous cherchions souvent notre félicité loin de lui, il reste cependant vrai, nous dit Jésus, que Dieu seulement est notre vrai Père et que seulement à l’intérieur de sa maison et à l’ombre de son amour nous pouvons trouver notre repos, notre joie et notre salut.

MB



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